📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Apocalypse 4, 1-11
DE L’APOCALYPSE
Texte
1 Après cela, je regardai, et voici, une porte était ouverte dans le ciel. La première voix que j’avais entendue, comme le son d’une trompette, et qui me parlait, dit: Monte ici, et je te ferai voir ce qui doit arriver dans la suite.
2 Aussitôt je fus ravi en esprit. Et voici, il y avait un trône dans le ciel, et sur ce trône quelqu’un était assis.
3 Celui qui était assis avait l’aspect d’une pierre de jaspe et de sardoine; et le trône était environné d’un arc-en-ciel semblable à de l’émeraude.
4 Autour du trône je vis vingt-quatre trônes, et sur ces trônes vingt-quatre vieillards assis, revêtus de vêtements blancs, et sur leurs têtes des couronnes d’or.
5 Du trône sortent des éclairs, des voix et des tonnerres. Devant le trône brûlent sept lampes ardentes, qui sont les sept esprits de Dieu.
6 Il y a encore devant le trône comme une mer de verre, semblable à du cristal. Au milieu du trône et autour du trône, il y a quatre êtres vivants remplis d’yeux devant et derrière.
7 Le premier être vivant est semblable à un lion, le second être vivant est semblable à un veau, le troisième être vivant a la face d’un homme, et le quatrième être vivant est semblable à un aigle qui vole.
8 Les quatre êtres vivants ont chacun six ailes, et ils sont remplis d’yeux tout autour et au dedans. Ils ne cessent de dire jour et nuit: Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu, le Tout Puisant, qui était, qui est, et qui vient!
9 Quand les êtres vivants rendent gloire et honneur et actions de grâces à celui qui est assis sur le trône, à celui qui vit aux siècles des siècles,
10 les vingt-quatre vieillards se prosternent devant celui qui est assis sur le trône et ils adorent celui qui vit aux siècles des siècles, et ils jettent leurs couronnes devant le trône, en disant:
11 Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et l’honneur et la puissance; car tu as créé toutes choses, et c’est par ta volonté qu’elles existent et qu’elles ont été créées.
Commentaire
1. Situation
Ce livre de l’Apocalypse ou de Révélation, est un grand message d’encouragement aux communautés fortement persécutées àa fin du 1er siècle, écrit par un visionnaire qui transmet son message sous la forme de comptes-rendus de ses visions.
Il s’exprime dans le langage dit “apocalyptique”, langage d’écriture très pratiqué à cette époque, utilisant de fortes images caricaturales pour nous suggérer la victoire de Dieu et de son peuple sauvé par la mort-résurrection de Jésus Christ, et nous obliger, de ce fait, à un dépassement et une rupture dans les représentations courantes de notre imagination.
Ce Livre constitue donc un message sur la fin des temps inaugurée par le Christ ressuscité, à laquelle nous avons déjà part dans notre histoire, et qui s’ouvre sur l’accomplissement final victorieux de tout le plan de Dieu. Ce qui veut dire que les visions rapportées concernent autant notre vie de chrétiens dans l’Eglise de ce temps que l’entrée définitive de toute l’humanité dans le Royaume de Dieu.
Plusieurs structurations de ce livre nous sont possibles et ont été formulées par divers auteurs. Retenons pour le moment celle ci : après une grande vision, inaugurale, du ciel où Dieu trône en présence du Christ décrit comme un “agneau debout comme immolé” (4, - 5, 14), cette vision va se décomposer en 6 séries de 7 visions chacune, à partir des 7 sceaux du livre que tient entre ses mains le Christ-Agneau de Dieu :
- les 7 visions des 7 sceaux (6, 1 - 8, 6),
- les 7 visions des 7 trompettes (8, 7 - 11, 18),
- les 7 visions des 7 signes (12, 1 -14, 2),
- les 7 visions des 7 coupes de la colère de Dieu (15, 1 - 16, 21),
- les 7 visions de la chute de Babylone (17, 1 - 19, 5),
- les 7 visions de la consommation finale (19, 6 - 22, 5).
A noter que toutes ces séries de visions s’incrustent dans la série précédente et s’ouvrent à la série suivante.
Si l’on tient compte qu’après l’introduction du Livre (1, 1 - 8), la mission confiée par le Seigneur au visionnaire se fait également par l’intermédaire d’une vision préalable, dans laquelle l’auteur, qui y contemple le Christ en majesté, y reçoit la teneur de 7 lettres d’accompagnement qu’il doit communiquer aux 7 Eglises d’Asie Mineure, avec le message central qui leur rapporte toutes ses visions (1, 9 - 3, 22), nous constatons que ce Livre est composé de 7 septénaires de visions, avec, ici et là, quelques interludes non mentionnés ci-dessus.
2. Message
Cette page nous fait découvrir la première partie de la vision inaugurale de tout ce Livre, vision inaugurale à partir de laquelle tout va s’enchaîner, de vision en vision, de message en essage.
Jean le visonnaire qui vient d’être envoyé en mission de révéler tout ce qu’il va contempler du mystère du salut de Dieu, se trouve comme happé dans le monde de Dieu et il nous fait part de ses découvertes : voici qu’il se trouve au ciel, témon de ce qui se passe autour de Dieu qui siège sur son trône et gouverne ainsi toute la création qu’il a fait naître de sa parole fondatrice.
A part la mention de quelques pierres précieuses, d’un arc en ciel, suggestions d’une Lumière au delà de toute lumière, rien ne nous est décrit de lui, et dans cette série d’évocations se manifestent également les signes de sa puissance au-delà de tout, dans les tonnerres et les éclairs qui jaillissent de lui sur son trône.
Ce qui veut dire que c’est dans l’environnement céleste de son trône que se manifeste la révélation de la puissance unique de Dieu : il est entouré d’un “conseil” de 24 Anciens, et de quatre mystérieux “vivants” qui représentent les forces ou les puissances qui ont reçu délégation de lui pour gouverner le cosmos. Tous ces “fondés de pouvoir” qui entourent Dieu agissent et remplissent leur mission sans jamais cesser de lui rendre un culte d’adoration, proclamant sa sainteté unique et célébrant la gloire de Celui qui a créé toutes choses par sa seule puissance. Ce qui signifie que c’est bien le Dieu unique qui est la source de toutes choses et le seul Puissant qu’il faut toujours reconnaître comme le seul créateur du ciel et de la terre et cela dans une adoration liturgique.
Les deux cantiques traduisent bien ainsi le sens de cette liturgie céleste : “tout vient de Dieu, tout est par lui, tout va à lui”, et la situation ici décrite est celle d’un Temple.
3. Decouvertes
Ce pasage fait partie de l’ensemble de cette grande “vision inaugurale”, qui nous est relatée de 4,1 à 5, 14, et dans laquelle Dieu nous est d’abord présenté comme le Créateur de tout ce qui existe (notre page), puis comme Sauveur et libérateur de l’humanité et du cosmos dans l’envoi, la mission, la mort et la résurrection du Christ, son Fils, présenté sous l’image centrale de l’agneau debout comme immmolé, dans la suite du texte en 5, 1 - 14. Ces deux tableaux qui se suivent sont ainsi une seule et même découverte révélatrice de l’unique mystère de Dieu vu à la fois et indissociablement comme le Créateur et le libérateur de notre humanité qu’il appelle à partager sa gloire dans une transfiguration définitive.
Remarquons les images tirées de l’Ancien Testament, qui jalonnent toute cette vision inaugurale :
- l’arc en ciel, en 4, 3, renvoie à Genèse, 9, 12 - 17,
- les 24 anciens de 4, 4, à Isaïe, 24, 23 et Daniel, 7, 5,
- les éclairs,le tonnerre et les voix en 4, 5, à la théophanie d’Exode, 19, 16 - 19,
- les 4 Vivants aux Cherubim d’Ezéchiel, 1 et aux Seraphim d’Isaïe, 6, 2 - 3, dont le chant est également repris et adapté par les 4 “Vivants”.
C’est dire que cette visiun est à lire en écho et en accomplissement de celles d’Isaïe 6 et d’Ezéchiel 1. C’est constater, une fois de plus, que le langage incommunicable d’une expérience de vision doit s’exprimer à partir de matériaux ou d’éléments connus et insérés dans la tradition religieuse et culturelle du voyant qui s’en sert pour traduire son expérience.
Le trône de Dieu vu par le voyant est l’ultime réalité de toutes les apparences terrestres. Il est le symbole de la souveraineté de Dieu sur tout, souveraineté reconnue dans le ciel et qu doit triompher à jamais sur terre.
Dieu est plus célébré que décrit. Quant aux pierres précieuses, elles font partie d’un langage traditionnel pour suggérer la splendeur céleste ou divine. La “mer” évoque probablemet ce qu’on appelle les “eaux par-dessus le ciel” dont parlent les récits de la création.
La voix qui s’adresse au voyant au début de ce passage, au verset 1, est bien celle du Christ ressusvité, qui l’a déjà appelé et envoyé en mission.
4. Prolongement
Il est d’autres langatges sur Dieu, que nous uitilisons dans notre prière, à partir surtout de la révélation de Jésus : Dieu est amour, Dieu est Vérité, Dieu est Lumière, Dieu est notre Père. Jésus lui-même s’est identifié à la Lumière et à la Vérité de Dieu.
Le langage apocalyptique nous offre des images plus concrètes et plus colorées, qui frappent davantage notre imagination, mais nous sommes peut-être plus à l’aise avec le langage prophétique du Deuxième Prophète, ou Livre d’Isaïe, par exemple : Isaïe
45.15 Mais tu es un Dieu qui te caches, Dieu d’Israël, sauveur!
45.16 Ils sont tous honteux et confus, Ils s’en vont tous avec ignominie, Les fabricateurs d’idoles.
45.17 C’est par l’Éternel qu’Israël obtient le salut, Un salut éternel; Vous ne serez ni honteux ni confus, Jusque dans l’éternité.
45.18 Car ainsi parle l’Éternel, Le créateur des cieux, le seul Dieu, Qui a formé la terre, qui l’a faite et qui l’a affermie, Qui l’a créée pour qu’elle ne fût pas déserte, Qui l’a formée pour qu’elle fût habitée: Je suis l’Éternel, et il n’y en a point d’autre.
45.19 Je n’ai point parlé en cachette, Dans un lieu ténébreux de la terre; Je n’ai point dit à la postérité de Jacob: Cherchez-moi vainement! Moi, l’Éternel, je dis ce qui est vrai, Je proclame ce qui est droit.
45.20 Assemblez-vous et venez, approchez ensemble, Réchappés des nations! Ils n’ont point d’intelligence, ceux qui portent leur idole de bois, Et qui invoquent un dieu incapable de sauver.
45.21 Déclarez-le, et faites-les venir! Qu’ils prennent conseil les uns des autres! Qui a prédit ces choses dès le commencement, Et depuis longtemps les a annoncées? N’est-ce pas moi, l’Éternel? Il n’y a point d’autre Dieu que moi, Je suis le seul Dieu juste et qui sauve.
45.22 Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvés, Vous tous qui êtes aux extrémités de la terre! Car je suis Dieu, et il n’y en a point d’autre.
45.23 Je le jure par moi-même, La vérité sort de ma bouche et ma parole ne sera point révoquée: Tout genou fléchira devant moi, Toute langue jurera par moi.
45.24 En l’Éternel seul, me dira-t-on, résident la justice et la force; A lui viendront, pour être confondus, Tous ceux qui étaient irrités contre lui.
45.25 Par l’Éternel seront justifiés et glorifiés Tous les descendants d’Israël.
Prière
*Seigneur Jésus, en toi notre Dieu s’est rendu le plus proche de nous, et au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir, puisqu’il a ainsi choisi, en toi et par toi, de nous rejoindre dans notre expérience et notre langage d’hommes et de fammes de ce monde : donne-moi de ne jamais oublier qu’il est en même temps Celui qui est au desus de tout, inaccessible en lui-même, et la source inépuisable de tout ce qui existe. AMEN.
17.11.2004.*
Évangile : Luc 19, 11-27
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
11 Comme les gens écoutaient cela, il dit encore une parabole, parce qu’il était près de Jérusalem, et qu’on pensait que le Royaume de Dieu allait apparaître à l’instant même.
12 Il dit donc : ” Un homme de haute naissance se rendit dans un pays lointain pour recevoir la dignité royale et revenir ensuite.
13 Appelant dix de ses serviteurs, il leur remit dix mines et leur dit : “Faites-les valoir jusqu’à ce que je vienne. “
14 Mais ses concitoyens le haïssaient et ils dépêchèrent à sa suite une ambassade chargée de dire : “Nous ne voulons pas que celui-là règne sur nous. “
15 ” Et il advint qu’une fois de retour, après avoir reçu la dignité royale, il fit appeler ces serviteurs auxquels il avait remis l’argent, pour savoir ce que chacun lui avait fait produire.
16 Le premier se présenta et dit : “Seigneur, ta mine a rapporté dix mines. ” -
17 “C’est bien, bon serviteur, lui dit-il ; puisque tu t’es montré fidèle en très peu de chose, reçois autorité sur dix villes. “
18 Le second vint et dit : “Ta mine, Seigneur, a produit cinq mines. “
19 A celui-là encore il dit : “Toi aussi, sois à la tête de cinq villes. “
20 L’autre aussi vint et dit : “Seigneur, voici ta mine, que je gardais déposée dans un linge.
21 Car j’avais peur de toi, qui es un homme sévère, qui prends ce que tu n’as pas mis en dépôt et moissonnes ce que tu n’as pas semé. ” -
22 “Je te juge, lui dit-il, sur tes propres paroles, mauvais serviteur. Tu savais que je suis un homme sévère, prenant ce que je n’ai pas mis en dépôt et moissonnant ce que je n’ai pas semé.
23 Pourquoi donc n’as-tu pas confié mon argent à la banque ? A mon retour, je l’aurais retiré avec un intérêt. “
24 Et il dit à ceux qui se tenaient là : “Enlevez-lui sa mine, et donnez-la à celui qui a les dix mines. “… -
25 “Seigneur, lui dirent-ils, il a dix mines ! “… -
26 “Je vous le dis : à tout homme qui a l’on donnera ; mais à qui n’a pas on enlèvera même ce qu’il a. “
27 ” “Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les en ma présence. ” “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre
2. Message
Parabole de Jésus, dont la pointe est la nécessité pour nous de faire fructifier les biens qui nous ont été confiés à cet effet. L’ordre du maître de la parabole est formellement précisé : les 10 serviteurs ont, pendant l’absence de leur maître, à rentabiliser le dépot d’argent remis entre leurs mains.
A son retour, le maître demande normalement des comptes à ses serviteurs, et récompense chacun en fonction du résultat qu’il a obtenu. Le serviteur qui, par peur, n’a rien fait et s’est contenté de mettre de côté la mine d’or qui lui avait été confiée, par crainte sans doute qu’elle ne soit volée, se voit retirer sa mssion et enlever son dépot.
Par cette parabole, lue en son message central, Jésus demande que nous nous comportions en hommes et femmes responsables, qui avons reçu la grâce gratuite de devenir disciples, de produire des fruits de charité, et de transmettre ce qui nous a été confié en vue de la révélation et de croissance du Royaume de Dieu, à chacun et à chacune selon la vocation et les charismes particuliers reçus dans l’Esprit Saint.
Le Seigneur attend de nous une réponse de foi confiante et active, qui nous engage à répondre à son appel, selon un engagement de tout notre être, selon tout ce que nous sommes.
3. Decouvertes
A la différence de la parabole parallèle de l’Evangile de Matthieu (25, 14 - 30), chacun des 10 serviteurs reçoit la même quantité d’argent (une “mine”, ou pièce d’or de valeur, mais non pas comparable aux “talents” dont parle Matthieu, et qui valent, à l’unité, 1000 euros ou 1000 dollars). De plus, comme il nous est dit que le maître est un “noble” qui s’en va recevoir la royauté et en revient investi, il est logique que le travail rentable fourni par ses serviteurs soit récompensé par des missions de gouvernement de villes.
Luc nous fait remarquer que Jésus prononce cette parabole pour contrecarrer l’idée d’une apparition immédiate du Royaume de Dieu, qui serait liée à son entrée à Jérusalem. La parabole peut donc être ainsi lue comme une allégorie : le “noble” maître qui s’en va en voyage, qui revient roi et qui demande des comptes à ses seviteurs, représente Jésus ressuscité, absent de ce monde entre sa résurrection et son retour en gloire de la fin ultime des temps, période durant laquelle il nous demande de vivre en disciples dans son Eglise, et de porter du fruit en conséquence, période au terme de laquelle se tiendra le jugement définitif où chacun est récompensé en fonction de la tâche accomplie.
Les détails concernant l’histoire “royale” insérée dans cette parabole, avec, en finale le massacre des opposants à cette royauté, ne sauraient constituer des images de Jésus. Ils nous renvoient, semble-t-il, à un épisode réel de cette époque du Christ, lorsqu’en l’an 4 de notre ère, le prince Archelaüs se rendit à Rome pour revendiquer la succession royale de son père, qu’il obtint, en dépit d’une forte résistance.
4. Prolongement
De même que Jésus a accompli sa mission en faisant, toute sa vie, la volonté du Père, il nous demande de réaliser notre propre mission, dans l’obéisssance à sa propre volonté, durant le temps de l’Eglise.
Une telle mission ne nous est pas impossible, parce qu’il nous la propose avec la force et la présence de son Esprit Saint, qui nous aide à reproduire l’image du Christ, et à témoigner de sa Parole et de ses gestes de miséricorde, à travers tous nos comportements.
Prière
*Seigneur Jésus, au moment d’entrer dans ta Passion, ta Mort et ta Résurrection, tu as demandé aux tiens de dépasser leurs images concrètes et terrestres du Royaume de Dieu, pour comprendre que tu ne cherchais qu’à obéir à la volonté de salut du Père, en prenant tous les risques pour annoncer, et accomplir, un Royaume qui, pour être inauguré en, et par, ta mission, ne se réalisera pas de manière définitive en ce monde : apprends-moi à témoigner authentiquement de ce Royaume, déjà parmi nous depuis ta résurrection et le don de l’Esprit Saint, apprends-moi à me comporter en prophète de ton Règne à venir, que je dois toujours attendre dans une attitude permanente de veille et de disponibilité, sans jamais le posséder ni le maîtriser, mais en l’accueillant sans cesse comme un don de Lumière et de Paix, qu’il m’appartient de révéler à tous par une existence de disciple et d’apôtre. AMEN.
20.11.2002.*