📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Romains 11, 1-36

DE LA LETTRE AUX ROMAINS

Texte

1 Je demande donc : Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Certes non ! Ne suis-je pas moi-même Israélite, de la race d’Abraham, de la tribu de Benjamin ?
2 Dieu n’a pas rejeté le peuple que d’avance il a discerné. Ou bien ignorez-vous ce que dit l’Écriture à propos d’Élie, quand il s’entretient avec Dieu pour accuser Israël :
3 Seigneur, ils ont tué tes prophètes, rasé tes autels, et moi je suis resté seul et ils en veulent à ma vie !
4 Eh bien, que lui répond l’oracle divin ? Je me suis réservé sept mille hommes qui n’ont pas fléchi le genou devant Baal.
5 Ainsi pareillement aujourd’hui il subsiste un reste, élu par grâce.
6 Mais si c’est par grâce, ce n’est plus en raison des œuvres ; autrement la grâce n’est plus grâce.
7 Que conclure ? Ce que recherche Israël, il ne l’a pas atteint ; mais ceux-là l’ont atteint qui ont été élus. Les autres, ils ont été endurcis,
8 selon le mot de l’Écriture : Dieu leur a donné un esprit de torpeur : ils n’ont pas d’yeux pour voir, d’oreilles pour entendre jusqu’à ce jour.
9 David dit aussi : Que leur table soit un piège, un lacet, une cause de chute, et leur serve de salaire !
10 Que leurs yeux s’enténèbrent pour ne point voir et fais-leur sans arrêt courber le dos !
11 Je demande donc : serait-ce pour une vraie chute qu’ils ont bronché ? Certes non ! mais leur faux pas a procuré le salut aux païens, afin que leur propre jalousie en fût excitée.
12 Et si leur faux pas a fait la richesse du monde et leur amoindrissement la richesse des païens, que ne fera pas leur totalité !
13 Or je vous le dis à vous, les païens, je suis bien l’apôtre des païens et j’honore mon ministère,
14 mais c’est avec l’espoir d’exciter la jalousie de ceux de mon sang et d’en sauver quelques-uns.
15 Car si leur mise à l’écart fut une réconciliation pour le monde, que sera leur admission, sinon une résurrection d’entre les morts ?
16 Or si les prémices sont saintes, toute la pâte aussi ; et si la racine est sainte, les branches aussi.
17 Mais si quelques-unes des branches ont été coupées tandis que toi, sauvageon d’olivier tu as été greffé parmi elles pour bénéficier avec elles de la sève de l’olivier,
18 ne va pas te glorifier aux dépens des branches. Ou si tu veux te glorifier, ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte.
19 Tu diras : On a coupé des branches, pour que, moi, je fusse greffé.
20 Fort bien. Elles ont été coupées pour leur incrédulité, et c’est la foi qui te fait tenir. Ne t’enorgueillis pas ; crains plutôt.
21 Car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, prends garde qu’il ne t’épargne pas davantage.
22 Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu : sévérité envers ceux qui sont tombés, et envers toi bonté, pourvu que tu demeures en cette bonté ; autrement tu seras retranché toi aussi.
23 Et eux, s’ils ne demeurent pas dans l’incrédulité, ils seront greffés : Dieu est bien assez puissant pour les greffer à nouveau.
24 En effet, si toi tu as été retranché de l’olivier sauvage auquel tu appartenais par nature, et greffé, contre nature, sur un olivier franc, combien plus eux, les branches naturelles, seront-ils greffés sur leur propre olivier !
25 Car je ne veux pas, frères, vous laisser ignorer ce mystère, de peur que vous ne vous complaisiez en votre sagesse : une partie d’Israël s’est endurcie jusqu’à ce que soit entrée la totalité des païens,
26 et ainsi tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : De Sion viendra le Libérateur, il ôtera les impiétés du milieu de Jacob.
27 Et voici quelle sera mon alliance avec eux lorsque j’enlèverai leurs péchés.
28 Ennemis, il est vrai, selon l’Évangile, à cause de vous, ils sont, selon l’Élection, chéris à cause de leurs pères.
29 Car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance.
30 En effet, de même que jadis vous avez désobéi à Dieu et qu’au temps présent vous avez obtenu miséricorde grâce à leur désobéissance,
31 eux de même au temps présent ont désobéi grâce à la miséricorde exercée envers vous, afin qu’eux aussi ils obtiennent au temps présent miséricorde.
32 Car Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde.
33 O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles !
34 Qui en effet a jamais connu la pensée du Seigneur ? Qui en fut jamais le conseiller ?
35 Ou bien qui l’a prévenu de ses dons pour devoir être payé de retour ?
36 Car tout est de lui et par lui et pour lui. A lui soit la gloire éternellement ! Amen.

