📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Sagesse 6, 1-11
DU LIVRE DE LA SAGESSE
Texte
1 Ecoutez donc, rois, et comprenez! Instruisez-vous, juges des confins de la terre!
2 Prêtez l’oreille, vous qui dominez sur la multitude, qui vous enorgueillissez de foules de nations!
3 Car c’est le Seigneur qui vous a donné la domination et le Très-Haut le pouvoir, c’est lui qui examinera vos œuvres et scrutera vos desseins.
4 Si donc, étant serviteurs de son royaume, vous n’avez pas jugé droitement, ni observé la loi, ni suivi la volonté de Dieu,
5 il fondra sur vous d’une manière terrifiante et rapide. Un jugement inexorable s’exerce en effet sur les gens haut placés;
6 au petit, par pitié, on pardonne, mais les puissants seront examinés puissamment.
7 Car le Maître de tous ne recule devant personne, la grandeur ne lui en impose pas; petits et grands, c’est lui qui les a faits et de tous il prend un soin pareil,
8 mais une enquête sévère attend les forts.
9 C’est donc à vous, souverains, que s’adressent mes paroles, pour que vous appreniez la sagesse et évitiez les fautes;
10 car ceux qui observent saintement les choses saintes seront reconnus saints, et ceux qui s’en laissent instruire y trouveront leur défense.
11 Désirez donc mes paroles, aspirez à elles et vous serez instruits.
Commentaire
1. Situation
Le Livre de la Sagesse, écrit en grec, par un auteur qui se prétend être le roi Salomon lui- même, fut en fait composé dans le dernier demi-siècle avant l’ère chrétienne. C’est donc pour nous le livre le plus récent de l’Ancien Testament de notre Bible. Il faut signaler que ce Livre ne fait pas partie de la Bible Juive ni de la Bible de nos frères chrétiens issus de la Réforme du 16ème siècle.
Ce Livre a été très probablement composé à Alexandrie, en Egypte, ville qui était alors le grand centre intellectuel et scientifique du Monde Méditerranéen, et l’un des plus grands centres des Juifs de la “Diaspora” (Dispersion).
De l’auteur , nous pouvons tout au plus remarquer que c’était un Juif cultivé de langue grecque, probablement un intellectuel et un eneignant, donc très au fait de la culture,de la Rhétorique et de la Philosophie grecques.
Il a écrit ce traité pour affermir la foi de ses frères Juifs d’Alexandrie, immergés dans le monde héllenistique. Il essaye de répondre à deux questions fondamentales d’actualité pour les croyants Juifs de son époque : Comment se situer en croyant Juif face à l’atmosphère intellectuelle du moment, marquée par la rencontre de nombreuses idées philosophiques et religieuses si différentes ? Comment se fait-il que des hommes athées, voire même méchants, soient apparemment prospères et heureux alors que tant de justes souffrent ?
Ce Livre de la Sagesse se compose de 2 grandes parties :
- la première fait l’éloge de la Sagesse (1, 1 - 11,1), vue d’abord comme source d’immortalité (1, 1 - 6, 21), avant d’être abordée dans sa nature, qui justifie la recherche qu’a pu en faire Salomon (6, 22 - 11, 1), - la seconde rappelle quelle fut la fidélité de Dieu pour son peuple tout au long de l’Exode vécue au temps de Moïse (11, 2 - 19, 22).
Notre page se trouve pratiquement au terme de la première section (1, 1 - 6, 21) de l’éloge de la Sagesse (1, 1 - 11, 1), section qui sera elle-même suivie d’une étude sur la nature de la Sagesse et d’un rappel de la recherche de cette Sagesse, telle que l’avait vécue le roi Salomon, sous le nom duquel se cache notre auteur anonyme (6, 22 - 11, 1).
En parallèle avec le début de cette 1ère section sur l’immortalité, fruit de la Sagesse, qui nous invite à chercher la justice (1, 1 -15), notre page répond par une exhortation semblable à chercher la Sagesse (6, 1 - 21).
Entre ces deux exhortations, il est question, à deux reprises, des méchants, qui, d’une part, pactisent avec la mort (1, 16 - 2, 24), vont, d’autre part, reconnaître après coup qu’ils se sont trompés (4, 20 - 5, 23), et dont le témoignage encadre le point central de ces 6 premiers chapitres, qui nous parle des secrets cachés de Dieu (3, 1- 4, 19).
