📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Daniel 7, 2-27

DU LIVRE DE DANIEL

Texte

2 Daniel dit : J’ai contemplé des visions dans la nuit. Voici les quatre vents du ciel soulevaient la grande mer;
3 quatre bêtes énormes sortirent de la mer, toutes différentes entre elles.
4 La première était pareille à un lion avec des ailes d’aigle. Tandis que je la regardais, ses ailes lui furent arrachées, elle fut soulevée de terre et dressée sur ses pattes comme un homme, et un coeur d’homme lui fut donné.
5 Voici : une deuxième bête, tout autre, semblable à un ours, dressée d’un côté, trois côtes dans la gueule, entre les dents. Il lui fut dit : “Lève-toi, dévore quantité de chair.”
6 Ensuite, je regardai et voici : une autre bête pareille à un léopard, portant sur les flancs quatre ailes d’oiseau; elle avait quatre têtes, et la domination lui fut donnée.
7 Ensuite je contemplai une vision dans les visions de la nuit. Voici : une quatrième bête, terrible, effrayante et forte extrêmement; elle avait des dents de fer énormes : elle mangeait, broyait, et foulait aux pieds ce qui restait. Elle était différente des premières bêtes et portait dix cornes.
8 Tandis que je considérais ses cornes, voici : parmi elles poussa une autre corne, petite; trois des premières cornes furent arrachées de devant elle, et voici qu’à cette corne, il y avait des yeux comme des yeux d’homme, et une bouche qui disait de grandes choses!
9 Tandis que je contemplais Des trônes furent placés et un Ancien s’assit. Son vêtement, blanc comme la neige; les cheveux de sa tête, purs comme la laine. Son trône était flammes de feu, aux roues de feu ardent.
10 Un fleuve de feu coulait, issu de devant lui. Mille milliers le servaient, myriade de myriades, debout devant lui. Le tribunal était assis, les livres étaient ouverts.
11 Je regardais; alors, à cause du bruit des grandes choses que disait la corne, tandis que je regardais, la bête fut tuée, son corps détruit et livré à la flamme de feu.
12 Aux autres bêtes la domination fut ôtée, mais elles reçurent un délai de vie, pour un temps et une époque.
13 Je contemplais, dans les visions de la nuit Voici, venant sur les nuées du ciel, comme un Fils d’homme. Il s’avança jusqu’à l’Ancien et fut conduit en sa présence.
14 A lui fut conféré empire, honneur et royaume, et tous peuples, nations et langues le servirent. Son empire est un empire éternel qui ne passera point, et son royaume ne sera point détruit.
15 Moi, Daniel, mon esprit en fut écrasé et les visions de ma tête me troublèrent.
16 Je m’approchai de l’un de ceux qui se tenaient là et lui demandai de me dire la vérité concernant tout cela. Il me répondit et me fit connaître l’interprétation de ces choses
17 “Ces bêtes énormes au nombre de quatre sont quatre rois qui se lèveront de la terre.
18 Ceux qui recevront le royaume sont les saints du Très-Haut, et ils posséderont le royaume pour l’éternité, et d’éternité en éternité.”
19 Puis je demandai à connaître la vérité concernant la quatrième bête, qui était différente de toutes les autres, terrible extrêmement, aux dents de fer et aux griffes de bronze, qui mangeait et broyait, et foulait aux pieds ce qui restait;
20 et concernant les dix cornes qui étaient sur sa tête et l’autre corne poussa et les trois premières tombèrent, et cette corne avait des yeux et une bouche qui disait de grandes choses, et elle avait plus grand air que les autres cornes.
21 Je contemplais cette corne qui faisait la guerre aux saints et l’emportait sur eux,
22 jusqu’à la venue de l’Ancien qui rendit jugement en faveur des saints du Très-Haut, et le temps vint et les saints possédèrent le royaume.
23 Il dit “La quatrième bête sera un quatrième royaume sur la terre, différent de tous les royaumes. Elle mangera toute la terre, la foulera aux pieds et l’écrasera.
24 Et les dix cornes : de ce royaume, dix rois se lèveront et un autre se lèvera après eux; il sera différent des premiers et abattra les trois rois;
25 il proférera des paroles contre le Très-Haut et mettra à l’épreuve les saints du Très-Haut. Il méditera de changer les temps et le droit, et les saints seront livrés entre ses mains pour un temps et des temps et un demi-temps.
26 Mais le tribunal siégera et la domination lui sera ôtée, détruite et réduite à néant jusqu’à la fin.
27 Et le royaume et l’empire et les grandeurs des royaumes sous tous les cieux seront donnés au peuple des saints du Très-Haut. Son empire est un empire éternel et tous les empires le serviront et lui obéiront

Commentaire

1. Situation

Le Livre de Daniel ne porte pas le nom de son auteur, mais du principal personnage qui en est le sujet.

