📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Daniel 6, 12-28
DU LIVRE DE DANIEL
Texte
12 Ces hommes s’en vinrent en nombre et trouvèrent Daniel qui suppliait et implorait Dieu.
13 Alors ils s’introduisirent auprès du roi et lui rappelèrent l’interdit royal : “N’as-tu pas signé l’interdit selon lequel tout homme qui, dans les 30 jours, adresserait une prière à quiconque, dieu ou homme, autre que toi, ô roi, serait jeté dans la fosse aux lions?” Le roi répondit : “La chose est tranchée définitivement, selon la loi des Mèdes et des Perses, laquelle ne passe point.”
14 Sur quoi, ils dirent au roi : “Daniel, cet homme d’entre les gens de la déportation de Juda, n’a cure de toi, ô roi, ni de l’interdit que tu as signé : trois fois par jour il s’acquitte de sa prière.”
15 En entendant ces mots, le roi éprouva une grande douleur et résolut de sauver Daniel. Jusqu’au coucher du soleil, il s’ingénia à lui trouver une échappatoire.
16 Mais ces hommes s’empressèrent auprès du roi en disant “Sache, ô roi, que selon la loi des Mèdes et des Perses aucun interdit ou édit porté par le roi ne peut être révoqué.”
17 Alors, le roi donna ordre de faire venir Daniel et de le jeter dans la fosse aux lions. Le roi dit à Daniel : “Ton Dieu, que tu as servi avec persévérance, c’est lui qui te sauvera.”
18 On apporta une pierre qu’on posa sur l’entrée de la fosse, et le roi y apposa son sceau et celui de ses seigneurs, en sorte que rien ne pût être modifié de ce qui concernait Daniel.
19 Le roi rentra dans son palais, passa la nuit à jeûner et ne se laissa pas amener de concubines. Le sommeil le fuit
20 et dès l’aube, au petit jour, le roi se leva et se rendit en hâte à la fosse aux lions.
21 S’approchant de la fosse, il cria à Daniel d’une voix angoissée : “Daniel, serviteur du Dieu vivant, ce Dieu que tu sers avec persévérance a-t-il pu te faire échapper aux lions?“
22 Daniel répondit au roi : “O roi, vis à jamais!
23 Mon Dieu a envoyé son ange, il a fermé la gueule des lions et ils ne m’ont pas fait de mal, parce que j’ai été trouvé innocent devant lui. Et devant toi aussi, ô roi, je suis sans faute.”
24 Le roi éprouva une grande joie et ordonna de faire sortir Daniel de la fosse. On fit sortir Daniel de la fosse et on le trouva indemne, parce qu’il avait eu foi en son Dieu.
25 Le roi manda ces hommes qui avaient calomnié Daniel et les fit jeter dans la fosse aux lions, eux, leurs enfants et leurs femmes : et avant même qu’ils eussent atteint le fond de la fosse, les lions s’étaient emparés d’eux et leur avaient broyé les os.
26 Et le roi Darius écrivit à tous peuples, nations et langues qui habitent sur toute la terre : “Abondance de paix sur vous!
27 Voici le décret que je porte : dans tout le domaine de mon royaume, que les gens tremblent et frémissent devant le Dieu de Daniel il est le Dieu vivant, il perdure à jamais, son royaume ne sera point détruit et son empire n’aura point de fin
28 il sauve et délivre, opère signes et merveilles aux cieux et sur la terre; il a sauvé Daniel du pouvoir des lions.”
Commentaire
1. Situation
Le Livre de Daniel ne porte pas le nom de son auteur, mais du principal personnage qui en est le sujet.
On ne sait pas qui est ce “Daniel” : ni l’un des fils de David (1 Chroniques, 3, 1), ni l’un des captifs de retour de Babylone après l’exil (Esdras, 8, 2 et Néhémie, 10, 7), ni l’illustre contemporain de Noé ou de Job, dont parle Ezéchiel en le nommant “Danel” (Ezéchiel, 14, 14 et 20), ainsi que le livre de la Sagesse (Sagesse, 28, 3). Tout au plus, peut-on dire, ce nom de “Daniel” signifie “mon juge, c’est Dieu” ou “Dieu a jugé”.
Ce Livre de Daniel se divise en 2 parties sensiblement égales :
- 6 histoires édifiantes concernant Daniel et ses 3 compagnons à la cour royale de Babylone (Daniel, 1 - 6),
- 4 visions de 4 royaumes, dans lesquels se trouvent les Juifs depuis la conquête de Juda par Babylone, jusqu’à l’établissement pour eux du Royaume même du Dieu d’Israêl.
Ce qui veut dire qu’on ne peut comprendre ce Livre de Daniel sans un regard sur les grands empires qui se sont succédé au Moyen Orient : l’empire Babylonien (605 - 539), l’empire Perse (550 - 331), l’Empire Grec d’Alexandre le Grand et ses successeurs, dont, parmi enx, les dynasties des Ptolémées en Egypte et des Séleucides en Syrie (336 - 164).
Le dernier de ces rois Séleucides, Antiochus Epiphane (175 - 164), prit la décision politique d’hélléniser les Juifs de Palestine, et de les forcer ainsi à abandonner Ia religion de leurs pères pour se rallier aux cultes païens du reste de son royaume. Ce qui entraîna la révolte réussie des frères Maccabées (voir 1 et 2 Maccabées), et ce qui constitue également le thème de base du Livre de Daniel.
Le livre de Daniel nous offre ainsi une réflexion sur cette relation conflictuelle entre la religion d’Israël et le paganisme, en essayant de se situer du point de vue de Dieu. En nous montrant que Dieu a prévu et toléré ces événements, le Livre de Daniel nous révèle la supériorité de la Sagesse d’Israël, ainsi que la maîtrise de Dieu sur tous les événements de l’histoire des hommes (Daniel, 2, 21 ).
Dans la 1ère partie de son Livre (Daniel, 1 - 6), l’auteur de Daniel nous raconte des “histoires” ou “récits” dans le but de nous livrer un enseignement moral. Ces récits peuvent être de pures inventions de l’auteur ou des développements très libres à partir d’événements réels.
Dans la 2nde partie de son l..ivre (Daniel, 7 - 12), l’auteur s’exprime selon le genre “apocalyptique”, fait de révélations mystérieuses, de visions fantastiques, de rencontres d’anges ou messagers célestes, le tout pour nous annoncer l’établissement d’un Règne défintif de Dieu à la fin des temps.
Dans de tels récits, des événements réels du passé, et antérieurs à l’auteur, sont présentés comme des prophéties de l’avenir. Cette seconde partie, dans son ensemble, nous offre une vision divine de l’histoire des hommes, située dans le plan de Dieu. L’auteur a dû écrire son livre peu de temps avant la mort du roi persécuteur Antiochus Epiphane, soit vers 165. On ne sait si cet auteur est unique, on pense volontiers qu’il ne l’est pas, mais le Livre est suffisamment unifié pour indiquer au moins une même école de pensée, au cas où il serait l’oeuvre de plusieurs.
Avec cette page du chapitre 6 du Livre de Daniel, nous en sommes à la 6ème des 6 belles histoires édifiantes qui constituent la 1ère partie du Livre, et qui mettent principalement en scène le jeune Daniel, avec à l’occasion ses 3 compagnons, tous témoins de la droiture du Judaïsme authentique face aux païens qui les entourent.
Ces récits n’ont d’autre but que de faire réfléchir les Israélites, à l’époque où, justement, leur religion est fondamentalement menacée d’extinction par les décisions du roi Séleucide Antiochus Epiphane.
En effet, hien que situés quelques siècles auparavant, ces récits, qui mettent en scène des rois de Babylone du 6ème siècle, n’ont été écrits que vers la moitié du 2ème siècle avant JC, à l’époque justement de ce roi Antiochus Epiphane et de la révolte des frères Maccabées.
2. Message
Daniel, objet de la jalousie d’hommes influents, est pris en flagrant délit de prière à Yahvé, son Dieu et le Dieu d’Israël, alors qu’un décret royal avait interdit pendant 30 jours que toute prière soit adressée à tout être autre que le souverain lui-même, sous peine d’être mis à mort en étant jeté dans la fosse aux lions. Daniel, en effet, avait estimé la fidélité à son Dieu plus importante que l’obéissance à tout décret humain, si important et solennel fût-il.
Daniel est donc dénoncé au roi, dont il avait la faveur, et qui tente de le sauver, mais doit finalement céder à la pression de ceux qui cherchent la mort de Daniel pour sa désobéissance, tout en souhaitant que le Dieu de Daniel intervienne pour arbitrer la situation et protéger Daniel.
Jeté dans la fosse aux lions méticuleusement et officiellement scellée, Daniel n’en subit aucun mal et en est retiré le lendemain, sur l’ordre du roi qui avait passé sa nuit dans le jeûne avant de se rendre, angoissé, vérifier près de la fosse aux lions ce qui était advenu à Daniel, et de le retrouver, avec joie, vivant et indemne.
Dieu protège ceux qui n’hésitent pas à braver les ordres injustes pour lui demeurer fidèles, à l’instar de ceux qui, au 2ème siècle avant JC, résistent aux décisions du roi Antiochus Epiphane qui sont contraires à la religion Juive.
Le décret final du roi Darius de notre page reconnaît la grandeur du Dieu Vivant d’Israël qui a montré, en sauvant Daniel de la fosse aux lions, qu’il prend soin de ceux qui se fient à lui et s’attachent à lui comme la clé de leur existence. Ce que le roi Antiochus Epiphane aurait dû comprendre plus tôt, sans attendre le moment de sa propre mort (1 Maccabées, 6, 1 - 13).
3. Decouvertes
Cette page fait partie d’un épisode beaucoup plus long (6, 1 - 28), dans lequel un roi païen, qui essaye de vivre selon la justice, est trompé par les responsables de son administration, mais se trouve finalement heureux que Daniel ait pu, grâce au Dieu d’Israël, échapper à la mort que lui réservaient ceux qui intriguaient contre lui par jalousie. Un scénario semblable nous est présenté dans le livre d’Esther.
Ce roi Darius, appelé “le Mède”, dont il est ici question, ressemble fort à l’un de ces rois Perses que l’Ancien Testament nous présente comme ouverts et favorables aux Juifs et à leur religion (voir la 2ème partie du Livre d’Isaïe, ainsi que les Livres d’ Esdras, de Néhémie, d’Esther).
Le verset 10 de ce chapitre nous précise que Daniel priait 3 fois par jour, tourné vers Jérusalem, mais sans pour autant se cacher le moins du monde.
Nous constatons ici un conflit entre un décret déclaré irrévocable selon la loi des Mèdes et des Perses (décret obtenu, en l’occurence, par ruse, du roi Darius) et la Loi du Dieu d’Israël, considérée encore plus irrévocable par ceux qui le suivent et croient en lui.
Dieu seul pouvait donc régler ce conflit, dans lequel le roi Darius se trouvait impuissant et “coincé” dans son propre système de gouvernement humain, et montrer, par ce signe, qu’on ne peut le comparer aux rois de la terre, qu’il dépasse infiniment en grandeur et en puissance, comme le roi Darius le déclare finalement dans le décret qu’il promulgue après la délivrance de Daniel de la fosse aux lions.
4. Prolongement
La fidélité de Daniel annonce celle de Jésus et celle de tous les disciples de Jésus :
1 Voilà donc pourquoi nous aussi, enveloppés que nous sommes d’une si grande nuée de témoins, nous devons rejeter tout fardeau et le péché qui nous assiège, et courir avec constance l’épreuve qui nous est proposée,
2 fixant nos yeux sur le chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus, qui au lieu de la joie qui lui était proposée, endura une croix, dont il méprisa l’infamie, et qui est assis désormais à la droite du trône de Dieu.
3 Songez à celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle contradiction, afin de ne pas défaillir par lassitude de vos âmes.
4 Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans la lutte contre le péché.
32 Voici venir l’heure - et elle est venue - où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi.
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde. ”
19 Car c’est une grâce que de supporter, par égard pour Dieu, des peines que l’on souffre injustement.
20 Quelle gloire, en effet, à supporter les coups si vous avez commis une faute ? Mais si, faisant le bien, vous supportez la souffrance, c’est une grâce auprès de Dieu.
21 Or, c’est à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces,
22 lui qui n’a pas commis de faute - et il ne s’est pas trouvé de fourberie dans sa bouche ;
23 lui qui insulté ne rendait pas l’insulte, souffrant ne menaçait pas, mais s’en remettait à Celui qui juge avec justice ;
24 lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps, afin que, morts à nos fautes, nous vivions pour la justice ; lui dont la meurtrissure vous a guéris.
16 La première fois que j’ai eu à présenter ma défense, personne ne m’a soutenu. Tous m’ont abandonné ! Qu’il ne leur en soit pas tenu rigueur !
17 Le Seigneur, lui, m’a assisté et m’a rempli de force afin que, par moi, le message fût proclamé et qu’il parvînt aux oreilles de tous les païens. Et j’ai été délivré de la gueule du lion.
18 Le Seigneur me délivrera de toute entreprise perverse et me sauvera en me prenant dans son Royaume céleste. A lui la gloire dans tous les siècles ! Amen !
Prière
*Seigneur Jésus, toi qui as pris tous les risques, y compris celui d’être rejeté entièrement par ton peuple et d’être livré aux païens pour une mort infâme, tu demeures à jamais le modèle et le type le plus parfait de l’innocent sacrifié par l’égoïsme et la jalousie des hommes, comme Pilate l’avait bien compris, même s’il n’a pas eu le courage de la vérité en t’acquittant et en te faisant échapper à la croix, mais maintenant que tu es ressuscité des morts et vivant à jamais en ton humanité transfigurée, tu nous accordes la capacité de résister à nos adversaires et persécuteurs dans la force de ton Esprit Saint : rends-moi conscient de cette force que tu me donnes ainsi de vivre, comme toi, en vérité, en me remettant totalement à Dieu avec confiance dans toutes les circonstances de mon existence. AMEN.
27.11.2003.*
Évangile : Luc 21, 20-28
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
20 ” Mais lorsque vous verrez Jérusalem investie par des armées, alors comprenez que sa dévastation est toute proche.
21 Alors, que ceux qui seront en Judée s’enfuient dans les montagnes, que ceux qui seront à l’intérieur de la ville s’en éloignent, et que ceux qui seront dans les campagnes n’y entrent pas ;
22 car ce seront des jours de vengeance, où devra s’accomplir tout ce qui a été écrit.
23 Malheur à celles qui seront enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours-là ! ” Car il y aura grande détresse sur la terre et colère contre ce peuple.
24 Ils tomberont sous le tranchant du glaive et ils seront emmenés captifs dans toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par des païens jusqu’à ce que soient accomplis les temps des païens.
25 ” Et il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur la terre, les nations seront dans l’angoisse, inquiètes du fracas de la mer et des flots ;
26 des hommes défailliront de frayeur, dans l’attente de ce qui menace le monde habité, car les puissances des cieux seront ébranlées.
27 Et alors on verra le Fils de l’homme venant dans une nuée avec puissance et grande gloire.
28 Quand cela commencera d’arriver, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance est proche. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus continue son dernier discours au Temple de Jérusalem sur l’achèvement de l’histoire dans l’accomplissement final de sa mission.
Après avoir annoncé prophétiquement la fin du Temple de Jérusalem (21, 5 - 7), exhorté ses auditeurs à ne pas se laisser égarer par de faux messies qui se couvriraient de son Nom (21, 8 - 9), fait déjà allusion à des bouleversements d’ordre cosmique pour évoquer le sens de son retour à la fin des temps (21, 10 - 11), et préparé ses disciples à la perspective des persécutions qu’ils auront à subir, tout en les assurant, en ce cas, de son soutien puissant (21, 12 - 19), Jésus en arrive maintenant à prophétiser la ruine de Jérusalem et le renversement définitif de toutes choses lors de l’irruption de la fin ultime des temps et de son retour en gloire..
2. Message
Luc nous rapporte les propos de Jésus sur la ruine de Jérusalem, en des termes à la fois prophétiques et concrètement très précis, qui semblent tenir compte d’informations qui circulaient à son époque sur ce qui s’était passé en l’an 70 lors de la destruction de la Ville Sainte par les armées du général Romain Titus.
Ce qu’il faut retenir de ces paroles attribuées à Jésus, c’est d’abord l’affirmation de la fin de la mission de Jérusalem comme “Ville de Dieu”, “Cité de David”, “lieu de prédilection” prévu par les derniers prophètes de l’Ancien Testament pour le rassemblement de toutes les nations à la fin des temps et l’apparition du Messie. Jésus annonce ici le “jugement ” de Dieu qui fait la vérité sur le refus de Jérusalem, en dépit de tout ce qu’elle représente, d’accueillir le Messie qu’est Jésus.
A partir du verset 25, Jésus s’exprime dans le langage “apocalyptique”, caractérisé par le genre caricatural, exagéré, de ses fortes images, en faisant allusion à des bouleversements cosmiques, en écho à ce qu’il avait déjà annoncé aux versets 10 et 11 de ce même discours.
Il s’agit pour lui de suggérer l’arrivée de la fin des temps comme un bouleversement, un renversement, qui permettront le surgissement d’une nouveauté absolue et radicalement décisive, celle de l’arrivée en puissance du Règne de Dieu.
La nouveauté totale soulignée par ces images de bouleversements cosmiques coïncide avec la venue triomphale du Christ-Fils de l’homme en gloire, qui fera pénétrer le Règne de Dieu dans l’existence transfigurée de tous les croyants.
Le Fils de l’homme apparaît ici dans sa victoire définitive sur toutes les forces du mal qui seront terrassées dans ce bouleversement d’allure cosmique, qu’il s’agisse des guerres (21, 9) ou du fraces de la mer et de son agitation (21, 25), forces du mal dont il triomphe par la puissance souveraine de Dieu que symbolise la “nuée” qui l’entoure.
3. Decouvertes
Au verset 22, quand Jésus parle du “jour de vengeance où doit s’accomplir tout ce qui est écrit” , il reprend à son compte les menaces anciennes des prophètes contre la Ville Sainte, particulièrement celles que l’on trouve dans les Livres de Jérémie et d’Isaïe. Ce terme de “vengeance” signifie, d’une part, que la fidélité de Dieu doit l’emporter sur l’infidélité de son peuple, et, d’autre part, que les croyants qui suivent Jésus, l’envoyé de Dieu, l’emporteront sur les paîens et les incroyants.
Alors que les bouleversements cosmiques annoncés feront défaillir de frayeur les hommes qui seront submergés par une crainte et une peur terribles (21, 26), les disciples sont invités à traverser ces renversements prédits, en ayant l’attitude responsable d’hommes debout dans la confiance et l’espérance (voir également Luc, 9, 26; 12, 9; Actes des Apôtres, 7, 56).
Les “puissances des cieux” évoquées au verset 26 désignent, dans le langage des Juifs contemporains de Jésus, les astres et les forces célestes, ce langage étant utilisé de façon à faire pressentir l’aspect réel, existentiel et absolument décisif, de l’intervention finale de Dieu dans l’histoire de l’humanité.
4. Prolongement
Certains textes, très beaux, nous invitent à contempler le Christ de la fin des temps, même s’ils sont écrits dans un langage fortement suggestif, qu’il nous faut à la fois apprécier, méditer et dépasser. Voici, par exemple, 2 passages du début de l’ Apocalypse du Nouveau Testament :
4 Jean, aux sept Églises d’Asie. Grâce et paix vous soient données par ” Il est, Il était et Il vient ”, par les sept Esprits présents devant son trône,
5 et par Jésus Christ, le témoin fidèle, le Premier-né d’entre les morts, le Prince des rois de la terre. Il nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang,
6 il a fait de nous une Royauté de Prêtres, pour son Dieu et Père; à lui donc la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen.
7 Voici, il vient avec les nuées; chacun le verra, même ceux qui l’ont transpercé, et sur lui se lamenteront toutes les races de la terre. Oui, Amen ! …
12 Je me retournai pour regarder la voix qui me parlait; et m’étant retourné, je vis sept candélabres d’or,
13 et, au milieu des candélabres, comme un Fils d’homme revêtu d’une longue robe serrée à la taille par une ceinture en or.
14 Sa tête, avec ses cheveux blancs, est comme de la laine blanche, comme de la neige, ses yeux comme une flamme ardente,
15 ses pieds pareils à de l’ airain précieux que l’ on aurait purifié au creuset, sa voix comme la voix des grandes eaux.
16 Dans sa main droite il a sept étoiles, et de sa bouche sort une épée acérée, à double tranchant; et son visage, c’est comme le soleil qui brille dans tout son éclat.
17 A sa vue, je tombai à ses pieds, comme mort; mais il posa sur moi sa main droite en disant: ” Ne crains pas, je suis le Premier et le Dernier,
18 le Vivant; je fus mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles, détenant la clef de la Mort et de l’Hadès.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous appelles à contempler ta Gloire de Fils unique du Père, Parole de Dieu, Fils de l’homme révélant et accomplissant la fin ultime de toute réalité, mais, depuis ta résurrection d’entre ls morts et le don que tu nous as fait de ton Esprit Saint, nous avons reçu participation de cette gloire qui est la tienne, qu’il nous appartient de laisser briller comme ta Lumière qui travere nos paroles et nos gestes dans le monde de ce temps : fais que, rendu par toi davantage docile à ton Esprit Saint, je grandisse sans cesse dans cette dimension de “fils de lumière”, en t’imitant dans ma manière de “faire la vérité”, et en aimant mes frères et soeurs comme tu nous as aimés, de cet amour reçu du Père, que tu nous transmets. AMEN.
27.11.2003.*