📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Tite 2, 1-14

DE LA LETTRE A TITE

Texte

1 Pour toi, enseigne ce qui est conforme à la saine doctrine.
2 Que les vieillards soient sobres, dignes, pondérés, robustes dans la foi, la charité, la constance.
3 Que pareillement les fem-mes âgées aient le comportement qui sied à des saintes : ni médisantes, ni adonnées au vin, mais de bon conseil ;
4 ainsi elles apprendront aux jeunes femmes à aimer leur mari et leurs enfants,
5 à être réservées, chastes, femmes d’intérieur, bonnes, soumises à leur mari, en sorte que la parole de Dieu ne soit pas blasphémée.
6 Exhorte également les jeunes gens à garder en tout la pondération,
7 offrant en ta personne un exemple de bonne conduite : pureté de doctrine, dignité,
8 enseignement sain, irréprochable, afin que l’adversaire, ne pouvant dire aucun mal de nous, soit rempli de confusion.

11 Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, s’est manifestée,
12 nous enseignant à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, pour vivre en ce siècle présent dans la réserve, la justice et la piété,
13 attendant la bien-heureuse espérance et l’Apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, le Christ Jésus
14 qui s’est livré pour nous afin de nous racheter de toute iniquité et de purifier un peuple qui lui appartienne en propre, zélé pour le bien.

Commentaire

1. Situation

La Lettre à Tite, la 1ère Lettre à Timothée, et la 2ème Lettre à Timothée forment un ensemble qu’on appelle les Lettres Pastorales, attribuées à Paul, mais dont peu de spécialistes affirment aujourd’hui qu’elles ont été écrites par Paul. Si les contenus de Tite et 1ère à Timothée se ressemblent fort, le ton de la 2ème à Timothée paraît beaucoup plus intime et personnel, en conséquence, peut-être du fait que Paul déclare l’écrire depuis la prison où il se trouve.

Bien que ces 3 lettres se présentent on ne peut plus clairement comme ayant été écrites par Paul, elles font nettement allusion à des situations de vie en Eglise bien différentes, plus évoluées, et à une organisation plus développée, que celles qui correspondent au temps des grandes lettres de Paul qui sont considérées par tous comme authentiques.

On ne retrouve pas dans ces lettres la passion et le dynamisme des grandes lettres de l’Apôtre. D’autre part, les sujets qu y sont abordés concernent davantage l’organisation interne de la communauté qui favorise la piété, la bonne conscience, et l’image de l’Eglise dans le monde, que les grands thèmes théologiques de Paul : les développements sur la croix du Christ, l’Eglise comme corps du Christ, ou une nouvelle approche de la Loi, n’y sont pas repris.

Il semble bien, que, de la même façon que les Actes des Apôtres, ces lettres veulent attester la grandeur la figure de Paul dans l’Eglise de la fin du 1er siècle, importance qui explique que la plupart de ses idées sont reprises et interprétées dans les communautés de croyants qui se considèrent toujours disciples de Paul, même si elles ne l’ont pas, de fait, connu.

Ainsi perçu, le but de l’auteur serait de souligner à quel point est primordiale et nécessaire la transmission du véritable enseignement reçu des Apôtres, par des relais ou des intermédiaires, considérés comme proches de Paul et autorisés par lui, et de montrer ainsi comment la saine doctrine peut l’emporter sur les erreurs que certains développent.

En conséquence, mise à part une petite minorité de spécialistes, tous considèrent l’auteur de ces lettres comme un modeste “anonyme”, admirateur de Paul, et qui tient à en retransmettre le message, en soulignant ainsi l’ampleur de ce qu’a été la mission de Paul, et dans le but d’aider les communautés à tenir bon, ensemble, dans la foi.

A noter, toutefois, une tendance plus récente d’attribuer à Paul lui-même la 2nde Lettre à Timothée, différente des deux autres, et beaucoup plus proche des thèmes des Lettres que tous reconnaissent avoir été écrites par Paul.

Dans cette perspective, les notes “personnelles” au sujet de détails de la vie de Paul semblent, sauf peut-être dans la 2nde Lettre à Timothée, avoir été insérées dans ce recueil , soit à partir d’extraits de témoignages venant de Paul lui-même et inconnus par ailleurs, soit comme une manière pour l’auteur de rendre plus vraisemblable l’idée que Paul a bel et bien écrit ces lettres.