On ne sait pas qui est ce “Daniel” : ni l’un des fils de David (1 Chroniques, 3, 1), ni l’un des captifs de retour de Babylone après l’exil (Esdras, 8, 2 et Néhémie, 10, 7), ni l’illustre contemporain de Noé ou de Job, dont parle Ezéchiel en le nommant “Danel” (Ezéchiel, 14, 14 et 20), ainsi que le livre de la Sagesse (Sagesse, 28, 3). Tout au plus, peut-on dire, ce nom de “Daniel” signifie “mon juge, c’est Dieu” ou “Dieu a jugé”.

Ce Livre de Daniel se divise en 2 parties sensiblement égales :

  • 6 histoires édifiantes concernant Daniel et ses 3 compagnons à la cour royale de Babylone (Daniel, 1 - 6),
  • 4 visions de 4 royaumes, dans lesquels se trouvent les Juifs depuis la conquête de Juda par Babylone, jusqu’à l’établissement pour eux du Royaume même du Dieu d’Israêl.

Ce qui veut dire qu’on ne peut comprendre ce Livre de Daniel sans un regard sur les grands empires qui se sont succédé au Moyen Orient : l’empire Babylonien (605 - 539), l’empire Perse (550 - 331), l’Empire Grec d’Alexandre le Grand et ses successeurs, dont, parmi enx, les dynasties des Ptolémées en Egypte et des Séleucides en Syrie (336 - 164).

Le dernier de ces rois Séleucides, Antiochus Epiphane (175 - 164), prit la décision politique d’hélléniser les Juifs de Palestine, et de les forcer ainsi à abandonner Ia religion de leurs pères pour se rallier aux cultes païens du reste de son royaume. Ce qui entraîna la révolte réussie des frères Maccabées (voir 1 et 2 Maccabées), et ce qui constitue également le thème de base du Livre de Daniel.

Le livre de Daniel nous offre ainsi une réflexion sur cette relation conflictuelle entre la religion d’Israël et le paganisme, en essayant de se situer du point de vue de Dieu. En nous montrant que Dieu a prévu et toléré ces événements, le Livre de Daniel nous révèle la supériorité de la Sagesse d’Israël, ainsi que la maîtrise de Dieu sur tous les événements de l’histoire des hommes (Daniel, 2, 21 ).

Dans la 1ère partie de son Livre (Daniel, 1 - 6), l’auteur de Daniel nous raconte des “histoires” ou “récits” dans le but de nous livrer un enseignement moral. Ces récits peuvent être de pures inventions de l’auteur ou des développements très libres à partir d’événements réels.

Dans la 2nde partie de son Livre (Daniel, 7 - 12), l’auteur s’exprime selon le genre “apocalyptique”, fait de révélations mystérieuses, de visions fantastiques, de rencontres d’anges ou messagers célestes, le tout pour nous annoncer l’établissement d’un Règne défintif de Dieu à la fin des temps.

Dans de tels récits, des événements réels du passé, et antérieurs à l’auteur, sont présentés comme des prophéties de l’avenir. Cette seconde partie, dans son ensemble, nous offre une vision divine de l’histoire des hommes, située dans le plan de Dieu.

L’auteur a dû écrire son livre peu de temps avant la mort du roi persécuteur Antiochus Epiphane, soit vers 165. On ne sait si cet auteur est unique, on pense volontiers qu’il ne l’est pas, mais le Livre est suffisamment unifié pour indiquer au moins une même école de pensée, au cas où il serait l’oeuvre de plusieurs.


Ce passage appartient à la 2ème partie du Livre de Daniel, celle qui est uniquement remplie de 4 grandes visions, de style apocalyptique, évoquant la fin des temps ou l’arrivée du Messie, ou se présentant comme des révélations directes, accordées au voyant, des desseins futurs de Dieu à l’ égard de son peuple Israël.

Nous en sommes ici à la 1ère de ces grandes visions, d’abord décrite (7, 2 - 14) puis expliquée dans l’interprétation qui en est ensuite donnée au visionnaire par un envoyé de Dieu.(7, 15 - 27)

En plus des 4 “Bêtes” qui montent de l’abîme, dont parle longuement notre page, le personnage du “Vieillard” Juge suprême y est présenté longuement, dans une description fortement imagée, selon les données du langage apocalyptique.

