📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Maccabées 2, 15-29

DU 1er LIVRE DES MARTYRS D’ISRAËL

Texte

15 Les officiers du roi chargés d’imposer l’apostasie vinrent à la ville de Modîn pour les sacrifices.
16 Beaucoup d’Israélites vinrent à eux, mais Mattathias et ses fils se tinrent ensemble à part
17 Prenant la parole, les officiers du roi s’adressèrent à Mattathias en ces termes : “Tu es chef célèbre et puissant dans cette ville, appuyé par des fils et des frères.
18 Avance donc le premier pour exécuter l’ordre du roi, comme l’ont fait toutes les nations, les chefs de Juda et ceux qu’on a laissés à Jérusalem. Tu seras, toi et tes fils, parmi les amis du roi, toi et tes fils serez honorés de dons en argent et en or ainsi que d’une quantité de cadeaux.”
19 Mattathias répliqua d’une voix forte : “Quand toutes les nations établies dans l’empire du roi lui obéiraient, chacune désertant le culte de ses pères, et se conformeraient à ses ordonnances,
20 moi, mes fils et mes frères, nous suivrons l’alliance de nos pères.
21 Dieu nous garde d’abandonner Loi et observances!
22 Nous n’écouterons pas les ordres du roi. Nous ne dévierons pas de notre religion ni à droite ni à gauche.”
23 Dès qu’il eut achevé ce discours, un Juif s’avança, à la vue de tous, pour sacrifier sur l’autel de Modîn, selon le décret du roi.
24 A cette vue, le zèle de Mattathias s’enflamma et ses reins frémirent. Pris d’une juste colère, il courut et l’égorgea sur l’autel.
25 Quant à l’homme du roi qui obligeait à sacrifier, il le tua dans le même temps, puis il renversa l’autel.
26 Son zèle pour la Loi fut semblable à celui que Pinhas exerça contre Zimri, fils de Salu.
27 Mattathias se mit à crier d’une voix forte à travers la ville “Quiconque a le zèle de la Loi et maintient l’alliance, qu’il me suive!“
28 Lui-même et ses fils s’enfuirent dans les montagnes, laissant dans la ville tout ce qu’ils possédaient.
29 Nombre de gens soucieux de justice et de Loi descendirent au désert pour s’y fixer,

Commentaire

1. Situation

Ecrit en hébreu à une date proche du début du 1er siècle avant JC, puis traduit en grec à une date ultérieure, le 1er Livre des Maccabées est l’oeuvre d’un Juif, ardent nationaliste et partisan enthousiaste de la dynastie des Hasmonéens (issue de Judas Maccabée et de ses frères).

Le surnom de “Maccabée” attribué à Judas, l’homme le plus illustre de la famille, signifie “désigné par Dieu” ou encore “celui qui frappe ses ennemis tel un marteau”.

Ce l.ivre est, en premier lieu, un Livre historique, nous rapportant un certain nombre d’événements. Mais il est tout autant porteur d’une leçon, à savoir que Dieu est toujours agissant au milieu de son peuple Israël au temps des rois Séleucides, et du persécuteur comme il l’avait été auparavant dans l’histoire d’Israël.

La lutte des Maccabées contre le paganisme ambiant est désormais le “Iieu” de l’action salvifique de Dieu, de Dieu qui est unique, au-dessus de tout.

Ce Livre nous offre d’abord un long chapitre de préambule (1, 1 - 64), avant de nous raconter les différentes étapes de la résistance Juive, en premier lieu avec Mattathias (2, 1

  • 70), ensuite avec Judas Maccabée (3, 1 - 9, 22), puis avec Jonathan (9, 23 - 12, 53), et finalement avec Simon (13, 1 - 16, 24).

Notre page nous fait assister aux tout débuts de la résistance armée Juive, qui constitue la deuxième partie de ce Livre.

2. Message

Un prêtre Juif de grande stature, Mattathias, lance la révolte contre le pouvoir du roi Antiochus, qui veut supprimer la liberté de culte et de religion des Juifs, qui leur avait été laissée depuis le retour de leur exil Babylonien, dans une Palestine qui avait perdu son indépendance politique.

Provoqué par un envoyé royal qui le somme de sacrifier sur l’autel des idoles, Mattathias, non seulement refuse on ne peut plus nettement et vigoureusement devant tout le peuple rassemblé, mais se met à faire acte de violence, dans un mouvement de grande colère spontanée, à l’encontre d’un Juif consentant à cette démarche d’apostasie, ainsi qu’à l’encontre de l’envoyé royal : il tue ces deux hommes sur le champ.

Après le temps de la persécution et des martyrs, un seuil est franchi : la rupture est consommée, la révolte est ouverte. Mattathias invite tous les habitants de la ville à se rallier à lui ainsi qu’à la cause de la Loi, et à le rejoindre dans le désert où, avec ses fils, il s’en va se réfugier.

3. Decouvertes

La ville de Modîn se trouve en dehors des frontières de Juda, sur le pourtour du terrritoire : cette ville est peuplée, et habitée, par des Juifs.

Le discours de Mattathias est tout-à-fait à l’opposé de celui de l’employé du roi, et il proclame, avec une grande solemnité, sa foi entièrement confiante en Yahvé.

Il empêche par la force la violation de la Loi, décidé qu’il est, non seulement à mourir pour la Loi, mais à combattre les armes à la main pour la défendre.

Phinehas, dont le souvenir est rappelé ici, avait réagi avec bravoure face au péché d’Israël (Nombres, 25, 8 - 13)., et était devenu, de ce fait, un modèle de zèle pour la Loi.

La première étape de cette rébellion va être d’aller chercher refuge au désert, pour s’y protéger, s’y regrouper et s’y organiser. Désert de Juda ? Désert de Samarie ? On n’en est pas très sûr.

4. Prolongement

Dans le Nouveau Testament, la guerre sainte a disparu : au Livre de l’Apocalypse, c’est Dieu, ainsi que le Christ ressuscité “agneau victorieux” et ses anges qui combattent contre les forces du mal à travers la persécution des croyants.

Jésus invite à la non-violence, demande que l’on aime ses ennemis et que l’on prie pour ceux qui nous persécutent. Il n’en reste pas moins que la résistance aux forces du mal et du péché est toujours requise, même si elle se manifeste autrement.

C’est par sa résistance non violente, liée à la proclamation “hardie” de sa mission devant Caïphe et Pilate, que Jésus, Verbe de Dieu fait homme, dépouillé totalement de lui-même en sa mort d’homme crucifié, a “vaincu” le monde :

43 ” Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.

44 Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs,

10 Et j’entendis une voix clamer dans le ciel : ” Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu’on a jeté bas l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu.

11 Mais eux l’ont vaincu par le sang de l’Agneau et par la parole dont ils ont témoigné, car ils ont méprisé leur vie jusqu’à mourir.

1 Voilà donc pourquoi nous aussi, enveloppés que nous sommes d’une si grande nuée de témoins, nous devons rejeter tout fardeau et le péché qui nous assiège, et courir avec constance l’épreuve qui nous est proposée,

2 fixant nos yeux sur le chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus, qui au lieu de la joie qui lui était proposée, endura une croix, dont il méprisa l’infamie, et qui est assis désormais à la droite du trône de Dieu.

3 Songez à celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle contradiction, afin de ne pas défaillir par lassitude de vos âmes.

4 Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans la lutte contre le péché.

32 Voici venir l’heure - et elle est venue - où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi.

33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde. “

Prière

*Seigneur Jésus, c’est parce que tu t’es abaissé jusqu’à la mort sur une croix que tu es désormais proclamé le Seigneur de l’univers, avec un Nom qui est au dessus de tout Nom, nous révélant ainsi que Dieu nous sauve, et nous transmet la Lumière de sa Vie et de sa Vérité, par la puissance de sa miséricorde et de son pardon : de même que tu as souffert torture et moqueries dans le silence et l’imploration du pardon de Dieu pour tes bourreaux, apprends-moi la non-violence de la foi qui agit toujours dans l’amour et manifeste la vérité de ton Evangile dans le respect accordé à la dignité de tout homme, créé à l’image de Dieu, même si nous devons, au nom de cette même vérité, nous opposer à ses agissements. AMEN.

20.11.2003.*

Évangile : Luc 19, 41-44

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

41 Quand il fut proche, à la vue de la ville, il pleura sur elle,
42 en disant : ” Ah ! si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix ! Mais non, il est demeuré caché à tes yeux.
43 Oui, des jours viendront sur toi, où tes ennemis t’environneront de retranchements, t’investiront, te presseront de toute part.
44 Ils t’écraseront sur le sol, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le temps où tu fus visitée ! ” .

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Avec ce passage, nous nous trouvons dans une nouvelle partie de l’Evangile de Luc : après l’Evangile de l’Enfance du Christ, la mise en route du ministère de Jésus, puis sa mission en Galilée (4, 14 - 9, 50), sa longue montée vers Jérusalem (9, 51 - 19, 27), nous rejoignons maintenant Jésus dans ses quelques jours de ministère à Jérusalem (19, 28 - 21, 38), ministère qui, de fait, va entraîner son rejet par la Ville Sainte.

Jésus commence par y prendre possession du Temple : ce qu’il réalise, suite à une entrée triomphale dans la Cité Sainte, sur laquelle cependant il se met à pleurer (Luc, 19, 28 - 48, section dans laquelle se situe notre page d’aujourd’hui), et dont il va purifier le Temple, avant d’y affirmer son autorité de porte-parole de Dieu, en dépit de l’hostilité croissante qu’il va y renconter (20, 1 - 21, 4).

Il sera ainsi amené à proférer le jugement de Dieu sur Jérusalem dans son dernier discours, où il parlera également de la fin des temps qu’il vient inaugurer dans sa mort et sa résurrection ( 21, 5 - 38).

2. Message

Une fois donc entré en procession solennelle dans Jérusalem, et juste avant de purifier le Temple, d’en prendre possession et de s’y installer en faisant remarquer qu’il est lui-même leTemple de Dieu (19, 45 - 46), Jésus pleure sur la Ville Sainte.

Son attitude contraste ici avec celle qu’il avait eue lors de son rejet de son village de Nazareth, aux premiers jours de son ministère public, rejet au travers duquel il était passé, poursuivant son chemin (4, 16 - 30), ainsi qu’avec son refus de punir le village Samaritain qui n’avait pas accepté de les recevoir au début de sa route vers Jérusalem (9, 51 - 55).

La réaction de Jésus s’explique ici par le fait que les chefs religieux d’Israêl le rejettent dès son arrivée (19, 39), et que Jérusalem (dont le Nom signifie “la paix”) ne va pas discerner ce qui est en cause pour elle dans le passage de Jésus, et reconnaître en lui l’agent de la Parole même de Dieu, porteur de la paix de Dieu.

Pour cette raison, Jésus, qui pressent tout cela, dès son premier contact, se met à pleurer sur la Ville. parce qu’il aime cette ville et ce qu’elle représente pour tout Israël, et souffre de la voir manquer l’occasion que crée sa visite. Le jugement qu’il porte sur elle est en même temps une prise en charge remplie de compassion et de pitié : amour et vérité sont pour lui une seule et unique démarche (voir Psaume 85, 9 - 12).

3. Decouvertes

Cette lamentation de Jésus est à lire dans le contexte des réactions de tous les prophètes souffrants de la Bible, le Moïse du Deutéronome, Isaïe, Osée, .Jérémie, le 2ème Prophète Isaïe, tous saisis dans le chagrin de Dieu sur son peuple rebelle.

Le grand amour de Jésus pour le peuple de Dieu (que résume Jérusalem en tant que centre d’Israël et lieu du Temple de Dieu), tel qu’il apparaît dans cette page (19, 41 - 42), prendra une expression renouvelée lorsqu’il s’adressera en termes semblables aux filles de Jérusalem qu’il rencontrera sur le chemin du Golgotha, au terme de sa passion (23, 27 - 31).

Dans les versets 43 - 44, comme en 21, 20 - 24, Luc s’inspire, semble-t-il, de ce qu’il a appris de la ruine de .Jérusalem survenue en 70, c’est-à-dire quelques années avant la rédaction de son Evangile.

Mais le message en est plus profond, car ces versets s’inscrivent dans la longue série des discours des prophètes à l’encontre de Jérusalem, et visent les chefs religieux de la Ville Sainte, qui vont réitérer les erreurs de leurs ancêtres.

Dès le verset 42, Jésus parle le langage du Roi-Juge qui prononce une sentence de condamnation sur la Ville qui n’a pas compris que c’est maintenant qu’elle doit accueillir en lui le salut de Dieu et l’accomplissement de tout le dessein de Yahvé sur son peuple.

C’est ici la 1ère des 3 annonces de la ruine de la Ville que Jésus proclame dans cet Evangile de Luc : voir également, 21, 20 - 24 et 23, 28 - 31.

4. Prolongement

Jamais Jésus ne condamne absolument, irrémédiablement. Il essaye de faire comprendre la situation de “malheur” dans laquelle se place celui qui refuse le chemin de Dieu qu’il nous trace.

Relire ce qu’il déclare aux riches et aux repus (6, 24 - 25), aux Pharisiens (11, 42 - 47), ce qu’il dit de celui qui fait chuter son frère (17, 1), sa parole à Judas qui va le trahir (22, 22 - 23).

Chaque fois, il emploie le mot “malheureux”, constatant ainsi un fait, un état, une situation, mais sans lancer à ce propos l’invectice “malheur à…”, qui implique une dimension de menace. La miséricorde est toujours en lui prête à sa manifester. Jésus pleure sur ceux qui ne le reconnaissent pas pour ce qu’il apporte de la part de Dieu.

Prière

*Seigneur Jésus, au moment d’entrer dans ta Passion, ta Mort et ta Résurrection, tu prends encharge tous ceux qui te suivent ou refusent de te suivre, et, dans ce dernier cas, tu te fais, avec miséricorde, serviteur de la vérité du salut de Dieu, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité : aide-moi à découvrirr à quel point tu portes mon existence, à quel point tu es près de moi, et habites en moi dans la force de ton Esprit, et à sans cesse me référer à toi dans toutes mes démarches, marquées par la grande concfiance avec laquelle je me tourne vers toi et par ton envoi au service de mes frères. AMEN.

20.11.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour