📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 2 Jean 1, 4-9

DE LA 2ème LETTRE DE JEAN

Texte

4 J’ai été fort réjoui de trouver de tes enfants qui marchent dans la vérité, selon le commandement que nous avons reçu du Père.
5 Et maintenant, ce que je te demande, Kyria, -non comme te prescrivant un commandement nouveau, mais celui que nous avons eu dès le commencement, -c’est que nous nous aimions les uns les autres.
6 Et l’amour consiste à marcher selon ses commandements. C’est là le commandement dans lequel vous devez marcher, comme vous l’avez appris dès le commencement.
7 Car plusieurs séducteurs sont entrés dans le monde, qui ne confessent point que Jésus Christ est venu en chair. Celui qui est tel, c’est le séducteur et l’antéchrist.
8 Prenez garde à vous-mêmes, afin que vous ne perdiez pas le fruit de votre travail, mais que vous receviez une pleine récompense.
9 Quiconque va plus loin et ne demeure pas dans la doctrine de Christ n’a point Dieu; celui qui demeure dans cette doctrine a le Père et le Fils.
L. Segond.

Commentaire

1. Situation

Parmi les 3 Lettres de Jean, seules la 2ème et la 3ème se disent avoir été écrites par un auteur qui se nomme “l’Ancien”. Cela n’empêche pas que la 2ème Lettre de Jean partage nombre de ses idées et une grande partie de son vocabulaire avec la 1ère Lettre de Jean, qui, elle, ne porte pas dans son texte de nom d’auteur.

Beaucoup, mais pas tous, considèrent que la 1ère lettre de Jean doit être lue à la suite et en complément de l’Evangile de Jean, et doit donc pour cela être considérée comme écrite par le même auteur, que l’on pense être l’Apôtre Jean, qui se déclare, dans l’Evangile, “le disciple que Jésus aimait”.

Indépendamment des obscurités qui demeurent concernant soit l’auteur unique, soit des auteurs multiples de l’Evangile et des 3 Lettres attribuées à Jean, ces 4 documents tirent leur origine d’une même école d’interprétation des paroles et des actions de Jésus, école que l’on nomme volontiers “la communauté du disciples que Jésus aimait”.

Quant aux dates de composition de ces 4 textes, la majorité des spécialistes les situent les uns par rapport aux autres selon un ordre de composition qui correspond à la place qu’ils occupent dans le Nouveau Testament : l’Evangile, puis la 1ère Lettre , puis la 2ème Lettre, et finalement, la 3ème Lettre de Jean.

Autre constatation : dans ces 3 Lettres, surtout dans la 1ère, il est question de divisions dans la communauté, où l’on doit se séparer de ceux qui “nient que Jésus est venu dans la chair”, et sont, pour cette raison, appelés “anti-christs” (1 Jean, 2, 18 - 19 et 4, 2 - 3; 2 Jean, 4, 9).

Si la 2ème et la 3ème Lettre de Jean sont, à l’évidence, des “Lettres” adressées à un ou plusieurs destinataires, la 1ère Lettre ressemble plutôt à une “homélie”, difficile à structurer, mais qui se présente comme porteuse d’une message d’exhortation et d’assurance.

On peut toutefois trouver un “fil directeur” de cette 1ère Lettre en l’unifiant autour du thème de notre “communion avec Dieu”, dont 3 séries de critères nous sont proposés : - nous sommes en communion avec Dieu en participant à la lumière de Dieu (dans laquelle il nous faut marcher, libérés du péché, dans l’amour et dans la foi : 1, 5 - 2, 28), - nous sommes en communion avec Dieu dans la mesure où nous sommes enfants de Dieu (par la pratique de la justice, en ne péchant pas, puis de la charité, à l’exemple du Fils de Dieu, et du discernement dans la foi : 2, 29 - 4, 6), - nous sommes en communion avec Dieu dans la réception de son amour (amour qui vient de Dieu, lui-même défini comme “Amour”, et qui s’enracine dans la foi, laquelle est bien la racine de la charité : 4, 7 - 5, 12)

2. Message

Dans cet extrait de la 2ème Lettre de Jean que nous fait lire la liturgie, son auteur rappelle tout d’abord l’essentiel de l’attitude chrétienne que Jésus nous demande de vivre , à savoir de nous aimer les uns les autres en marchant dans la vérité.

Il se livre ensuite à quelques variations sur le thème du commandement d’amour, qu’il nous présente comme reçu du Père, dont Jésus nous a transmis l’amour que le Père avait pour lui, en nous demandant de vivre à notre tour ce commandement, qui n’est donc pas nouveau pour les disciples que nous sommes. Il nous précise ensuite, passant du pluriel au singulier dans son expression, que ce commandement inclut tous les autres, et qu’en conséquence, obéir à ce commandement unique, c’est suivre Dieu dans l’amour.

Notons l’importance que l’auteur accorde ici à la communauté des croyants, à laquelle il décerne le beau titre de “Dame” ou de “Reine”, selon les traductions qui nous en sont données, et dont il affirme que les croyants qui la composent sont les enfants.

Dans la dernière partie de cette page, Jean fait état d’un grand nombre de disciples qui sont devenus hérétiques en déformant la doctrine concernant Jésus Christ, auquel ils refusent d’appartenir pleinement à notre humanité. Notons la sévérité du langage et de la position de l’auteur de cette courte lettre, lorsqu’il traite ces disciples là d’imposteurs et d’anti-Christs.

C’est l’occasion pour lui de nous rappeler que nous pouvons vivre dans l’unité avec le Père et le Fils, et demeurer en eux, si nous professons la doctrine authentique concernant Jésus le Christ.

3. Decouvertes

Ce passage nous parmet de découvrir que, dès les premiers temps de l’Eglise, des divisions sont apparues en elle concernant le mystère de Dieu qu’avait révélé et vécu Jésus, ainsi que la vigueur et la sévérité de la réaction qui se manifeste aussitôt à l’encontre des hérétiques qui propagent ainsi des erreurs.

A la fin du 1er siècle des faux docteurs viennent donc déjà déchirer les communautés par une propagande qui tend à les éloigner de la fidélité à la prédication apostoloique qu’ils avaient reçue.

Notons que ces fausses doctrines touchent le point le plus central de notre foi chrétienne, l’identité même de Jésus Christ, dont ils refusent qu’il soit le Fils de Dieu incarné, selon la belle formule de l’Evangile de Jean : “le Verbe s’est fait chair, et il a demeuré parmi nous, et nous avons vu sa gloire (de ressuscité) (Jean, 1, 1 - 18)“.

De ce fait, l’amour fraternel, signe que nous sommes disciples de Jésus, ne saurait vraiment exister sans que nous soyons dans la vérité de notre foi concernant l’identité et la mission de Celui que le Père a envoyé nous annoncer son mystère divin, en devenant réellement l’un d’entre nous, assumant notre existence humaine limitée, et s’exprimant avec nos gestes et notre langue d’homme de ce monde.

4. Prolongement

Amour et Vérité se rencontrent en Dieu et nous sommes appelés à y avoir part en Jésus, qui s’est proclamé “le chemin, la vérité et la vie”, et nous a manifesté la gratuité absolue de l’amour et de la miséricorde selon Dieu, dans toute sa mission et son heure de passage au Père dans le don de lui-même jusqu’à la mort pour que nous devenions des “fils” de Dieu, associés à sa fliiation et à son héritage.

Ce qui suppose que Jésus soit totalement “un” avec le Père et totaloement “un” avec nous, à la fois au niveau même de Dieu et, tout aussi exactement, à notre niveau.

Ce mystère de l’unité du Christ à la fois comme Verbe-Parole de Dieu et comme homme véritable de notre humanité, reste impossible à comprendre parfaitement, car il appartient au mystère de Dieu qui nous dépasse infiniument, et c’est pourquoi il a fallu plus de quatre siècles pour que les responsables des Eglises en viennent, après toute une série d’erreurs diverses concernant cette identité de Jésus, à proclamer au concile de Chalcédoine, en 451, que Jésus est à la fois pleinement Dieu et pleinement homme SANS CONFUSION ET SANS DIVISION.

Telle est donc notre affirmation selon notre foi de disciples, dont nous devons témoigner dans nos paroles et dans nos actes.

Prière

*Seigneur Jésus, donne-moi de ne jamais perdre de vue que nous ne pouvons reproduire ton image en vérité, si nous ne te reconnaissons pas dans toute la réalité de ce que tu es pour Dieu et de ce que tu es pour nous : renforce donc notre foi en ta qualité de Sauveur authentique que le Père nous a donné, nous communiquant d’autant plus ta divinité, à laquelle tu viens nous associer, que tu partages d’autant plus totalement toutes les dimensions et la faiblesse de notre humanité. AMEN.