En outre, le “peuple des Saints du Très-Haut” est représenté, dans la vision de quelqu’un “comme un Fils d’homme”, venant sur les nuées du ciel, et auquel le “Vieillard” (qui représente Dieu) donne domination, gloire et une royauté éternelle, qui s’étendra sur tous les peuples.

Pour nous, il est important de nous rappeler que cette vision d’un “Fils d’homme” a servi de référence à l’image de lui-même que Jésus s’est donnée en se désignant souvent, mais toujours à la 3ème personne, comme s’il parlait d’un autre, comme le “Fils de l’homme” d’aujourd’hui, mais aussi de demain, dans la mesure où sa mission s’étend jusqu’à l’ultime fin des temps.

2. Message

Le contenu de cette vision est une projection sur l’avenir reportée plusieurs siècles auparavant: d’où l’énumération des rois ou des grands empires qui se sont succèdé : les Chaldéens, les Mèdes, les Perses, les Grecs avec Alexandre le Grand et ses successeurs.

Comme nous le voyons, la succession des empires, ou royaumes, déjà évoquée dans les visions des premiers chapitres de ce Livre de Daniel, est ici reprise, mais sans mention de leur détérioration progressive, bien au contraire, le quatrième royaume évoqué étant en fait décrit comme le plus puissant et plus inhumain de tous. La cruauté de ces régimes de domination conduit à leur jugement par Dieu, qui conduit à la destruction de la plus cruelle et dangereuse de ces Bêtes et à la mise hors d’état de nuire des trois autres.

L’explication de cette vision, qui forme la seconde partie de cette longue page, se centre très fortement sur la quatrième Bête, la plus redoutable, et à laquelle rien ne semblait pouvoir résister, ainsi que sur les 10 “cornes” de cette 4ème “Bête”, et plus particulièrement sur la dernière apparue parmi ces cornes, et dont il est précisé qu’elle “avait poussé en faisant tomber les trois autres”.

Elle représente le roi Antiochus Epiphane, le persécuteur des Juifs du 2ème siècle, à l’époque de la révolte des frères Maccabées.

Le roi persécuteur, nous dit le texte de Daniel, sera finalement jugé et anéanti, et c’est le “peuple des Saints du Très-Haut” qui recevra la royauté universelle confiée à la figure symbolique du “Fils d’homme” de la vision.

Message qui ne peut qu’inspirer confiance aux Juifs persécutés pour lesquels est écrit au 2ème siècle ce Livre de Daniel.

Pour nous, Chrétiens, le Christ est effectivement le “Fils de l’homme”, chef et tête d’un peuple nouveau, qui est appelé son “Corps” par Saint Paul, et qui, selon le plan de Dieu, est rassemblement de toute I’humnanité dans le Royaume de Dieu.

3. Decouvertes

A vrai dire, cette 2nde partie du Livre de Daniel nous offre 4 “apocalypses”, toutes écrites entre 168 et 164, mais pas nécessairement au même moment, ni par le même auteur.

Seulement les 2 premières nous rapportent des visions strictement apocalyptiques, expliquées ensuite au voyant. Les 2 dernières sont des révélations faites à l’écrivain.

Toutes nous présentent des événements anciens, comme s’ils allaient arriver bientôt, dans le but d’inviter les croyants au Dieu vivant à ne jamais désespérer, même aux pires moments.

A la différence des 4 “Bêtes” qui montent de l’abîme souterrain, le “Fils d’homme” du verset 13 vient du ciel, d’en Haut, du monde de Dieu. Les 4 “Bêtes” sont les symboles des empires païens, le “Fils d’homme” est le symbole du “peuple des Saints du Très-Haut” (verset 18).

Cependant, cette image, d’abord “symbolique” du “Fils d’homme”, dans les relectures qui en ont été faites, est devenue une image “réelle”, l’image d’un “roi”, identifié ensuite comme le “Messie” (selon le Livre d’Enoch, livre non officiellement Biblique écrit autour de 150 avant JC).

4. Prolongement

L’auteur de l’Apocalypse du Nouveau Testament a utilisé ces images de Bêtes, tout en les associant à d’autres images venant des deux parties de ce Livre de Daniel, pour caricaturer la puissance et la méchanceté des forces du mal qui persécutent les disciples de Jésus, et sont finalement anéanties dans la victoire totale de l’Agneau debout comme immolé, qui symbolise le Christ Ressuscité (voir Apocalypse, 13; 17, 7 - 28; 19, 19 - 20). Il a également repris la description de la préparation des trônes en vue du jugement, ainsi que celle du Juge suprême (20, 4. 11 - 12).

