📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Sagesse 18, 6-16
DU LIVRE DE LA SAGESSE
Texte
14 Alors qu’un silence paisible enveloppait toutes choses et que la nuit parvenait au milieu de sa course rapide,
15 du haut des cieux, ta Parole toute-puissante s’élança du trône royal, guerrier inexorable, au milieu d’une terre vouée à l’extermination. Portant pour glaive aigu ton irrévocable décret,
16 elle s’arrêta et remplit de mort l’univers; elle touchait au ciel et se tenait sur la terre.
…
6 Car la création entière, en sa propre nature, était encore de nouveau façonnée, se soumettant à tes ordres, pour que tes enfants fussent gardés indemnes.
7 On vit la nuée couvrir le camp de son ombre, la terre sèche émerger de ce qui était l’eau, la mer Rouge devenir un libre passage, les flots impétueux une plaine verdoyante,
8 par où ceux que protégeait ta main passèrent comme un seul peuple, en contemplant d’admirables prodiges.
9 Comme des chevaux, ils étaient à la pâture, comme des agneaux, ils bondissaient, en te célébrant, Seigneur, toi leur libérateur.
Commentaire
1. Situation
Le Livre de la Sagesse, écrit en grec, par un auteur qui se prétend être le roi Salomon lui- même, fut en fait composé dans le dernier demi-siècle avant l’ère chrétienne. C’est donc pour nous le livre le plus récent de l’Ancien Testament de notre Bible. Il faut signaler que ce Livre ne fait pas partie de la Bible Juive ni de la Bible de nos frères chrétiens issus de la Réforme du 16ème siècle.
Ce Livre a été très probablement composé à Alexandrie, en Egypte, ville qui était alors le grand centre intellectuel et scientifique du Monde Méditerranéen, et l’un des plus grands centres des Juifs de la “Diaspora” (Dispersion).
De l’auteur , nous pouvons tout au plus remarquer que c’était un Juif cultivé de langue grecque, probablement un intellectuel et un eneignant, donc très au fait de la culture,de la Rhétorique et de la Philosophie grecques.
Il a écrit ce traité pour affermir la foi de ses frères Juifs d’Alexandrie, immergés dans le monde héllenistique. Il essaye de répondre à deux questions fondamentales d’actualité pour les croyants Juifs de son époque : Comment se situer en croyant Juif face à l’atmosphère intellectuelle du moment, marquée par la rencontre de nombreuses idées philosophiques et religieuses si différentes ? Comment se fait-il que des hommes athées, voire même méchants, soient apparemment prospères et heureux alors que tant de justes souffrent ?
Ce Livre de la Sagesse se compose de 2 grandes parties :
- la première fait l’éloge de la Sagesse (1, 1 - 11, 1), vue d’abord comme source d’immortalité (1, 1 - 6, 21), avant d’être abordée dans sa nature, qui justifie la recherche qu’a pu en faire Salomon (6, 22 - 11, 1), - la seconde rappelle quelle fut la fidélité de Dieu pour son peuple tout au long de l’Exode vécue au temps de Moïse (11, 2 - 19, 22).
Après toute une 1ère partie consacrée à l’éloge de la Sagesse, qui accorde l’immortalité, et qui révèle ses mystères à qui la cherche comme l’a fait Salomon (Sagesse, 1, 1 - 11, 1), le Livre de la Sagesse, antérieur seulement de quelques décennies à l’apparition de Jésus Christ, nous invite à méditer sur la manière selon laquelle Yahvé-Dieu a été fidèle à son peuple Israël au cours du grand événement libérateur de l’Exode à l’époque de Moïse.
Les éléments du monde, dont Dieu s’était servi pour frapper l’Egypte de 10 plaies, lui ont servi ensuite à aider Israël au cours de sa marche à travers le désert, comme le texte de cette seconde partie du Livre l’illustre abondamment.
Notre page se concentre sur les événements du départ d’Egypte des Israélites au temps de Moïse.
2. Message
Les catastrophes naturelles qui ont accompagné la sortie d’Egypte sont présentées ici comme l’œuvre de la Parole de Dieu, cette même Parole qui a réalisé l’œuvre de création du monde selon le chapitre 1 du Livre de la Genèse (” Dieu dit : … Et il en fut ainsi “.
Il est d’abord question de la dernière ” plaie d’Egypte ” du Livre de l’Exode, concernant la mort des premiers-nés des Egyptiens, et qui a enclenché la sortie d’Egypte.
Dans notre texte liturgique, il est ensuite question de tous les événements qui accompagnent la traversée de la Mer Rouge : la nuée et la coupure de la Mer des Roseaux en deux parts, avec apparition de la terre ferme au milieu de l’eau pour permettre à l’ensemble du peuple de traverser.
Cette intervention salvatrice de Dieu entraîne la jubilation du peuple qui a célébré alors immédiatement sa libération ainsi effectuée par le Seigneur, qui a manifesté ainsi avec grande force sa prise en charge de son peuple.
3. Decouvertes
A noter l’importance de l’unité des deux dimensions de Dieu réunies dans cette action libératrice de son peuple : le Dieu créateur du ciel et de la terre, maître des éléments du monde et de l’histoire intervient comme tel pour libérer avec puissance le peuple d’Abraham qu’il a choisi pour en faire son peuple particulier.
Le fléau destructeur des premiers-nés des Egyptiens (en réponse à la décision préalable de Pharaon de jeter au Nil les nouveaux-nés garçons des Hébreux au temps de la naissance de Moïse) est décrit ici comme la Parole même de Dieu, qui agit comme un Ange exterminateur.
Une antienne liturgique de Noël, datant du Moyen-Âge, a transformé cette nuit “terrible” de la première Pâque Juive précédant le départ d’Israël d’Egypte, en la nuit silencieuse de la Naissance de Jésus Christ, nuit de Noël.
Dieu met ainsi toutes les forces de la création au service de son dessein d’amour gratuit.
Les pécheurs trouvent ainsi une mort stupéfiante dans la Mer des roseaux, lieu où furent, par contraste, sauvés les croyants membres du peuple de Dieu, Dieu qui gouverne les éléments de sa création du monde en faveur de son peuple.
C’est donc bien l’événement central de la libération d’Israël qui est ici relu dans cette page du Livre de la Sagesse.
4. Prolongement
Pour nous chrétiens, c’est dans l’événement pascal de la mort-résurrection de Jésus Christ que nous relisons ce texte.
Au cœur de la nuit de la croix surgit la lumière de la résurrection, le passage de Jésus de la mort à la vie, inauguration de la mort-résurrection pour nous tous qui le suivons comme disciples et sommes transformés en fils et héritiers du Royaume de Dieu par le don de son Esprit qui nous en fait recevoir les fruits.
Prière
*Seigneur Jésus, c’est dans la vérité de ton obéissance totale au Père que s’est révélée la puissance de ta victoire définitive sur les forces du mal et le péché qui nous habite, et tu nous donnes de partager ta situation de vainqueur du monde en nous tournant vers nos frères et soeurs avec ta capacité d’aimer que nous avons reçue de toi dans la présence permanente de ton Esprit Saint au cœur de nos vies : donne-moi cette foi-confiance ouverte, rends-moi pauvre de moi et disponible, pour accueillir et rayonner toujours plus la réalité de ton salut. AMEN.
15.11.03*
Évangile : Luc 18, 1-8
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
1 Et il leur disait une parabole sur ce qu’il leur fallait prier sans cesse et ne pas se décourager.
2 ” Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et n’avait de considération pour personne.
3 Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait le trouver, en disant : “Rends-moi justice contre mon adversaire ! “
4 Il s’y refusa longtemps. Après quoi il se dit : “J’ai beau ne pas craindre Dieu et n’avoir de considération pour personne,
5 néanmoins, comme cette veuve m’importune, je vais lui rendre justice, pour qu’elle ne vienne pas sans fin me rompre la tête”. “
6 Et le Seigneur dit : ” Écoutez ce que dit ce juge inique.
7 Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit, tandis qu’il patiente à leur sujet !
8 Je vous dis qu’il leur fera prompte justice. Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
Jésus continue sa montée vers Jérusalem, dont le récit constitue toute la partie centrale de l’Evangile de Luc (9, 51 - 19, 27), et vit la dernière étape de cette marche en direction de la Ville Sainte (17, 11 - 19, 27), à laquelle correspond une 3ème et dernière série d’instructions qu’il donne à ses disciples, pour les former en vue de suivre, à leur tour et comme lui, leur propre chemin.
Jésus a commencé par purifier 10 lépreux, dont un seul, un Samaritain, est retourné vers lui, dans la foi, pour se convertir à Dieu en rendant grâces pour sa guérison.
Suite à cela, Jésus s’est trouvé confronté à une nouvelle question que lui ont posée des Pharisiens concernant la date de l’apparition du Règne de Dieu. Et Jésus, à ce propos, d’insister sur la fidélité nécessaire à ceux qui vivent dans l’attente de la venue définitive du Fils de l’homme qu’il est déjà, et qu’il sera pleinement après le passage de sa passion et de sa mort, suivi de sa résurrection (17, 20 - 18, 8). La page que nous propose aujourd’hui la liturgie de notre Eglise Catholique vient à point clôturer l’ensemble de cet épisode.
2. Message
Le centre du message porté par notre texte consiste en l’affirmation forte que Dieu n’abandonnera pas les siens quoiqu’il arrive, s’ils lui restent fidèles et demeurent constants dans la veille et la prière jusqu’au jour définitif de Jésus, le Fils de l’homme de la fin des temps.
Deux leçons sont ici tirées par Jésus de cette parabole du juge inique et de la veuve, qu’il vient de raconter, deux leçons qui invitent chaque fois à une conclusion a fortiori :
-
d’abord, si l’insistance de la veuve à se faire entendre d’un juge inique, qui se moque de tout et de tous, a fini par être couronnée de succès, combien, à plus forte raison, la prière persistante des disciples chrétiens sera-t-elle prise en considération par Dieu,
-
ensuite, si un tel juge se montre finalement capable d’exaucer la demande qui lui est faite par cette pauvre femme, combien plus, à plus forte raison, le sera notre Dieu juste et miséricordieux.
En définitive, le point imporant est bien le suivant : s’il est certain que Dieu exaucera la communauté chrétienne éprouvée ou persécutée qui se tourne vers lui dans la prière, les disciples de Jésus, qui attendent son retour, vont-ils lui rester fidèles durant la longue période intermédiaire qui sépare la résurrection du Seigneur de la fin ultime des temps, que marquera son avènement final ?
3. Decouvertes
Aux versets I et 8, il est clair que Jésus attend de nous davantage que la prière continuelle d’intercession. La foi confiante, ou la fidélité, au Dieu de Jésus, doit toujours être le moteur, l’âme de notre prière.
Au verset 7, la traduction de la dernière phrase semble devoir être, non pas “Est-ce qu’il les fait attendre ?”, mais “Et il les fait attendre !” Ainsi formulée, cette phrase évoque le scandale classique de l’inaction apparente de Dieu (psaume 44, 23; Zacharie, 1, 12), que repose pour les chrétiens l’attente indéterminée de la fin des temps ou retour du Seigneur, qu’on appelle la “Parousie” (2 Pierre, 3, 9; Apocalypse, 6, 9 - 11; I Thessaloniciens, 4, 13 - 18).
4. Prolongement
Notre foi en Dieu et en Jésus le Christ suppose que nous lui fassions toujours confiance, dans la forte conviction que “Dieu est avec nous”, et qu’il veut toujours ce qu’il y a de meilleur pour nous dans l’ordre du salut, même si cela ne correspond pas nécessairement à notre attente première, ni à notre demande.
Il en a été de même pour Jésus, dans son parcours terrestre. Relisons Hébreux, 5, 7 - 9 :
7 C’est lui qui, aux jours de sa chair, ayant présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé en raison de sa piété,
8 tout Fils qu’il était, apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance ;
9 après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel,
Or, quand, selon ce texte, .Jésus, le Fils du Père, a-t-il été exaucé ? En ne subissant pas sa passion ? Certes, non. Mais dans sa résurrection.
Notre prière d’intercession dans la foi est toujours celle que .Jésus a su formuler à l’heure de son passage: “Père, s’il est possible…, pourtant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux” (Marc, 14, 36).
Prière
Seigneur Jésus, donne-moi de ne jamais me lasser de supplier, par toi, le Père, de m’accorder une qualité de vie supérieure à celle dont je bénéficie pour le moment, et fais en sorte que je reconnaisse ces valeurs de salut, que tu me proposes par ta Parole et tes réactions pour le service de tous les hommes et femmes de tous les temps. 15.11.2003