📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Romains 13, 8-10
DE LA LETTRE AUX ROMAINS
Texte
8 N’ayez de dettes envers personne, sinon celle de l’amour mutuel. Car celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi.
9 En effet, le précepte : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en cette formule : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
10 La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude.
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Romains est la plus longue, la plus importante et la mieux structurée des lettres de Paul.
Son interprétation a été décisive dans les grands moments de crise de l’Eglise, surtout au 5ème siècle (face à l’hérésie du moine Pélage : l’homme gagne son salut par son effort personnel), et au 16ème siècle (Luther et Calvin se séparent de Rome).
C’est à partir de leur relecture de la Lettre aux Romains que les Réformés et les Luthériens du 16ème siècle ont formulé leurs thèses sur le salut de Dieu par la grâce acceptée dans la foi.
Cette lettre a été écrite par Paul lui-même (en la dictant à un secrétaire-écrivain) au printemps de 57 ou de 58, et probablement depuis Corinthe. On n’a jamais mis en doute son authenticité.
Paul estime avoir terminé son oeuvre apostolique en Orient. Il forme donc le projet de passer par Rome pour aller en Espagne (15, 19 - 31).Il envoie donc d’avance aux chrétiens de Rome ce qui représente le coeur de sa prédication et de son Evangile.
En effet, cette Lettre aborde en profondeur les points les plus centraux du message chrétien : la puissance du salut de Dieu, présenté comme une grâce à recevoir dans la foi, pour en être transformé. C’est une vie avec le Christ ressuscité, mais marquée par l’événement suprême du dessein de salut de Dieu que constituent enemble la prédication, le témoignage, la mort et la résurrection de Jésus. L’Esprit Saint que nous avons reçu insère en nous toute la richesse de vie et de nouveauté, qui est le fruit de cet événement unique.
Cet enseignement à la fois général, et sans doute adapté à des circonstances particulières de l’Eglise de Rome, se réalise en deux parties : - l’une doctrinale (1 - 11), - l’autre exhortative, pour encourager à une manière de vivre avec et selon le Christ, et qui traite de différents aspects de notre existence humaine (12 - 16).
La partie proprement doctrinale de la Lettre de Paul aux Romains (1, 16 - 11, 36), qui commence dès la fin des présentations (1, 1 - 15), est toute entière consacrée à la Bonne Nouvelle ou l’Evangile de Dieu qui nous vient de notre Seigneur Jésus le Christ, et elle se développe en trois thèmes : - La justice de Dieu nous est révélée par l’Evangile comme force de justice pour qui l’accueille avec foi (1, 16 - 4, 25), - L’amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (5, 1 - 8, 39), - Cette réalisation du salut de Dieu n’est pas en contradiction avec la promesse de Dieu faite jadis à Israël (9, 1 - 11, 36)
A côté de cette répartition de cette Lettre en deux parties, comme il vient d’être indiqué, on peut tout aussi bien n’y voir, d’un bout à l’autre que le développement, en trois temps successifs, d’une seule idée force très prégnante : - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière selon laquelle Dieu traite les Juifs et les paiens (1 - 8), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière dont Dieu traite le peuple d’Israël (9 - 11), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la vie de ceux qui croient au Christ. (12 - 15).
Selon le découpage de cette Lettre, que nous continuons de suivre, notre passage se trouve dans la 2nde grande partie de ce document de Paul, appelée “partie exhortative” (12 - 16), qui, avant d’aborder la conclusion de cette Lettre, au chapitre 16, nous présente les exigences de la vie droite que nous sommes conduits à mener si nous vivons dans une confiance totale au Christ Jésus qui nous rend justes par la foi et qui nous transforme par son Esprit Saint. (12, 1 - 15, 13). Et, suite à cette section exhortative, Paul conclut sa Lettre (15, 14 - 33), y ajoute un mot de recommandation pour une personne, Phoebé (16, 1 - 23), et termine par une doxologie ( 16, 25 - 27).
Cette exhortation développée traite successivementr de deux thèmes : - la vie chrétienne, vue comme culte spirituel que nous rendons à Dieu (12, 1 - 13, 14), - le respect dû aux membres plus faibles de nos communautés de disciples de Jésus (14, 1 - 15, 13).
