📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Apocalypse 14, 1-5
DE L’APOCALYPSE
Texte
1 Je regardai, et voici, l’agneau se tenait sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre mille personnes, qui avaient son nom et le nom de son Père écrits sur leurs fronts.
2 Et j’entendis du ciel une voix, comme un bruit de grosses eaux, comme le bruit d’un grand tonnerre; et la voix que j’entendis était comme celle de joueurs de harpes jouant de leurs harpes.
3 Et ils chantaient un cantique nouveau devant le trône, et devant les quatre êtres vivants et les vieillards. Et personne ne pouvait apprendre le cantique, si ce n’est les cent quarante-quatre mille, qui avaient été rachetés de la terre.
4 Ce sont ceux qui ne se sont pas souillés avec des femmes, car ils sont vierges; ils suivent l’agneau partout où il va. Ils ont été rachetés d’entre les hommes, comme des prémices pour Dieu et pour l’agneau;
5 et dans leur bouche il ne s’est point trouvé de mensonge, car ils sont irrépréhensibles.
Commentaire
1. Situation
Ce livre de l’Apocalypse ou de Révélation, est un grand message d’encouragement aux communautés fortement persécutées àa fin du 1er siècle, écrit par un visionnaire qui transmet son message sous la forme de comptes-rendus de ses visions.
Il s’exprime dans le langage dit “apocalyptique”, langage d’écriture très pratiqué à cette époque, utilisant de fortes images caricaturales pour nous suggérer la victoire de Dieu et de son peuple sauvé par la mort-résurrection de Jésus Christ, et nous obliger, de ce fait, à un dépassement et une rupture dans les représentations courantes de notre imagination.
Ce Livre constitue donc un message sur la fin des temps inaugurée par le Christ ressuscité, à laquelle nous avons déjà part dans notre histoire, et qui s’ouvre sur l’accomplissement final victorieux de tout le plan de Dieu. Ce qui veut dire que les visions rapportées concernent autant notre vie de chrétiens dans l’Eglise de ce temps que l’entrée définitive de toute l’humanité dans le Royaume de Dieu.
Plusieurs structurations de ce livre nous sont possibles et ont été formulées par divers auteurs. Retenons pour le moment celle ci : après une grande vision, inaugurale, du ciel où Dieu trône en présence du Christ décrit comme un “agneau debout comme immolé” (4, - 5, 14), cette vision va se décomposer en 6 séries de 7 visions chacune, à partir des 7 sceaux du livre que tient entre ses mains le Christ-Agneau de Dieu :
- les 7 visions des 7 sceaux (6, 1 - 8, 6),
- les 7 visions des 7 trompettes (8, 7 - 11, 18),
- les 7 visions des 7 signes (12, 1 -14, 2),
- les 7 visions des 7 coupes de la colère de Dieu (15, 1 - 16, 21),
- les 7 visions de la chute de Babylone (17, 1 - 19, 5),
- les 7 visions de la consommation finale (19, 6 - 22, 5).
A noter que toutes ces séries de visions s’incrustent dans la série précédente et s’ouvrent à la série suivante.
Si l’on tient compte qu’après l’introduction du Livre (1, 1 - 8), la mission confiée par le Seigneur au visionnaire se fait également par l’intermédaire d’une vision préalable, dans laquelle l’auteur, qui y contemple le Christ en majesté, y reçoit la teneur de 7 lettres d’accompagnement qu’il doit communiquer aux 7 Eglises d’Asie Mineure, avec le message central qui leur rapporte toutes ses visions (1, 9 - 3, 22), nous constatons que ce Livre est composé de 7 septénaires de visions, avec, ici et là, quelques interludes non mentionnés ci-dessus.
2. Message
Autour de l’Agneau, toujours présenté comme debout et symbolisant le Christ ressuscité en gloire, mais cette fois sur le Mont Sion de Jérusalem, se trouvent rassemblés tous ceux qui, ensemble, forment le Nouveau Temple de Dieu.
Leur nombre est le carré de 12000 : 12000 des12 tribus d’Israël, chiffre qui exprime la complétude et l’achèvement. Il s’agit, cette fois, de l’Israël Nouveau des fidèles élus du Christ, qui sont marqués au front du Nom de l’Agneau, ainsi que du Nom de Dieu le Père de l’Agneau.
Ce peuple de Dieu est un peuple de rachetés, prémices de toute l’humanité, et du fait de leur rédemption, ils sont rayonnants de vérité et de pureté. C’est également un peuple de louange, dont la voix commune, sous des sons extérieurs de coups de tonnerre et du bruit de cataractes d’eaux profondes, est toute de mélodie harmonieuse produite comme par des joueurs de harpe. Mélodie secrète de ceux qui ont été admis dans le cercle intime de Dieu où il leur communique son propre secret.
3. Decouvertes
Ce peuple rassemblé représente aussi l’armée du ciel avec laquelle l’Agneau va combattre la Bête.
Pour le chant nouveau, voir également Apocalypse, 5, 9.
Il ne s’agit pas unquement ici de célibataires masculins : il y a probablement ici un rappel de l’image de la guerre sainte de 1 Samuel, 21, 5 - 6, pour l’exercice de laquelle les combattants doivent être “rituellement” purs, comme signe de la rectitude morale requise de tous les disciples de Jésus, appelés à suivre son chemin jusqu’à son terme.
Ils sont les premiers fruits d’une moisson qui est appelée à “collecter” toutes les nations, que leur témoignage va convertir à Dieu.
Au verset 5 se trouve une allusion à Isaïe, 53, 9 et à Sophonie, 3, 13 : le vrai peuple du Messie qu’est Jésus doit témoigner de la Vérité de Dieu, qui est à l’opposé des démarches trompeuses des forces du mal.
4. Prolongement
Nos communautés doivent se laisser interpeller par ce passage : nous avons sans cesse à redécouvrir notre mission à la fois d’évangéliser tous les humains qui nous entourent, ou auxquels nous sommes spécifiquement envoyés, et de rayonner notre témoignage d’union au Christ ressuscité, et de notre intimité avec lui dans l’Esprit Saint, qui insère en nous la charité que nous manifestons dans le service gratuit de nos frères et soeurs.
Prière
*Seigneur Jésus, dès maintenant nous t’appartenons, car tu nous as saisis dans ton Esprit Saint qui nous fait reproduire ton image et nons constitue ensemble comme membres de ton Corps : donne-moi de vivre profondément cette appartenance, et de montrer ouvertement que j’essaye de ne faire qu’un avec toi et tous mes frères et soeurs. AMEN.
22.11.04.*
Évangile : Luc 21, 1-4
DE L’EVANGILE de LUC
Texte
1 Levant les yeux, il vit les riches qui mettaient leurs offrandes dans le Trésor.
2 Il vit aussi une veuve indigente qui y mettait deux piécettes,
3 et il dit : ” Vraiment, je vous le dis, cette veuve qui est pauvre a mis plus qu’eux tous.
4 Car tous ceux-là ont mis de leur superflu dans les offrandes, mais elle, de son dénuement, a mis tout ce qu’elle avait pour vivre. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses disciples le chemin de Jérusalem, où il vient maintenant d’entrer dans une procession triomphale, ce qui ne l’empêche pas de pleurer sur cette Ville Sainte qui ne va pas, finalement, l’accueillir. Et voici qu’il prend, en quelque sorte, possession du Temple, et s’y installe pour y lancer son message.
2. Message
Jésus, installé dans le Temple depuis son entrée à Jérusalem, continue d’y enseigner la Bonne Nouvelle du salut.
Ce qui ne l’empêche pas d’être présent à tout ce qui se passe dans le Lieu Saint, et d’interpréter, en fonction de cette Bonne Nouvelle, les gestes dont il est le témoin.
C’est ainsi qu’il souligne le contraste entre la largesse des riches, qui donnent de leur superflu, avec la générosité d’une pauvre veuve, qui, elle, donne son nécessaire, tout ce qu’elle a pour vivre.
Jésus loue l’attitude intérieure de cette pauvre femme, ouverte au don total d’elle-même, attitude que prône le message de Jésus, et qui s’achève dans la béatitude des pauvres.
3. Decouvertes
Au cours de son enseignement dans le Temple, Jésus a été plusieurs fois interrompu par ses advcersaires, qui l’ont interrogé sur la source de son autorité (20, 1 - 8), puis sur l’impôt à payer à l’empereur (20, 20 - 26), ainsi que sur la résurrection (20, 27 - 40), sans parvenir à le prendre en défaut.
Jésus, de son côté, leur a lancé la parabole des vignerons homicides (20, 9 - 19), les a interrogés sur l’identité du Messie (20, 41 - 44), avant de mettre en garde ses disciples et la foule face à l’attitude des scribes (20, 45 - 47).
Suite à cet épisode sur l’obole de la veuve, Jésus, à partir d’une remarque qu’il entend sur la beauté du Temple, commence son dernier discours, ses dernières paroles avant d’ entrer dans l’événement de la passion (21, 5 - 38).
C’est à partir du mot “veuve” que notre passage est relié à celui qui le précède. Jésus vient, en effet, de dire que les scribes dévorent les biens des veuves (20, 47), alors que le culte véritable dû à Dieu implique que l’on pratique la justice, et que l’on aide ceux et celles qui, comme cette veuve, sont dans le besoin.
Les offrandes déposées dans le tronc servant à l’entretien duTemple, on peut également penser que Jésus conteste ici le contexte et l’enseignement religieux qui poussent une pauvre femme très généreuse à donner le peu qu’elle a pour une institution appelée à disparaître (le Temple), comme Jésus va le dire dès le paragraphe suivant de l’Evangile, au début de son dernier discours (21, 8 - 38).
Notons que la générosité de cette femme annonce celle de Jésus, le serviteur de Dieu, que rien n’arrête dans le don de lui-même.
4. Prolongement
Dès la résurrection de Jésus, l’idéal de la communauté chrétienne, qui nous est présenté, est celui d’une communauté de partage, dans laquelle on met ses biens en commun, et qui est fondée sur l’égalité de tous (Colossiens, 3,11) dans le Christ, dont nous sommes, toutes et tous, appelés à reproduire l’image (Romains, 8, 29).
Nos communautés ecclésiales doivent, en effet, être signes du Royaume de Dieu, inauguré par Jésus ressuscité (Actes, 4, 32 - 36; Galates, 2, 9 - 10 et 1 Corinthiens, 16, 1).
Prière
*Seigneur Jésus, tu as vécu en pauvre, ouvert aux biens de ce monde, sans pour autant les posséder, tu nous as donné l’exemple de la générosité totale dans le don de toi-même jusqu’à ta mort sur une croix, terme de ton existence risquée dans l’obéissance au Père, pour le service de tes frères et soeurs en humanité, et tu t’es ainsi réellement fait pauvre, à la façon de Dieu, pour nous enrichir de ta pauvreté : mets-en moi l’authentique pauvreté d’un coeur aui partage tout ce qu’il est et tout ce qu’il a, et qui traduit cette attitude intérieure dans toutes les circonstances et situations personnelles, sociales et communautaires, que je rencontre dans mon parcours de disciple, quand j’essaye de marcher à ta suite. AMEN.
25.11.2002.*