📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Sagesse 13, 1-9

DU LIVRE DE LA SAGESSE

Texte

1 Oui, vains par nature tous les hommes en qui se trouvait l’ignorance de Dieu, qui, en partant des biens visibles, n’ont pas été capables de connaître Celui-qui-est, et qui, en considérant les œuvres, n’ont pas reconnu l’Artisan.
2 Mais c’est le feu, ou le vent, ou l’air rapide, ou la voûte étoilée, ou l’eau impétueuse, ou les luminaires du ciel, qu’ils ont considérés comme des dieux, gouverneurs du monde!
3 Que si, charmés de leur beauté, ils les ont pris pour des dieux, qu’ils sachent combien leur Maître est supérieur, car c’est la source même de la beauté qui les a créés.
4 Et si c’est leur puissance et leur activité qui les ont frappés, qu’ils en déduisent combien plus puissant est Celui qui les a formés,
5 car la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur.
6 Ceux-ci toutefois ne méritent qu’un blâme léger; peut-être en effet ne s’égarent-ils qu’en cherchant Dieu et en voulant le trouver
7 versés dans ses œuvres, ils les explorent et se laissent prendre aux apparences, tant ce qu’on voit est beauté!
8 Et pourtant eux non plus ne sont point pardonnables
9 s’ils ont été capables d’acquérir assez de science pour pouvoir scruter le monde, comment n’en ont-ils pas plus tôt découvert le Maître!

Commentaire

1. Situation

Le Livre de la Sagesse, écrit en grec, par un auteur qui se prétend être le roi Salomon lui- même, fut en fait composé dans le dernier demi-siècle avant l’ère chrétienne. C’est donc pour nous le livre le plus récent de l’Ancien Testament de notre Bible. Il faut signaler que ce Livre ne fait pas partie de la Bible Juive ni de la Bible de nos frères chrétiens issus de la Réforme du 16ème siècle.

Ce Livre a été très probablement composé à Alexandrie, en Egypte, ville qui était alors le grand centre intellectuel et scientifique du Monde Méditerranéen, et l’un des plus grands centres des Juifs de la “Diaspora” (Dispersion).

De l’auteur , nous pouvons tout au plus remarquer que c’était un Juif cultivé de langue grecque, probablement un intellectuel et un eneignant, donc très au fait de la culture,de la Rhétorique et de la Philosophie grecques.

Il a écrit ce traité pour affermir la foi de ses frères Juifs d’Alexandrie, immergés dans le monde héllenistique. Il essaye de répondre à deux questions fondamentales d’actualité pour les croyants Juifs de son époque : Comment se situer en croyant Juif face à l’atmosphère intellectuelle du moment, marquée par la rencontre de nombreuses idées philosophiques et religieuses si différentes ? Comment se fait-il que des hommes athées, voire même méchants, soient apparemment prospères et heureux alors que tant de justes souffrent ?

Ce Livre de la Sagesse se compose de 2 grandes parties :

  • la première fait l’éloge de la Sagesse (1, 1 - 11,1), vue d’abord comme source d’immortalité (1, 1 - 6, 21), avant d’être abordée dans sa nature, qui justifie la recherche qu’a pu en faire Salomon (6, 22 - 11, 1), - la seconde rappelle quelle fut la fidélité de Dieu pour son peuple tout au long de l’Exode vécue au temps de Moïse (11, 2 - 19, 22).

Après toute une 1ère partie consacrée à l’éloge de la Sagesse. qui accorde l’immortalité. et qui révèle ses mystères à qui la cherche comme l’a fait Salomon (Sagesse, 1. 1 - 11, 1). le Livre de la Sagesse, antérieur seulement de quelques décennies à l’apparition de Jésus Christ. nous invite à méditer sur la manière selon laquelle Yahvé-Dieu a été fidèle à son peuple Israël au cours du grand événement libérateur de l’Exode à l’époque de Moïse.

Les éléments du monde, dont Dieu s’était servi pour frapper l’Egypte de 10 plaies, lui ont servi ensuite à aider Israël au cours de sa marche à travers le désert, comme le texte de cette seconde partie du Livre l’illustre abondamment.

Cependant, au cours de ce déploiement d’exemples de la bonté de Dieu à l’égard de son peuple (11, 2 - 19, 22), quelques digressions nous sont offertes. dont celle de notre page de ce jour concernant les faux cultes, rendus aux éléments de la nature et du cosmos. aussi bien qu’à des idoles fabriquées de main d’homme (13, 1 - 15, 17).

Notre page se situe exactement tout au début de cette longue digression.

2. Message

Les Egyptiens ne sont pas parvenus à reconnaître le vrai Dieu en interprétant correctement les plaies que le Seigneur leur envoyait.

C’est donc l’occasion pour l’auteur du Livre de la Sagesse de réfléchir aux faux cultes adressés aux fausses divinités.

Il nous livre sa pensée sous la forme de 2 sections, la 1ère, consacrée au culte de la nature et des forces qui s’y manifestent (13, 1 - 9 : notre page), la 2nde, beaucoup plus longue (13, 10 - 15. 17), traitant du culte des idoles en 7 parties, qui se répondent en sens inverse (la première correspondant à la dernière, la deuxième à l’avant-dernière, etc.) autour d’un pivot central nous montrant l’origine du culte rendu aux idoles, ainsi que les maux qui en découlent.

Le message proprement dit de notre page se résume ainsi : qu’ils sont insensés ceux qui n’ont pas réussi à connaître Dieu à partir de son oeuvre de création, et qui en sont venus à considérer les différents éléments de la création et du cosmos comme des dieux !

Il est certain que ces oeuvres de Dieu sont grandes, magnifiques et puissantes, mais leur auteur et créateur l’est bien davantage encore, et l’on peut ainsi parvenir à le découvrir à partir de ses oeuvres.

Ces adorateurs de la nature cherchent cependant Dieu avec une bonne intention, et sont pour cela moins à blâmer que les adorateurs d’idoles. Il n’en reste pas moins que leur regard sur le monde est demeuré trop superficiel et n’a pas su dépasser les apparences, toutes de beauté, de ce qui a été créé. Et de cela, ils sont inexcusables.

3. Decouvertes

L’auteur ne présente pas ici une démonstration de l’existence de Dieu, pas plus qu’il n’envisage la possibilité que des hommes soient “athées”. Pour lui, c’est un fait que Dieu existe. Ce qui fait problème, c’est de bien l’identifier.

Cette page du Livre de la Sagesse est particulièrement unique dans l’Ancien Testament. Israël a, en effet, connu Dieu pour l’avoir rencontré dans l’expérience de l’action de Dieu, qui l’appelait à vivre son histoire comme une histoire sainte.

Alors qu’Israël n’a jamais trouvé Dieu au terme d’un raisonnement sur la beauté du monde, mais a partir de son expérience des actes salutaires de Dieu qui l’appelait à une mission de “témoin”, les grecs et d’autres “païens” ont essayé le chemin d’une réflexion philosophique. L’auteur du Livre de la Sagesse considère que cette approche philosophique “rationnelle” pour découvrir l’existence de Dieu est une méthode valable pour rencontrer le vrai Dieu, qui est le Dieu d’Israël.

Au verset 1, l’expression “Celui qui est ”, utilisée pour nommer Dieu, rappelle le Nom que Dieu lui-même s’est donné, face à Moïse, lors de l’épisode du Buisson ardent en Exode, 3, 14 : “Je Suis celui qui Suis”.

Il n’est pas exclu cependant, qu’à la suite des grands philosophes grecs, de Platon, en particulier, cette expression traduise l’idée que Dieu est l’Etre absolu et pure existence, interprétation qui est bien différente de celle du Livre de l’Exode, qui peut se lire de 3 façons : “Ce que je suis ne te regarde pas”, ou bien “Je suis là, ainsi, et il faut avoir affaire à moi”, ou encore: “Je suis qui je serai. Tu découvriras qui je suis en me fréquentant”.

4. Prolongement

Saint Paul semble avoir été fortement influencé par des oeuvres particulières de l’Ancien Testament, et surtout par le Livre du 2ème Prophète Isaïe, ainsi que par ce Livre de la Sagesse.

Lisons la façon selon laquelle Paul argumente, en termes semblables, à propos des païens, au chapitre premier de sa Lettre aux Romains :

19 car ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste : Dieu en effet le leur a manifesté.

20 Ce qu’il a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses oeuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu’ils sont inexcusables ;

21 puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur coeur inintelligent s’est enténébré :

22 dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous

23 et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible contre une représentation, simple image d’hommes corruptibles, d’oiseaux, de quadrupèdes, de reptiles.

Rm I :24- Aussi Dieu les a-t-il livrés selon les convoitises de leur coeur à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps ;

25 eux qui ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, adoré et servi la créature de préférence au Créateur, qui est béni éternellement ! Amen. .

Prière

*Seigneur Jésus, apprends-moi à redécouvrir le don premier que Dieu nous fait de nous-mêmes, ainsi que de l’univers, qu’il a créé gratuitement, comme première manifestation d’appeler le cosmos, et en son milieu les hommes, qu’il a chargés de devenir son “lieu-tenant” face à l’univers, à entrer dans la gloire de Dieu, aide moi à toujours respecter ce monde merveilleux que tu as mis à notre disposition, pour que nous y trouvions déjà ta gloire inscrite en lui, ainsi que l’appel à te rendre grâce pour tout ton plan de salut, dont ta mort-résurrection et le don de l’Esprit Saint constituent l’achèvement. AMEN.

14.11.2003.*

Évangile : Luc 17, 26-37

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

26 ” Et comme il advint aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il encore aux jours du Fils de l’homme.
27 On mangeait, on buvait, on prenait femme ou mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; et vint le déluge, qui les fit tous périr.
28 De même, comme il advint aux jours de Lot : on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait ;
29 mais le jour où Lot sortit de Sodome, Dieu fit pleuvoir du ciel du feu et du soufre, et il les fit tous périr.
30 De même en sera-t-il, le Jour où le Fils de l’homme doit se révéler.
31 ” En ce Jour-là, que celui qui sera sur la terrasse et aura ses affaires dans la maison, ne descende pas les prendre et, pareillement, que celui qui sera aux champs ne retourne pas en arrière.
32 Rappelez-vous la femme de Lot.
33 Qui cherchera à épargner sa vie la perdra, et qui la perdra la sauvegardera.
34 Je vous le dis : en cette nuit-là, deux seront sur un même lit : l’un sera pris et l’autre laissé ;
35 deux femmes seront à moudre ensemble : l’une sera prise et l’autre laissée.
[
36 ]
37 Prenant alors la parole, ils lui disent : ” Où, Seigneur ? ” Il leur dit : ” Où sera le corps, là aussi les vautours se rassembleront. ” .

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

2. Message

Suite à une question de Pharisiens concernant la date de l’avènement du Règne de Dieu, Jésus a répondu en parlant de la “nature” du Règne, qui est “déjà-là”, “au milieu de nous”, mais qu’il faut encore attendre en sachant que son apparition définitive nous surprendra toujours (17, 20 - 25).

Jésus précise maintenant cet élément de surprise en faisant appel aux récits de l’Ecriture concernant le Déluge et l’histoire de Lot, le neveu d’Abraham.

Ce qui ajoute à cet élément de surprise un élément d’évidence : on ne pourra pas ne pas constater alors que c’est la fin des temps et la venue du Fils de l’homme qui seront aussi clairement manifestées qu’une concentration de vautours révélant la présence d’un cadavre.

Jésus y joint finalement la dimension du jugement : cet événement final supposera que nous marchions dans son sens, c’est à dire que nous nous laissions saisir par son passage, sans regarder en arrière, sans chercher à sauver nos biens, ni même à garder la vie. Sinon, nous manquerons l’occasion unique de l’irruption du Règne de Dieu dans toute son ampleur, qui nous sera alors offerte définitivement.

3. Decouvertes

Jésus avait déjà averti ses disciples sur l’importance d’être en “alerte” en vue du retour du Christ. L’ensemble de la présente section (17, 20 - 18, 8) développe ce thème en mettant l’accent sur l’événement de la manifestation finale du Règne de Dieu, présentée comme objet d’espérance.

Dans un langage très imagé nous sont soulignés : la soudaineté de son apparition, le bouleversement qu’elle occasionnera, le caractère catastrophique de sa réalisation, qui nous fera passer d’un monde à un autre, et la certitude, à laquelle nous ne pourrons échapper, qu’il nous arrive alors quelque chose nous concernant de façon absolue.

4. Prolongement

Le Règne de Dieu nous est présenté comme une réalité inaugurée par la mission de Jésus, accomplie comme acte suprême du salut en sa passion, sa mort, sa résurrection et le don de l’Esprit, avant de s’achever par l’entrée définitive de toute l’humanité renouvelée dans le partage de la résurrection de Jésus.

Le Règne de Dieu est donc “déjà-là”, parmi nous, mais toujours tout autant “devant nous”, selon une perspective que nous ne maîtriserons jamais, et qui nous surprendra donc nécessairement à l’heure de la transfiguration finale.

La tentation, pour chacune et chacun d’entre nous, comme pour notre Eglise, demeure donc de chercher à le maîtriser, à l’organiser comme si c’était notre affaire. Dans nos communautés d’Eglise, comme dans nos vies personnelles, nous sommes appelés à être seulement le “signe” de cette présence actuelle du Règne de Dieu, et l’annonciateur prophétique du commencement nouveau que sera la naissance bouleversante d’une humanité transformée et saisie dans la vie même de Dieu.

Prière

*Seigneur Jésus, nous oublions trop souvent que nous avons tout reçu gratuitement du Père, par toi, dans l’Esprit Saint, que nous n’avons programmé ni la création du monde, ni l’appel d’Abraham et de ceux qui l’ont suivi, ni ton envoi, et encore moins ta mission, à la plénitude des temps, ni notre propre naissance humaine, ni notre propre appel à une création nouvelle, que tu nous offres dans le don de ton Esprit, et que nous n’avons d’autre rôle que d’accueillir, dans l’action de grâce et notre “OUI” à Dieu, notre existence unique dans ses enjeux et sa vocation à participer à ta nature divine : ouvre mon coeur à ta rencontre permanente de chaque jour, ainsi qu’au Règne de Dieu déjà à l’oeuvre dans ton Eglise pour le monde, aide-moi à réaliser ce que tu attends de moi concrètement, en tant que témoin de la miséricorde, que tu accordes à tous ceux qui acceptent de se remettre à toi dans la foi. AMEN.

15.11.2002.*


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