📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Philippiens 4, 10-19

DE LA LETTRE AUX PHILIPPIENS

Texte

10 J’ai eu grande joie dans le Seigneur à voir enfin refleurir votre intérêt pour moi ; il était bien toujours vivant, mais vous ne trouviez pas d’occasion.
11 Ce n’est pas mon dénuement qui m’inspire ces paroles ; j’ai appris en effet à me suffire en toute occasion.
12 Je sais me priver comme je sais être à l’aise. En tout temps et de toutes manières, je me suis initié à la satiété comme à la faim, à l’abondance comme au dénuement.
13 Je puis tout en Celui qui me rend fort.
14 Cependant vous avez bien fait de prendre part à mon épreuve.
15 Vous le savez vous-mêmes, Philippiens : dans les débuts de l’Évangile, quand je quittai la Macédoine, aucune Église ne m’assista par mode de contributions pécuniaires ; vous fûtes les seuls,
16 vous qui, dès mon séjour à Thessalonique, m’avez envoyé, et par deux fois, ce dont j’avais besoin.
17 Ce n’est pas que je recherche les dons ; ce que je recherche, c’est le bénéfice qui s’augmente à votre actif.
18 Pour le moment j’ai tout ce qu’il faut, et même plus qu’il ne faut, je suis comblé, depuis qu’Épaphrodite m’a remis votre offrande, parfum de bonne odeur, sacrifice que Dieu reçoit et trouve agréable
19 En retour mon Dieu comblera tous vos besoins, selon sa richesse, avec magnificence, dans le Christ Jésus.

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Philippiens est, avec le billet à Philémon, la letre la plus personnelle de Paul, lettre d’amicale exhortation, mais aussi d’encouragement de la part d’un fondateur de communauté.

Dans cette lettre, Paul vise surtout, par delà les situations pratiques qu’il évoque, à fortifier l’engagrment des Philippiens dans leur vie chrétienne. Paul les invite ainsi à imiter le Christ, comme il le fait lui-même, de façon à croître à l’image de Jésus dans leur foi et dans leur action.

D’un bout à l’autre de cette épître, telle qu’elle se présente à nous aujourd’hui, Paul invite ses lecteurs à approfondir le message du Christ, ainsi qu’à le vivre dans la joie.

Dans cette lettre, Paul fait allusion également aux souffrances éprouvées par les Philippiens à cause du Christ (1, 27 - 30 et 2, 15 - 17). Il parle également d’opposants (1, 28) : il peut s’agir soit d’autorités civiles, soit de paîens, soit de Juifs non convertis, soit de chrétiens issus du Judaïsme et opposés à Paul.

Certains pensent que Paul a écrit cette lettre de Rome, où il était, sinon emprisonné, du moins en résidence imposée et surveillée, au début des années 60. D’autres datent cette lettre du milieu des années 50, et la disent écrite depuis Ephèse, où Paul aurait été en détention.

D’autres enfin, distinguent, dans le texte qui nous est parvenu, trois différentes lettres aux Philippiens, toutes écrites vers 53 - 54 depuis Ephèse : - une lettre, ” A”, la première, très courte, comprenant les versets 4, 10 - 20, et remerciant les P¨hilippiens de leur assistance financière, - une 2ème lettre, “B”, envoyée un peu plus tard de prison, où Paul se trouve alors, jouissant cependant d’une certaine marge de liberté, et comprenant les extraits 1, 3 - 3,1 et 4, 2 - 9, de notre présente lettre canonique, - une 3ème lettre, “C”, lettre d’avertissement aux Philippiens (3, 2 - 4, 1), face à la perspective d’arrivée chez eux de chrétiens issus du Judaïsme, opposés à l’enseignement de Paul, et prônant la nécessité de la circoncision et de la pratique de la Loi de Moïse pour tous les disciples de Jésus, comme l’atteste fortement, de son côté, la Lettre aux Galates.

2. Message

Ce billet, considéré par certains comme la 1ère des 3 Lettres de Paul aux Philippiens, ne parle que de l’entraide fraternelle dont bénéficie Paul de la part de l’Eglise de Philippes.

Paul se réjouit de l’aide que lui ont apportée les Philippiens quand il était dans la gêne. Il interprète ce geste de partage comme une offrande agréable qu’ils ont faite au Seigneur, qui le leur rendra.

Paul témoigne ici d’une “indifférence” face aux biens de ce monde et au confort matériel. Il sait vivre aussi bien dans la gêne que dans l’abondance. En effet, le Christ seul est sa force, et le rend capable de faire face comme il convient à toute situation.

Il mentionne à ce propos que l’Eglise de Philippes est la seule a avoir eu avec lui une telle relation de partage, dont Paul parle ici en termes de comptes de transit ouverts entre lui et cette communauté.

