📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Tite 1, 1-9

DE LA LETTRE A TITE

Texte

1 Paul, serviteur de Dieu, et apôtre de Jésus Christ pour la foi des élus de Dieu et la connaissance de la vérité qui est selon la piété,
2 lesquelles reposent sur l’espérance de la vie éternelle, promise dès les plus anciens temps par le Dieu qui ne ment point,
3 et qui a manifesté sa parole en son temps par la prédication qui m’a été confiée d’après l’ordre de Dieu notre Sauveur,
4 à Tite, mon enfant légitime en notre commune foi: que la grâce et la paix te soient données de la part de Dieu le Père et de Jésus Christ notre Sauveur!
5 Je t’ai laissé en Crète, afin que tu mettes en ordre ce qui reste à régler, et que, selon mes instructions, tu établisses des anciens dans chaque ville,
6 s’il s’y trouve quelque homme irréprochable, mari d’une seul femme, ayant des enfants fidèles, qui ne soient ni accusés de débauche ni rebelles.
7 Car il faut que l’évêque soit irréprochable, comme économe de Dieu; qu’il ne soit ni arrogant, ni colère, ni adonné au vin, ni violent, ni porté à un gain déshonnête;
8 mais qu’il soit hospitalier, ami des gens de bien, modéré, juste, saint, tempérant,
9 attaché à la vraie parole telle qu’elle a été enseignée, afin d’être capable d’exhorter selon la saine doctrine et de réfuter les contradicteurs

Commentaire

1. Situation

La Lettre à Tite, la 1ère Lettre à Timothée, et la 2ème Lettre à Timothée forment un ensemble qu’on appelle les Lettres Pastorales, attribuées à Paul, mais dont peu de spécialistes affirment aujourd’hui qu’elles ont été écrites par Paul. Si les contenus de Tite et 1ère à Timothée se ressemblent fort, le ton de la 2ème à Timothée paraît beaucoup plus intime et personnel, en conséquence, peut-être du fait que Paul déclare l’écrire depuis la prison où il se trouve.

Bien que ces 3 lettres se présentent on ne peut plus clairement comme ayant été écrites par Paul, elles font nettement allusion à des situations de vie en Eglise bien différentes, plus évoluées, et à une organisation plus développée, que celles qui correspondent au temps des grandes lettres de Paul qui sont considérées par tous comme authentiques.

On ne retrouve pas dans ces lettres la passion et le dynamisme des grandes lettres de l’Apôtre. D’autre part, les sujets qu y sont abordés concernent davantage l’organisation interne de la communauté qui favorise la piété, la bonne conscience, et l’image de l’Eglise dans le monde, que les grands thèmes théologiques de Paul : les développements sur la croix du Christ, l’Eglise comme corps du Christ, ou une nouvelle approche de la Loi, n’y sont pas repris.

Il semble bien, que, de la même façon que les Actes des Apôtres, ces lettres veulent attester la grandeur la figure de Paul dans l’Eglise de la fin du 1er siècle, importance qui explique que la plupart de ses idées sont reprises et interprétées dans les communautés de croyants qui se considèrent toujours disciples de Paul, même si elles ne l’ont pas, de fait, connu.

Ainsi perçu, le but de l’auteur serait de souligner à quel point est primordiale et nécessaire la transmission du véritable enseignement reçu des Apôtres, par des relais ou des intermédiaires, considérés comme proches de Paul et autorisés par lui, et de montrer ainsi comment la saine doctrine peut l’emporter sur les erreurs que certains développent.

En conséquence, mise à part une petite minorité de spécialistes, tous considèrent l’auteur de ces lettres comme un modeste “anonyme”, admirateur de Paul, et qui tient à en retransmettre le message, en soulignant ainsi l’ampleur de ce qu’a été la mission de Paul, et dans le but d’aider les communautés à tenir bon, ensemble, dans la foi.

A noter, toutefois, une tendance plus récente d’attribuer à Paul lui-même la 2nde Lettre à Timothée, différente des deux autres, et beaucoup plus proche des thèmes des Lettres que tous reconnaissent avoir été écrites par Paul.

Dans cette perspective, les notes “personnelles” au sujet de détails de la vie de Paul semblent, sauf peut-être dans la 2nde Lettre à Timothée, avoir été insérées dans ce recueil , soit à partir d’extraits de témoignages venant de Paul lui-même et inconnus par ailleurs, soit comme une manière pour l’auteur de rendre plus vraisemblable l’idée que Paul a bel et bien écrit ces lettres.