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Romains est la plus longue, la plus importante et la mieux structurée des lettres de Paul.

Son interprétation a été décisive dans les grands moments de crise de l’Eglise, surtout au 5ème siècle (face à l’hérésie du moine Pélage : l’homme gagne son salut par son effort personnel), et au 16ème siècle (Luther et Calvin se séparent de Rome).

C’est à partir de leur relecture de la Lettre aux Romains que les Réformés et les Luthériens du 16ème siècle ont formulé leurs thèses sur le salut de Dieu par la grâce acceptée dans la foi.

Cette lettre a été écrite par Paul lui-même (en la dictant à un secrétaire-écrivain) au printemps de 57 ou de 58, et probablement depuis Corinthe. On n’a jamais mis en doute son authenticité.

Paul estime avoir terminé son oeuvre apostolique en Orient. Il forme donc le projet de passer par Rome pour aller en Espagne (15, 19 - 31).Il envoie donc d’avance aux chrétiens de Rome ce qui représente le coeur de sa prédication et de son Evangile.

En effet, cette Lettre aborde en profondeur les points les plus centraux du message chrétien : la puissance du salut de Dieu, présenté comme une grâce à recevoir dans la foi, pour en être transformé. C’est une vie avec le Christ ressuscité, mais marquée par l’événement suprême du dessein de salut de Dieu que constituent enemble la prédication, le témoignage, la mort et la résurrection de Jésus. L’Esprit Saint que nous avons reçu insère en nous toute la richesse de vie et de nouveauté, qui est le fruit de cet événement unique.

Cet enseignement à la fois général, et sans doute adapté à des circonstances particulières de l’Eglise de Rome, se réalise en deux parties : - l’une doctrinale (1 - 11), - l’autre exhortative, pour encourager à une manière de vivre avec et selon le Christ, et qui traite de différents aspects de notre existence humaine (12 - 16).

La partie proprement doctrinale de la Lettre de Paul aux Romains (1, 16 - 11, 36), qui commence dès la fin des présentations (1, 1 - 15), est toute entière consacrée à la Bonne Nouvelle ou l’Evangile de Dieu qui nous vient de notre Seigneur Jésus le Christ, et elle se développe en trois thèmes : - La justice de Dieu nous est révélée par l’Evangile comme force de justice pour qui l’accueille avec foi (1, 16 - 4, 25), - L’amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (5, 1 - 8, 39), - Cette réalisation du salut de Dieu n’est pas en contradiction avec la promesse de Dieu faite jadis à Israël (9, 1 - 11, 36)

A côté de cette répartition de cette Lettre en deux parties, comme il vient d’être indiqué, on peut tout aussi bien n’y voir, d’un bout à l’autre que le développement, en trois temps successifs, d’une seule idée force très prégnante : - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière selon laquelle Dieu traite les Juifs et les paiens (1 - 8), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière dont Dieu traite le peuple d’Israël (9 - 11), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la vie de ceux qui croient au Christ. (12 - 15).


Selon le premier découpage de cette Lettre, que nous continuons de suivre, Paul développe maintenant une 3ème série d’arguments autour d’un 3ème thème : L’amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (9, 1 - 11, 36).

Ce thème est développé successivement en quatre points :

  • Paul nous partage d’abord sa lamentation sur ses frères, les Juifs, dont il s’est séparé en suivant Jésus (9, 1 - 5),
  • Ce que vit maintenant Israël n’est pas en contradiction avec le Projet de salut de Dieu depuis Abraham, à travers l’histoire des hommes, (9, 6 - 29),
  • L’échec d’Israël vient de son propre refus du salut de Dieu en Jésus Christ (9, 30 - 10, 21).
  • Cet échec d’Israël n’est, en définitive, que partiel et temporaire (11, 1 - 36).

Nous nous trouvons ainsi aujourd’hui au terme de la 3ème section de cette grande partie “doctrinale” de cette Lettre aux Romains : l’achèvement du salut de Dieu en Jésus, qui nous est communiqué comme une force transformante de notre être tout entier par la foi qui justifie, ne contredit pas pour autant les promesses faites par Dieu à l’ancien Israël.

En conséquence, Paul va conclure que cette séparation présente d’Israël est partielle et temporaire et que l’unité se fera, au moins à la fin des temps, entre Israël et I’Eglise de Jésus (11, 1 - 36).

C’est ce chapitre 11 que nous lisons dans notre page couvrant les lectures liturgiques Catholiques Romaines de ces deux jours. (11, 1 - 36).

2. Message

Même si Paul, dans son argumentation, a écrit des choses désagréables à propos d’lsraël, n’hésitant pas à dire, d’une part, que l’incroyance présente de ce peuple élu demeure en accord avec le plan de Dieu qui appelle tous les hommes tout-à-fait gratuitement (chapitre 9), et que, d’autre part, l’incroyance d’lsraël n’est dûe qu’à son endurcissement (chapitre 10), Paul s’oriente cependant vers une solution positive.

Déjà, en 9, 27, il avait laissé entendre qu’un reste d’lsraël serait sauvé. C’est ce point qu’il développe de nouveau dans l’ensemble de ce chapitre 11 qui forme notre passage, en affirmant que l’incroyance d’Israël n’est que partielle (11, 1 - 10), qu’elle n’est tout au plus que temporaire (11, 11 - 24), et que, selon le plan de Dieu, sa miséricorde se manifestera à l’égard de tous les hommes quels qu’ils soient, donc, y compris les Juifs qui n’acceptent pas Jésus comme Messie.

Et Paul de conclure par une hymne à la miséricorde inimaginable et suprême de Dieu (11, 33 - 36).

En effet, cette miséricorde de Dieu sera manifestée à tous à la fin des temps. En conséquence, les païens devenus chrétiens doivent dépasser une vision facile et étroite de l’histoire du salut et accepter de découvrir des aspects insoupçonnés du mystère de Dieu et de ses secrets.

Selon ce mystère, de même qu’en corrélation avec le refus d’Israël de croire en Jésus, les païens ont pu accueillir la prédication apostolique et sont devenus membres de l’Eglise, de même tout Israël finira par être sauvé, lorsque l’évangélisation de l’ensemble de I’humanité aura atteint le niveau de plénitude qui convient à Dieu et qu’il lui appartient, à lui seul, d’estimer.

Dieu continue d’aimer les Juifs à cause des promesses qu’il a faites à leurs pères, car son appel et ses dons sont irrévocables. Dieu est toujours fïdèle, quelle que soit la réponse de l’homme, comme tous les prophètes de l’Ancien Testament I’ont toujours souligné.

Toutes les paroles, initiatives et gestes de Dieu font partie de son unique projet et concernent ainsi le salut de tous : c’est pourquoi, la miséricorde de Dieu, offerte aux païens qui ont reçu dans leur vie le témoignage de Jésus, sera de nouveau offerte mystérieusement à tout Israël.

Ainsi, païens et Juifs qui, tour à tour, et à leur façon, ont tous désobéi à Dieu par leur incroyance, leur péché ou le refus du Royaume annoncé par Jésus, seront tous enveloppés et saisis définitivement par la miséricorde de Dieu.

On comprend que Paul soit ainsi conduit à chanter son hymne à la sagesse extraordinairement miséricordieuse de Dieu, hymne toute d’admiration et d’action de grâces. Dieu fait toujours bien toutes choses, sa prise en charge de tous les hommes est sans limites et s’étend bien au-delà de nos conceptions.

Paul cite conjointement Isaïe, 40, 13 et Job (peut-être Job, 41, 3, ou encore Job, 35, 7 ou 41, 1), pour situer Dieu au delà de toutes nos logiques et approches, mais comme celui dont tout dépend. D’où la grande affirmation qui précède la doxologie finale : tout est de lui, par lui et pour lui.

3. Decouvertes

Paul exprime sa ferme conviction du salut collectif du peuple Juif, en écho à Isaïe, 60, 21 - 22. Comme il n’explicite pas le “comment” de cette réalisation, deux explications différentes en ont été données :

  • l’une, théologique, admet que Dieu sauvera Israël, en pure miséricorde, et indépendamment de toute acceptation par Israël de Jésus comme Messie. Ce qui revient à dire que Dieu lui-même viendra sauver Israël d’une manière particulière, sans la participation de Jésus.

  • la seconde explication, christologique, fait du Christ de la fin des temps le “libérateur” mentionné au verset 26, dans la citation d’Isaïe 59, 20 - 21. Ainsi s’achèvera, en plénitude et de manière étendue à tous les hommes sans distinction, la Nouvelle Alliance déjà accomplie par Jésus en sa mort-résurrection (voir Jérémie, 31, 33). Ce qui implique une conversion de l’ensemble d’Israël au Christ à la fin ultime des temps.

Cette seconde explication semble bien être la seule qui respecte la pensée de Paul, qui n’a jamais envisagé un salut opéré par Dieu pour les Juifs, qui serait différent d’un salut accompli par le Christ pour le reste de l’humanité. Sinon, comment aurait-il pu parler, comme il l’a fait avec tant de force, de la justification accomplie chez tous les hommes par la grâce de Dieu accueillie dans la foi ?

4. Prolongement

L’inconcevable mystère de Dieu, c’est qu’il nous sauve, qu’il nous offre sa grâce et son Esprit Saint, quel qu’ait pu être, ou soit encore, notre péché, notre refus de son salut.

A tous les hommes, son Amour miséricordieux et sa proximité (qui a jusqu’au partage de sa vie) sont proposés dans l’accueil de l’accomplissemnt de la mission de Jésus le Christ.

Ce que Dieu attend de nous, et de tous, c’est cette ouverture à la communication de la richesse de son don. Ouverture qui s’appelle “pauvreté du coeur” et “remise de soi dans l’abandon plein de confiance” à Celui qui nous demande de l’appeler “Père”.

Prière

Seigneur Jésus, que ton Esprit Saint grave en nos coeurs cet accueil de l’au-delà infini de Dieu, et chante sans cesse en nous, et avec nous, la louange de Dieu liée à cette extrordinaire découverte :

Évangile : Luc 14, 12-14

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

12 Il dit aussi à celui qui l’avait invité: Lorsque tu donnes à dîner ou à souper, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni des voisins riches, de peur qu’ils ne t’invitent à leur tour et qu’on ne te rende la pareille.
13 Mais, lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles.
14 Et tu seras heureux de ce qu’ils ne peuvent pas te rendre la pareille; car elle te sera rendue à la résurrection des justes.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre

2. Message

Pris dans l’ensemble des paroles de Jésus au cours de son repas chez un Pharisien qui l’a invité un jour de sabbat, notre texte de ce jour propose tout particulièrement une leçon de gratuité totale, dans la mesure où Jésus recommande d’inviter ceux qui n’auront jamais les moyens de rendre, à leur tour, la politesse de cette invitation.

Une telle gratuité, effectuée au nom de Dieu, est un “signe” du Royaume qu’annonce et ouvre Jésus, et c’est pour cela qu’elle vaudra une réponse de Dieu lors de la résurrection des justes.

3. Decouvertes

Jésus, tout au long de ce chapitre 14, se retrouve, une fois de plus, à table avec des Pharisiens, chez l’un d’entre eux qui l’a invité. Et, pendant toute la durée de ce repas, à partir de la situation, et des comportements qu’il remarque chez ses co-invités, il offre à ses commensaux un enseignement contestataire, même si son auditoire ne paraît pas lui être hostile.

Jésus a, en effet, commencé par guérir un hydropique qui se trouvait là, en justifiant son action au nom de la nécessité du service du frère qui dépasse toute Loi (14, 1 - 6). Il a ensuite critiqué le choix des premières places que faisaient les autres invités (14, 7 - 11). Et, maintenant, il fait la leçon à son hôte pour n’avoir invité que ses proches ou ses amis (14, 12 - 14).

A travers ces trois prises de position, son message est un appel à vivre, dès aujourd’hui, dans notre existence courante et ordinaire, l’humilité et la gratuité du Royaume de Dieu qu’il annonce comme proche, et pour lequel il demande conversion.

Ces repas du Sabbat pouvaient être considérés comme des anticipations du banquet du Royaume. C’est la raison pour laquelle Jésus montre à ceux qui l’entourent en quoi le présent repas, qu’ils partagent avec lui, ne peut être une telle anticipation.

En effet, il est vécu plus dans une ambiance d’orgueil que d’humilité, plus également dans une ambiance d’exclusion que d’accueil universel (ambiance qui sera encore celle des disciples de Jésus lors de son dernier repas avec eux, le Jeudi Saint au soir, veille de sa mort : voir 22, 24 - 27).

Ce à quoi l’un des invités proclame la bénédiction que recevront ceux qui auront part au banquet du Royaume, pensant, sans doute, être lui-même l’un de ceux-là. Et, pour toute réponse, Jésus racontera alors sa parabole des “invités au festin” (14, 15- 24).

4. Prolongement

L’accueil de tous sans aucune discrimination, et particulièrement des pauvres, des petits, des exclus et des pécheurs, a toujours constitué une priorité dans le ministère de Jésus. Lorsqu’il privilégie ainsi les “rejetés” de la société, il commence d’abord par rétablir un équilibre entre tous, par une compensation à l’égard de ceux qui n’ont rien ou presque.

Ce qu’écrit Jacques dans sa lettre semble indiquer qu’il n’était pas facile, même après la résurrection de Jésus, de vivre à fond son enseignement en ce domaine :

Jacques 2

2.1 Mes frères, que votre foi en notre glorieux Seigneur Jésus Christ soit exempte de toute acception de personnes.

2.2 Supposez, en effet, qu’il entre dans votre assemblée un homme avec un anneau d’or et un habit magnifique, et qu’il y entre aussi un pauvre misérablement vêtu;

2.3 si, tournant vos regards vers celui qui porte l’habit magnifique, vous lui dites: Toi, assieds-toi ici à cette place d’honneur! et si vous dites au pauvre: Toi, tiens-toi là debout! ou bien: Assieds-toi au-dessous de mon marche-pied,

2.4 ne faites vous pas en vous-mêmes une distinction, et ne jugez-vous pas sous l’inspiration de pensées mauvaises?

2.5 Écoutez, mes frères bien-aimés: Dieu n’a-t-il pas choisi les pauvres aux yeux du monde, pour qu’ils soient riches en la foi, et héritiers du royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment?

2.6 Et vous, vous avilissez le pauvre!

Prière

*Seigneur Jésus, à l’inverse de toi, nous avons beaucoup de mal à accueillir l’exclus, le pauvre, l’immigré, le sans-abri, le chômeur, le buveur, le clochard, et nous sommes tentés parfois d’oublier que, créés comme tous à l’image de Dieu, ils sont, pour toi, une valeur unique dans ton projet de salut et dans l’appel que tu lances à te suivre jusque dans le Royaume de Dieu : aide-moi à porter d’abord, sur tous les hommes et toutes les femmes que je rencontre, un regard de foi qui les reconnaît comme mes frères et soeurs, membres à part entière de cette humanité pour laquelle tu es mort, en révélant la miséricorde du Père qui nous sauve tous gratuitement, apprends-moi à mieux les accueillir, tels qu’ils sont, par delà mes hésitations, ou le rejet et le mépris qui, spontanément, peuvent monter en moi. AMEN.

04.11.2002.*


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