📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Maccabées 4, 36-59

DU 1er LIVRE DES MARTYRS D’ISRAËL

Texte

36 Alors Judas et ses frères dirent : “Voici nos ennemis écrasés, allons purifier le sanctuaire et faire la dédicace.”
37 Toute l’armée s’assembla et ils montèrent au mont Sion.

52 Le 25 du neuvième mois nommé Kisleu en l’an 148, ils se levèrent au point du jour
53 et offrirent un sacrifice légal sur le nouvel autel des holocaustes qu’ils avaient construit.
54 L’autel fut inauguré au son des hymnes, des cithares, des lyres et des cymbales, à la même époque et le même jour que les païens l’avaient profané.
55 Le peuple entier se prosterna pour adorer, puis il fit monter la louange vers le Ciel qui l’avait conduit au succès.
56 Huit jours durant, ils célébrèrent la dédicace de l’autel, offrant des holocaustes avec allégresse et le sacrifice de communion et d’action de grâces.
57 Ils ornèrent la façade du Temple de couronnes d’or et d’écussons, remirent à neuf les entrées ainsi que les chambres qu’ils pourvurent de portes.
58 Une grande joie régna parmi le peuple et l’opprobre infligé par les païens fut effacé.
59 Judas décida avec ses frères et toute l’assemblée d’Israël que les jours de la dédicace de l’autel seraient célébrés en leur temps chaque année pendant huit jours, à partir du 25 du mois de Kisleu, avec joie et allégresse.

Commentaire

1. Situation

Ecrit en hébreu à une date proche du début du 1er siècle avant JC, puis traduit en grec à une date ultérieure, le 1er Livre des Maccabées est l’oeuvre d’un Juif, ardent nationaliste et partisan enthousiaste de la dynastie des Hasmonéens (issue de Judas Maccabée et de ses frères).

Le surnom de “Maccabée” attribué à Judas, l’homme le plus illustre de la famille, signifie “désigné par Dieu” ou encore “celui qui frappe ses ennemis tel un marteau”.

Ce l.ivre est, en premier lieu, un Livre historique, nous rapportant un certain nombre d’événements. Mais il est tout autant porteur d’une leçon, à savoir que Dieu est toujours agissant au milieu de son peuple Israël au temps des rois Séleucides, et du persécuteur comme il l’avait été auparavant dans l’histoire d’Israël.

La lutte des Maccabées contre le paganisme ambiant est désormais le “Iieu” de l’action salvifique de Dieu, de Dieu qui est unique, au-dessus de tout.

Ce Livre nous offre d’abord un long chapitre de préambule (1, 1 - 64), avant de nous raconter les différentes étapes de la résistance Juive, en premier lieu avec Mattathias (2, 1

  • 70), ensuite avec Judas Maccabée (3, 1 - 9, 22), puis avec Jonathan (9, 23 - 12, 53), et finalement avec Simon (13, 1 - 16, 24).

Le 1er Livre des Maccabées a repris, dans nos lectures liturgiques, le relais du 2nd Livre, plus ancien, qui avait commencé par nous partager la résistance “passive” et le “martyre” des témoins de la Loi du Dieu d’Israël, face aux décrets du roi païen Antiochus Epiphane.

Mais Matthatias et ses fils ont choisi, depuis lors, de réagir en sonnant l’heure de la résistance armée (1 Maccabées, 2, 1 - 70), et, après la mort de son père, c’est Judas Maccabée qui prend le commandement de cette résistance militaire d’Israël.

Après quelques belles victoires remportées sur divers généraux de l’armée d’Antiochus, Judas a maintenant la situation bien en main et peut envisager de purifier, restaurer et re-dédicacer le Temple de Jérusalem qui avait été l’objet d’un sacrilège, en étant, de par la volonté du roi impie, transformé en Temple païen.

2. Message

Nous n’avons, dans notre lecture liturgique de ce jour, que des extraits de ce chapitre 4, qui traite longuement et en détail, de cette reconquête du Temple pour le Dieu d’Israël.

Deux actions successives de Judas nous sont ici rapportées : d’abord, la purification et la restauration du Temple (versets 36 - 51), puis sa nouvelle dédicace (versets 52 - 61), événement qui sera, par la suite, commémoré chaque année par une grande célébration.

3. Decouvertes

Le Temple été non seulement souillé de par l’usage qu’en avaient fait les païens, mais mis en bien piteux état (sanctuaire dévasté, autel profané, portes brûlées, chambres abattues, parvis envahi de broussailles et arbres sauvages).

Judas fait appel à des prêtres irréprochables, et fait enlever toutes les pierres, ainsi que l’autel, qui avaient été souillés, en même temps qu’on réparait et reconstruisait tout ce qui avait été détruit, du bâtiment, comme des meubles.

Dès après la dédicace nouvelle du Temple, Judas va faire construire de nouveaux ramparts et des tours pour protéger le Lieu Saint (4, 64).

Le Temple ainsi restauré est de nouveau consacré et dédicacé à Yahvé, le Dieu d’Israël. Notre texte décrit en détail cette célébration, accomplie strictement selon les préceptes de la Loi, et qui dura 8 jours. Elle eut lieu exactement 3 ans après l’érection de l’idole dans le Temple par le roi Antiochus.

La célébration annuelle de cette nouvelle dédicace s’est faite, par la suite, sous des titres différents :

  • Fête de la Dédicace (1 Maccabées, 4, 59; 2 Maccabées, 2, 9. 19; .Jean, 10, 22), - Fête de la Purification (2 Maccabées, 2, 16. 18; 10, 31),
  • Fête des Tabernacles du mois de Kisleu (2 Maccabées, 1, 9. 18), parce que célébrée pendant 8 jours conlme la Fête des Tabernacles,
  • Fête des Lumières (pour l’historien Juif Josèphe). Le nom le plus connu de cette Fête demeura finalement, celui de Fête de la Dédicace.

4. Prolongement

L’Evangile de Jean nous montre, des chapitres 5 à 10, comment Jésus s’est attribué personnellement le sens de toutes les Fêtes Juives, dont il se dit et se fait le contenu nouveau.

Ainsi, il se proclame Maître du Sabbat au chapitre 5, centre de la Pâque Juive au chapitre 6, accomplissement des symboles de l’Eau et de la Lumière de la Fête des Tabernacles aux chapitres 7, 8 et 9, et, finalement comme celui -là même qui est consacré à la Fête de la Dédicace (Jean, 10, 22 - 39). Mieux que l’autel du Temple dédicacé, il est “Celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde” (Jean, 10, 36 - 38).

Notons encore que Jésus s’est proclamé le vrai Temple de Dieu (Jean, 2, 19 - 22), que dans la Jérusalem d’en Haut, décrite à la fin de l’Apocalypse, il n’y a pas de sanctuaire, “car le Seigneur Dieu, le Tout Puissant. est son Sanctuaire, ainsi que l’ Agneau” (Apocalypse, 21, 22 - 23).

De même, en ce qui nous concerne, Paul déclare que notre corps est le sanctuaire du Saint Esprit qui est en nous. et que nous tenons de Dieu, car nous ne nous appartenons plus (1 Corinthiens, 6, 19 - 20).

Dans la Lettre aux Ephésiens (2, 22), nous sommes bâtis ensemble pour former une Demeure de Dieu dans l’Esprit, et la 1ère Lettre de Pierre (2, 4 - 5) nous définit comme “pierres vivantes d’un édifice spiritnel”.

Prière

*Seigneur Jésus, désormais, notre Temple, c’est toi, que ce soit parce que nous ne nous appartenons plus et que tu viens prendre possession de notre être tout entier, dans ses relations (notre corps), parce qu’également, avec nos frères et soeurs, nous “faisons Eglise” et formons ensemble un corps auquel tu t’identifies, au point d’en faire “ton corps”, dans lequel nous sommes unifiés : aide-moi à ne chercher qu’à te renconter comme le lieu unique, d’où toutes mes relations, paroles et actions trouvent leur véritable identité, qu’il s’agisse de ma relation au Père, par toi dans l’Esprit Saint, de ma relation à mes frères et soeurs, ou de ma relation à moi-même, veillant à ce que mon existence et ma personne soient vraiment le lieu de ta présence et de ta rencontre partagées. AMEN.

