📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Tite 3, 1-7

DE LA LETTRE A TITE

Texte

1 Rappelle-leur d’être soumis aux magistrats et aux autorités, d’obéir, d’être prêts à toute bonne oeuvre,
2 de ne médire de personne, d’être pacifiques, modérés, pleins de douceur envers tous les hommes.
3 Car nous aussi, nous étions autrefois insensés, désobéissants, égarés, asservis à toute espèce de convoitises et de voluptés, vivant dans la méchanceté et dans l’envie, dignes d’être haïs, et nous haïssant les uns les autres.
4 Mais, lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont été manifestés,
5 il nous a sauvés, non à cause des oeuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint Esprit,
6 qu’il a répandu sur nous avec abondance par Jésus Christ notre Sauveur,
7 afin que, justifiés par sa grâce, nous devenions, en espérance, héritiers de la vie éternelle.

Commentaire

1. Situation

La Lettre à Tite, la 1ère Lettre à Timothée, et la 2ème Lettre à Timothée forment un ensemble qu’on appelle les Lettres Pastorales, attribuées à Paul, mais dont peu de spécialistes affirment aujourd’hui qu’elles ont été écrites par Paul. Si les contenus de Tite et 1ère à Timothée se ressemblent fort, le ton de la 2ème à Timothée paraît beaucoup plus intime et personnel, en conséquence, peut-être du fait que Paul déclare l’écrire depuis la prison où il se trouve.

Bien que ces 3 lettres se présentent on ne peut plus clairement comme ayant été écrites par Paul, elles font nettement allusion à des situations de vie en Eglise bien différentes, plus évoluées, et à une organisation plus développée, que celles qui correspondent au temps des grandes lettres de Paul qui sont considérées par tous comme authentiques.

On ne retrouve pas dans ces lettres la passion et le dynamisme des grandes lettres de l’Apôtre. D’autre part, les sujets qu y sont abordés concernent davantage l’organisation interne de la communauté qui favorise la piété, la bonne conscience, et l’image de l’Eglise dans le monde, que les grands thèmes théologiques de Paul : les développements sur la croix du Christ, l’Eglise comme corps du Christ, ou une nouvelle approche de la Loi, n’y sont pas repris.

Il semble bien, que, de la même façon que les Actes des Apôtres, ces lettres veulent attester la grandeur la figure de Paul dans l’Eglise de la fin du 1er siècle, importance qui explique que la plupart de ses idées sont reprises et interprétées dans les communautés de croyants qui se considèrent toujours disciples de Paul, même si elles ne l’ont pas, de fait, connu.

Ainsi perçu, le but de l’auteur serait de souligner à quel point est primordiale et nécessaire la transmission du véritable enseignement reçu des Apôtres, par des relais ou des intermédiaires, considérés comme proches de Paul et autorisés par lui, et de montrer ainsi comment la saine doctrine peut l’emporter sur les erreurs que certains développent.

En conséquence, mise à part une petite minorité de spécialistes, tous considèrent l’auteur de ces lettres comme un modeste “anonyme”, admirateur de Paul, et qui tient à en retransmettre le message, en soulignant ainsi l’ampleur de ce qu’a été la mission de Paul, et dans le but d’aider les communautés à tenir bon, ensemble, dans la foi.

A noter, toutefois, une tendance plus récente d’attribuer à Paul lui-même la 2nde Lettre à Timothée, différente des deux autres, et beaucoup plus proche des thèmes des Lettres que tous reconnaissent avoir été écrites par Paul.

Dans cette perspective, les notes “personnelles” au sujet de détails de la vie de Paul semblent, sauf peut-être dans la 2nde Lettre à Timothée, avoir été insérées dans ce recueil , soit à partir d’extraits de témoignages venant de Paul lui-même et inconnus par ailleurs, soit comme une manière pour l’auteur de rendre plus vraisemblable l’idée que Paul a bel et bien écrit ces lettres.

Compte tenu des différentes prises de position au sujet de l’auteur de ces lettres, on en situe la composition entre les années 60 et 160, la majorité préfèrant toutefois les dater des années 100 - 110.

