📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Sagesse 7, 1-30
DU LIVRE DE LA SAGESSE
Texte
22 En elle est, en effet, un esprit intelligent, saint, unique, multiple, subtil, mobile, pénétrant, sans souillure, clair, impassible, ami du bien, prompt,
23 irrésistible, bienfaisant, ami des hommes, ferme, sûr, sans souci, qui peut tout, surveille tout, pénètre à travers tous les esprits, les intelligents, les purs, les plus subtils.
24 Car plus que tout mouvement la Sagesse est mobile; elle traverse et pénètre tout à cause de sa pureté.
25 Elle est en effet un effluve de la puissance de Dieu, une émanation toute pure de la gloire du Tout-Puissant; aussi rien de souillé ne s’introduit en elle.
26 Car elle est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache de l’activité de Dieu, une image de sa bonté.
27 Bien qu’étant seule, elle peut tout, demeurant en elle-même, elle renouvelle l’univers et, d’âge en âge passant en des âmes saintes, elle en fait des amis de Dieu et des prophètes;
28 car Dieu n’aime que celui qui habite avec la Sagesse.
29 Elle est, en effet, plus belle que le soleil, elle surpasse toutes les constellations, comparée à la lumière, elle l’emporte;
30 car celle-ci fait place à la nuit, mais contre la Sagesse le mal ne prévaut pas.
1 Elle s’étend avec force d’un bout du monde à l’autre et elle gouverne l’univers pour son bien.
Commentaire
1. Situation
Le Livre de la Sagesse, écrit en grec, par un auteur qui se prétend être le roi Salomon lui- même, fut en fait composé dans le dernier demi-siècle avant l’ère chrétienne. C’est donc pour nous le livre le plus récent de l’Ancien Testament de notre Bible. Il faut signaler que ce Livre ne fait pas partie de la Bible Juive ni de la Bible de nos frères chrétiens issus de la Réforme du 16ème siècle.
Ce Livre a été très probablement composé à Alexandrie, en Egypte, ville qui était alors le grand centre intellectuel et scientifique du Monde Méditerranéen, et l’un des plus grands centres des Juifs de la “Diaspora” (Dispersion).
De l’auteur , nous pouvons tout au plus remarquer que c’était un Juif cultivé de langue grecque, probablement un intellectuel et un eneignant, donc très au fait de la culture,de la Rhétorique et de la Philosophie grecques.
Il a écrit ce traité pour affermir la foi de ses frères Juifs d’Alexandrie, immergés dans le monde héllenistique. Il essaye de répondre à deux questions fondamentales d’actualité pour les croyants Juifs de son époque : Comment se situer en croyant Juif face à l’atmosphère intellectuelle du moment, marquée par la rencontre de nombreuses idées philosophiques et religieuses si différentes ? Comment se fait-il que des hommes athées, voire même méchants, soient apparemment prospères et heureux alors que tant de justes souffrent ?
Ce Livre de la Sagesse se compose de 2 grandes parties :
- la première fait l’éloge de la Sagesse (1, 1 - 11,1), vue d’abord comme source d’immortalité (1, 1 - 6, 21), avant d’être abordée dans sa nature, qui justifie la recherche qu’a pu en faire Salomon (6, 22 - 11, 1), - la seconde rappelle quelle fut la fidélité de Dieu pour son peuple tout au long de l’Exode vécue au temps de Moïse (11, 2 - 19, 22).
Notre page se trouve pratiquement proche du début de la seconde section (6, 22 - 11, 1) de l’éloge de la Sagesse (1, 1 - 11, 1), section qui traite de la nature de la Sagesse et d’un rappel de la recherche de cette Sagesse, telle que l’avait vécue le roi Salomon, sous le nom duquel se cache notre auteur anonyme.
Elle nous propose aujourd’hui une magnifique description de la Sagesse, de son activité, en lien avec le mystère du Dieu Vivant, qui seul en est la source inépuisable.
2. Message
Belle description de la Sagesse, présentée ici presque en forme d’hymne (à comparer avec Siracide, 24, 1 - 22), comme une réalité d’une richesse et d’un dynamisme pour ainsi dire infinis, qui est capable de tout pénétrer, de tout traverser, de tout embrasser dans son approche, en raison de sa “pureté” (perfection sans mélange).
Si la Sagesse est d’une telle qualité, c’est qu’elle est, en tous ses aspects, une émanation de Dieu : effluve de sa puissance, émanation de sa gloire, reflet de sa lumière, miroir de son activité, image de sa bonté. Ainsi définie, elle apparaît comme inséparable de la source divine qui la suscite, indissociablement liée à Dieu.
Action puissante de Dieu, tout en demeurant elle-même, elle renouvele et gouverne le cosmos et façonne les hommes que Dieu appelle, les accompagnant pour qu’ils habitent avec elle et soient aimés de Dieu.
