📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 3 Jean 1, 5-8

DE LA 3ème LETTRE DE JEAN

Texte

5 Très cher, tu agis fidèlement en te dépensant pour les frères, bien que ce soient des étrangers.
6 Ils ont rendu témoignage à ta charité, devant l’Église. Tu feras une bonne action en pourvoyant à leur voyage, d’une manière digne de Dieu.
7 C’est pour le Nom qu’ils se sont mis en route, sans rien recevoir des païens.
8 Nous devons accueillir de tels hommes, afin de collaborer à leurs travaux pour la Vérité.

Commentaire

1. Situation

Parmi les 3 Lettres de Jean, seules la 2ème et la 3ème se disent avoir été écrites par un auteur qui se nomme “l’Ancien”. Cela n’empêche pas que la 2ème Lettre de Jean partage nombre de ses idées et une grande partie de son vocabulaire avec la 1ère Lettre de Jean, qui, elle, ne porte pas dans son texte de nom d’auteur.

Beaucoup, mais pas tous, considèrent que la 1ère lettre de Jean doit être lue à la suite et en complément de l’Evangile de Jean, et doit donc pour cela être considérée comme écrite par le même auteur, que l’on pense être l’Apôtre Jean, qui se déclare, dans l’Evangile, “le disciple que Jésus aimait”.

Indépendamment des obscurités qui demeurent concernant soit l’auteur unique, soit des auteurs multiples de l’Evangile et des 3 Lettres attribuées à Jean, ces 4 documents tirent leur origine d’une même école d’interprétation des paroles et des actions de Jésus, école que l’on nomme volontiers “la communauté du disciples que Jésus aimait”.

Quant aux dates de composition de ces 4 textes, la majorité des spécialistes les situent les uns par rapport aux autres selon un ordre de composition qui correspond à la place qu’ils occupent dans le Nouveau Testament : l’Evangile, puis la 1ère Lettre , puis la 2ème Lettre, et finalement, la 3ème Lettre de Jean.

Autre constatation : dans ces 3 Lettres, surtout dans la 1ère, il est question de divisions dans la communauté, où l’on doit se séparer de ceux qui “nient que Jésus est venu dans la chair”, et sont, pour cette raison, appelés “anti-christs” (1 Jean, 2, 18 - 19 et 4, 2 - 3; 2 Jean, 4, 9).

Si la 2ème et la 3ème Lettre de Jean sont, à l’évidence, des “Lettres” adressées à un ou plusieurs destinataires, la 1ère Lettre ressemble plutôt à une “homélie”, difficile à structurer, mais qui se présente comme porteuse d’une message d’exhortation et d’assurance.

On peut toutefois trouver un “fil directeur” de cette 1ère Lettre en l’unifiant autour du thème de notre “communion avec Dieu”, dont 3 séries de critères nous sont proposés : - nous sommes en communion avec Dieu en participant à la lumière de Dieu (dans laquelle il nous faut marcher, libérés du péché, dans l’amour et dans la foi : 1, 5 - 2, 28), - nous sommes en communion avec Dieu dans la mesure où nous sommes enfants de Dieu (par la pratique de la justice, en ne péchant pas, puis de la charité, à l’exemple du Fils de Dieu, et du discernement dans la foi : 2, 29 - 4, 6), - nous sommes en communion avec Dieu dans la réception de son amour (amour qui vient de Dieu, lui-même défini comme “Amour”, et qui s’enracine dans la foi, laquelle est bien la racine de la charité : 4, 7 - 5, 12)

2. Message

Le destinataire de cette 3ème Lettre, Gaius, s’est acquis la réputation de bien accueillir, avec un grand esprit de foi et de charité, des missionnaires qui passent chez lui.

L’auteur de cette 3ème Lettre, l’Ancien, l’invite donc à continuer dans cette action généreuse de prise en charge des missionnaires de l’Evangile qui viendront à passer.

Les accueillir ainsi , est une manière de collaborer à leur mission d’annonce de la vérité au nom du Seigneur.

3. Decouvertes

Gaius fait partie d’une communauté chrétienne dont le responsable s’est opposé à l’Ancien, dont il ne reconnaît pas l’autorité (verset 9), et dont il refuse de recevoir les missionnaires, en allant même jusqu’à condamner ceux qui les aident (verset 10).

Dans cette 3ème Lettre, l’Ancien se présente comme quelqu’un qui, depuis son Eglise, envoie des prédicateurs itinérants pour convertir les païens, et qui compte sur les communautéz visitées ou traversées pour subvenir à l’entretien de ces missionnaires, qui ne doivent rien recevoir des païens.

A noter que ce souci d’envoyer des missionnaires ne se rencontre pas ailleurs dans les documents de cette école “Johannique”, et paraissent, de ce fait, quelque peu surprenants.

4. Prolongement

Les lettres de Paul nous révèlent à quel point était importante pour lui cette prédication de l’Evangile de Jésus, dans une activité spécifiquement d’itinérance missionnaire.

Paul nous en parle à son propos, comme à propos d’autres missionnaires qui le suivent ou l’imitent, en agissant parfois même contre lui :

23 Ils sont ministres du Christ ? Je vais dire une folie ! Moi, plus qu’eux. Bien plus par les travaux, bien plus par les emprisonnements, infiniment plus par les coups. Souvent j’ai été à la mort.

24 Cinq fois j’ai reçu des Juifs les trente-neuf coups de fouet ;

25 trois fois j’ai été battu de verges ; une fois lapidé ; trois fois j’ai fait naufrage. Il m’est arrivé de passer un jour et une nuit dans l’abîme !

26 Voyages sans nombre, dangers des rivières, dangers des brigands, dangers de mes compatriotes, dangers des païens, dangers de la ville, dangers du désert, dangers de la mer, dangers des faux frères !

27 Labeur et fatigue, veilles fréquentes, faim et soif, jeûnes répétés, froid et nudité !

28 Et sans parler du reste, mon obsession quotidienne, le souci de toutes les Églises !

29 Qui est faible, que je ne sois faible ? Qui vient à tomber, qu’un feu ne me brûle ?

14 et la plupart des frères, enhardis dans le Seigneur du fait même de ces chaînes, redoublent d’une belle audace à proclamer sans crainte la Parole.

15 Certains, il est vrai, le font par envie, en esprit de rivalité, mais pour les autres, c’est vraiment dans de bons sentiments qu’ils prêchent le Christ.

16 Ces derniers agissent par charité, sachant bien que je suis voué à défendre ainsi l’Évangile ;

17 quant aux premiers, c’est par esprit d’intrigue qu’ils annoncent le Christ ; leurs intentions ne sont pas pures : ils s’imaginent ainsi aggraver le poids de mes chaînes.

18 Mais qu’importe ? Après tout, d’une manière comme de l’autre, hypocrite ou sincère, le Christ est annoncé, et je m’en réjouis. Je persisterai même à m’en réjouir,

Prière

*Seigneur Jésus, depuis que tu es ressuscité des morts et que nous avons reçu ton Esprit, la prédication de ton Evangile ne s’est jamais faite sans tension ou contestation, ou, voire même, conflits, entre ceux qui se proclament tes disciples, et tu nous invites sans cesse, au-delà des limites de nos approches, de nos caractères, ou de notre expérience, à continuer d’annoncer radicalement ton message, en dépassant nos divisions et nos points de vue différents, et en nous respectant les uns les autres dans la tolérance positive qui nous fait accueillir ton nom et ton programme de salut : aide-moi à ne pas me decourager quand j’ai l’impression que d’autres n’avancent pas dans le même sens que moi, ont des options différentes dans l’interprétation de ta parole, et sur le témoignage à porter, tant au sein de nos communautés qu’auprès des incroyants, selon ton engagement à ne chercher que la vérité, mais toujours dans l’accueil de nos frères et sœurs dans leur diversité. AMEN.

16.11.2002.*

Évangile : Luc 18, 1-8

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

1 Et il leur disait une parabole sur ce qu’il leur fallait prier sans cesse et ne pas se décourager.
2 ” Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et n’avait de considération pour personne.
3 Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait le trouver, en disant : “Rends-moi justice contre mon adversaire ! “
4 Il s’y refusa longtemps. Après quoi il se dit : “J’ai beau ne pas craindre Dieu et n’avoir de considération pour personne,
5 néanmoins, comme cette veuve m’importune, je vais lui rendre justice, pour qu’elle ne vienne pas sans fin me rompre la tête”. “
6 Et le Seigneur dit : ” Écoutez ce que dit ce juge inique.
7 Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit, tandis qu’il patiente à leur sujet !
8 Je vous dis qu’il leur fera prompte justice. Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

Jésus continue sa montée vers Jérusalem, dont le récit constitue toute la partie centrale de l’Evangile de Luc (9, 51 - 19, 27), et vit la dernière étape de cette marche en direction de la Ville Sainte (17, 11 - 19, 27), à laquelle correspond une 3ème et dernière série d’instructions qu’il donne à ses disciples, pour les former en vue de suivre, à leur tour et comme lui, leur propre chemin.

Jésus a commencé par purifier 10 lépreux, dont un seul, un Samaritain, est retourné vers lui, dans la foi, pour se convertir à Dieu en rendant grâces pour sa guérison.

Suite à cela, Jésus s’est trouvé confronté à une nouvelle question que lui ont posée des Pharisiens concernant la date de l’apparition du Règne de Dieu. Et Jésus, à ce propos, d’insister sur la fidélité nécessaire à ceux qui vivent dans l’attente de la venue définitive du Fils de l’homme qu’il est déjà, et qu’il sera pleinement après le passage de sa passion et de sa mort, suivi de sa résurrection (17, 20 - 18, 8). La page que nous propose aujourd’hui la liturgie de notre Eglise Catholique vient à point clôturer l’ensemble de cet épisode.

2. Message

Le centre du message porté par notre texte consiste en l’affirmation forte que Dieu n’abandonnera pas les siens quoiqu’il arrive, s’ils lui restent fidèles et demeurent constants dans la veille et la prière jusqu’au jour définitif de Jésus, le Fils de l’homme de la fin des temps.

Deux leçons sont ici tirées par Jésus de cette parabole du juge inique et de la veuve, qu’il vient de raconter, deux leçons qui invitent chaque fois à une conclusion a fortiori :

  • d’abord, si l’insistance de la veuve à se faire entendre d’un juge inique, qui se moque de tout et de tous, a fini par être couronnée de succès, combien, à plus forte raison, la prière persistante des disciples chrétiens sera-t-elle prise en considération par Dieu,

  • ensuite, si un tel juge se montre finalement capable d’exaucer la demande qui lui est faite par cette pauvre femme, combien plus, à plus forte raison, le sera notre Dieu juste et miséricordieux.

En définitive, le point imporant est bien le suivant : s’il est certain que Dieu exaucera la communauté chrétienne éprouvée ou persécutée qui se tourne vers lui dans la prière, les disciples de Jésus, qui attendent son retour, vont-ils lui rester fidèles durant la longue période intermédiaire qui sépare la résurrection du Seigneur de la fin ultime des temps, que marquera son avènement final ?

3. Decouvertes

Aux versets I et 8, il est clair que Jésus attend de nous davantage que la prière continuelle d’intercession. La foi confiante, ou la fidélité, au Dieu de Jésus, doit toujours être le moteur, l’âme de notre prière.

Au verset 7, la traduction de la dernière phrase semble devoir être, non pas “Est-ce qu’il les fait attendre ?”, mais “Et il les fait attendre !” Ainsi formulée, cette phrase évoque le scandale classique de l’inaction apparente de Dieu (psaume 44, 23; Zacharie, 1, 12), que repose pour les chrétiens l’attente indéterminée de la fin des temps ou retour du Seigneur, qu’on appelle la “Parousie” (2 Pierre, 3, 9; Apocalypse, 6, 9 - 11; I Thessaloniciens, 4, 13 - 18).

4. Prolongement

Notre foi en Dieu et en Jésus le Christ suppose que nous lui fassions toujours confiance, dans la forte conviction que “Dieu est avec nous”, et qu’il veut toujours ce qu’il y a de meilleur pour nous dans l’ordre du salut, même si cela ne correspond pas nécessairement à notre attente première, ni à notre demande.

Il en a été de même pour Jésus, dans son parcours terrestre. Relisons Hébreux, 5, 7 - 9 :

7 C’est lui qui, aux jours de sa chair, ayant présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé en raison de sa piété,

8 tout Fils qu’il était, apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance ;

9 après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel,

Or, quand, selon ce texte, .Jésus, le Fils du Père, a-t-il été exaucé ? En ne subissant pas sa passion ? Certes, non. Mais dans sa résurrection.

Notre prière d’intercession dans la foi est toujours celle que .Jésus a su formuler à l’heure de son passage: “Père, s’il est possible…, pourtant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux” (Marc, 14, 36).

Prière

Seigneur Jésus, donne-moi de ne jamais me lasser de supplier, par toi, le Père, de m’accorder une qualité de vie supérieure à celle dont je bénéficie pour le moment, et fais en sorte que je reconnaisse ces valeurs de salut, que tu me proposes par ta Parole et tes réactions pour le service de tous les hommes et femmes de tous les temps. 15.11.2003


La Bible commentée · Liturgie du jour