12.11.2004.*

Évangile : Luc 17, 26-37

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

26 ” Et comme il advint aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il encore aux jours du Fils de l’homme.
27 On mangeait, on buvait, on prenait femme ou mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; et vint le déluge, qui les fit tous périr.
28 De même, comme il advint aux jours de Lot : on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait ;
29 mais le jour où Lot sortit de Sodome, Dieu fit pleuvoir du ciel du feu et du soufre, et il les fit tous périr.
30 De même en sera-t-il, le Jour où le Fils de l’homme doit se révéler.
31 ” En ce Jour-là, que celui qui sera sur la terrasse et aura ses affaires dans la maison, ne descende pas les prendre et, pareillement, que celui qui sera aux champs ne retourne pas en arrière.
32 Rappelez-vous la femme de Lot.
33 Qui cherchera à épargner sa vie la perdra, et qui la perdra la sauvegardera.
34 Je vous le dis : en cette nuit-là, deux seront sur un même lit : l’un sera pris et l’autre laissé ;
35 deux femmes seront à moudre ensemble : l’une sera prise et l’autre laissée.
[
36 ]
37 Prenant alors la parole, ils lui disent : ” Où, Seigneur ? ” Il leur dit : ” Où sera le corps, là aussi les vautours se rassembleront. ” .

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

2. Message

Suite à une question de Pharisiens concernant la date de l’avènement du Règne de Dieu, Jésus a répondu en parlant de la “nature” du Règne, qui est “déjà-là”, “au milieu de nous”, mais qu’il faut encore attendre en sachant que son apparition définitive nous surprendra toujours (17, 20 - 25).

Jésus précise maintenant cet élément de surprise en faisant appel aux récits de l’Ecriture concernant le Déluge et l’histoire de Lot, le neveu d’Abraham.

Ce qui ajoute à cet élément de surprise un élément d’évidence : on ne pourra pas ne pas constater alors que c’est la fin des temps et la venue du Fils de l’homme qui seront aussi clairement manifestées qu’une concentration de vautours révélant la présence d’un cadavre.

Jésus y joint finalement la dimension du jugement : cet événement final supposera que nous marchions dans son sens, c’est à dire que nous nous laissions saisir par son passage, sans regarder en arrière, sans chercher à sauver nos biens, ni même à garder la vie. Sinon, nous manquerons l’occasion unique de l’irruption du Règne de Dieu dans toute son ampleur, qui nous sera alors offerte définitivement.

3. Decouvertes

Jésus avait déjà averti ses disciples sur l’importance d’être en “alerte” en vue du retour du Christ. L’ensemble de la présente section (17, 20 - 18, 8) développe ce thème en mettant l’accent sur l’événement de la manifestation finale du Règne de Dieu, présentée comme objet d’espérance.

Dans un langage très imagé nous sont soulignés : la soudaineté de son apparition, le bouleversement qu’elle occasionnera, le caractère catastrophique de sa réalisation, qui nous fera passer d’un monde à un autre, et la certitude, à laquelle nous ne pourrons échapper, qu’il nous arrive alors quelque chose nous concernant de façon absolue.

4. Prolongement

Le Règne de Dieu nous est présenté comme une réalité inaugurée par la mission de Jésus, accomplie comme acte suprême du salut en sa passion, sa mort, sa résurrection et le don de l’Esprit, avant de s’achever par l’entrée définitive de toute l’humanité renouvelée dans le partage de la résurrection de Jésus.

Le Règne de Dieu est donc “déjà-là”, parmi nous, mais toujours tout autant “devant nous”, selon une perspective que nous ne maîtriserons jamais, et qui nous surprendra donc nécessairement à l’heure de la transfiguration finale.

La tentation, pour chacune et chacun d’entre nous, comme pour notre Eglise, demeure donc de chercher à le maîtriser, à l’organiser comme si c’était notre affaire. Dans nos communautés d’Eglise, comme dans nos vies personnelles, nous sommes appelés à être seulement le “signe” de cette présence actuelle du Règne de Dieu, et l’annonciateur prophétique du commencement nouveau que sera la naissance bouleversante d’une humanité transformée et saisie dans la vie même de Dieu.

Prière

*Seigneur Jésus, nous oublions trop souvent que nous avons tout reçu gratuitement du Père, par toi, dans l’Esprit Saint, que nous n’avons programmé ni la création du monde, ni l’appel d’Abraham et de ceux qui l’ont suivi, ni ton envoi, et encore moins ta mission, à la plénitude des temps, ni notre propre naissance humaine, ni notre propre appel à une création nouvelle, que tu nous offres dans le don de ton Esprit, et que nous n’avons d’autre rôle que d’accueillir, dans l’action de grâce et notre “OUI” à Dieu, notre existence unique dans ses enjeux et sa vocation à participer à ta nature divine : ouvre mon coeur à ta rencontre permanente de chaque jour, ainsi qu’au Règne de Dieu déjà à l’oeuvre dans ton Eglise pour le monde, aide-moi à réaliser ce que tu attends de moi concrètement, en tant que témoin de la miséricorde, que tu accordes à tous ceux qui acceptent de se remettre à toi dans la foi. AMEN.

15.11.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour