📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Apocalypse 10, 8-11
DE L’APOCALYPSE
Texte
8 Et la voix, que j’avais entendue du ciel, me parla de nouveau, et dit: Va, prends le petit livre ouvert dans la main de l’ange qui se tient debout sur la mer et sur la terre.
9 Et j’allai vers l’ange, en lui disant de me donner le petit livre. Et il me dit: Prends-le, et avale-le; il sera amer à tes entrailles, mais dans ta bouche il sera doux comme du miel.
10 Je pris le petit livre de la main de l’ange, et je l’avalai; il fut dans ma bouche doux comme du miel, mais quand je l’eus avalé, mes entrailles furent remplies d’amertume.
11 Puis on me dit: Il faut que tu prophétises de nouveau sur beaucoup de peuples, de nations, de langues, et de rois.
Commentaire
1. Situation
Ce livre de l’Apocalypse ou de Révélation, est un grand message d’encouragement aux communautés fortement persécutées àa fin du 1er siècle, écrit par un visionnaire qui transmet son message sous la forme de comptes-rendus de ses visions.
Il s’exprime dans le langage dit “apocalyptique”, langage d’écriture très pratiqué à cette époque, utilisant de fortes images caricaturales pour nous suggérer la victoire de Dieu et de son peuple sauvé par la mort-résurrection de Jésus Christ, et nous obliger, de ce fait, à un dépassement et une rupture dans les représentations courantes de notre imagination.
Ce Livre constitue donc un message sur la fin des temps inaugurée par le Christ ressuscité, à laquelle nous avons déjà part dans notre histoire, et qui s’ouvre sur l’accomplissement final victorieux de tout le plan de Dieu. Ce qui veut dire que les visions rapportées concernent autant notre vie de chrétiens dans l’Eglise de ce temps que l’entrée définitive de toute l’humanité dans le Royaume de Dieu.
Plusieurs structurations de ce livre nous sont possibles et ont été formulées par divers auteurs. Retenons pour le moment celle ci : après une grande vision, inaugurale, du ciel où Dieu trône en présence du Christ décrit comme un “agneau debout comme immolé” (4, - 5, 14), cette vision va se décomposer en 6 séries de 7 visions chacune, à partir des 7 sceaux du livre que tient entre ses mains le Christ-Agneau de Dieu :
- les 7 visions des 7 sceaux (6, 1 - 8, 6),
- les 7 visions des 7 trompettes (8, 7 - 11, 18),
- les 7 visions des 7 signes (12, 1 -14, 2),
- les 7 visions des 7 coupes de la colère de Dieu (15, 1 - 16, 21),
- les 7 visions de la chute de Babylone (17, 1 - 19, 5),
- les 7 visions de la consommation finale (19, 6 - 22, 5).
A noter que toutes ces séries de visions s’incrustent dans la série précédente et s’ouvrent à la série suivante.
Si l’on tient compte qu’après l’introduction du Livre (1, 1 - 8), la mission confiée par le Seigneur au visionnaire se fait également par l’intermédaire d’une vision préalable, dans laquelle l’auteur, qui y contemple le Christ en majesté, y reçoit la teneur de 7 lettres d’accompagnement qu’il doit communiquer aux 7 Eglises d’Asie Mineure, avec le message central qui leur rapporte toutes ses visions (1, 9 - 3, 22), nous constatons que ce Livre est composé de 7 septénaires de visions, avec, ici et là, quelques interludes non mentionnés ci-dessus.
2. Message
Dans cette vision, de la série des 7 visions des trompettes, le visionnaire se trouve de nouveau impliqué comme acteur, en recevant une nouvelle mission bien précise, ou une nouvelle dimension à ajouter à sa mission primitive, reçue lors de la vision préparatoire avec laquelle s’ouvre ce livre de l’Apocalypse.
Cette mission lui est définie et communiquée de façon symbolique par une démarche qu’il doir accomplir : aller demander à qui le tient de lui donner “le” petit livre ouvert qu’il a dans sa main, et ensuite de le manger et d’en vérifier les conséquences de la digestion.
Comme ce peiti livre ne peut contenir que des paroles ou le message qu’elles expriment, il s’agit donc bien de la Parole de Dieu que le voyant doit assimiler complètement pour en quelque sorte s’identifier à elle, et se laisser saisir profondément et entièrement par elle.
La Parole qu’il entend de nouveau de son interlocuteur, qui peut toujours être le Christ en gloire qui l’a appelé, vient confirmer le sens de cette expérience personnelle de douceur et d’amertume que crée en lui cette assimilation de la Parole qui est à la fois révélatrice, dans sa douceur, de la miséricorde de Dieu qui pardonne et, dans son amertume, de la vérité de Dieu qui discerne selon la justice : c’est sous ce double aspect de la proclamation de la Parole agissante du Seigneur qu’il va devoir prononcer un message à adresser pratiquement à l’humanité entière.
3. Decouvertes
Cette page fait partie d’un ensemble, 10, 1 - 11, qui constitue un interlude entre la 6ème et la 7ème trompettes de la série correspondante de visions. Déjà un interlude de ce genre avait eu lieu entre l’ouverture du 6ème et du 7ème sceaux du Livre par l’Agneau “debout comme immolé” au coeur du trône de Dieu.
Celui qui s’adresse ici au voyant et lui donne des ordres est le même que l’Ange mentionné en 1, 1 et en 22, 16 : il s’agit soit de Jésus ressuscité lui-même, soit d’un ange spécialement chargé de transmettre directement à Jean ce que le Christ lui dit. Quoi qu’il en soit exactement, c’est l’interlocuteur le plus important auquel le voyant à affaire.
Bien que tous les exégètes ne soient pas de cet avis, il semble bien que “le” (et non pas “un”) petit livre, dont il est question ici, est le livre ou le rouleau présenté en 5, 1 - 9 : certes, les sceaux en ont été brisés, mais son contenu n’a pas encore été pleinement révélé.
Cette démarche de la manducation du petit livre renvoie à celle que le prophète Ezéchiel avait dû lui-même accomplir en Ezéchiel, 2, 9 - 10, à la différence toutefois qu’il n’avait pas ressenti d’amertume. L’amertume désigne probablement ici les souffrances qu’auront encore à souffrir et subir les membres du peuple de Dieu.
En 1, 11 - 3, 12, le voyant avait dû prophétiser sur les 7 Eglises destinataires de son livre de révélations. Maintenant, il va devoir prophétiser sur les nations péïennes, anticipant ainsi le témoignage prophétique que doivent rendre les communautés chrétiennes, en communion les unes avec les autres, face et sur les nations païennes au milieu desquelles elles vivent ou survivent.
4. Prolongement
Si le Christ habite en nos coeurs par la foi, comme l’écrit Paul dans sa Lettre aux Ephésiens 3, 17 - 21, si, comme le dit Jésus, lorsque nous gardons sa Parole, le Père et lui-même viennent demeurer en nous (Jean, 14, 23), notre ouverture au Christ est assimilation de sa Parole et, en même temps, réception de sa vie intime qu’il nous communique dans la présence de son Esprit Saint.
Il nous suffit donc, en étant réellement pauvres de nous-mêmes, de témoigner de ce message qui est ainsi devenu nous-mêmes, et ne peut être différent de nos comportements, si nous en avons saisi la signification.
C’est ainsi que nous sommes prophètes de cette Parole accueillie, reçue, assimilée, ne faisant plus qu’un avec nous, dans la lignée des plus grands prophètes de l’Ancien Testament, tels Jérémie et Ezéchiel, et de Jésus lui-même, en qui nous avons été, par lui, saisis, ainsi que nos prédecesseurs apostoliques, tel ce voyant de l’Apocalypse : Ezéchiel
2.1 Il me dit: Fils de l’homme, tiens-toi sur tes pieds, et je te parlerai.
2.2 Dès qu’il m’eut adressé ces mots, l’esprit entra en moi et me fit tenir sur mes pieds; et j’entendis celui qui me parlait.
2.3 Il me dit: Fils de l’homme, je t’envoie vers les enfants d’Israël, vers ces peuples rebelles, qui se sont révoltés contre moi; eux et leurs pères ont péché contre moi, jusqu’au jour même où nous sommes.
2.4 Ce sont des enfants à la face impudente et au coeur endurci; je t’envoie vers eux, et tu leur diras: Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel.
2.5 Qu’ils écoutent, ou qu’ils n’écoutent pas, -car c’est une famille de rebelles, -ils sauront qu’un prophète est au milieu d’eux.
2.6 Et toi, fils de l’homme, ne les crains pas et ne crains pas leurs discours, quoique tu aies auprès de toi des ronces et des épines, et que tu habites avec des scorpions; ne crains pas leurs discours et ne t’effraie pas de leurs visages, quoiqu’ils soient une famille de rebelles.
2.7 Tu leur diras mes paroles, qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas, car ce sont des rebelles.
2.8 Et toi, fils de l’homme, écoute ce que je vais te dire! Ne sois pas rebelle, comme cette famille de rebelles! Ouvre ta bouche, et mange ce que je te donnerai!
2.9 Je regardai, et voici, une main était étendue vers moi, et elle tenait un livre en rouleau.
2.10 Il le déploya devant moi, et il était écrit en dedans et en dehors; des lamentations, des plaintes et des gémissements y étaient écrits.
Prière
*Seigneur Jésus, de même que tu n’as rien cherché à dire de toi-même mais seulement ce que le Père t’avait chargé de proclamer, tu nous envoies continuer ta mission, en répétant et faisant nôtres ton message et ta Parole : aide-moi à bien remplir cette mission de témoignage, de fidélité et de miséricorde, face à trous mes frèes et soeurs. AMEN.
19.11.2004.*
Évangile : Luc 19, 45-48
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
45 Puis, entré dans le Temple, il se mit à chasser les vendeurs,
46 en leur disant : ” Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière. Mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands ! “
47 Il était journellement à enseigner dans le Temple, et les grands prêtres et les scribes cherchaient à le faire périr, les notables du peuple aussi.
48 Mais ils ne trouvaient pas ce qu’ils pourraient faire, car tout le peuple l’écoutait, suspendu à ses lèvres.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses disciples le chemin de Jérusalem, où il vient maintenant d’entrer dans une procession triomphale, ce qui ne l’empêche pas de prier pour cette Ville Sainte qui ne va pas, finalement, l’accueillir. Et voici qu’il prend, en quelque sorte, possession du Temple, et s’y installe pour y lancer son message.
2. Message
Comme dans l’Evangile de Matthieu, la manifestation d’autorité de Jésus dans le Temple de Jérusalem, dont il expulse les vendeurs, se passe le jour même de son entrée à Jérusalem, et non pas le lendemain, comme dans l’Evangile de Marc.
Cette purification du Temple est ici relatée très brièvement sans les détails de l’événement que nous trouvons dans les autres Evangiles : Luc nous le présente comme un fait, expliqué par une parole, la citation du 3ème Prophète Isaïe, 56, 7.
Alors que Matthieu (21, 18) et Marc (11, 12 et 20) limitent l’enseignement de Jésus dans le Temple à, respectivement, 2 et 3 jours avant sa passion, Luc semble indiquer une durée bien plus longue de ce temps de prédication, lorsqu’il mentionne, à plusieurs reprises, que Jésus passait chaque jour à enseigner dans le Temple (19, 47; 20, 1 et 21, 37 - 38).
Jésus considère le Temple, signe de la rencontre de Dieu et de son peuple, comme son lieu. Il y est chez lui, et y proclame hardiment son message de salut, avec beaucoup de succès auprès du peuple, par contraste avec l’opposition des grands prêtres, des scribes et des membres laïcs du Sanhédrin (les “chefs du peuple”).
3. Decouvertes
Alors que, dans Matthieu et Marc, la purification du Temple par Jésus entraîne, à son procès, la déposition de faux témoins concernant une parole que Jésus aurait dite, annonçant qu’il détruirait le Temple, Luc dissocie totalement la passion de Jésus d’avec cet événement. Il est vrai qu’il écrit son Evangile bien après la destruction du Temple par les Romains, en 70.
Rappelons que, dans l’Evangile de Luc, Jésus entre au Temple au terme des récits de son enfance (qui constituent un mini-Evangile, anticipant déjà tout le parvcours de son ministère, sa mort et sa résurrection y comprises), symbolisant qu’avec lui Dieu retourne dans son Temple, et qu’il y manifeste déjà son autorité lorsqu’il déclare à ses parents, à l’âge de 12 ans, qu’il y est “chez son Père” (Luc, 2, 25 - 51)
4. Prolongement
Le corps de Jésus ressuscité est le Nouveau Temple, dans lequel se rend à Dieu le culte en esprit et en vérité (Jean, 2, 19 - 22).
Le Christ ressuscité nous est, en même temps, présenté comme la “pierre maîtresse” d’un édifice spirituel que nous construisons ensemble, en Eglise (Ephésiens, 2, 20 - 21), et dont nous sommes les pierres vivantes (1 Pierre, 2, 4 - 5). Il y a, en Jésus le Christ, unité totale entre le Temple, la Parole, l’origine et la destination du culte rendu à Dieu, ainsi que le contenu de ce culte, qui est son “OUI” permanent au Père.
Prière
*Seigneur Jésus, depuis ta résurrection, tu es chez toi parmi nous, chaque fois que quelques uns de tes disciples se rassemblent en ton Nom, ainsi que dans le coeur, au plus profond, de chacune et de chacun d’entre nous, où tu viens habiter, dès que nous nous ouvrons à toi par la foi qui agit dans la charité, et tu nous as également affirmé qu’il fallait absolument que tu demeures en nous et que nous demeurions en toi, car sans toi nous ne pouvons rien faire : rends-moi toujours plus attentif à cette présence, que tu assures en mon existence et dans les communautés où je me retrouve avec d’autres croyants, aide-moi à percevoir vraiment cette présence comme communication de ta Parole, de ta Vie, de ton expérience de la relation au Père, de ta qualité d’accueil miséricordieux de toutes les personnes, de façon à ce que je puisse, en imitant tes gestes et tes paroles, la manifester aujourd’hui dans les réalités de notre monde de cette terre. AMEN.
22.11.2002.*