📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Philippiens 2, 12-18
DE LA LETTRE AUX PHILIPPIENS
Texte
12 Ainsi, mes bien-aimés, comme vous avez toujours obéi, travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, non seulement comme en ma présence, mais bien plus encore maintenant que je suis absent;
13 car c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir.
14 Faites toutes choses sans murmures ni hésitations,
15 afin que vous soyez irréprochables et purs, des enfants de Dieu irrépréhensibles au milieu d’une génération perverse et corrompue, parmi laquelle vous brillez comme des flambeaux dans le monde,
16 portant la parole de vie; et je pourrai me glorifier, au jour de Christ, de n’avoir pas couru en vain ni travaillé en vain.
17 Et même si je sers de libation pour le sacrifice et pour le service de votre foi, je m’en réjouis, et je me réjouis avec vous tous.
18 Vous aussi, réjouissez-vous de même, et réjouissez-vous avec moi.
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Philippiens est, avec le billet à Philémon, la letre la plus personnelle de Paul, lettre d’amicale exhortation, mais aussi d’encouragement de la part d’un fondateur de communauté.
Dans cette lettre, Paul vise surtout, par delà les situations pratiques qu’il évoque, à fortifier l’engagrment des Philippiens dans leur vie chrétienne. Paul les invite ainsi à imiter le Christ, comme il le fait lui-même, de façon à croître à l’image de Jésus dans leur foi et dans leur action.
D’un bout à l’autre de cette épître, telle qu’elle se présente à nous aujourd’hui, Paul invite ses lecteurs à approfondir le message du Christ, ainsi qu’à le vivre dans la joie.
Dans cette lettre, Paul fait allusion également aux souffrances éprouvées par les Philippiens à cause du Christ (1, 27 - 30 et 2, 15 - 17). Il parle également d’opposants (1, 28) : il peut s’agir soit d’autorités civiles, soit de paîens, soit de Juifs non convertis, soit de chrétiens issus du Judaïsme et opposés à Paul.
Certains pensent que Paul a écrit cette lettre de Rome, où il était, sinon emprisonné, du moins en résidence imposée et surveillée, au début des années 60. D’autres datent cette lettre du milieu des années 50, et la disent écrite depuis Ephèse, où Paul aurait été en détention.
D’autres enfin, distinguent, dans le texte qui nous est parvenu, trois différentes lettres aux Philippiens, toutes écrites vers 53 - 54 depuis Ephèse : - une lettre, ” A”, la première, très courte, comprenant les versets 4, 10 - 20, et remerciant les P¨hilippiens de leur assistance financière, - une 2ème lettre, “B”, envoyée un peu plus tard de prison, où Paul se trouve alors, jouissant cependant d’une certaine marge de liberté, et comprenant les extraits 1, 3 - 3,1 et 4, 2 - 9, de notre présente lettre canonique, - une 3ème lettre, “C”, lettre d’avertissement aux Philippiens (3, 2 - 4, 1), face à la perspective d’arrivée chez eux de chrétiens issus du Judaïsme, opposés à l’enseignement de Paul, et prônant la nécessité de la circoncision et de la pratique de la Loi de Moïse pour tous les disciples de Jésus, comme l’atteste fortement, de son côté, la Lettre aux Galates.
2. Message
Après avoir, dans les versets qui précèdent cette page, dépeint l’attitude du Christ qui s’est fait serviteur et s’est abaissé plus encore jusqu’à la mort sur une croix, attitude qu’il invite ses correspondants à reprendre et adopter, Paul leur conseille de se maintenir sans cesse, y compris en son absence, dans cette attitude d’obéissance qu’il a constatée chez eux, et qui les fait se soumettre à Dieu avec tout le respect qui lui est dû.
Ce qu’il leur déclare être tout-à-fait possible, dans la mesure où c’est Dieu lui-même qui produit en eux le vouloir et le faire, de par sa propre action.
Ainsi seront-ils des fils de lumière, véritables enfants de Dieu, témoins et porteurs de sa Parole qui fait vivre.
Ainsi seront-ils de même source de fierté pour l’apôtre au Jour du Seigneur, et attesteront-ils de l’efficacité de sa mission, en étant de fait associés à son témoignage personnel d’obéissance dans la foi - témoignage qui peut le conduire à verser son sang pour le Christ - , dans un partage de la même joie de servir comme lui la cause de Dieu.
3. Decouvertes
Ce passage pourrait s’intituler “la réponse que Paul attend des Philippiens”.
Paul reprend ici le ton de l’exhortation directe, illuminée par l’exemple du Christ qui vient de leur être proposé dans les versets précédents. C’est ainsi qu’il peut leur dire qu’ils ont toujours obéi (à Dieu).
Paul les invite maintenant à collaborer avec l’action de Dieu en eux, car leur effort personnel ne peut se faire qu’avec et dans le Christ qui leur est présent.
Au verset 14, Paul fait écho au livre de l’Exode pour avertir et encourager (Exode, 15 - 17. Voir Nombres, 14 - 17).
Au verset 15, Paul applique aux Philippiens des expressions proches de celles qu’on peut lire en Deutéronome, 32, 5, avec un ton d’encouragement, qui, au verset 16, se rapproche de la supplication.
Remarquons le changement de ton de nouveau au verset 17, où Paul fait appel au langage de l’intensité religieuse, considérant les Philippiens comme des prêtres, dont il se dit lui-même faire partie de l’offrande qu’ils présentent à Dieu. Notons que Paul n’utilise jamais les termes de “culte’” et de “prêtre” pour parler de son minsitère apostolique, mais comme des métaphores, comme il le fait ici et en Romains, 15, 16. Il emploie ici le mot “sacrifice” pour signifier la vie selon la foi au Christ.
Notons que Paul développe en cette page une vérité essentielle de notre foi : que le salut de Dieu est l’oeuvre même de Dieu en nous, que nous devons laisser agir en nous, et nous saisir totalement. C’est bien par grâce, et selon le don absolument gratuit de Dieu, que nous sommes sauvés, et nous “n’y sommes pour rien” (Ephésiens, 2, 4 - 11). En d’autres termes, Dieu insère en nous l’obéissance de Jésus, dans l’accomplissement des prophéties de Jérémie, 31, 31 - 35 et d’Ezéchiel, 36, 26 - 29.
4. Prolongement
A plusieurs reprises, dans ses lettres, Paul n’hésite pas à inviter ses destinataires et amis à “l’imiter comme il imite le Christ”.
Car c’est toujours bien ainsi qu’il se situe lui-même, “saisi par le Christ et cherchant à le saisir”, comme il va le préciser plus loin, au chapitre 3, dans cette même Lettre aux Philippiens.
Ainsi devons-nous également nous inviter les uns et les autres, si nous cherchons à vivre selon le projet de Dieu, et si nous acceptons de leur rendre compte, à la fois en vérité et humblement, de “l’espérance qui est en nous” (1 Pierre, 3, 15 - 16).
Vivre dans la communion écclésiale, c’est nous associer et nous asister réciproquement dans notre témoignage commun d’accueil de la présence et de l’agir de Dieu en chacune et chacun de nous, quelle que puisse être la différence de nos situations spécifiques.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as dit, la veille de ta mort, que Dieu ton Père aimera et viendra, avec toi, établir sa demeure en celui qui “t’aime et garde ta Parole”, et ainsi la laisse fructifier en lui : donns-nous la docilité qui fait qu’il en sera vraiment ainsi pour chacune et chacun d’entre nous. AMEN.
03.11.2004.*
Évangile : Luc 14, 25-33
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
25 Des foules nombreuses faisaient route avec lui, et se retournant il leur dit :
26 ” Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple.
27 Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple.
28 ” Qui de vous en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ?
29 De peur que, s’il pose les fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui, en disant :
30 “Voilà un homme qui a commencé de bâtir et il n’a pu achever ! “
31 Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ?
32 Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix.
33 Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
Soyons lucides, mesurons les enjeux, prenons les moyens, nous dit Jésus, quand il s’agit de le suivre.
Il nous précise on ne peut plus clairement les exigences qu’il attend du disciple : il faut d’abord le préférer, lui, Jésus, à toute autre relation humaine sans exception, ainsi qu’à toute possession, et ensuite le suivre dans l’obéissance absolue au Père, dans le renoncement total à soi-même.
Cela suppose donc qu’on ait réfléchi sérieusement à ce que Jésus nous demande : tout quitter et abandonner pour le suivre. Ce qui requiert au moins autant de sérieux que, pour un entrepreneur, étudier la construction d’une tour, ou pour un chef d’Etat, d’envisager une déclaration de guerre contre un autre pays.
3. Decouvertes
C’est en raison de grandes foules qui l’accompagnent sur sa route que Jésus met tous ces gens en demeure de réfléchir aux enjeux de leur démarche : savent-ils bien ce à quoi ils s’engagent, sont-ils sérieux, oui ou non ?
On s’est demandé si, au temps de Jésus et avant sa passion, on utilisait l’expression “prendre sa croix” pour traduire la nécessité d’assumer tous les risques d’une situation. Les avis divergent quant à une telle utilisation, possible pour certains, en raison de la fréquence des crucifixions à cette époque.
4. Prolongement
Quand il nous livre son témoignage, Paul nous montre à quel point il a pris sérieusement son propre engagement à la suite de Jésus :
15 Mais quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna
16 révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, sans consulter la chair et le sang,
17 sans monter à Jérusalem trouver les apôtres mes prédécesseurs, je m’en allai en Arabie, puis je revins encore à Damas.
19 … je suis crucifié avec le Christ ;
20 et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi.
7 Mais tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage, à cause du Christ.
8 Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ,
9 et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi…
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous rappelles, avec juste raison, que te suivre en qualité de disciple ne saurait jameis être pour nous une démarche de routine, tu nous veux engagés derrière toi sur ta route, bien au fait de ton exigence fondamentale de te préférer à toute autre personne, fût-elle la plus proche, ainsi qu’à toute possession, et tu attends de nous un sérieux au moins aussi grand que celui avec lequel nous prenons nos décisions les plus importantes : ouvre mon coeur et mon esprit à la réalité de ta présence et de ton appel, fas-moi découvrir toujours mieux quelle richesse de rencontre avec Dieu tu me proposes, à quelle croissance infinie, et à quelle capacité de vérité et d’amour, tu m’invites, dans la lumière de ta gloire. AMEN.
06.11.2002.*