2. Message
Ainsi se déroule le message général de tout l’ensemble dans lequel s’insère notre texte (6, 1
-
- : Il est important de rechercher la Sagesse, car le jugement est proche (6, 1 - 8). Il faut donc se montrer attentifs à tout ce qu’écrit notre auteur (6, 9 - 11). Car la Sagesse est à notre portée (6, 12 - 16), et sa recherche ne peut que nous conduite à l’immortalité et à un “règne” éternel (6, 17 - 21).
Dans les versets 6,1 - 11 qui constituent notre page, l’auteur s’adresse tout particulièrement aux rois :
- ils doivent s’instruire pour bien remplir leur mission, car tout leur pouvoir vient de Dieu (6, 1 - 3),
- c’est la raison pour laquelle Dieu les jugera de façon sévère (6, 3 - 6),
- en tant que Juge, Dieu sera sévère pour les grands, tout en ayant de la pitié pour les “petits”, car c’est lui qui les a tous faits, les uns et les autres, et c’est lui qui prend soin de tous (6, 6 - 9),
- d’où l’importance pour les rois d’apprendre la Sagesse et d’en vivre saintement (6, 10 - 11).
3. Decouvertes
Que Dieu donne pouvoir et domination aux rois de la terre, cela est fortement attesté dans toute la Bible : relire Daniel, 2, 21 et 37; Daniel, 5, 18; 1 Chroniques, 29, 12; Romains, 13, 1 et Jean. 19, 11 (ce que Jésus lui-même déclare à Pilate).
Que le jugement de Dieu s’exerce sur les responsables haut placés, cela est également un thème fréquent dans l’histoire d’Israêl : relire à ce sujet ce qui concerne: Moïse (Nombres, 20, 12), David (2 Samuel, 24, 10 - 17), Ezéchias dans ses fils (2 Rois, 20, 16 - 18).
4. Prolongement
C’est Jésus, qui, pour nous chrétiens et disciples, personnifie toute la Sagesse de Dieu, lui, le Verbe fait chair (Jean, 1, 1 - 18).
Et cette Sagesse de Dieu qu’il a en plénitude, il nous la communique: relisons ce que Paul écrit aux Corinthiens sur ce point :
30 Car c’est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et rédemption,
31 afin que, comme il est écrit, celui qui se glorifie, qu’il se glorifie dans le Seigneur.
7 Ce dont nous parlons, au contraire, c’est d’une sagesse de Dieu, mystérieuse, demeurée cachée, celle que, dès avant les siècles, Dieu a par avance destinée pour notre gloire,
8 celle qu’aucun des princes de ce monde n’a connue - s’ils l’avaient connue, en effet, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la Gloire -
9 mais, selon qu’il est écrit, nous annonçons ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment.
10 Car c’est à nous que Dieu l’a révélé par l’Esprit ; l’Esprit en effet sonde tout, jusqu’aux profondeurs de Dieu.
Jésus, selon l’Evangile de Jean, nous dit que le Père a remis tout le jugement au Fils, jugement dont nous n’avons vraiment rien à craindre si nous suivons réellement Jésus, et écoutons sa Parole :
22 Car le Père ne juge personne ; il a donné au Fils le jugement tout entier,
23 afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui l’a envoyé.
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.
Prière
*Seigneur Jésus, tu es la Sagesse de Dieu venue vivre notre expérience humaine de croyants de façon exemplaire, en ne cherchant, partout et toujours, qu’à accomplir la volonté du Père : rends-moi réellement participant de ta Sagesse en essayant, de mon mieux, de tout vivre sous ton regard, et dans la présence et la force de ton Esprit Saint : mes pensées, mes paroles, mes actions, ma relation permanente avec Dieu, en vérité avec moi-même, et dans l’ouverture et le service de mes frères et soeurs. AMEN.
12.11.2003.*
Évangile : Luc 17, 11-19
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
11 Et il advint, comme il faisait route vers Jérusalem, qu’il passa aux confins de la Samarie et de la Galilée.
12 A son entrée dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre et s’arrêtèrent à distance ;
13 ils élevèrent la voix et dirent : ” Jésus, Maître, aie pitié de nous. “
14 A cette vue, il leur dit : ” Allez vous montrer aux prêtres. ” Et il advint, comme ils y allaient, qu’ils furent purifiés.
15 L’un d’entre eux, voyant qu’il avait été purifié, revint sur ses pas en glorifiant Dieu à haute voix
16 et tomba sur la face aux pieds de Jésus, en le remerciant. Et c’était un Samaritain.
17 Prenant la parole, Jésus dit : ” Est-ce que les dix n’ont pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ?
18 Il ne s’est trouvé, pour revenir rendre gloire à Dieu, que cet étranger ! “
19 Et il lui dit : ” Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
Ce récit nous refait assister à une guérison effectuée par Jésus à distance sur 10 lépreux auxquels il demande, sur sa seule parole, de se comporter comme s’ils étaient guéris, en allant se montrer aux prêtres, de façon à être réintégrés dans la vie normale de la société.
Même si ces lépreux font preuve d’une certaine foi en Jésus en obéissant à sa requête, seul l’un d’entre eux interprète sa guérison comme un don de salut que Dieu lui accorde par Jésus, auquel il revient rendre grâce.
La démarche complète de la foi implique que le miracle soit perçu comme un signe efficace de miséricorde et de salut, au-delà de la portée immédiate de son effet de guérison.
Seul un étranger s’est montré capable d’aller jusqu’au bout de cette démarche de foi attendue par Jésus.
3. Decouvertes
Luc, une fois de plus, trahit sa mauvaise connaissance de la géographie de la Palestine. On imagine mal Jésus, en effet, se rapprocher de Jérusalem , qui se trouve au Sud, en se dirigeant vers le Nord, de Samarie en Galilée.
Peut-être s’agit-il seulement pour Luc d’expliquer ainsi pourquoi un Samaritain se trouve parmi les 10 lépreux qui se présentent à Jésus.
Tels les bergers de Béthléem, lors de la naissance de Jésus, le Samaritain est un “pauvre”, doublement exclu, en tant que lépreux et Samaritain, et qui seul est “sauvé”, au sens fort de ce terme.
A noter qu’en guérissant à distance les 10 lépreux, Jésus applique la loi les concernant selon le Lévitique, 13, 46. Et il fait de même en leur demandant d’aller se montrer aux prêtres (Lévitique, 14, 2 - 3).
4. Prolongement
Jésus ne se comporte pas comme les Juifs de son temps, qui n’avaient aucun rapport avec les Samaritains, qu’ils haïssaient, à cause de leur origine bâtarde et de leurs divergences religieuses. Il a déjà mis un Samaritain en valeur dans la grande parabole dite du “bon Samaritain” (10, 33 - 37). De même, dans les Actes des Apôtres, Luc nous raconte la mission de Philippe, l’un des Sept, en Samarie (Actes, 8, 5 - 25).
L’Evangile de Jean, de son côté, termine l’épisode de la rencontre de Jésus avec une femme de Samarie, au puits de Jacob, par l’affirmation de la foi en Jésus d’un grand nombre de Samaritains de la ville voisine (Jean, 4, 4 - 42).
Une fois de plus, après le centurion de Capharnaüm (Luc, 7, 1 - 10), la Syrophénicienne de Marc, 7, 24 - 30, c’est un non-Juif qui se comporte en modèle de foi en Jésus, par contraste avec les Israélites.
Prière
*Seigneur Jésus, croire en toi ne consiste pas seulement à obéir extérieurement à ta Parole, mais d’abord à se remettre à toi avec une confiance totale et te reconnaître comme celui qui, gratuitement, nous apporte le salut de Dieu, et à qui, et par qui, nous devons rendre grâce en glorifiant Dieu, et c’est pourquoi tu as toujours voulu que tes gestes de miséricorde soient perçus comme une rencontre de toi, que Dieu nous envoie pour communiquer la puissance totale de son salut et l’entrée dans son Règne : viens augmenter ma foi, et me conduire à te découvrir davantage comme le Fils unique, Sauveur et Serviteur, que Dieu a placé sur la route des hommes et des femmes de tous les temps, pour les inviter à partager sa vie et sa gloire. AMEN.
13.11.2002.*