3. Decouvertes

L’Eglise de Philippes a aidé Paul à plusieurs reprises depuis le début de leurs relations (4, 13 - 16).

Paul ne veut, en aucun cas, se comporter comme un mendiant, ou susciter la pitié (4, 17).

Sa relation aux biens de ce monde est d’abord un aspect de sa vie spirituelle, et fonction de sa relation au Christ (4, 11 - 13).

4. Prolongement

Paul, bien au fait que les Apôtres doivent normalement être pris en charge par leurs commuunautés, a toujours tenu à vivre de son travail, sans dépendre pour cela de ses communautés. Ce passage de la Lettre aux Philippiens indique néanmoins une situation exceptionnelle, que Paul tient à traiter comme telle, en raison de ses très bonnes relations avec cette communauté :

11 Si nous avons semé en vous les biens spirituels, est-ce chose extraordinaire que nous récoltions vos biens temporels ?

12 Si d’autres ont ce droit sur vous, ne l’avons-nous pas davantage ? Cependant nous n’avons pas usé de ce droit. Nous supportons tout au contraire pour ne pas créer d’obstacle à l’Évangile du Christ.

13 Ne savez-vous pas que les ministres du temple vivent du temple, que ceux qui servent à l’autel partagent avec l’autel ?

14 De même, le Seigneur a prescrit à ceux qui annoncent l’Évangile de vivre de l’Évangile.

15 Mais je n’ai usé, moi, d’aucun de ces droits, et je n’écris pas cela pour qu’il en soit ainsi à mon égard ; plutôt mourir que de… Mon titre de gloire, personne ne le réduira à néant.

16 Annoncer l’Évangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !

17 Si j’avais l’initiative de cette tâche, j’aurais droit à une récompense ; si je ne l’ai pas, c’est une charge qui m’est confiée.

18 Quelle est donc ma récompense ? C’est qu’en annonçant l’Évangile, j’offre gratuitement l’Évangile, sans user du droit que me confère l’Évangile.

Prière

*Seigneur Jésus, ta nourriture était de faire la volonté du Père, tu n’avais pas une pierre où reposer la tête, tu nous as demande de ne pas nous soucier de notre subsistance ou de notre confort, car Dieu sait que nous avons besoin de toutes ces choses, et tu nous as rappele qu’il nous fallait d’abord chercher le Royaume de Dieu et sa justice : crée en moi profondément cette liberté d’Esprit, qui me permette d’être à l’aise face aux biens de ce monde, de façon à ce que je puisse les utiliser pour ta gloire et le service de mes frères et sœurs, sans jamais en dependre réellement. AMEN.

09.11.2002.*

Évangile : Luc 16, 9-15

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

9 ” Eh bien ! moi je vous dis : faites-vous des amis avec le malhonnête Argent, afin qu’au jour où il viendra à manquer, ceux-ci vous accueillent dans les tentes éternelles.
10 Qui est fidèle en très peu de chose est fidèle aussi en beaucoup, et qui est malhonnête en très peu est malhonnête aussi en beaucoup.
11 Si donc vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour le malhonnête Argent, qui vous confiera le vrai bien ?
12 Et si vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour le bien étranger, qui vous donnera le vôtre ?
13 ” Nul serviteur ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent. “
14 Les Pharisiens, qui sont amis de l’argent, entendaient tout cela et ils se moquaient de lui.
15 Il leur dit : ” Vous êtes, vous, ceux qui se donnent pour justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos cœurs ; car ce qui est élevé pour les hommes est objet de dégoût devant Dieu.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

Alors donc qu’il continue sa montée vers Jérusalem, et qu’il donne une 2ème série d’instructions à ses disciples (13, 22 - 17, 10), nous le rejoignons maintenant en ce chapitre 16, consacré entièrement à la nécessité de partager ses richesses avec ceux qui sont dans le besoin.

Deux histoires illustrant ce thème (appelées également “paraboles”) nous y sont racontées par Jésus : celle du gérant malhonnête, mais habile (Luc, 16, 1 - 8a), puis celle du riche et du pauvre Lazare (Luc, 16, 19 - 31).

Entre ces 2 histoires, nous sommes invités à réfléchir, d’abord sur l’interprétation à donner à l’histoire du gérant malhonnête (Luc, 16, 8b - 13), ensuite, sur le lien à faire entre tout ce qui a été dit au début de ce chapitre (Luc, 16, 1 - 13) et la seconde histoire illustrant un exemple, celle du riche aux 5 frères et du pauvre Lazare (Luc, 16, 14 - 18).

Notre page liturgique se situe quasi-entièrement dans le 1er temps de cette réflexion intermédiaire.