Avec la page de ce jour nous nous retrouvons à un stade déjà bien avancé du premier thème de cette exhortation.
Tous ceux qui ont été baptisés dans le Christ Jésus et sont devenus membres de son corps doivent vivre leur existence comme une offrande permanente présentée au Seigneur, et dans la mise au service des frères, selon la charité, des dons qu’ils ont ainsi reçus. Après avoir exposé cela d’une façon générale (12, 1 - 21), Paul s’est arrêté à la situation des chrétiens face aux autorités civiles ou politiques qui, selon lui, doivent être respectées, car toute autorité vient finalement de Dieu (13, 1 - 7).
2. Message
Dans ce culte spirituel à rendre à Dieu, la charité vécue entre frères est donc, suite à ce que Paul développé depuis le début du chapitre 12, une nécessité de première importance.
La charité comme telle n’est pas une attitude particulière qui serait à tenir à l’égard de telle ou telle personne, c’est I’expression normale de toute l’attitude chrétienne, et, de ce fait, elle ne saurait être réduite à une attention vis-à-vis des seuls chrétiens. Elle est une façon de vivre habituelle : à l’image du Christ qui est mort pour tous, le chrétien, son disciple, est quelqu’un qui aime ses frères et soeurs quels qu’ils soient.
A deux reprises, Paul écrit : “celui qui aime accomplit la loi” ou, ce qui revient au même, “l’amour est le plein accomplissement de la loi”. Il s’agit pour lui d’un principe de base. Si le Christ est le terme de la Loi de Moïse et de tout l’Ancien Testament, celui auquel toute l’Ancienne Alliance conduit (Romains, 10, 4), alors l ‘amour (ou la miséricorde) qui a été l’expression suprême de son ministère et de son engagement (Romains, 8, 35), représente la plénitude de tout ce qu’il a accompli, et devient la norme de toute existence de chrétien.
Entre ces 2 affirmations parallèles, Paul montre comment les grands commandements du Décalogue sur les relations humaines se résument dans la phrase du Lévitique, 19, 18 : “tu aimeras ton prochain comme toi-même”. En effet, ni l’adultère, ni le vol, ni le meurtre, ni la convoitise ne peuvent coexister avec une attitude d’amour fraternel.
3. Decouvertes
La “loi” dans cette page signifie uniquement la “loi” que Moïse a reçue de Dieu sur le Sinaï et transmise ensuite à tout le peuple, qui était tenu de l’accomplir, en réponse à l’ Alliance que Dieu avait conclue avec lui.
Lorsque Paul cite ainsi des commandements du Décalogue et les résume dans le commandement de l’amour fraternel qui, selon lui, les contient tous, il se comporte à la façon de Jésus qui, nous le savons, avait ramené toute la Loi et les Prophètes (c’est-à-dire toute la Bible et l’expérience d’Israêl) à l’exigence de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain (Marc, 12, 28 - 34; voir aussi Galates, 5, 14 et Matthieu, 22, 37 - 40).
Dans l’Ancien Testament, l’amour du prochain ne visait que les concitoyens Juifs. Tel n’est plus le cas pour Paul : tout homme est devenu un “frère pour lequel Christ est mort” (Romains, 14, 15).
4. Prolongement
Paul a fortement raison de souligner que la “loi” ou les commandements sont les exigences de base de toute attitude d’amour en vérité. Comment peut-on prétendre aimer si l’on ne respecte pas son père et sa mère, si l’on vole, ou si l’on tue, ou encore si l’on commet l’adultère ?
En ce sens, les commandements sont l’exigence de vérité de toute attitude d’amour, ils sont la “garantie de cohérence” de tout amour authentique.
Quand Paul critique la “loi”, c’est dans la mesure où on l’applique pour elle-même et pour soi comme un instrument de salut que l’on utilise, comme un système clos et fermé. Cela nous permet ainsi de maîtriser notre vie nous-mêmes, sans avoir besoin de la grâce gratuite de Dieu, dans la mesure où nous pensons être sûrs (à tort) qu’obéir à la “loi” suffit au Salut.
En réalité, selon l’Evangile de Jésus, seul un coeur de pauvre qui se remet à Dieu humblement, dans la confiance et en comptant sur sa grâce, peut vraiment aimer, selon la vérité de l’amour, qui nous sort de nous-mêmes, parce qu’il a été lui-même mis en nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné (Romains, 5, 5).
Prière
*Seigneur Jésus, comme celui qui t’avait un jour demandé : “et qui est mon prochain ?”, nous avons envie de te redemander sans cesse “qu’est-ce au juste qu’aimer ?”, et, après nous avoir raconté de nouveau le geste du bon Samaritain de ta parabole, toi le Ressuscité, tu peux ajouter : “regarde comment j’ai vécu, et dans quelles circonstances je suis mort pour toi, révélant ainsi que Dieu est Amour gratuit, et mettant en pratique une phrase de mon testament aux Onze apôtres qui m’entouraient la veille de ma crucifixion” : “il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime” : dans la force de ton Esprit Saint qui dépose en mon coeur ta façon d’aimer, apprends-moi à te suivre davantage, en t’imitant, sur ce chemin de vie. AMEN.
05.11.2003.*
Évangile : Luc 14, 25-33
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
25 Des foules nombreuses faisaient route avec lui, et se retournant il leur dit :
26 ” Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple.
27 Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple.
28 ” Qui de vous en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ?
29 De peur que, s’il pose les fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui, en disant :
30 “Voilà un homme qui a commencé de bâtir et il n’a pu achever ! “
31 Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ?
32 Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix.
33 Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
Soyons lucides, mesurons les enjeux, prenons les moyens, nous dit Jésus, quand il s’agit de le suivre.
Il nous précise on ne peut plus clairement les exigences qu’il attend du disciple : il faut d’abord le préférer, lui, Jésus, à toute autre relation humaine sans exception, ainsi qu’à toute possession, et ensuite le suivre dans l’obéissance absolue au Père, dans le renoncement total à soi-même.
Cela suppose donc qu’on ait réfléchi sérieusement à ce que Jésus nous demande : tout quitter et abandonner pour le suivre. Ce qui requiert au moins autant de sérieux que, pour un entrepreneur, étudier la construction d’une tour, ou pour un chef d’Etat, d’envisager une déclaration de guerre contre un autre pays.
3. Decouvertes
C’est en raison de grandes foules qui l’accompagnent sur sa route que Jésus met tous ces gens en demeure de réfléchir aux enjeux de leur démarche : savent-ils bien ce à quoi ils s’engagent, sont-ils sérieux, oui ou non ?
On s’est demandé si, au temps de Jésus et avant sa passion, on utilisait l’expression “prendre sa croix” pour traduire la nécessité d’assumer tous les risques d’une situation. Les avis divergent quant à une telle utilisation, possible pour certains, en raison de la fréquence des crucifixions à cette époque.
4. Prolongement
Quand il nous livre son témoignage, Paul nous montre à quel point il a pris sérieusement son propre engagement à la suite de Jésus :
15 Mais quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna
16 révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, sans consulter la chair et le sang,
17 sans monter à Jérusalem trouver les apôtres mes prédécesseurs, je m’en allai en Arabie, puis je revins encore à Damas.
19 … je suis crucifié avec le Christ ;
20 et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi.
7 Mais tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage, à cause du Christ.
8 Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ,
9 et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi…
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous rappelles, avec juste raison, que te suivre en qualité de disciple ne saurait jameis être pour nous une démarche de routine, tu nous veux engagés derrière toi sur ta route, bien au fait de ton exigence fondamentale de te préférer à toute autre personne, fût-elle la plus proche, ainsi qu’à toute possession, et tu attends de nous un sérieux au moins aussi grand que celui avec lequel nous prenons nos décisions les plus importantes : ouvre mon coeur et mon esprit à la réalité de ta présence et de ton appel, fas-moi découvrir toujours mieux quelle richesse de rencontre avec Dieu tu me proposes, à quelle croissance infinie, et à quelle capacité de vérité et d’amour, tu m’invites, dans la lumière de ta gloire. AMEN.
06.11.2002.*