📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Maccabées 1, 10-64

DU 1er LIVRE DES MARTYRS D’ISRAËL

Texte

10 Il sortit d’eux un rejeton impie, Antiochus Epiphane, fils du roi Antiochus, qui, d’abord otage à Rome, devint roi l’an 137 de la royauté des Grecs.
11 En ces jours-là surgit d’Israël une génération de vauriens qui séduisirent beaucoup de personnes en disant : “Allons, faisons alliance avec les nations qui nous entourent, car depuis que nous nous sommes séparés d’elles, bien des maux nous sont advenus.”
12 Ce discours leur parut bon.
13 Plusieurs parmi le peuple s’empressèrent d’aller trouver le roi, qui leur donna l’autorisation d’observer les coutumes païennes.
14 Ils construisirent donc un gymnase à Jérusalem, selon les usages des nations,
15 se refirent des prépuces et renièrent l’alliance sainte pour s’associer aux nations. Ils se vendirent pour faire le mal.

41 Le roi publia ensuite dans tout son royaume l’ordre de n’avoir à former tous qu’un seul peuple
42 et de renoncer chacun à ses coutumes : toutes les nations se conformèrent aux prescriptions royales.
43 Beaucoup d’Israélites firent bon accueil à son culte, sacrifiant aux idoles et profanant le sabbat.

54 Le quinzième jour de Kisleu en l’an 145, le roi construisit l’Abomination de la désolation sur l’autel des holocaustes et, dans les villes de Juda circonvoisines, on éleva des autels.
55 Aux portes des maisons et sur les places, on brûlait de l’encens.
56 Quant aux livres de la Loi, ceux qu’on trouvait étaient jetés au feu après avoir été lacérés.
57 Découvrait-on chez quelqu’un un exemplaire de l’Alliance, ou quelque autre se conformait-il à la Loi, la décision du roi le mettait à mort.

62 Cependant plusieurs en Israël se montrèrent fermes et furent assez forts pour ne pas manger de mets impurs.
63 Ils acceptèrent de mourir plutôt que de se contaminer par la nourriture et de profaner la sainte alliance et, en effet, ils moururent.
64 Une grande colère plana sur Israël.

Commentaire

1. Situation

Ecrit en hébreu à une date proche du début du 1er siècle avant JC, puis traduit en grec à une date ultérieure, le 1er Livre des Maccabées est l’oeuvre d’un Juif, ardent nationaliste et partisan enthousiaste de la dynastie des Hasmonéens (issue de Judas Maccabée et de ses frères).

Le surnom de “Maccabée” attribué à Judas, l’homme le plus illustre de la famille, signifie “désigné par Dieu” ou encore “celui qui frappe ses ennemis tel un marteau”.

Ce l.ivre est, en premier lieu, un Livre historique, nous rapportant un certain nombre d’événements. Mais il est tout autant porteur d’une leçon, à savoir que Dieu est toujours agissant au milieu de son peuple Israël au temps des rois Séleucides, et du persécuteur comme il l’avait été auparavant dans l’histoire d’Israël.

La lutte des Maccabées contre le paganisme ambiant est désormais le “Iieu” de l’action salvifique de Dieu, de Dieu qui est unique, au-dessus de tout.

Ce Livre nous offre d’abord un long chapitre de préambule (1, 1 - 64), avant de nous raconter les différentes étapes de la résistance Juive, en premier lieu avec Mattathias (2, 1

  • 70), ensuite avec Judas Maccabée (3, 1 - 9, 22), puis avec Jonathan (9, 23 - 12, 53), et finalement avec Simon (13, 1 - 16, 24).

Notre page de ce jour nous donne quelques passages extraits. çà et là, tout au long du préambule.

2. Message

Le préambule n’a d’autre objet que de nous présenter l’environnement et le contexte historique qui expliquent la révolte des Maccabées.

Le roi Antiochus Epiphane essaye, par la force, de faire disparaître la religion d’Israël, ce qui va entraîner la résistance des Juifs fidèles à la Loi.

L’apparition d’Antiochus Epiphane nous est présentée comme la source de tous les maux, dont un certain nombre sont détaillés dans notre texte. l.a politique royale d’unification de tous les peuples de son territoire le conduit à imposer une culture et une religion uniques, ce qui implique la suppression de toutes les coutumes et pratiques locales.

Cela veut dire pour Israël : renonciation au rite de la circoncision ainsi qu’au sabbat, réaffectation du Temple au culte païen officiel, destruction de tous les livres de la tradition d’Israël, en particulier des Livres de la Loi. Que faire devant un tel programme aussi dévastateur ?

3. Decouvertes

I.e premier malheur décrit est celui de l’héllenisation (adoption des pratiques liées à la culture grecque), nouveauté qui tente certains responsables Juifs qui décident de se comporter comme on le fait partout dans le monde grec.

Un Gymnase (lieu d’exercices, de cours de philosophie et même de culte) est ainsi créé à .Jérusalem, en même temps qu’une école de formation pour les jeunes.

Comme la pratique des sports sans aucun vêtement révélait les traces de leur circoncision (signe religieux de l’Alliance avec Yahvé-Dieu : voir Genèse 17, 10 - 14 ), certains cherchaient à effacer ces traces par une opération.

Le roi ayant décidé de rallier tous ses peuples à une religion unique, et décrété la suppression de toutes les autres expressions religieuses quelles qu’elles soient, fait dresser un autel à Zeus (le dieu suprême des grecs, que l’on pouvait également appeler Baal) en plein coeur du Temple de Yahvé à Jérusalem, ce qui, pour les croyants Juifs, est la pire abomination.

Bien que la moindre désobéissance fût punie de mort, un certain nombre de Juifs croyants se mettent à résister, préférant mourir que de renoncer à leur religion (voir 2 Maccabées, 6, 18 - 7, 42).

4. Prolongement

Ainsi acculés au choix entre la soumission au roi persécuteur, qui implique l’abandon du Seigneur, et l’obéissance à la mission confiée par Dieu à Israël d’être une “bénédiction pour toutes les nations de la terre” : Genèse, 12, 3), il faut se déterminer. Comment résister à une telle persécution ? Par la désobéissance, entraînant la mort de ceux qui veulent demeurer témoins de Dieu, ou par la résistance armée.

Quelques décennies après la résurrection de Jésus et l’envoi de l’Esprit, les chrétiens ont été, de même, confrontés à de terribles persécutions, parce qu’ils refusaient, non pas d’être de bons citoyens loyaux de l’empire Romain, comme Paul (Romains, 13, 1 - 7) et Pierre (1 Pierre, 2, 13 - 17) le leur conseillaient, mais d’adorer l’empereur et de lui rendre un culte comme à un dieu.

Le Livre de l’Apocalypse du Nouveau Testament, qui fait écho à ces persécutions endurées par les chrétiens, incite les disciples de Jésus, non plus à la lutte armée, mais à une résistance spirituelle intérieure, fondée sur la certitude de la victoire de la foi, à la façon selon laquelle Jésus lui-même fut victorieux en sa passion, sa mort et sa résurrection (Apocalypse, 12, 10 - 11; Jean, 16, 32 - 33; 1 Jean, 5, 4 - 5).

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as déclare que ceux qui te rendraient témoignage devant les hommes, tu serais, à ton tour, leur témoin devant le Père qui est aux cieux : donne-moi, dans la force de ton Esprit Saint, de témoigner de toi, à temps et à contre temps, dans toutes les expressions et manifestations de mon existence humaine au milieu de mes frères et soeurs, que tu m’as chargé de conduire à toi par ma façon de vivre selon toi, et l’annonce de ta Parole qui nous fait avancer en vérité vers le Royaume de Dieu que tu nous as promis. AMEN.

17.11.2003.*

Évangile : Luc 18, 35-43

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

35 Or il advint, comme il approchait de Jéricho, qu’un aveugle était assis au bord du chemin et mendiait.
36 Entendant une foule marcher, il s’enquérait de ce que cela pouvait être.
37 On lui annonça que c’était Jésus le Nazôréen qui passait.
38 Alors il s’écria : ” Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! “
39 Ceux qui marchaient en tête le rabrouaient pour le faire taire, mais lui criait de plus belle : ” Fils de David, aie pitié de moi ! “
40 Jésus s’arrêta et ordonna de le lui amener. Quand il fut près, il lui demanda :
41 ” Que veux-tu que je fasse pour toi ? ” - ” Seigneur, dit-il, que je recouvre la vue ! “
42 Jésus lui dit : ” Recouvre la vue ; ta foi t’a sauvé. “
43 Et à l’instant même il recouvra la vue, et il le suivait en glorifiant Dieu. Et tout le peuple, voyant cela, célébra les louanges de Dieu

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

2. Message

Jésus approche maintenant de Jéricho, qui sera pratiquement sa dernière étape avant Jérusalem, lorsqu’un mendiant aveugle découvre son passage et se met à lui crier sa foi confiante, en le reconnaissant comme Messie (Fils de David), et en le suppliant d’avoir pitié de lui.

Personne ne peut l’empêcher de continuer de plus en plus à crier vers Jésus jusqu’à ce que ce dernier s’arrête, se le fasse amenr et l’interroge, pour entendre cet homme, dans une seconde parole de foi, le proclamer “Seigneur”, et le prier de lui donner la lumière en lui rendant la vue.

Ce que Jésus accomplit, authentifiant la foi de cet aveugle comme ouverture au salut de Dieu qu’il apporte. De ce fait, cet homme, qui a rencontré son “Sauveur”, se met à le suivre comme un disciple, débordant d’action de grâce et de louange envers Dieu.

3. Decouvertes

Jésus, sur sa route, vient successivement de prononcer la parabole du Pharisien et du Publicain, de demander à ses disciples de ne pas empêcher des parents de lui présenter leurs bébés, d’attrister un riche notable, en l’invitant à vendre tous ses biens pour avoir la vie éternelle, car il s’agit de tout quitter pour le suivre, et d’annoncer, pour la deuxième fois, sa passion et sa mort prochaines (18, 9 - 34).

A la différence des récits parallèles des Evangiles de Matthieu et de Marc, Jésus rencontre l’aveugle de Jéricho avant de pénétrer dans la ville, où aura lieu une deuxième recontre, importante elle aussi, avec Zachée, un chef des Publicains, épisode que Luc est le seul à nous rapporter (19, 1 - 10).

Ces deux rencontres, de l’aveugle et de Zachée, au terme du voyage de Jésus, résument en fait tout son ministère (Luc, 4, 17 - 21), ainsi que les oppositions qui lui sont faites (18, 39 et 19, 7).

Déjà, à deux reprises, Luc nous a déclaré que Jésus, par son ministère, vient rendre la vue aux aveugles, dans l’accomplissement des promesses de Dieu (4, 18 et 7, 22). Par deux fois également, Jésus a proclamé, dans cet Evangile de Luc, qu’il fallait inviter des aveugles à partager sa table, table du Royaume (14, 13 et 21).

La persévérance insistante de l’aveugle en sa foi contraste avec l’attitude de certains disciples qui veulent le faire taire. Or, c’est justement avec les yeux de la foi que l’on peut découvrir qui est Jésus et décider de le suivre.

4. Prolongement

12 De nouveau Jésus leur adressa la parole et dit : ” Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. ”

19 Et tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises.

20 Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient démontrées coupables,

21 mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses œuvres sont faites en Dieu. ”

14 ” Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne se peut cacher, qui est sise au sommet d’un mont.

15 Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.

16 Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es la lumière du monde et le seul moyen d’éviter les ténèbres, de ne pas se replier sur soi pour construire sa vie à partir de soi, tu es la vérité qu’il faut reconnaître et accepter, pour te découvrir justement comme lumière irremplaçable, et pour en tirer la conséquence nécessaire, à savoir que nous devons aimer nos frères et soeurs comme tu nous as aimés : apprends-moi à te proclamer mon unique sauveur, rempli de miséricorde débordante, à te redire sans cesse que, sans toi, je ne puis rien faire dans ma marche vers Dieu, à ne jamais freiner la demande d’un frère ou d’unre soeur qui implore la pitié de ton salut, ccmme c’est souvent le cas, quand il s’agit de personnes plus ou moins exclues ou rejetées de notre société, et des conforts qu’elle nous procure. AMEN.

18.11.2002.*


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