21.11.2003.*

Évangile : Luc 19, 45-48

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

45 Puis, entré dans le Temple, il se mit à chasser les vendeurs,
46 en leur disant : ” Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière. Mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands ! “
47 Il était journellement à enseigner dans le Temple, et les grands prêtres et les scribes cherchaient à le faire périr, les notables du peuple aussi.
48 Mais ils ne trouvaient pas ce qu’ils pourraient faire, car tout le peuple l’écoutait, suspendu à ses lèvres.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses disciples le chemin de Jérusalem, où il vient maintenant d’entrer dans une procession triomphale, ce qui ne l’empêche pas de prier pour cette Ville Sainte qui ne va pas, finalement, l’accueillir. Et voici qu’il prend, en quelque sorte, possession du Temple, et s’y installe pour y lancer son message.

2. Message

Comme dans l’Evangile de Matthieu, la manifestation d’autorité de Jésus dans le Temple de Jérusalem, dont il expulse les vendeurs, se passe le jour même de son entrée à Jérusalem, et non pas le lendemain, comme dans l’Evangile de Marc.

Cette purification du Temple est ici relatée très brièvement sans les détails de l’événement que nous trouvons dans les autres Evangiles : Luc nous le présente comme un fait, expliqué par une parole, la citation du 3ème Prophète Isaïe, 56, 7.

Alors que Matthieu (21, 18) et Marc (11, 12 et 20) limitent l’enseignement de Jésus dans le Temple à, respectivement, 2 et 3 jours avant sa passion, Luc semble indiquer une durée bien plus longue de ce temps de prédication, lorsqu’il mentionne, à plusieurs reprises, que Jésus passait chaque jour à enseigner dans le Temple (19, 47; 20, 1 et 21, 37 - 38).

Jésus considère le Temple, signe de la rencontre de Dieu et de son peuple, comme son lieu. Il y est chez lui, et y proclame hardiment son message de salut, avec beaucoup de succès auprès du peuple, par contraste avec l’opposition des grands prêtres, des scribes et des membres laïcs du Sanhédrin (les “chefs du peuple”).

3. Decouvertes

Alors que, dans Matthieu et Marc, la purification du Temple par Jésus entraîne, à son procès, la déposition de faux témoins concernant une parole que Jésus aurait dite, annonçant qu’il détruirait le Temple, Luc dissocie totalement la passion de Jésus d’avec cet événement. Il est vrai qu’il écrit son Evangile bien après la destruction du Temple par les Romains, en 70.

Rappelons que, dans l’Evangile de Luc, Jésus entre au Temple au terme des récits de son enfance (qui constituent un mini-Evangile, anticipant déjà tout le parvcours de son ministère, sa mort et sa résurrection y comprises), symbolisant qu’avec lui Dieu retourne dans son Temple, et qu’il y manifeste déjà son autorité lorsqu’il déclare à ses parents, à l’âge de 12 ans, qu’il y est “chez son Père” (Luc, 2, 25 - 51)

4. Prolongement

Le corps de Jésus ressuscité est le Nouveau Temple, dans lequel se rend à Dieu le culte en esprit et en vérité (Jean, 2, 19 - 22).

Le Christ ressuscité nous est, en même temps, présenté comme la “pierre maîtresse” d’un édifice spirituel que nous construisons ensemble, en Eglise (Ephésiens, 2, 20 - 21), et dont nous sommes les pierres vivantes (1 Pierre, 2, 4 - 5). Il y a, en Jésus le Christ, unité totale entre le Temple, la Parole, l’origine et la destination du culte rendu à Dieu, ainsi que le contenu de ce culte, qui est son “OUI” permanent au Père.

Prière

*Seigneur Jésus, depuis ta résurrection, tu es chez toi parmi nous, chaque fois que quelques uns de tes disciples se rassemblent en ton Nom, ainsi que dans le coeur, au plus profond, de chacune et de chacun d’entre nous, où tu viens habiter, dès que nous nous ouvrons à toi par la foi qui agit dans la charité, et tu nous as également affirmé qu’il fallait absolument que tu demeures en nous et que nous demeurions en toi, car sans toi nous ne pouvons rien faire : rends-moi toujours plus attentif à cette présence, que tu assures en mon existence et dans les communautés où je me retrouve avec d’autres croyants, aide-moi à percevoir vraiment cette présence comme communication de ta Parole, de ta Vie, de ton expérience de la relation au Père, de ta qualité d’accueil miséricordieux de toutes les personnes, de façon à ce que je puisse, en imitant tes gestes et tes paroles, la manifester aujourd’hui dans les réalités de notre monde de cette terre. AMEN.

22.11.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour