📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Philippiens est, avec le billet à Philémon, la letre la plus personnelle de Paul, lettre d’amicale exhortation, mais aussi d’encouragement de la part d’un fondateur de communauté.
Dans cette lettre, Paul vise surtout, par delà les situations pratiques qu’il évoque, à fortifier l’engagrment des Philippiens dans leur vie chrétienne. Paul les invite ainsi à imiter le Christ, comme il le fait lui-même, de façon à croître à l’image de Jésus dans leur foi et dans leur action.
D’un bout à l’autre de cette épître, telle qu’elle se présente à nous aujourd’hui, Paul invite ses lecteurs à approfondir le message du Christ, ainsi qu’à le vivre dans la joie.
Dans cette lettre, Paul fait allusion également aux souffrances éprouvées par les Philippiens à cause du Christ (1, 27 - 30 et 2, 15 - 17). Il parle également d’opposants (1, 28) : il peut s’agir soit d’autorités civiles, soit de paîens, soit de Juifs non convertis, soit de chrétiens issus du Judaïsme et opposés à Paul.
Certains pensent que Paul a écrit cette lettre de Rome, où il était, sinon emprisonné, du moins en résidence imposée et surveillée, au début des années 60. D’autres datent cette lettre du milieu des années 50, et la disent écrite depuis Ephèse, où Paul aurait été en détention.
D’autres enfin, distinguent, dans le texte qui nous est parvenu, trois différentes lettres aux Philippiens, toutes écrites vers 53 - 54 depuis Ephèse : - une lettre, ” A”, la première, très courte, comprenant les versets 4, 10 - 20, et remerciant les P¨hilippiens de leur assistance financière, - une 2ème lettre, “B”, envoyée un peu plus tard de prison, où Paul se trouve alors, jouissant cependant d’une certaine marge de liberté, et comprenant les extraits 1, 3 - 3,1 et 4, 2 - 9, de notre présente lettre canonique, - une 3ème lettre, “C”, lettre d’avertissement aux Philippiens (3, 2 - 4, 1), face à la perspective d’arrivée chez eux de chrétiens issus du Judaïsme, opposés à l’enseignement de Paul, et prônant la nécessité de la circoncision et de la pratique de la Loi de Moïse pour tous les disciples de Jésus, comme l’atteste fortement, de son côté, la Lettre aux Galates.
2. Message
C’est seulement après avoir rappelé à quel point il avait été saisi par le Christ lors de sa conversion, ce qui lui avait fait traiter de “balayures” tous ses avantages et toute son expérience religieuse antérieurs dans la découverte du Christ mort et ressuscité, qui l’invite à toujours chercher davantage à le saisir, c’est alors que Paul peut donner aux Philippiens le conseil de l’imiter et de suivre son exemple.
Sans une telle conversion, sans ce regard permanent vers le Christ qui nous fait vivre selon lui, et accepter d’être transformés, dépossédés par lui, nous risquons de nous recentrer sur nous-mêmes, ce qui finit par ouvrir la porte à tous les abus et à toutes les orgies.
Non, il nous faut vivre en lien constant avec le Christ, comme citoyens des cieux, selon une dimension reçue de Dieu qui nous dépasse et nous met en tension vers lui, dans l’attente de notre configuration définitive au corps de gloire du Seigneur ressuscité, au terme de notre histoire terrestre, où cette transformation a déjà commencé de se réaliser dans l’Esprit Saint qui nous a été donné.
Ce qui suppose que, dans cette même foi, nous reconnaissions la toute-puissance du Christ et sa capacité de transformer également tout l’univers.
3. Decouvertes
Après avoir raconté aux Philippiens l’histoire de son évoluition personnelle pour montrer une fois de plus à ceux d’entre eux qui subissaient certaines pressions de Judéo-chrétiens en faveur d’un retour à la circoncision et aux pratiques du Judaïsme, et les avoir invités à le suivre dans sa marche vers le Christ, (3, 2 - 16), Paul leur indique maintenant comment se comporter en citoyens du ciel. (3, 17 - 4, 1).
S’il leur a partagé son témoignage pour leur demander à la fin de l’imiter, mais en les traitant comme des “compagnons-imitateurs”, c’est pour les inviter, de fait, à imiter le seul modèle véritable qu’est le Christ Jésus. Et quand Paul se donne en exemple. il se situe en enseignant et non comme quelqu’un cultivant le culte de sa personnalité.
Qui sont ceux dont “leur dieu est leur ventre” ? Il se peut que Paul vise ici ceux qui prennent part à des repas de viandes immolées aux idoles sans tenir aucun compte du scandale éventuel qu’ils peuvent ainsi causer, ou encore ceux qui estiment qu’il leut faut se faire circoncire pour être vraiment chrétiens, ou enfin, ceux qui se compromettent dans les pratiques de la cité païenne, alors qu’ils appartiennent à une toute autre cité.
D’où sa présentation du mystère de l’entrée dans la cité céleste, la citoyenneté de Dieu, qui nous est présentée comme une réalité d’ajourd’hui et de demain. Car les chrétiens vivent selon deux ordres de réalité, l’un terrestre, l’autre céleste, le premier étant toutefois un cheminement dans la perspective et selon les valeurs déjà communiquées et reçues du second, dans une relation à la fois verticale et eschatologique.
Il y a donc un choix précis à effectuer entre la destruction qui menace ceux qui s’obtientn à se replier sur eux-mêmes et la vie nouvelle que nous transmet, et à laquelle nous appelle sans cesse, le Seigneur ressuscité.
4. Prolongement
Quelques autres textes de Paul nous mettent également en attente de la citoyenneté céleste du Christ ressuscité, et en marche vers elle : voir 2 Corinthiens, 3, 18 - 5, 1, ainsi que 1 Corintheins, 15, dont voci quelques versets particulièrement significatifs : 1 Corinthiens
15.20 Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts.
15.21 Car, puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts.
15.22 Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ,
15.23 mais chacun en son rang. Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ, lors de son avènement.
15.24 Ensuite viendra la fin, quand il remettra le royaume à celui qui est Dieu et Père, après avoir détruit toute domination, toute autorité et toute puissance.
15.25 Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait mis tous les ennemis sous ses pieds.
15.26 Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort.
15.27 Dieu, en effet, a tout mis sous ses pieds. Mais lorsqu’il dit que tout lui a été soumis, il est évident que celui qui lui a soumis toutes choses est excepté.
15.28 Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous.
Prière
*Seigneur Jésus, que la force et le dynamisme de ton Esprit Saint, qui te rend présent au coeur de nos vies avec la puissance de ta résurrection, nous ouvre toujours plus au mystère de ta venue en notre vie d’aujourd’hui, et crée en nous une attente plus profonde du partage de ta gloire divine, au terme de notre parcours terrestre dans l’histoire du monde de ce temps. AMEN.
05.11.2004.*
Évangile : Luc 16, 1-8
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
1 Il disait encore à ses disciples : ” Il était un homme riche qui avait un intendant, et celui-ci lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens.
2 Il le fit appeler et lui dit : “Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ta gestion, car tu ne peux plus gérer mes biens désormais. “
3 L’intendant se dit en lui-même : “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance ? Piocher ? je n’en ai pas la force ; mendier ? j’aurais honte…
4 Ah ! je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois relevé de ma gérance, il y en ait qui m’accueillent chez eux. “
5 ” Et, faisant venir un à un les débiteurs de son maître, il dit au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?” -
6 “Cent barils d’huile”, lui dit-il. Il lui dit : “Prends ton billet, assieds-toi et écris vite cinquante. “
7 Puis il dit à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” - “Cent mesures de blé”, dit-il. Il lui dit : “Prends ton billet, et écris quatre-vingts. “
8 ” Et le maître loua cet intendant malhonnête d’avoir agi de façon avisée. Car les fils de ce monde-ci sont plus avisés envers leurs propres congénères que les fils de la lumière.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
Dans cette parabole, à première vue surprenante, Jésus nous invite à nous montrer aussi habiles et astucieux pour atteindre le but du Royaume de Dieu, qu’il nous propose, que le fait ce gérant malhonnête et avisé, qui s’attend à être licencié, pour assurer son avenir.
Un gérant de ce genre se payait à l’époque en prenant sa part sur ce que versaient les débiteurs de son patron, en augmentant d’autant la facture initiale. La remise qu’il accorde aux débiteurs de son maître dans la parabole peut donc s’interpréter comme une renonciation à ce supplément qui lui revenait, et, de ce fait, il ne vole personne et fait même apparaître son patron comme particulièrement généreux.
Mais il se peut également que, dans la remise qu’il accorde, le gérant diminue la facture initiale de son maître, aggravant, dans ce cas, sa propre malhonnêteté. Quoi qu’il en soit exactement, l’accent de la parabole est bien très fortement placé sur l’ingéniosité de ce gérant qui fait tout ce qu’il peut pour se tirer d’une situation catastrophique.
3. Decouvertes
Ce chapitre 16, moins unifié que l’était le chapitre 15, à propos du thème de l’accueil des publicains et des pécheurs, avec beaucoup de miséricorde par Jésus, traite pour une grande partie du problème des richesses, mais de manière plus fragmentaire.
Tous les commentateurs n’arrêtent pas le récit de la parabole au verset 8, même si la plupart estiment que les versets 9 - 13 représentent des éléments détachés pour aider à relire la parabole comme une leçon sur les différents aspects de l’argent.
Si, pour Jésus, l’argent est toujours considéré comme malhonnête, cela ne veut pas dire qu’il faut s’en servir de façon malhonnête, bien au contraire (16, 9 - 13), et il est bien clair que Jésus ne défend pas le caractère malhonnête des comportements du gérant de la parabole, lorsqu’il nous suggère d’être aussi malins que cet homme dans notre manière d’être ses disciples.
Au verset 8, certains ont vu, dans le “maître” dont il est question, Jésus lui-même commentant la parabole. Mais cela atténuerait le “choc” du message de la parabole. Il vaut donc mieux inclure le verset 8a dans la parabole elle-même, et lire que c’est le maître du gérant qui fait l’éloge de son employé avisé et malhonnête. En revanche, au verset 8b, c’est bien Jésus qui constate l’habileté des “fils de ce monde”.
Jésus, qui raconte cette parabole à ses disciples, inclut peut-être parmi eux les puiblicains et les pécheurs (qu’on lui reprochait de fréquenter au chapitre précédent), et qu’il inviterait ainsi à faire un usage “honnête” de l’argent malhonnête.
4. Prolongement
Luc est l’Evangéliste qui nous rapporte les propos les plus sévères de Jésus concernant l’argent, et insiste le plus, par contraste, sur la valeur de la pauvreté réelle. Sa présentation des béatitudes s’accompagne, en effet, d’une contrepartie contre les richesses :
20 Et lui, levant les yeux sur ses disciples, disait : ” Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous.
21 Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez.
22 Heureux êtes-vous, quand les hommes vous haïront, quand ils vous frapperont d’exclusion et qu’ils insulteront et proscriront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme.
23 Réjouissez-vous ce jour-là et tressaillez d’allégresse, car voici que votre récompense sera grande dans le ciel. C’est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes. ”
24 ” Mais malheur à vous, les riches ! car vous avez votre consolation.
25 Malheur à vous, qui êtes repus maintenant ! car vous aurez faim. Malheur, vous qui riez maintenant! car vous connaîtrez le deuil et les larmes.
26 Malheur, lorsque tous les hommes diront du bien de vous ! C’est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. ”
Paul , de son côté, insiste sur l’attitude de recul nécessaire à avoir pour toutes les valeurs de ce monde face aux biens du Royaume que Jésus nous apporte :
29 Je vous le dis, frères : le temps se fait court. Que désormais ceux qui ont femme vivent comme s’ils n’en avaient pas ;
30 ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas ; ceux qui sont dans la joie, comme s’ils n’étaient pas dans la joie ; ceux qui achètent, comme s’ils ne possédaient pas ;
31 ceux qui usent de ce monde, comme s’ils n’en usaient pas vraiment. Car elle passe, la figure de ce monde.
Prière
*Seigneur Jésus, même si, sans toi, présent en nous par ton Esprit Saint, et la force qu’il nous donne, nous ne pouvons rien faire, tu attends néanmoins de nous que nous te suivions, activement, volontairement, en mettant toutes nos capacités humaines, y compris notre habileté et notre ingéniosité, à t’imiter en toutes circonstances, et à témoigner de la nouveauté définitive du Royaume des cieux : insère en moi ce dynamisme qui me pousse toujours à faire de mon mieux pour répondre à ton appel, sous toutes ses formes, et pour manifester ainsi, visiblement, par mon ouverture à ton Royaume, le reflet de ton “OUI”, à travers tous mes comportements vécus en référence à ta Parole, et selon la foi qui respire dans la prière, et agit par la charité. AMEN.
08.11.2002.*