2. Message

L’enseignement de Jésus, tel que nous le rapporte Luc, se résume ainsi : l’argent détourne les disciples de Dieu, il est donc dangereux. Cependant, le disciple doit, maintenant et en ce monde, utiliser l’argent, dans l’aumône et le partage, pour le faire servir à l’avancée du Royaume.

1ère leçon à tirer de la parabole, qui a précédé, du gérant malhonnête, qui a su se faire des amis, en utilisant frauduleusement l’argent de son maître : soyons aussi habiles et déterminés que lui pour nous faire des amis auprès de Dieu ! Que notre partage, digne et honnête, de nos ressources soit le signe de la communion authentique des disciples entre eux et avec Dieu !

2ème leçon : l’argent est toujours un “Iieu-test” de notre honnêteté et de notre droiture. Si nous ne sommes pas capables de le gérer ainsi, comment pourrons-nous être crédibles au niveau des autres aspects de notre témoignage de disciples concernant l’Evangile de Jésus ?

3ème leçon : qui est notre “maître” ? Dieu (toujours pris le premier en considération, recherché d’abord en toute démarche, et sous le regard de qui nous situons tout ce que nous vivons), ou l’argent (avec tout ce qu’il implique de recherche de comfort, de reconnaissance et de considération dans la société des hommes, de sécurité et de possession de nous-mêmes, au point d’en oublier de nous remettre à Dieu) ?

Jésus est clair : nous ne pouvons servir 2 maîtres. Il nous faut donc choisir.

Répondant au ricanement des Pharisiens, Jésus les traite de “riches”, de gens qui se donnent une place “exaltée” aux yeux des hommes, et qui, de ce fait, se situent aux antipodes du Royaume de Dieu.

3. Decouvertes

Etre disciples, c’est être vigoureux, enthousiastes pour la cause de Jésus, autant que pouvait l’être ce gérant malhonnête pour sauver son avenir (verset 8b).

Les disciples doivent convertir l’argent trompeur en “capital” pour le Royaume, et, ce, en le partageant avec les autres, en particulier avec ceux qui sont dans le besoin (verset 9).

Les disciples sont appelés à une fidélité quotidienne. S’ils ne partagent pas leurs biens, on ne leur confiera pas le bien véritable du Royaume des cieux. Mais, s’ils le font, ils recevront en partage le “trésor” qui est dans les cieux (versets 10 - 12).

4. Prolongement

Comment peut-on prétendre se remettre à Dieu, comme un “pauvre” et dans la foi confiante, si l’on s’attache aux biens de ce monde avec un esprit de “maîtrise” et de “possession” ?

Notre relation à l’argent, reste, pour nous toutes et tous sans exception, un “lieu” de vérification permanente de notre “sincérité” face à Dieu et à Jésus (face auxquels tout doit prendre une place seconde et secondaire).

Cela suppose une véritable attitude de renoncement et de détachement, que l’on ait peu ou beaucoup de biens.

Paul se présente à nous, exemplaire sur ce point. Relisons comment il accuse réception d’une aide matérielle que lui ont fait parvenir les chrétiens de Philippes :

10 J’ai eu grande joie dans le Seigneur à voir enfin refleurir ,votre intérêt pour moi ; il était bien toujours vivant, mais vous ne trouviez pas d’occasion.

11 Ce n’est pas mon dénuement qui m’inspire ces paroles; j’ai appris en effet à me suffire en toute occasion.

12 Je sais me priver comme je sais être à l’aise. En tout temps et de toutes manières, je me suis initié à la satiété comme à la faim, à l’abondance comme au dénuement.

13 Je puis tout en Celui qui me rend fort.

14 Cependant vous avez bien fait de prendre part à mon épreuve.

15 Vous le savez vous-mêmes, Philippiens : dans les débuts de l’Evangile, quand je quittai la Macédoine, aucune Église ne m’assista par mode de contributions pécuniaires ; vous fûtes les seuls,

16 vous qui, dès mon séjour à Thessalonique, m’avez envoyé, et par deux fois, ce dont j’avais besoin.

17 Ce n’est pas que je recherche les dons; ce que je recherche, c’est le bénéfice qui s’augmente à votre actif.

18 Pour le moment j’ai tout ce qu’il faut, et même plus qu’il ne faut, je suis comblé, depuis qu’Épaphrodite m’a remis votre offrande, parfum de bonne odeur, sacrifice que Dieu.

Prière

*Seigneur Jésus, toi qui t’es fait pauvre pour nous enrichir de ta pauvreté : fais-moi comprendre que cette pauvreté, reçue en don dans ton Esprit Saint, inscrit dans ma vie les valeurs de dépouillement mais aussi de dépassement, en me rendant d’autant plus disponible à Dieu et à mes frères que je suis devnu “pauvre de moi et riche de Dieu”. AMEN.

08.11.2003.*


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