Compte tenu des différentes prises de position au sujet de l’auteur de ces lettres, on en situe la composition entre les années 60 et 160, la majorité préfèrant toutefois les dater des années 100 - 110.

2. Message

Dans cette Lettre adressée à Tite, dont nous lisons ici l’adresse, l’action de grâces et l’entrée dans son objet direct, nous percevons que Paul écrit à l’un de ses plus proches jeunes companions et collaborateurs - même si cette lettre n’émane pas de lui et a été écrite plus tard sous son nom -, auquel il transmet le flambeau de la mission qu’il a si fortement inaugurée dans le bassin méditerranéen. Comment assurer la continuité de cette évangélisation ? Qui va en être chargé ? Comment s’assurer que ces personnes en responsablilité seront choisies et envoyées, et à quelles conditions ?

Comme dans toutes ses lettres, Paul se présente, en résumant sa mission, et en la situant dans le projet de Dieu auquel on peut se fier totalement, Dieu qui a agi de façon définitive dans la prédication et la mission de Jésus Christ, et dont il s’agit maintenant de prolonger l’oeuvre dans les générations futures, en le rendant présent et en proclamant son message.

Cela dit, Paul entre dans le vif de son sujet, en re-précisant la mission qu’il a confiée à Tite en Crête, mission d’organisation et de coordination des communautés de cette île, dans lesquelles il faut partout désigner des responsables, qu’il dénomme “Anciens”. Le pluriel employé par l’apôtre indique que cette responsabilité locale n’est pas à confier à un homme seul, mais à plusieurs.

Paul dresse ensuite le portrait de chacun de ces “Anciens” à désigner, qui doit être irréprochable dans tous les aspects de sa vie personnelle et familiale, et manifester un comportement digne, à tous égards et en tous points, de la haute mission qui lui est impartie : il lui est ainsi demandé une double fidélité à la Parole de Dieu en elle-même, qu’il est chargé de transmettre : fidélité, d’une part, à cette Parole elle-même, telle qu’elle lui a été communiquée, donc telle qu’il l’a reçue, et fidélité, d’autre part, dans son obéissance personnelle à cette Parole qu’il met le plus possible en pratique dans sa propre existence chrétienne de témoin de l’Evangile annoncé et vécu

3. Decouvertes

Nous sommes ici devant un passage de témoin de la génération apostolique à la génération suivante, indiquant par là la fin de l’ère apostolique proprement dite. Mais nous n’en sommes pas encore pour autant à la situation de l’Eglise établie que nous connaissons depuis les siècles.

Les “Anciens” dont il est question ne sont pas les “prêtres” de l’Eglise Catholique Romaine contemporaine, en dépit du terme grec “presbuteros”, qui a donné en Français le terme “prêtre”, mais sans implication “sacerdotale”. De même le terme “episkopos”, qui a donné “évêque” ne signifie pas alors ce que nous entendons par “évêque” dans nos différentes Eglises “épicopaliennes”. S’il est un personnage de type “épiscopal” au sens moderne du terme évoqué dans ce texte, ce serait plutôt Tite lui-même, encore qu’il soit ici un maillon quasi unique entre l’ère apostolique et l’époque de premiers Pères de l’Eglise qui vont apparaître dès le premier tiers du Second siècle.

4. Prolongement

Le portrait du responsable de communauté ici dressé par l’auteur de cette Lettre demeure d’actualité aujourd’hui : on ne peut remplir une mission au service des communautés chrétiennes.sans se comporter comme un véritable chrétien autentique qui accueille la Parole et la met en pratique.

Ce qui est demandé à tout chrétien sincère qui se doit de vivre l’Evangile.

Prière

*Seigneur Jésus, aide nous par ton Esprit Saint à nous découvrir pierres vivantes de nos communautés chrétiennes, que nous sommes appelés à construire en “faisant Eglise” ensemble avec nos frères et soeurs chrétiens, et à toujours nous considérer comme d’humbles serviteurs, reproduisant ton image, dans nos communautés chaque fois que nous sommes appelés à y prendre des responsablités. AMEN.

08.11.2004. ,*

Évangile : Luc 17, 1-6

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

1 Puis il dit à ses
disciples : ” Il est impossible que les scandales n’arrivent pas, mais
malheur à celui par qui ils arrivent !
2 Mieux vaudrait pour lui
se voir passer autour du cou une pierre à moudre et être jeté à la mer que
de scandaliser un seul de ces petits.
3 Prenez garde à vous ! “
Si ton frère vient à pécher, réprimande-le et, s’il se repent,
remets-lui.
4 Et si sept fois le jour il pèche contre toi et que
sept fois il revienne à toi, en disant : “Je me repens”, tu lui remettras.