Elle est douée d’une luminosité incomparable et permanente ainsi que d’une extension universelle.
3. Decouvertes
Les versets 22 - 24 foisonnent de termes de la philosophie grecque (de Platon et des Stoïciens) que l’auteur ne peut qu’avoir consciemment empruntés. Il attribue ainsi à la Sagesse ce que ces philosophies attribuent à ce qu’elles appellent “l’âme du monde”, et cela pour souligner la richesse infinie de la Sagesse. Notons toutefois que l’auteur de notre Livre maintient fermement le strict monothéisme Juif : la Sagesse demeure pour lui comme un attribut, une manifestation du Dieu unique.
Les attributs de la Sagesse sont ici énumérés selon les chiffres de la perfection par excellence : ils sont au nombre de 21, soit trois fois 7, on ne peut donc suggérer mieux. Ce genre d’énumération et de “mystique” des chiffres était à cette époque “héllénistique” très en vigueur tant chez les Juifs que chez les Grecs.
Remarquons l’importance de tous ces attributs donnés à la Sagesse, pour souligner, d’une part, que rien ne lui échappe (prompte, subtile, multiple, pure, sans mélange, pénétrante), et, d’autre part, qu’elle est de source divine (effluve, reflet, émanation, miroir, image).
4. Prolongement
Au verset 26, c’est le mot “reflet”, et non le mot “rayonnement” qui est employé : dans l’Ancien Testament, Dieu n’est jamais dit “être” la Lumière, il y est seulement affirmé que la Lumière l’accompagne (Exode, 24, 17; Ezéchiel, 1, 27; Habakuk, 3, 7; Psaumes 50, 3 et 104, 1 - 2; Isaïe, 60 , 19 - 20).
En revanche, dans le Nouveau Testament, “Dieu est Lumière” (1 Jean, 1, 5), “Père des lumières” (Jacques, 1, 17), il habite la Lumière inaccessible” (1 Timothée, 6, 16), le “Verbe est la Lumière” (Jean, 1, 5 - 9; 3, 19; 12, 35 - 36. 46), Jésus donne la “Lumière de la vie” (Jean 8, 12), et se proclame “la Lumière du monde” (Jean, 8, 12 et 9, 5).
Les versets 25 - 26 ont été repris, d’une certaine façon, et employés par les auteurs du Nouveau Testament, pour décrire l’origine et la gloire du Verbe de Dieu (Hébreux, 1, 3; Colossiens, 1, 15; Jean, 1, 9. 14).
En Jésus le Christ se sont manifestées à la fois, et en plénitude, la Parole (le Verbe), la Lumière, et la Sagesse de Dieu, trois notions de fait inséparables dans notre présentation du mystère du Christ, Christ qui sera finalement appelé “Dieu” (Romains, 9, 5; Jean, 1,1. 18; Jean, 20, 28; 1 Jean, 5, 20).
Dans cette perspective, le qualificatif de “Sagesse de Dieu” s’applique parfaitement au Christ Jésus, ce qui permet une très riche relecture, appliquée au Christ, de notre texte du Livre de la Sagesse, :
22 Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse
23 nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens,
24 mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
Prière
*Seigneur Jésus, tu es la Sagesse de Dieu venue vivre notre expérience humaine de croyants de façon exemplaire, et nous révéler, en même temps, la plénitude de cette Sagesse de Dieu, inséparable de sa dimension de “Lumière” au delà de toute Lumière, et de Parole unique, efficace et créatrice de Celui dont il est écrit dans la bible : “il parle, et ce qu’il dit est fait” : que ton Esprit Saint m’aide à découvrir et contempler ton mystère, qui est à la fois manifestation suprême et irremplaçable de Dieu en notre humanité, comme langage et engagement humain, et découverte sans fin du mystère inaccessible et toujours plus grand de Dieu, dont tu partages totalement l’existence et la dignité, dans ta participation plénière à la relation insondable et ineffable du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. AMEN.
13.11.2003.*
Évangile : Luc 17, 20-25
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
20 Les Pharisiens lui ayant demandé quand viendrait le Royaume de Dieu, il leur répondit : ” La venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer,
21 et l’on ne dira pas : “Voici : il est ici ! ou bien : il est là ! ” Car voici que le Royaume de Dieu est au milieu de vous. “
22 Il dit encore aux disciples : ” Viendront des jours où vous désirerez voir un seul des jours du Fils de l’homme, et vous ne le verrez pas.
23 On vous dira : “Le voilà ! ” “Le voici ! ” N’y allez pas, n’y courez pas.
24 Comme l’éclair en effet, jaillissant d’un point du ciel, resplendit jusqu’à l’autre, ainsi en sera-t-il du Fils de l’homme lors de son Jour.
25 Mais il faut d’abord qu’il souffre beaucoup et qu’il soit rejeté par cette génération.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
Jésus continue sa montée vers Jérusalem, dont le récit constitue toute la partie centrale de l’Evangile de Luc (9, 51 - 19, 27), et vient d’aborder la dernière étape de cette marche en direction de la Ville Sainte (17, 11 - 19, 27), à laquelle correspond une 3ème et dernière série d’instructions qu’il donne à ses disciples, pour les former en vue de suivre, à leur tour et comme lui, leur propre chemin.
Jésus a commencé par purifier 10 lépreux, dont un seul, un Samaritain, est retourné vers lui, dans la foi, pour se convertir à Dieu en rendant grâces pour sa guérison.
Et maintenant, voici Jésus confronté à une nouvelle question que lui posent des Pharisiens concernant la date de l’apparition du Règne de Dieu.
2. Message
Nous constatons, une fois de plus, que Jésus ne répond jamais directement, et au même niveau, à des questions de “dates”, de “comment”, ou à des demandes spécifiques de signes à produire sur commande.
Dans sa réponse à ceux qui l’interrogent ainsi, Jésus rappelle d’abord la dimension transcendante du “Règne de Dieu” : il ne se situe pas dans l’ordre de l’évidence, du visible, du constatable, du mesurable, de l’analysable. Il appartient au monde du mystère de Dieu et de sa présence, au-delà de toutes nos imaginations et de toutes nos approches.
Et, à ce propos, Jésus invite les Pharisiens à ouvrir les yeux de leur coeur : Le Règne de Dieu, dit-il, est déjà là, “au milieu de vous”. Dieu a toujours été, d’une façon ou d’une autre, au milieu de son peuple, depuis qu’il a appelé Abraham. Jésus est ainsi la présence ultime de Dieu qui vient au terme de tout un cheminement avec le peuple élu, tout au long de l’histoire d’Israël.
Aux disciples qui marchent avec lui et le suivent dans le “déjà-Ià” de sa présence et de son accompagnement, même si leur foi demeure très imparfaite, Jésus annonce la dimension, encore à venir, eschatologique, finale, surprenante, du retour du “Fils de l’homme” qu’il est déjà, et qu’il sera de façon “autre” et “radicalement nouvelle”, après sa résurrection, dans la rencontre totalement transformante et transfigurante de son humanité avec Dieu.
On ne peut décrire en détail la dimension indicible de la “fin des temps”. On ne peut en parler qu’avec un langage décalé, distancé, et rempli d’images fortes, telle celle de l’éclair qui traverse le ciel de part en part.
D’autre part, Jésus situe bien le monde de sa résurrection comme lié à son passage en Dieu par sa passion et par sa mort. Les derniers mots de Jésus dans notre passage sont très proches des annonces spécifiques que Jésus a faites de sa passion et de sa mort.
3. Decouvertes
A propos du verset 20, il faut savoir que la date de la venue du Règne de Dieu était une grande question que se posaient les Jufs depuis 2 siècles au moins (lire Daniel, 9, 2). D’où cette interrogation posée à Jésus.
Le “Déjà-Ià” du Règne de Dieu présent en Jésus, appelle nécesssairement le “Pas-encore” de l’accomplissement imprévisible et final de ce que Jésus appelle la fin des temps. Aux versets 20 - 21, Luc semble s’adresser à des chrétiens à l’esprit étroit de son époque, qui se montrent incapables de discerner la présence du Règne de Dieu en leur milieu.
4. Prolongement
Oui, le Règne de Dieu est vraiment au milieu de nous, dans la présence de Jésus vivant. Jésus, “l’Emmanuel, Dieu-avec-nous”, nous l’a promis officiellement et définitivement après sa résurrection : “Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles” (Matthieu, 28, 20).
Il habite en nos coeurs par la foi (Ephésiens, 3, 17). Il est au milieu de nos communautés rassemblées (Matthieu, 18, 20).
Ainsi présent, vivant, ressuscité, Jésus agit par son Esprit, qu’il nous a envoyé. De cette façon, Dieu, par lui et en lui, règne sur nous, et il nous est possible de vivre comme Jésus, selon son Evangile, et d’aimer comme lui, de cette charité, “amour qui vient de Dieu”, que son Esprit, qui est l’Esprit du Père, insère en nos coeurs (Romains, 5, 5).
Prière
*Seigneur Jésus, tu es le “Fils de l’homme” de la fin des temps, car ta mission se situe vraiment à la “plénitude des tesmps”, “en ces temps qui sont les derniers”, et en toi se réalisent tous les aspects du salut que Dieu nous offre gratuitement : creuse en moi cette attente profonde de ta présence et de ta rencontre, quelles que soient les formes qu’elles prennent dans mon existence d’aujourd’hui, que tu me demandes de vivre pour Dieu dans une confiance et une disponibilité totales. AMEN.
13.11.2003.*