📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Sagesse 1, 1-7

DU LIVRE DE LA SAGESSE

Texte

1 Aimez la justice, vous qui jugez la terre, ayez sur le Seigneur de droites pensées et cherchez-le en simplicité de cœur,
2 parce qu’il se laisse trouver par ceux qui ne le tentent pas, il se révèle à ceux qui ne lui refusent pas leur foi.
3 Car les pensées tortueuses éloignent de Dieu, et, mise à l’épreuve, la Puissance confond les insensés.
4 Non, la Sagesse n’entre pas dans une âme malfaisante, elle n’habite pas dans un corps tributaire du péché.
5 Car l’esprit saint, l’éducateur, fuit la fourberie, il se retire devant des pensées sans intelligence, il s’offusque quand survient l’injustice.
6 La Sagesse est un esprit ami des hommes, mais elle ne laisse pas impuni le blasphémateur pour ses propos; car Dieu est le témoin de ses reins, le surveillant véridique de son cœur, et ce que dit sa langue, il l’entend.
7 L’esprit du Seigneur en effet remplit le monde, et lui, qui tient unies toutes choses, a connaissance de chaque mot.

Commentaire

1. Situation

Le Livre de la Sagesse, écrit en grec, par un auteur qui se prétend être le roi Salomon lui- même, fut en fait composé dans le dernier demi-siècle avant l’ère chrétienne. C’est donc pour nous le livre le plus récent de l’Ancien Testament de notre Bible. Il faut signaler que ce Livre ne fait pas partie de la Bible Juive ni de la Bible de nos frères chrétiens issus de la Réforme du 16ème siècle.

Ce Livre a été très probablement composé à Alexandrie, en Egypte, ville qui était alors le grand centre intellectuel et scientifique du Monde Méditerranéen, et l’un des plus grands centres des Juifs de la “Diaspora” (Dispersion).

De l’auteur , nous pouvons tout au plus remarquer que c’était un Juif cultivé de langue grecque, probablement un intellectuel et un eneignant, donc très au fait de la culture,de la Rhétorique et de la Philosophie grecques.

Il a écrit ce traité pour affermir la foi de ses frères Juifs d’Alexandrie, immergés dans le monde héllenistique. Il essaye de répondre à deux questions fondamentales d’actualité pour les croyants Juifs de son époque : Comment se situer en croyant Juif face à l’atmosphère intellectuelle du moment, marquée par la rencontre de nombreuses idées philosophiques et religieuses si différentes ? Comment se fait-il que des hommes athées, voire même méchants, soient apparemment prospères et heureux alors que tant de justes souffrent ?

Ce Livre de la Sagesse se compose de 2 grandes parties :

  • la première fait l’éloge de la Sagesse (1, 1 - 11,1), vue d’abord comme source d’immortalité (1,1 - 6, 21), avant d’être abordée dans sa nature, qui justifie la recherche qu’a pu en faire Salomon (6, 22 - 11, 1), - la seconde rappelle quelle fut la fidélité de Dieu pour son peuple tout au long de l’Exode vécue au temps de Moïse (11, 2 - 19, 22).

Notre page est le tout début du premier thème développé dans la première partie du Livre : la Sagesse, considérée comme source d’immortalité.

2. Message

Le message de cette exhortation peut se résumer ainsi : Menez une vie vertueuse, selon la justice, et ayez confiance en Dieu, car c’est ainsi que vous serez unis à Dieu et à la Sagesse.

Salomon, derrière qui se cache notre auteur, essaye de s’adresser ici aux rois de la terre.

l;a Sagesse est présentée ici comme une personnification d’une “fonction” ou “manière d’être” de Dieu, à la façon de “l’Esprit”, de la “Parole”, et de la “Justice”.

Dans ce passage, à partir du verset 4, la Sagesse est ainsi identifiée à l’Esprit du Seigneur, qui est lui-même défini comme le principe fondamental qui soutient l’univers, et comme la capacité de discernement qui interpelle chaque être humain du dedans de lui-même.