2. Message

Paul, selon l’auteur de cette Lettre, continue de donner des instructions précises à Tite pour lui indiquer ce qu’il a à dire aux communautés et aux chrétiens de l’île de Crête. Nous ne pouvons pas ne pas remarquer l’autorité que Paul manifeste ici.

Paul demande àTite d’inviter les chrétiens dont il a la responsabilité à se comporter en citoyens responsables dans la cité terrestre à laquelle ils appartiennent. Ce qui implique l’obéissance aux autorités civiles, voire même de collaborer avec elles, à la condition toutefois de toujours chercher à faire le bien selon sa conscience, dans une disponibilité bienveillante, en agissant comme témoins de la douceur que Dieu nous a donnée avec l’Esprit Saint que nous avons reçu.

Cela suppose que nous ayons une attitude de convertis au Seigneur Jésus, qui ne retombent pas dans les attitudes païennes qu’ils avaient abandonnées.

Une telle conversion est bien vie nouvelle selon le Christ en qui le projet de salut de Dieu a atteint son sommet et son achèvement.

Ce qui nous vaut un magnifique résumé de ce projet de salut de Dieu, avec toutes ses caractéristiques de gratuité, et dans sa réalisation au coeur de nos vies, dès que ce projet nous atteint par le baptême et dans l’Esprit Saint. C’est ainsi que Dieu fait de nous des justes et des saints appelés à partager la vie divine qu’il nous propose.

3. Decouvertes

De 2, 1 à 3, 11, la lettre à Tite traite de l’appartenance à la communauté chrétienne. Et Tite se trouve ainsi invité par Paul à aider, non pas les responsables, mais tous les membres ordinaires de la communauté ecclésiale, à vivre selon l’Evangile de Jésus.

A travers cette argumentation de Paul se dessine toute l’exigence de notre réception du don de Dieu : plus nous sommes saisis dans son dessein, et plus nous devons chercher à le saisir dans une démarche de conversion qui nous fait nous tourner vers lui de façon sans cesse répétée et renouvelée, avec la conviction que nous sommes appelés à imiter les comportements de Jésus Christ dans tous les domaines de nos expressions et engagements humains, au coeur de ce monde dans lequel nous représentons la “visibilité” du Christ à l’époque dans laquelle nous vivons.

C’est ainsi que, selon les paroles de Jésus, que l’Evangile de Jean nous rapporte comme son testament, en ses chapitres 14 à 17, nous devons être dans le monde sans être du monde.

4. Prolongement

Nous pouvons relire et méditer souvent cette magnifique présentation de la tendresse et de la bonté de Dieu pour les hommes qui nous est présentée dans la dernière partie de cette lecture, dont on comprend qu’elle ait été reprise dans la liturgie catholique de la Fête de Noël, Fête de la manifestation de “Dieu avec nous” en son Fils Jésus le Christ, l’Emmanuel, désormais toujours avec nous jusqu’à la fin des temps, en sa présence de Ressuscité, selon le dernier verset de l’Evangile de Matthieu, qui nous relate la dernière apparition pascale du Christ.

Prière

*Seigneur Jésus, que ta rencontre dans la prière, dans le partage de ton “OUI” au Père, lorsque nous célébrons le mémorial eucharistique de ta mort et ta résurrection, ou dans notre accueil des frères et soeurs qui jalonnent nos chemins, soit pour nous redécouverte de la splendeur du mystère de Dieu qui, par toi et en toi, se communique à nous, et nous remplit de sa Lumière, de sa Vérité, et de sa capacité d’aimer. AMEN.

10.11.2004.*

Évangile : Luc 17, 11-19

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

11 Et il advint, comme il faisait route vers Jérusalem, qu’il passa aux confins de la Samarie et de la Galilée.
12 A son entrée dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre et s’arrêtèrent à distance ;
13 ils élevèrent la voix et dirent : ” Jésus, Maître, aie pitié de nous. “
14 A cette vue, il leur dit : ” Allez vous montrer aux prêtres. ” Et il advint, comme ils y allaient, qu’ils furent purifiés.
15 L’un d’entre eux, voyant qu’il avait été purifié, revint sur ses pas en glorifiant Dieu à haute voix
16 et tomba sur la face aux pieds de Jésus, en le remerciant. Et c’était un Samaritain.
17 Prenant la parole, Jésus dit : ” Est-ce que les dix n’ont pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ?
18 Il ne s’est trouvé, pour revenir rendre gloire à Dieu, que cet étranger ! “
19 Et il lui dit : ” Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

2. Message

Ce récit nous refait assister à une guérison effectuée par Jésus à distance sur 10 lépreux auxquels il demande, sur sa seule parole, de se comporter comme s’ils étaient guéris, en allant se montrer aux prêtres, de façon à être réintégrés dans la vie normale de la société.

Même si ces lépreux font preuve d’une certaine foi en Jésus en obéissant à sa requête, seul l’un d’entre eux interprète sa guérison comme un don de salut que Dieu lui accorde par Jésus, auquel il revient rendre grâce.

La démarche complète de la foi implique que le miracle soit perçu comme un signe efficace de miséricorde et de salut, au-delà de la portée immédiate de son effet de guérison.

Seul un étranger s’est montré capable d’aller jusqu’au bout de cette démarche de foi attendue par Jésus.

3. Decouvertes

Luc, une fois de plus, trahit sa mauvaise connaissance de la géographie de la Palestine. On imagine mal Jésus, en effet, se rapprocher de Jérusalem , qui se trouve au Sud, en se dirigeant vers le Nord, de Samarie en Galilée.

Peut-être s’agit-il seulement pour Luc d’expliquer ainsi pourquoi un Samaritain se trouve parmi les 10 lépreux qui se présentent à Jésus.

Tels les bergers de Béthléem, lors de la naissance de Jésus, le Samaritain est un “pauvre”, doublement exclu, en tant que lépreux et Samaritain, et qui seul est “sauvé”, au sens fort de ce terme.

A noter qu’en guérissant à distance les 10 lépreux, Jésus applique la loi les concernant selon le Lévitique, 13, 46. Et il fait de même en leur demandant d’aller se montrer aux prêtres (Lévitique, 14, 2 - 3).

4. Prolongement

Jésus ne se comporte pas comme les Juifs de son temps, qui n’avaient aucun rapport avec les Samaritains, qu’ils haïssaient, à cause de leur origine bâtarde et de leurs divergences religieuses. Il a déjà mis un Samaritain en valeur dans la grande parabole dite du “bon Samaritain” (10, 33 - 37). De même, dans les Actes des Apôtres, Luc nous raconte la mission de Philippe, l’un des Sept, en Samarie (Actes, 8, 5 - 25).

L’Evangile de Jean, de son côté, termine l’épisode de la rencontre de Jésus avec une femme de Samarie, au puits de Jacob, par l’affirmation de la foi en Jésus d’un grand nombre de Samaritains de la ville voisine (Jean, 4, 4 - 42).

Une fois de plus, après le centurion de Capharnaüm (Luc, 7, 1 - 10), la Syrophénicienne de Marc, 7, 24 - 30, c’est un non-Juif qui se comporte en modèle de foi en Jésus, par contraste avec les Israélites.

Prière

*Seigneur Jésus, croire en toi ne consiste pas seulement à obéir extérieurement à ta Parole, mais d’abord à se remettre à toi avec une confiance totale et te reconnaître comme celui qui, gratuitement, nous apporte le salut de Dieu, et à qui, et par qui, nous devons rendre grâce en glorifiant Dieu, et c’est pourquoi tu as toujours voulu que tes gestes de miséricorde soient perçus comme une rencontre de toi, que Dieu nous envoie pour communiquer la puissance totale de son salut et l’entrée dans son Règne : viens augmenter ma foi, et me conduire à te découvrir davantage comme le Fils unique, Sauveur et Serviteur, que Dieu a placé sur la route des hommes et des femmes de tous les temps, pour les inviter à partager sa vie et sa gloire. AMEN.

13.11.2002.*


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