Compte tenu des différentes prises de position au sujet de l’auteur de ces lettres, on en situe la composition entre les années 60 et 160, la majorité préfèrant toutefois les dater des années 100 - 110.

2. Message

Paul invite Tite à se comporter en véritable pasteur qui aide les membres de sa communauté, dans leur diversité, à vivre selon l’Evangile. C’est ainsi qu’il précise les devoirs des hommes et des femmes âgés, des jeunes femmes et des jeunes gens. Il faut les prier tous de mener une vie pondérée, dans la foi et l’espérance.

Le meilleur moyen, pour un pasteur, de transmettre son enseignement est de témoigner lui-même d’une existence selon l’Evangile, offrant à tous l’exemple d’une authentique fidélité.

Ces rappels, remarques et conseils de Paul n’ont d’autre explication définitiive que le don gratuit qui nous a été fait de la grâce bienveillante de Dieu, en Jésus livré, mort et ressuscité, lui qui est le Sauveur du monde dont nous attendons la manifestation du retour en gloire.

3. Decouvertes

De 2, 1 à 3, 11, la lettre à Tite traite de l’appartenance à la communauté chrétienne. Et Tite se trouve ainsi invité par Paul à aider, non pas les responsables, mais tous les membres ordinaires de la communauté ecclésiale, à vivre selon l’Evangile de Jésus.

4. Prolongement

C’est toujours en raison du mystère du Christ venant à nous pour nous révéler le Père en sa miséricorde, et nous faire don d’une vie nouvelle dans l’Esprit, suite à sa résurrection d’entre les morts, que des règles de conduite peuvent nous être ainsi proposées. Tout est grâce. Il importe donc que nous laissions fructifier en nous le don gratuit de Dieu, pour que notre existence, imitant les faits et gestes de Jésus, devienne le lieu de la manifestation de cette grâce de Dieu que nous avons reçue dans l’Esprit Saint, et qui nous permet de reproduire le visage du Christ.

Prière

*Seigneur Jésus, toi seul as pu lancer à tes adversaires le défi de ta question : “qui de vous me convaincra de péché” ?, parce que toute ton existence se résume dans ton attitude, unique et définitive, d’obéissance au Père a tout instant, et en toutes circonstances, et c’est ainsi que tu as pu proclamer que tu es le chemin, la vérité, la vie, la seule route possible pour rencontrer le Père, en qui tu demeures et qui demeure en toi : apprends-moi à te suivre chaque jour, en remettant de nouveau mon existence à ta disposition, comme un lieu de manifestation du don gratuit de Dieu offert à tous, fais qu’en toutes les expressions de ma marche au milieu des hommes et des femmes de ce temps, ainsi qu’au cœur du monde, je révèle ton nom unique par lequel tous seront sauvés, donne-moi de valoriser ta parole, fondée sur ton “OUI” total et permanent au Père, engagement que tu me transmets, avec mission de le rendre visible aujourd’hui. AMEN.

12.11.2002.*

Évangile : Luc 17, 7-10

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

7 ” Qui d’entre vous, s’il a un serviteur qui laboure ou garde les bêtes, lui dira à son retour des champs : “Vite, viens te mettre à table” ?
8 Ne lui dira-t-il pas au contraire : “Prépare-moi de quoi dîner, ceins-toi pour me servir, jusqu’à ce que j’aie mangé et bu ; après quoi, tu mangeras et boiras à ton tour” ?
9 Sait-il gré à ce serviteur d’avoir fait ce qui lui a été prescrit ?
10 Ainsi de vous ; lorsque vous aurez fait tout ce qui vous a été prescrit, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

Alors qu’il continue sa montée vers Jérusalem, dont le récit constitue toute la partie centrale de l’ Evangile de Luc (9, 51 - 19, 27), Jésus vient, au chapitre 16, de rappeler fortement la nécessité de partager ses richesses avec ceux qui sont dans le besoin, en illustrant ce thème par 2 histoires mettant en scène successivement un gérant malhonnête, mais habile, et un riche qui n’a pas su voir le pauvre Lazare qui gisait à sa porte (Luc, 16, 1 - 31).

Avec le passage de ce jour, nous vivons le dernier épisode de cette 2ème étape de la Montée de Jésus vers la Ville Sainte et donc de la 2ème série d’instructions qu’il donne, chemin faisant, à ses disciples (17, 1 - 10).

Jésus, qui a rencontré beaucoup d’oppositions et de critiques, en revient maintenant à rappeler à ceux qui le suivent les exigences d’un renouveau intérieur : - d’abord, ne pas être cause de scandale (17, 1 - 2), - ensuite, vivre constamment le pardon entre frères (17, 3 - 4), - enfin, et surtout, avoir une foi profonde en Dieu à qui rien n’est impossible dans l’ordre du salut des hommes, et qui sera toujours à leurs côtés face aux forces d’opposition et de destruction qu’ils pourront rencontrer.

L’exemple, caricatural et nettement exagéré, cité par Jésus, de l’arbre qui se déracine et va se planter dans la mer, veut leur montrer que, dans la foi, ils peuvent obtenir des résultas insoupçonnables.

Notre page vient exactement à ce point ajouter, avec grand à propos, que nous sommes néanmoins toujours dans le champ de la pure gratuité divine.

2. Message

Vivre une existence renouvelée par le souci du frère que l’on ne veut pas scandaliser, et auquel l’on pardonne toujours, ainsi que par la foi en Dieu à qui l’on peut faire totalement confiance, ne signifie pas pour autant que nous méritions quoi que ce soit, ou que nous ayons quelque droit sur ce qui nous est proposé et donné tout-à-fait gratuitement.

Plus haut, dans l’Evangile de Luc ( 12, 35 - 37), Jésus avait déclaré “heureux” les serviteurs que le Maître à son retour trouverait en train de veiller, et précisé que le Maître prendrait alors la tenue de serviteur pour servir lui-même à table ceux qui sont à son service.

Cela n’empêche pas notre texte de bien situer les rôles respectifs à leur propre place : le serviteur demeure, quoi qu’il arrive, au service de son Maître. Le fait qu’il ait accompli sa tâche ne lui permet pas de faire valoir à Dieu, son Maître, qu’il est digne d’une récompense ou d’une faveur divine. Il n’en est rien, car, face au don de Dieu, nous ne sommes qu’insuffisants, indignes, bien que destinataires d’une miséricorde toujours imméritée et donc à recevoir comme un cadeau gratuit.

Saisis par l’appel de Dieu dans ce “cycle” de sa gratuité, nous lui obéissons et nous le servons gratuitement, sans revendiquer, sans rien en attendre qui nous serait dû. Nous sommes en effet dans le monde de la gratuité de Dieu, où Dieu lui-même se fait en Jésus serviteur de tous.

Sans la grâce gratuite de Dieu, sans son appel, sa force, sa présence, nous ne sommes, de nous-mêmes, que des serviteurs “quelconques”, “inutiles”, “bons à rien”.

3. Decouvertes

Se reconnaître “serviteur quelconque” ne veut pas dire qu’on n’a aucune valeur en soi, ou que nous sommes tout-à-fait incapables de fournir un travail ou une réalisation de qualité.

Cela signifie seulement que l’attitude d’obéissance que nous avons assumée face à Dieu ne peut réclamer de Dieu quoi que ce soit, car, dans l’ordre du salut, tout est grâce (Ephésiens, 2, 4 -10).

4. Prolongement

Ces différentes paroles concernant les droits et devoirs des serviteurs ne sont pas, en réalité, contradictoires.

Nous devons tout recevoir avec un coeur de pauvre, qui n’attend et ne cherche que les désirs de son Maître, avec une totale disponibilité et une totale reconnaissance.

Moins nous nous estimons “dignes” et plus nous apprécions que Jésus se déclare être au milieu de nous comme “celui qui sert” (Luc, 22, 27), et aille jusqu’à nous dire qu’il ne nous considère plus comme des “serviteurs” mais comme “ses amis”, parce qu’il nous fait connaître tout ce qu’il a entendu du Père (Jean, 15, 15).

Prière

*Seigneur Jésus, par ton enseignement sous ses formes les plus variées, tu nous aides à découvrir à quel point le mystère de la pure gratuité du don de Dieu qui nous est fait par ta Parole et ton engagement d’obéissance qui nous sauve, dépasse vraiment toute attente, tout désir, toute imagination : pénètre-moi d’une immense action de grâce face à cette ampleur ineffable de miséricorde, de lumière et de vérité qui nous vient du Père, par toi, dans l’Esprit Saint, approfondis en moi la docilité confiante de la foi qui me fera porter du fruit en tous domaines, selon la volonté du Père, dont je chercherai, de plus en plus,à faire ma seule nourriture spirituelle. AMEN.

11.11.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour