📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Apocalypse 11, 1-12
DE L’APOCALYPSE
Texte
1 Puis on me donna un roseau, une sorte de baguette, en me disant : ” Lève-toi pour mesurer le Temple de Dieu, l’autel et les adorateurs qui s’y trouvent ;
2 quant au parvis extérieur du Temple, laisse-le, ne le mesure pas, car on l’a donné aux païens : ils fouleront la Ville Sainte durant quarante-deux mois.
3 Mais je donnerai à mes deux témoins de prophétiser pendant mille deux cent soixante jours, revêtus de sacs. “
4 Ce sont les deux oliviers et les deux flambeaux qui se tiennent devant le Maître de la terre.
5 Si l’on s’avisait de les malmener, un feu jaillirait de leur bouche pour dévorer leurs ennemis ; oui, qui s’aviserait de les malmener, c’est ainsi qu’il lui faudrait périr.
6 Ils ont pouvoir de clore le ciel afin que nulle pluie ne tombe durant le temps de leur mission ; ils ont aussi pouvoir sur les eaux, de les changer en sang, et pouvoir de frapper la terre de mille fléaux, aussi souvent qu’ils le voudront.
7 Mais quand ils auront fini de rendre témoignage, la Bête qui surgit de l’Abîme viendra guerroyer contre eux, les vaincre et les tuer.
8 Et leurs cadavres, sur la place de la Grande Cité, Sodome ou Égypte comme on l’appelle symboliquement, là où leur Seigneur aussi fut crucifié,
9 leurs cadavres demeurent exposés aux regards des peuples, des races, des langues et des nations, durant trois jours et demi, sans qu’il soit permis de les mettre au tombeau.
10 Les habitants de la terre s’en réjouissent et s’en félicitent ; ils échangent des présents, car ces deux prophètes leur avaient causé bien des tourments.
11 Mais, passé les trois jours et demi, Dieu leur infusa un souffle de vie qui les remit sur pieds, au grand effroi de ceux qui les regardaient.
12 J’entendis alors une voix puissante leur crier du ciel : ” Montez ici ! ” Ils montèrent donc au ciel dans la nuée, aux yeux de leurs ennemis.
Commentaire
1. Situation
Ce livre de l’Apocalypse ou de Révélation, est un grand message d’encouragement aux communautés fortement persécutées àa fin du 1er siècle, écrit par un visionnaire qui transmet son message sous la forme de comptes-rendus de ses visions.
Il s’exprime dans le langage dit “apocalyptique”, langage d’écriture très pratiqué à cette époque, utilisant de fortes images caricaturales pour nous suggérer la victoire de Dieu et de son peuple sauvé par la mort-résurrection de Jésus Christ, et nous obliger, de ce fait, à un dépassement et une rupture dans les représentations courantes de notre imagination.
Ce Livre constitue donc un message sur la fin des temps inaugurée par le Christ ressuscité, à laquelle nous avons déjà part dans notre histoire, et qui s’ouvre sur l’accomplissement final victorieux de tout le plan de Dieu. Ce qui veut dire que les visions rapportées concernent autant notre vie de chrétiens dans l’Eglise de ce temps que l’entrée définitive de toute l’humanité dans le Royaume de Dieu.
Plusieurs structurations de ce livre nous sont possibles et ont été formulées par divers auteurs. Retenons pour le moment celle ci : après une grande vision, inaugurale, du ciel où Dieu trône en présence du Christ décrit comme un “agneau debout comme immolé” (4, - 5, 14), cette vision va se décomposer en 6 séries de 7 visions chacune, à partir des 7 sceaux du livre que tient entre ses mains le Christ-Agneau de Dieu :
- les 7 visions des 7 sceaux (6, 1 - 8, 6),
- les 7 visions des 7 trompettes (8, 7 - 11, 18),
- les 7 visions des 7 signes (12, 1 -14, 2),
- les 7 visions des 7 coupes de la colère de Dieu (15, 1 - 16, 21),
- les 7 visions de la chute de Babylone (17, 1 - 19, 5),
- les 7 visions de la consommation finale (19, 6 - 22, 5).
A noter que toutes ces séries de visions s’incrustent dans la série précédente et s’ouvrent à la série suivante.
Si l’on tient compte qu’après l’introduction du Livre (1, 1 - 8), la mission confiée par le Seigneur au visionnaire se fait également par l’intermédaire d’une vision préalable, dans laquelle l’auteur, qui y contemple le Christ en majesté, y reçoit la teneur de 7 lettres d’accompagnement qu’il doit communiquer aux 7 Eglises d’Asie Mineure, avec le message central qui leur rapporte toutes ses visions (1, 9 - 3, 22), nous constatons que ce Livre est composé de 7 septénaires de visions, avec, ici et là, quelques interludes non mentionnés ci-dessus.
2. Message
Ce passage, comme celui qui le précède, et dans lequel le voyant a dû manger le petit livre que tenait un Ange (10, 1 - 11), se situe dans un intermède entre les sonneries de la 6ème et de la 7ème trompettes. Un intermède du même genre avait déjà été placé également entre les ouvertures des 6ème et 7ème sceaux (7, 1 - 17).
Le témoignage des témoins et martyrs s’inscrit dans le cadre de la Jérusalem terrestre, qui a mis à mort les prophètes et le Christ, et qui va, ainsi que l’esplanade du Temple, être piétinée par les païens, à l’exception de la partie centrale du Sanctuaire, dont sont prises les mesures (11, 1 - 2).
Les deux témoins, présentés comme les deux oliviers de Zacharie, 4, 3. 14, renvoient à la mission de Moïse et d’Elie, avec la puissance qu’ils avaient reçue du Seigneur, mais qui symbolisent ici l’ensemble des prophètes et des croyants mis à mort, ainsi que Jésus lui-même, nouveau Moïse et nouvel Elie. C’est Jérusalem, autant que les nations, qui s’oppose à eux, et mérite, entre autres, le titre de “Sodome”.
Mais après le temps très court de leur mort (3 jours et demi, soit le 360ème des 1260 jours, ou 42 mois, ou 3 ans et demi, indiqués plus haut dans le texte comme durée de l’épreuve, en se référant à Daniel, 7, 25 et 14, 7), vient la montée au ciel, non seulement du Christ ressuscité, mais aussi des deux témoins (Moïse et Elie, dont l’Ancien Testament indiquait que la tombe n’avait pas été retrouvée : Deutéronome, 34, 5 - 10 et 2 Rois, 2, 11).
Ainsi, les témoins du Christ, persécutés à leur tour tout au long de l’histoire de l’Eglise, participent, et participeront, à la gloire du Ressuscité, après avoir été unis à sa croix.
3. Decouvertes
On a vu, dans cette 2nde partie de l’intermède, la description du contenu du petit livre, ou du rouleau, que vient d’avaler le voyant.
L’ensemble de cette 2nde partie comprend : d’abord (11, 1 - 2), l’annonce de l’écrasement de la Cité sainte par les nations paîennes. Ainsi sera persécutée l’Eglise. Mais, de même que la partie la plus centrale du Temple, le Saint des Saints, qui est mesurée, sera préservée, il en ira toujours de même pour la réalité la plus intérieure de l’Eglise.
Les deux chandeliers, ou oliviers, comme les 7 chandeliers des chapitres 2 et 3, représentent l’Eglise. Ils sont 2 (nombre nécessaire pour donner un témoignage selon Deutéronome, 19, 15), et symbolisent toute l’Eglise, dans sa dimension prophétique, ainsi que dans son accomplissement de tout l’Ancien Testament : les livres de la Loi (Moïse), et les livres prophétiques (Elie).
Les 2 témoins sont décrits, chacun, à la fois à la façon de Moïse et d’Elie (2 Rois, 1, 10 - 12; 1 Rois, 17, 1; Exode, 7, 14 - 24). Cependant, le jugement qu’ils portent, et le témoignage qu’ils donnent, ne conduisent pas le peuple à la conversion et à la pénitence. Et ils suivent Jésus en sa mort pour participer à sa résurrection en gloire.
A noter ici la première apparition de la “Bête” persécutrice, qui met à mort les 2 témoins, anticipant son entrée “officielle”, en force, du chapitre 13.
Comme la plupart des pages de l’Apocalypse, celle-ci reprend des images symboliques de l’Ancien Testament : mais, alors qu’en Isaïe, 61, 13 et Amos, 5, 3, un dixième était préservé, et le reste détruit, et comme dans le cas des 7000 préservés de 1 Rois, 19, 8, ces quantités sont ici inversées.
4. Prolongement
A notre tour, ensemble, en Eglise, ou personnellement, mais toujours en lien avec l’Eglise, d’être les témoins du Christ en sa Parole, sa mission, sa mort et sa résurrection : il nous communique son destin, afin que, dans la force de son Esprit Saint, nous le partagions et le rendions visible pour tous aujourd’hui :
n 15:18- Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous.
19 Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait.
20 Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont. …
26 Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage.
27 Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement
14 Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.
15 Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais.
16 Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.
17 Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité.
18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort,
11 afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts.
12 Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus.
13 Non, frères, je ne me flatte point d’avoir déjà saisi ; je dis seulement ceci : oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être,
14 et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus.
Prière
*Seigneur Jésus, nous qui formons ton Eglise, ton peuple saint, rassemblé en ton nom, et qui sommes sûrs de ta présence incessante comme “Emmanuel”, “Dieu-avec-nous”, jusqu’à la fin des temps, tu nous appelles à porter aujourd’hui ton témoignage jusqu’aux extrémités de la terre, comme jusqu’aux endroits les plus avances des réalités de ce monde, et tu nous dis sans cesse que nous rencontrerons, comme toi, oppositions et persécutions, mais en nous garantissant la force en nous de ton Esprit Saint, qui nous aidera à traverser toute épreuve : donne-moi d’unifier toute mon existence autour de ce témoignage à te rendre dans la foi, qui me fait obéir à ta volonté, qui est la volonté même du Père, ainsi que dans la proclamation de ton Evangile en mes gestes, paroles, et engagements, rayonnant ma conviction que tu es venu pour que nous ayons la vie, ta vie en abondance. AMEN.
23.11.2002.*
Évangile : Luc 20, 27-40
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
27 S’approchant alors, quelques Sadducéens - ceux qui nient qu’il y ait une résurrection - l’interrogèrent
28 en disant : ” Maître, Moïse a écrit pour nous : Si quelqu’un a un frère marié qui meurt sans avoir d’enfant, que son frère prenne la femme et suscite une postérité à son frère.
29 Il y avait donc sept frères. Le premier, ayant pris femme, mourut sans enfant.
30 Le second aussi,
31 puis le troisième prirent la femme. Et les sept moururent de même, sans laisser d’enfant après eux.
32 Finalement, la femme aussi mourut.
33 Eh bien ! cette femme, à la résurrection, duquel d’entre eux va-t-elle devenir la femme ? Car les sept l’auront eue pour femme. “
34 Et Jésus leur dit : ” Les fils de ce monde-ci prennent femme ou mari;
35 mais ceux qui auront été jugés dignes d’avoir part à ce monde-là et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari ;
36 aussi bien ne peuvent-ils plus mourir, car ils sont pareils aux anges, et ils sont fils de Dieu, étant fils de la résurrection.
37 Et que les morts ressuscitent, Moïse aussi l’a donné à entendre dans le passage du Buisson quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.
38 Or il n’est pas un Dieu de morts, mais de vivants ; tous en effet vivent pour lui. “
39 Prenant alors la parole, quelques scribes dirent : ” Maître, tu as bien parlé. “
40 Car ils n’osaient plus l’interroger sur rien.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Après sa longue “montée” vers Jérusalem au cours de laquelle il a saisi toutes les occasions possibles pour instruire ses disciples sur le sens de la “voie” qu’ils doivent suivre, avec et derrière lui, pour atteindre le Royaume de Dieu (9, 51 - 19, 27) Jésus est maintenant en mission dans la Ville Sainte.
Dès son arrivée, par une procession solennelle d’entrée, il a pris possession du Temple, qu’il a purifié, et où le peuple l’écoute maintenant avec joie, alors que les chefs du peuple cherchent déjà à le faire périr (19, 28 - 48).
En effet, Jésus est sans cesse l’objet de questions et de contestations de la part des Scribes et des Anciens, qui lui demandent pourquoi il s’est comporté ainsi en arrivant dans le Temple, ou qui vont essayer de le prendre en défaut dans ses propos, en lui tendant des pièges (sur l’impôt à payer à César: 20, 20 - 26, ou sur la résurrection : NOTRE TEXTE : 20, 27 - 40).
Mais, de son côté, Jésus prend des initiatives : il lance contre ses adversaires la parabole des “Vignerons homicides” (20, 9 - 19), il les met dans l’incapacité de lui répondre lorsqu’il les interroge sur la relation entre le Messie et David (20, 41 - 44), avant de condamner publiquement leur manière de vivre totalement injuste (20, 45 - 47).
Ce qu’il nous faut noter à travers tous ces épisodes, c’est que Jésus y fait preuve de l’autorité extraordinaire de celui qui parle au nom de Dieu, et qu’il nous faut donc, à ce titre, plus que jamais, l’écouter.
2. Message
Notre passage pourrait s’intituler ainsi : le Dieu dont parle Jésus est Celui qui donne une vie nouvelle à ceux qui sont morts et ont été mis au tombeau.
Les Sadducéens, dont font partie les grandes familles pontificales des Grands Prêtres, ne croient ni en la résurrection des morts, ni à l’existence des anges, et, qui plus est, ils ne reconnaisssent dans la Bible l’autorité que des 5 Livres dits “de Moïse” (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome), livres qui constituent la “Loi” ou “La Torah”.
Ils interrogent donc Jésus à partir de textes extraits de ces livres, et, en l’occurence, à propos de la Loi sur le “Lévirat” , dont parle le Deutéronome, 25, 5 - 6, et à partir de laquelle ils bâtissent le cas hypothétique de la femme qui a, selon cette Loi, dû se remarier 7 fois. Comment appliquer cette Loi de Dieu si l’on parle de résurrection des morts ?
Dans sa réponse, Jésus commence par “démolir” la conception de base que les Sadducéens ont de la “résurrection”, et selon laquelle ils imaginent la vie du monde à venir comme une simple prolongation de la vie présente, dans des conditions semblables ou analogues (impliquant qu’on puisse encore avoir à y engendrer des enfants).
NON, dit Jésus, ceux qui sont jugés dignes d’avoir part à la résurrection entrent dans un monde totalement nouveau, où l’on ne se marie plus, où on ne meurt plus, et où l’on vit “autrement”, à la façon des anges (dont la seule chose que Jésus nous en ait dite, c’est qu’ils vivent sans cesse en présence de Dieu : Matthieu, 18, 10).
Jésus répond ensuite à ces Sadducéens à partir d’autres textes tirés de la Torah elle-même, en reprenant la scène de la théophanie du “Buisson ardent” (Exode, 3, 2 - 6), où Dieu, qui se révèle à Moïse et l’envoie en mission, se déclare être le même qui s’était manifesté à Abraham, Isaac et Jacob.
Il se présente donc comme le “Dieu des vivants”. S’il en est bien ainsi, et qu’il rappelle à Moïse qu’il est le Dieu de ces anciens patriarches, c’est que pour lui ces derniers sont bien vivants (donc, saisis dans la résurrection).
3. Decouvertes
La croyance en la résurrection n’apparaît en Israël que 200 ans environ avant Jésus, avec le Livre de Daniel et les livres des Maccabées, tous datant de l’époque des “Martyrs d’Israël”, époque de la révolte de Judas Maccabée et de ses frères.
Jésus admet cette croyance, comme le font les Pharisiens, dont beaucoup, parmi eux, sont des Scribes. Ce qui explique le dernier verset de notre page, où des Scribes félicitent Jésus pour avoir bien parlé sur la résurrection.
L’astuce de Jésus est de n’avoir pas fait appel au Livre de Daniel pour répondre aux Sadducéens, car ces derniers ne lui reconnaissent aucune autorité.
Au verset 35, Jésus précise que c’est une “grâce” que d’être admis au monde nouveau de la “résurrection”. Voir également Luc, 21, 36 et 14, 14 à ce propos.
Paul, comparaissant devant le Sanhédrin après avoir été arrêté à .Jérusalem, parviendra très rapidement à diviser cette assemblée en se proclamant Pharisien et en défendant l’espérance de la résurrection des morts : texte très intéressant à relire en Actes, 23, 6 - 10.
L’enseignement de Jésus en notre passage est en continuité avec la position des Pharisiens sur la résurrection.
La remarque du verset 40, sur le fait que personne, après cette dernière réponse de Jésus, n’ose plus l’interroger sur rien, se retrouve dans les Evangiles de Marc et Matthieu. Même si certains trouvent cette phrase mal située en Luc (voir TOB, Luc, 20, 40, note “o”), elle montre qu’en définitive, les adversaires de Jésus ne sont pas parvenus à le prendre en défaut dans ses paroles.
4. Prolongement
Il ne semble pas qu’il y ait une meilleure réappropriation de cette lecture que de relire le chapitre 15 de la 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens. Ce texte est certainement le témoin “Biblique” le meilleur et le plus complet que nous ayons sur la résurrection.
Paul, après nous y avoir donné le compte-rendu écrit le plus ancien qui nous soit parvenu sur la résurrection de Jésus et l’annonce pascale, continue ainsi (et il vaut vraiment la peine de méditer ces paroles de poids) :
12 Or, si l’on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts ?
13 S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité.
14 Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi.
15 Il se trouve même que nous sommes des faux témoins de Dieu, puisque nous avons attesté contre Dieu qu’il a ressuscité le Christ, alors qu’il ne l’a pas ressuscité, s’il est vrai que les morts ne ressuscitent pas.
16 Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité.
17 Et si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est votre foi; vous êtes encore dans vos péchés.
18 Alors aussi ceux qui se sont endormis dans le Christ ont péri.
19 Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes.
20 Mais non; le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis.
Si nous le pouvons, continuons la lecture de ce passage jusqu’à la fin du chapitre. Cela vaut vraiment la peine, tellement la “résurrection des morts” est une donnée centrale de notre foi au salut de Dieu, qui nous parvient dans la mort-résurrection de .Jésus, et le don de son Esprit Saint.
Prière
*Seigneur Jésus, fais moi entendre de nouveau cette grande proclamation de Paul à ton sujet : “si tu crois que Jésus est Seigneur, et si tu confesses de tes lèvres qu’il est ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé”, et donne-moi de faire toujours plus totalement mienne cette conviction que tu es vivant dans ton humanité transfigurée en Dieu, et que, dans la puissance de ton Esprit Saint, tu nous associes dès maintenant à cette résurrection qui est la tienne, dans la mesure où tu es tout en chacune et chacun de ceux qui te suivent avec foi. AMEN.
22.11.2003.*