📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Philippiens 3, 3-8

DE LA LETTRE AUX PHILIPPIENS

Texte

3 Car c’est nous qui sommes les circoncis, nous qui offrons le culte selon l’Esprit de Dieu et tirons notre gloire du Christ Jésus, au lieu de placer notre confiance dans la chair.
4 J’aurais pourtant sujet, moi, d’avoir confiance même dans la chair ; si quelque autre croit avoir des raisons de se confier dans la chair, j’en ai bien davantage :
5 circoncis dès le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d’Hébreux ; quant à la Loi, un Pharisien ;
6 quant au zèle, un persécuteur de l’Église ; quant à la justice que peut donner la Loi, une homme irréprochable.
7 Mais tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage, à cause du Christ.
8 Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ,

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Philippiens est, avec le billet à Philémon, la letre la plus personnelle de Paul, lettre d’amicale exhortation, mais aussi d’encouragement de la part d’un fondateur de communauté.

Dans cette lettre, Paul vise surtout, par delà les situations pratiques qu’il évoque, à fortifier l’engagrment des Philippiens dans leur vie chrétienne. Paul les invite ainsi à imiter le Christ, comme il le fait lui-même, de façon à croître à l’image de Jésus dans leur foi et dans leur action.

D’un bout à l’autre de cette épître, telle qu’elle se présente à nous aujourd’hui, Paul invite ses lecteurs à approfondir le message du Christ, ainsi qu’à le vivre dans la joie.

Dans cette lettre, Paul fait allusion également aux souffrances éprouvées par les Philippiens à cause du Christ (1, 27 - 30 et 2, 15 - 17). Il parle également d’opposants (1, 28) : il peut s’agir soit d’autorités civiles, soit de paîens, soit de Juifs non convertis, soit de chrétiens issus du Judaïsme et opposés à Paul.

Certains pensent que Paul a écrit cette lettre de Rome, où il était, sinon emprisonné, du moins en résidence imposée et surveillée, au début des années 60. D’autres datent cette lettre du milieu des années 50, et la disent écrite depuis Ephèse, où Paul aurait été en détention.

D’autres enfin, distinguent, dans le texte qui nous est parvenu, trois différentes lettres aux Philippiens, toutes écrites vers 53 - 54 depuis Ephèse : - une lettre, ” A”, la première, très courte, comprenant les versets 4, 10 - 20, et remerciant les P¨hilippiens de leur assistance financière, - une 2ème lettre, “B”, envoyée un peu plus tard de prison, où Paul se trouve alors, jouissant cependant d’une certaine marge de liberté, et comprenant les extraits 1, 3 - 3,1 et 4, 2 - 9, de notre présente lettre canonique, - une 3ème lettre, “C”, lettre d’avertissement aux Philippiens (3, 2 - 4, 1), face à la perspective d’arrivée chez eux de chrétiens issus du Judaïsme, opposés à l’enseignement de Paul, et prônant la nécessité de la circoncision et de la pratique de la Loi de Moïse pour tous les disciples de Jésus, comme l’atteste fortement, de son côté, la Lettre aux Galates.

2. Message

Ce message d’avertissement de Paul aux Philippiens, pour les mettre en garde face à ceux qui voulaient ajouter à l’Evangile de Jésus un retour aux pratiques et aux textes du judaïsme, les invite à bien saisir l’originalité du Christ et de sa Bonne Nouvelle, qui ont pris désormais, dans le peuple de Dieu, la place de la Loi Juive et de ses rites.

Paul fait état ici de sa propre expérience et rappelle à quel point il s’était comporté comme un Juif pieux et zélé pour sa religion, jusqu’au moment de sa rencontre avec Jésus Christ, qui lui a fait abandonner tous ses “avantages” liés à son passé Juif.

Seul compte maintenant pour lui le Christ Jésus, dont la connaissance constitue pour lui le bien suprême face auquel tout le reste n’est que “balayures”.

3. Decouvertes

Cette page fait partie d’un ensemble 3, 1 - 11, dans lequel Paul nous fait découvrir la transformation absolument radicale qu’a effectuée dans sa vie sa propre conversion. Il s’est alors “vidé” de tout ce dont il pouvait auparavant se glorifier, pour être avec le Christ qui l’a “saisi”. Depuis lors, il n’a plus d’autre but que de le rencontrer davantage.

C’est un véritable et total transfert de valeurs qui s’est opéré en lui : en passant de la Loi à la foi au Christ, tout ce qui était “gain” est devenu “perte”.

On s’est demandé si la “tentation” pour des chrétiens d’origine païenne de se rattacher comme chrétiens au Judaïsme n’était pas liée, pour une part, à une situation “politique”. En effet, le Judaïsme était alors une religion autorisée comme telle dans l’Empire Romain, qu’on soit Juif tout simplement, ou Juif devenu chrétien. Les païens d’origine devenus disciples de Jésus ne pouvaient bénéficier de ce privilège, et demeuraient, en principe, tenus au culte de l’empereur, sous peine d’encourir la persécution.

4. Prolongement

Cette “confession” de Paul ne peut que nous interroger sur notre propre attachement au Christ : Jésus Christ est-il vraiment pour nous l’unique référence, l’unique “moteur” de notre existence, notre première raison d’être, notre seul chemin de vérité et de vie (Jean, 14, 6), le “seul Nom par lequel” nous considérsons que “nous pouvons être sauvés” (Actes, 4, 12) ?

Prière

*Seigneur Jésus, une fois de plus nous nous découvrons appelés à te choisir de façon absolue : c’est toi ou rien, et toutes nos autres références doivent disparaître ou être totalement retournées, pour se trouver transformées en “lieux” de ta présence, de ta parole, de ta manifestation, et de ton accomplissement du plan de salut de Dieu : ecarte de mon existence tout ce qui pourrait, d’une façon où d’une autre, te faire concurrence, toute loi ou tout projet, même religieux ou spirituel, auquel je serais tente de me raccrocher, au nom, finalement, d’une recherche de moi-même, change mon regard vis à vis de toutes les réalités humaines qui m’attirent, afin que je les situe désormais à la place accessoire qui leur revient, en relation avec ta lumière et ta vérité, evitant ainsi qu’elles demeurent, ou deviennent, de réels obstacles à ta rencontre. AMEN.

07.11.2002.*

Évangile : Luc 15, 1-10

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

1 Cependant tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre.
2 Et les Pharisiens et les scribes de murmurer : ” Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! “
3 Il leur dit alors cette parabole :
4 ” Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ?
5 Et, quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules
6 et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit : “Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! “
7 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir.
8 ” Ou bien, quelle est la femme qui, si elle a dix drachmes et vient à en perdre une, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle l’ait retrouvée ?
9 Et, quand elle l’a retrouvée, elle assemble amies et voisines et leur dit : “Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la drachme que j’avais perdue ! “
10 C’est ainsi, je vous le dis, qu’il naît de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

Alors donc qu’il continue sa montée vers Jérusalem, et qu’il donne une 2ème série d’instructions à ses disciples (13, 22 - 17, 10), il a commencé par réinsister sur la nécessité pour tous de se repentir (13, 22 - 30).

Il a, ensuite, réagi courageusement à une information selon laquelle Hérode chercherait à le faire mourir, en maintenant qu’il lui faut poursuivre sa route vers Jérusalem, même si cette ville est celle qui tue les prophètes (13, 31 - 35).

Puis, suite à un repas où il a été invité chez un chef de Pharisiens et qui lui a fourni l’occasion de bien situer les conditions d’entrée et l’ouverture universelle du Royaume des cieux (14, 1- 24), et une nouvelle invitation qu’il a lancée sur la nécessité de bien réfléchir au renoncement qu’exige la marche avec lui en qualité de disciples, Jésus se trouve maintenant contesté par des Pharisiens et des Scribes à propos de l’accueil qu’il donne aux collecteurs d’impôts (les publicains) et les pécheurs publics.

Contestation à laquelle il répond par les 3 paraboles sur la miséricorde qui remplissent ce chapitre 15 : celle de la brebis perdue, celle de la drachme perdue, et celle du Père miséricordieux qui accueille son fils prodigue malgré les objections de son autre fils.

Notre page reprend les 2 premières de ces 3 paraboles.

2. Message

Dans ces 3 paraboles qui appellent d’abord, de notre part, un regard d’ensemble, Luc manifeste l’ampleur de la miséricorde de Dieu, telle que l’a annoncée et vécue Jésus.

Cette miséricorde va au delà de toutes les restrictions que nous serions tentés d’imposer plus ou moins à Dieu, concernant son attitude à l’égard des pécheurs, au nom de nos conceptions sur la rétribution, la justice et l’équité, ou d’un certain équilibre à garder dans nos relations communautaires.

La miséricorde de Dieu, en effet, est aussi “folle” et inattendue que celle d’un berger qui abandonne 99 brebis pour en sauver une seule, ou que celle d’une femme qui entreprend un grand et complet nettoyage de sa maison pour retrouver une petite pièce de monnaie sans grande valeur, ou encore que celle d’un Père Juif qui accueille, dans la joie et la fête, son fils perdu qui, de fait, est devenu païen.

En qualité de disciples d’un Dieu capable d’une telle miséricorde absolument insoupçonnable, nous pouvons suivre Jésus, dans une confiance absolue et une joie véritable, sur le chemin de Dieu où il nous conduit.

3. Decouvertes

Bien que Luc ne situe pas la critique des Pharisiens et des Scribes au cours d’un repas, Jésus se fait clairement attaquer ici pour accueillir à sa table justes et pécheurs sans distinction (15, 1 - 2).

La grande question qui sépare Jésus des Pharisiens est toujours pratiquement la même : y-a-t-il des gens qui se trouvent au-delà des limites de la miséricorde de Dieu ? Ou encore, le fait que Dieu soit en définitive le seul “juge” ne limite-t-il pas sa miséricorde ?

L’amour miséricordieux de Dieu est ici mis en scène dans ces 2 premières paraboles à travers les attitudes, présentées successivement, d’un homme et d’une femme.

Les 3 paraboles se terminent par une pressante invitation à se réjouir (voir versets 6, 9, 24, 39). Plusieurs accents caractérisent ces invitations à se réjouir :

  • le salut de Dieu, proposé par lui et reçu par nous, est un événement personnel à partager à la fois en communauté de croyants et à tous les hommes sans distinction,
  • la conversion au Royaume de Dieu est toujours source de joie,
  • le bonheur authentique consiste à participer à la joie de Dieu qui sauve et divinise ceux qui acceptent de s’en remettre à lui,
  • c’est par le ministère, l’engagement, la mort et la résurrection de Jésus que nous sommes appelés à entrer dans cet amour et cette joie de Dieu.

La miséricorde de Dieu ne tolère aucune perte (1 = 100) et n’exclut aucun risque qui serait à prendre pour le salut d’un seul homme ou d’une seule femme.

4. Prolongement

Chacun de nous est l’objet d’une telle attitude de miséricorde de la part de Celui qui se penche sur nous, prend pour nous tous les risques afin que nous puissions participer à la vie d’amour qu’il nous propose.

Dieu est ainsi capable d’être le plus proche à la fois de chacun ou de chacune dans son originalité, et de l’ensemble de tous ceux qu’il rassemble. Relire Ephésiens, 2, 4 - 8; Colossiens, 2, 13 - 14; 1 Jean, 4, 9 - 10.

Prière

*Seigneur Jésus, par ta Parole, tes gestes et signes d’acccueil, de prise en charge et de pardon, face à tous ceux et toutes celles qui se présentent à toi sur ton chemin, tu nous fais toucher du doigt le mystère de l’insondable miséricorde de Dieu, que tu nous as révèlé complètement en ta mort d’innocent rejeté et ta résurrection victorieuse : ouvre mes yeux, et fais que je comprenne les dimensions infinies d’amour, de don et de pardon, de Celui qui nous appelle à partager sa vie, en son Royaume de Lumière et de Vérité. AMEN

06.11.2003.*


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