Les grandes images sur l’Eglise insérée dans le Christ Total, que nous proposent des textes du Nouveau Testament, nous permettent de prolonger ce passage du Livre de Daniel :

12 De même, en effet, que le corps est un, tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ.

13 Aussi bien est-ce en un seul Esprit que nous tous avons été baptisés en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et tous nous avons été abreuvés d’un seul Esprit.

14 Aussi bien le corps n’est-il pas un seul membre, mais plusieurs. …

27 Or vous êtes, vous, le corps du Christ, et membres chacun pour sa part.

15 Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature,

16 car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances; tout a été créé par lui et pour lui.

17 Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui.

18 Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église: Il est le Principe, Premier- né d’entre les morts, il fallait qu’il obtînt en tout la primauté,

19 car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude

20 et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.

20 Car la construction que vous êtes a pour fondation les apôtres et prophètes, et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même.

21 En lui toute construction s’ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur ;

22 en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l’Esprit.

9 Mais vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, pour proclamer les louanges de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière,

10 vous qui jadis n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu, qui n’obteniez pas miséricorde et qui maintenant avez obtenu miséricorde.

Prière

*Seigneur Jésus, tu as terminé ton discours prononcé lors de ton dernier repas, en invitant tes disciples, qui allaient te laisser seuls avec le Père pendant ta Passion, à bannir toute crainte, car tu avais vaincu le monde, et ton disciple Bien-Aimé, en sa première Lettre, nous proclame que, nous aussi, nous sommes avec toi vainqueurs du monde par notre foi-confiance en toi, qui nous as sauvés gratuitement : donne-moi d’accueillir ta victoire au coeur de ma vie, et associe-moi à toi, avec la force de ton Esprit Saint, dans le témoignage que tu as rendu devant les hommes, et que tu me charges d’actualiser aujourd’hui face à tous ceux que je rencontre. AMEN.

28.11.2003.*

Évangile : Luc 21, 28-36

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

28 Quand cela commencera d’arriver, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance est proche. “
29 Et il leur dit une parabole : ” Voyez le figuier et les autres arbres.
30 Dès qu’ils bourgeonnent, vous comprenez de vous-mêmes, en les regardant, que désormais l’été est proche.
31 Ainsi vous, lorsque vous verrez cela arriver, comprenez que le Royaume de Dieu est proche.
32 En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout ne soit arrivé.
33 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.
34 ” Tenez-vous sur vos gardes, de peur que vos cœurs ne s’appesantissent dans la débauche, l’ivrognerie, les soucis de la vie, et que ce Jour-là ne fonde soudain sur vous
35 comme un filet ; car il s’abattra sur tous ceux qui habitent la surface de toute la terre.
36 Veillez donc et priez en tout temps, afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus continue son dernier discours au Temple de Jérusalem sur l’achèvement de l’histoire dans l’accomplissement final de sa mission.

Après avoir annoncé prophétiquement la fin du Temple de Jérusalem (21, 5 - 7), exhorté ses auditeurs à ne pas se laisser égarer par de faux messies qui se couvriraient de son Nom (21, 8 - 9), fait déjà allusion à des bouleversements d’ordre cosmique pour évoquer le sens de son retour à la fin des temps (21, 10 - 11), et préparé ses disciples à la perspective des persécutions qu’ils auront à subir, tout en les assurant, en ce cas, de son soutien puissant (21, 12 - 19), Jésus en arrive maintenant à prophétiser la ruine de Jérusalem et le renversement définitif de toutes choses lors de l’irruption de la fin ultime des temps et de son retour en gloire.

Il appartient donc aux disciples de discerner les signes de ce retour, qui va s’inaugurer dans la mort-résurrectionde Jésus, et demeurer toujours sur leurs gardes, dans une attitude de veille permanente vers la réalité qu’ils doivent attendre en se tenant prêts, debout, pour accueillir le retour du fils de l’homme, dont Jésus, selon Luc, va préciser qu’il ne saurait tarder.

2. Message

Nous arrivons au terme du dernier discours de Jésus, sur la fin des temps. Au verset 28, qui précède notre page liturgique, mais qui devrait en faire partie, Jésus a commencé de conclure sa triple annonce des difficultés et des persécutions qu’auront à affronter ses disciples, de la ruine de Jérusalem, qui n’a pas rempli sa mission prophétque, et du retour en gloire du Fils de l’homme qu’il est, par une invitation à tenir compte de toutes ses paroles en les accueillant comme un message d’encouragement et d’espérance.