5 Les apôtres dirent au Seigneur : ” Augmente en nous la foi.

6 Le Seigneur dit : ” Si vous aviez de la foi comme un grain
de sénevé, vous auriez dit au mûrier que voilà : “Déracine-toi et va te
planter dans la mer”, et il vous aurait obéi !

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre

2. Message

Voici un triple message de Jésus nous ouvrant à une exigence chrétienne sans limite, et donc à une vigilance intérieure permanente.

Il est d’abord question du respect des “petits” et des “faibles”, pour lesquels on ne doit jamais être une occasion de chute ou de péché. Jésus se montre ici très dur pour condamner de tels comportements : ceux qui font chuter les “faibles” se conduisent en humains indignes de leur condition et de leur existence humaines.

Il en va de même pour le pardon, que l’on doit toujours accorder à qui se repent, cette repentance pouvant être suggérée à nos frères et soeurs, en leur signalant leur péché, sans néanmoins les juger.

Le tout est inséparable de la qualité de notre foi, attitude par laquelle nous nous livrons à la puissance illimitée de Dieu, pour qu’elle agisse en notre existence.

3. Decouvertes

Avec ce chapitre s’ouvre la dernière section du récit de la montée de Jésus vers Jérusalem. L’enseignement qu’il y donne, soit en paroles directes, soit en réaction à des situations qu’il rencontre, vise particulièrement les disciples qui l’accompagnent sur sa route.

Les 4 messages apparemment disparates (nous en lisons 3 ce jour) que Jésus donne dans cet ensemble de Luc, 17, 1 - 10, s’unifient dans une attitude cohérente du coeur des croyants, et dans la vie de la communauté chrétienne.

Les “petits” sont des membres vulnérables de nos communautés, que nous devons aider et protéger, sans jamais les faire trébucher. De même la communauté doit toujours inviter à la conversion et au repentir, et partager sans cesse le pardon.Ce qui suppose que l’on se tourne vers Dieu avec foi en renonçant à toute attitude de supériorité.

Ce qu’illustre ensuite la parabole du “serviteur inutile” (14, 7 - 10).

4. Prolongement

Une fois de plus, Paul reprend cet enseignement de Jésus à propos de problèmes nouveaux qu’il rencontre, et il nous invite, de ce fait, à en faire autant dans nos diverses situations d’aujourd’hui :

13 Finissons-en donc avec ces jugements les uns sur les autres : jugez plutôt qu’il ne faut rien mettre devant votre frère qui le fasse buter ou tomber. -

14 Je le sais, j’en suis certain dans le Seigneur Jésus, rien n’est impur en soi, mais seulement pour celui qui estime un aliment impur ; en ce cas il l’est pour lui. -

15 En effet, si pour un aliment ton frère est contristé, tu ne te conduis plus selon la charité. Ne va pas avec ton aliment faire périr celui-là pour qui le Christ est mort ! …

20 Ne va pas pour un aliment détruire l’œuvre de Dieu. Tout est pur assurément, mais devient un mal pour l’homme qui mange en donnant du scandale.

21 Ce qui est bien, c’est de s’abstenir de viande et de vin et de tout ce qui fait buter ou tomber ou faiblir ton frère.

22 Cette foi que tu as, garde-la pour toi devant Dieu. Heureux qui ne se juge pas coupable au moment même où il se décide.

23 Mais celui qui mange malgré ses doutes est condamné, parce qu’il agit sans bonne foi et que tout ce qui ne procède pas de la bonne foi est péché.

Prière

*Seigneur Jésus, tu n’as jamais cessé de manifester ta miséricorde et ton pardon à tout homme et à toute femme que tu as rencontrés, qu’il s’agisse de la femme adultère que tu n’as pas condamnée, de Pierre ou de Judas que tu as prévenus et accueillis, du larron crucifié, ou de tes bourreaux, et tu as toujours invité ceux qui t’écoutaient à se tourner vers Dieu avec foi, et à témoigner de ton Evangile en toutes circonstances, y compris la persécution, en nous assurant de l’aide puissante de ton Esprit Saint : aide-moi à vivre dans cette logique permanente de la miséricorde, de la vérité et du pardon, logique qui correspond à l’attitude même de Dieu, en qui amour et vérité coïncident, renouvelle en moi ta présence et celle de ton Esprit Saint, afin que je ne manque jamais d’être rempli de cette miséricorde, et d’être capable d’affermir, en suivant ton exemple, tout frère ou toute soeur qui trébucherait sur son chemin. AMEN.

11.11.2002.*


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