3. Decouvertes

Au verset 1, la “justice” est le plein accord de notre pensée et de nos actions avec la volonté de Dieu, exprimée dans la Loi d’Israêl.

Au verset 1 également, “chercher le Seigneur” représente une attitude qui doit être comprise comme engageant notre être tout entier, avec loyauté, simplicité de coeur, honnêteté de moeurs, service du prochain.

Au verset 2, “tenter Dieu” ou “le mettre à l’épreuve”, c’est prétendre le trouver ou entrer en relation avec lui, tout en menant une vie contraire à ses volontés.

Au verset 3, les “insensés” sont ceux qui refusent de plier leur intelligence ou leur vie à la volonté de Dieu.

Au verset 4, le corps n’est pas considéré comme mauvais (comme l’enseignaient les philosophes grecs depuis Platon). Mais il peut se faire l’instrument du péché et rendre ainsi l’âme esclave.

Au verset 5, “l’Esprit Saint” est la force que Dieu offre à l’homme pour diriger sa vie.

Le verset 6 reprend un thème Biblique classique et fréquent : Dieu “scrute” l’homme : relire à ce sujet Jérémie, 12, 3; Job, 7, 18 - 20; Psaume 44, 22; Psaume 139, 1 - 5.

Au verset 7, le “rôle” de l’Esprit du Seigneur est d’assurer la cohésion de tout l’univers existant.

4. Prolongement

Dans la Bible, les Livres de “Sagesse” traduisent l’expérience des “sages” d’Israël, ainsi nommés de par leur capacité de relire le plan de Dieu et l’Alliance de Dieu avec Israël, face aux questions majeures des hommes de leur temps.

Il nous appartient de faire de même, à notre tour, à partir de l’achèvement de toutes choses en Jésus Christ, et de ce que nous révèlent sa mort et sa résurrection : le Christ, en son attitude et sa Parole, “scandale” pour les Juifs et “folie” pour les païens (I Cor., 1, 22

  • 25).

En Christ, Dieu s’est révélé “Père”, et Jésus lui-même, “Frère”, serviteur”, sauveur” et “pauvre”.

En imitant Jésus, nous imitons Dieu, et c’est dans cette perspective que nous avons un regard de foi sur les hommes et sur les événements de notre temps. La relecture de la Lettre de Paul aux Romains, 12,1 - 3, peut fortement nous y aider.

Prière

*Seigneur Jésus, dans la folie et le scandale de ta mort sur la croix, Dieu t’a révélé pour nous Puissance de Dieu et Sagesse de Dieu, toi qui es également la Parole de Dieu par qui tout a été créé et sans qui rien n’a été fait : que ton Esprit Saint, présent en moi, m’apprenne toujours plus à t’accueillir ainsi et à te laisser t’exprimer et rayonner à travers mon existence limitée et ouverte à ta Lumière. AMEN.

10.11.2003.*

Évangile : Luc 17, 1-6

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

1 Puis il dit à ses
disciples : ” Il est impossible que les scandales n’arrivent pas, mais
malheur à celui par qui ils arrivent !
2 Mieux vaudrait pour lui
se voir passer autour du cou une pierre à moudre et être jeté à la mer que
de scandaliser un seul de ces petits.
3 Prenez garde à vous ! “
Si ton frère vient à pécher, réprimande-le et, s’il se repent,
remets-lui.
4 Et si sept fois le jour il pèche contre toi et que
sept fois il revienne à toi, en disant : “Je me repens”, tu lui remettras.

5 Les apôtres dirent au Seigneur : ” Augmente en nous la foi.

6 Le Seigneur dit : ” Si vous aviez de la foi comme un grain
de sénevé, vous auriez dit au mûrier que voilà : “Déracine-toi et va te
planter dans la mer”, et il vous aurait obéi !

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre

2. Message

Voici un triple message de Jésus nous ouvrant à une exigence chrétienne sans limite, et donc à une vigilance intérieure permanente.

Il est d’abord question du respect des “petits” et des “faibles”, pour lesquels on ne doit jamais être une occasion de chute ou de péché. Jésus se montre ici très dur pour condamner de tels comportements : ceux qui font chuter les “faibles” se conduisent en humains indignes de leur condition et de leur existence humaines.

Il en va de même pour le pardon, que l’on doit toujours accorder à qui se repent, cette repentance pouvant être suggérée à nos frères et soeurs, en leur signalant leur péché, sans néanmoins les juger.

Le tout est inséparable de la qualité de notre foi, attitude par laquelle nous nous livrons à la puissance illimitée de Dieu, pour qu’elle agisse en notre existence.

3. Decouvertes

Avec ce chapitre s’ouvre la dernière section du récit de la montée de Jésus vers Jérusalem. L’enseignement qu’il y donne, soit en paroles directes, soit en réaction à des situations qu’il rencontre, vise particulièrement les disciples qui l’accompagnent sur sa route.

Les 4 messages apparemment disparates (nous en lisons 3 ce jour) que Jésus donne dans cet ensemble de Luc, 17, 1 - 10, s’unifient dans une attitude cohérente du coeur des croyants, et dans la vie de la communauté chrétienne.

Les “petits” sont des membres vulnérables de nos communautés, que nous devons aider et protéger, sans jamais les faire trébucher. De même la communauté doit toujours inviter à la conversion et au repentir, et partager sans cesse le pardon.Ce qui suppose que l’on se tourne vers Dieu avec foi en renonçant à toute attitude de supériorité.

Ce qu’illustre ensuite la parabole du “serviteur inutile” (14, 7 - 10).

4. Prolongement

Une fois de plus, Paul reprend cet enseignement de Jésus à propos de problèmes nouveaux qu’il rencontre, et il nous invite, de ce fait, à en faire autant dans nos diverses situations d’aujourd’hui :

13 Finissons-en donc avec ces jugements les uns sur les autres : jugez plutôt qu’il ne faut rien mettre devant votre frère qui le fasse buter ou tomber. -

14 Je le sais, j’en suis certain dans le Seigneur Jésus, rien n’est impur en soi, mais seulement pour celui qui estime un aliment impur ; en ce cas il l’est pour lui. -

15 En effet, si pour un aliment ton frère est contristé, tu ne te conduis plus selon la charité. Ne va pas avec ton aliment faire périr celui-là pour qui le Christ est mort ! …

20 Ne va pas pour un aliment détruire l’œuvre de Dieu. Tout est pur assurément, mais devient un mal pour l’homme qui mange en donnant du scandale.

21 Ce qui est bien, c’est de s’abstenir de viande et de vin et de tout ce qui fait buter ou tomber ou faiblir ton frère.

22 Cette foi que tu as, garde-la pour toi devant Dieu. Heureux qui ne se juge pas coupable au moment même où il se décide.

23 Mais celui qui mange malgré ses doutes est condamné, parce qu’il agit sans bonne foi et que tout ce qui ne procède pas de la bonne foi est péché.

Prière

*Seigneur Jésus, tu n’as jamais cessé de manifester ta miséricorde et ton pardon à tout homme et à toute femme que tu as rencontrés, qu’il s’agisse de la femme adultère que tu n’as pas condamnée, de Pierre ou de Judas que tu as prévenus et accueillis, du larron crucifié, ou de tes bourreaux, et tu as toujours invité ceux qui t’écoutaient à se tourner vers Dieu avec foi, et à témoigner de ton Evangile en toutes circonstances, y compris la persécution, en nous assurant de l’aide puissante de ton Esprit Saint : aide-moi à vivre dans cette logique permanente de la miséricorde, de la vérité et du pardon, logique qui correspond à l’attitude même de Dieu, en qui amour et vérité coïncident, renouvelle en moi ta présence et celle de ton Esprit Saint, afin que je ne manque jamais d’être rempli de cette miséricorde, et d’être capable d’affermir, en suivant ton exemple, tout frère ou toute soeur qui trébucherait sur son chemin. AMEN.

11.11.2002.*


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