Jésus nous appelle ainsi au discernement des signes et événements dont il nous a parlé, tout en relevant la tête dans la confiance. La parabole du figuier et des autres arbres, dont les bourgeons signifient immanquablement l’approche de l’été, ne fait que renforcer l’autorité qu’il manifeste en ses paroles, dont il nous précise qu’elles ne passeront pas.

Puis son discours se termine par une exhortation à la vigilance, de façon à ne pas manquer le retour du Fils de l’homme, qu’il faut accueillir en étant debout, dans une vigilance constamment renouvelée. (21, 34 - 36).

3. Decouvertes

Selon Luc, Jésus inclut l’apparition définitive du Fils de l’homme dans le temps de cette génération. Ce que les premières communautés chrétiennes, et Paul lui-même, commenceront par interpréter à la lettre (1 Thessaloniciens, 4, 16 - 17), avant de prendre du recul face à cette datation (2 Pierre, 3, 8 - 10).

Dans cet Evangile de Luc, ce discours est à lire en le situant sur la toile de fond de toute la mission et de tout le message de Jésus : le Royaume est déjà inauguré, et c’est en vivant dans l’histoire cette dimension “d’au-delà” du Royaume, que Jésus va réaliser dans son passage de mort-résurrection, et nous transmettre dans le don de l’Esprit Saint, qu’il nous faut “attendre” le retour du Seigneur.

Par contraste avec la peur et la crainte de toute l’humanité devant le mystère et la question de la fin des temps et de l’histoire, les disciples doivent se tenir debout, la tête haute, totalement tournés vers le Fils de l’homme victorieux qui a anéanti toutes les forces du mal (21, 25 - 33).

Autre contraste, celui du scandale et de la folie de la croix (1 Corinthiens, 1, 22 - 25) : Jésus, qui va subir une mort violente à Jérusalem, profère des paroles qui ont valeur d’éternité.

4. Prolongement

Déjà, dans le premier texte écrit du Nouveau Testament, la 1ère Lettre envoyée par Paul aux Thessaloniciens (vers 50 - 51), soit au moins 30 ans avant que Luc rédige son Evangile, nous trouvons repris de langage du dernier discours de Jésus :

1 Quant aux temps et moments, vous n’avez pas besoin, frères, qu’on vous en écrive.

2 Vous savez vous-mêmes parfaitement que le Jour du Seigneur arrive comme un voleur en pleine nuit.

3 Quand les hommes se diront : Paix et sécurité ! c’est alors que tout d’un coup fondra sur eux la perdition, comme les douleurs sur la femme enceinte, et ils ne pourront y échapper.

4 Mais vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres, de telle sorte que ce jour vous surprenne comme un voleur :

5 tous vous êtes des fils de la lumière, des fils du jour. Nous ne sommes pas de la nuit, des ténèbres.

Dans ses grandes Lettres aux Corinthiens et aux Romains, Paul nous indique comment nous comporter aujourd’hui, dans notre temps de l’histoire humaine, en présence du “déjà-là” du Christ ressuscité, dans l’attente du “pas-encore” de sa manifestation plénière :

10 La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude.

11 D’autant que vous savez en quel moment nous vivons. C’est l’heure désormais de vous arracher au sommeil ; le salut est maintenant plus près de nous qu’au temps où nous avons cru.

12 La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière.

13 Comme il sied en plein jour, conduisons-nous avec dignité : point de ripailles ni d’orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies.

14 Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ et ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises.

Voir aussi 1 Corinthiens, 7, 29 -31.

Prière

*Seigneur Jésus, ta rencontre aujourd’hui, en présence de ton Esprit Saint, nous demande un accueil de ta Parole et de ta force, pour revivre, en notre histoire concrète, ton témoignage évangélique, en même temps qu’une docilité à nous laisser toujours conduire par toi dans la nouveauté du Jour définitif du Royaume de Dieu, que tu as inauguré en ta mort-résurrection, donc selon une existence dynamique qui nous oblige sans cesse au refus de toute possession, de toute stagnation, pour une avancée constante “au-delà” vers Dieu notre Père, qui, par toi et en toi, nous a saisis : renouvelle en moi cette pauvreté de coeur, cette ouverture à ta Parole, ainsi qu’à ta vie, selon ce dépassement dans la foi et la charité, que tu nous offres chaque jour, afin que nous ne cherchions qu’à suivre, en toutes circonstances, ton chemin de vérité et de vie. AMEN.

29.11.2002.*


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