📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture
Commentaire
1. Situation
Les 2 Livres des Rois nous relatent l’histoire des royaumes d’Israël et de Juda depuis Salomon jusqu’à l’exil à Babylone, c’est-à-dire depuis le milieu du 10ème siècle jusqu’au milieu du 6ème siècle. Intervalle qui correspond exactement à la période durant laquelle Israël et Juda ont été vraiment, l’un et l’autre, un Etat, au sens politique du terme, et non pas seulement le “Peuple de Dieu”, qui a existé comme tel bien avant l’avènement de David qui l’avait ainsi unifié, ainsi que bien après l’exil, qui a marqué la fin de son indépendance politique. Intervalle qui est également celui d’un déclin régulier, à travers une marche historique faite de lumières et d’ombres.
Dans ces Livres des Rois, chacun des rois nous est présenté selon un schéma identique : date et âge d’avènement, longueur du règne, nom de la reine-mère (pour les rois de Juda), appréciation de son attitude face au Dieu d’Israêl. Le récit concernant chacun d’eux se conclut également de la même façon : indication de la source de renseignements utilisée concernant ce roi, mention de sa mort et de sa sépulture, nom et prise de pouvoir de son successeur.
Le thème fondamental de ces livres des Rois est que le Temple de Yahvé-Dieu à Jérusalem est le seul endroit où l’on peut légitimement adorer Dieu. Israël, le royaume du Nord, suite à la division du royaume unfié, après la mort de Salomon, a donc construit des sanctuaires schismatiques, soumis aux influences païennes.
Tous les rois d’Israêl et de Juda ne sont finalement appréciés que selon le critère du 1er commandement donné à Moïse, et concernant le culte exclusif à rendre à Yahvé, le seul et unique Dieu.
Vu l’importance de la réforme religieuse du roi Josias en 622, selon les données du Livre du Deutéronome au chapitre 12 (2 Rois, 22), on estime que toute l’histoire des rois a été ainsi relue et composée après ce règne et cette réforme de Josias.
Que ces 2 Livres des Rois aient été écrits avant ou pendant l’exil Babylonien, il n’en reste pas moins que le, ou les, auteur(s) de ces livres est, ou sont, marqué(s) par le Deutéronome ou la pensée Deutéronomiste, telle qu’elle est résumée en Deutéronome, 6,4. Leur but est de montrer à quel point l’histoire d’Israël et de Juda est à interpréter selon la relation au Dieu de l’Alliance, et comment, perçue ainsi, on la découvre conduite par Yahvé-Dieu.
Ces 2 Livres des Rois sont à aborder comme une seule oeuvre nous transmettant en 3 parties : - l’histoire du règne de Salomon (1 Rois, 1 - 11), - l’histoire synchronique des 2 royaumes du Nord (Israël) et du Sud (Juda), jusqu’à la ruine du Royaume du Nord (1 Rois, 12, 1 - 2 Rois, 17, 41), - la fin de l’histoire du royaume de Juda jusqu’à l’exil Babylonien ( 2 Rois, 18, 1 - 25, 30).
Le début du 1er Livre des Rois nous relate l’inauguration du règne de Salomon dès avant la mort de David. Nous assistons ainsi à une précipitation des événements de la succession de David : le roi étant devenu vieux, des rivalités se manifestent, pour son éventuelle succcession, entre Adoniyyahou, normalement l’héritier légitime du trône, et son jeune demi-frère, Salomon, le 10ème dans la ligne de succession, et dont la mère, Bethsabée, à l’instigatiuon du prophète Nathan, parvient à le faire oindre roi sur l’ordre même de David, qui ainsi abdique, et ce, au moment précis où Adoniyyahou, de son côté, rassemble autour de lui la plupart des grands chefs militaires et autres responsables du royaume.
Voilà comment Salomon est donc devenu roi d’Israêl, à la suite de David son père, recevant de ce fait la bénédiction promise et accordée par Dieu à la maison-dynastie de David. Cela ne l’empêchera pas moins d’éliminer rapidement et brutalement, non seulement son propre frère aîné, mais également les prêtres et chefs de l’armée qui s’étaient ralliés à ce dernier en le considérant comme l’héritier légitime du trône.
Notre page nous rapporte les ultimes conseils que David, avant de mourir, donne à son fils et successeur Salomon, désormais roi d’Israël.
2. Message
Dans ce dernier entretien avec lui, David invite son fils Salomon à se montrer à la hauteur de sa tâche, ainsi , et surtout, qu’à suivre le chemin de Yahvé-Dieu dans l’obéissance à la Loi de Moïse et à toutes les instructions venues du Seigneur.
Cette attitude sera la clé de sa réussite, selon les termes de la promesse que Dieu avait faite à David par la bouche de Nathan (2 Samuel, 7) de lui assurer une dynastie qui règnerait en permanence sur le trône d’Israël.
Ainsi se termine le règne unique de David, qui demeurera à jamais le “phare” de toute la royauté en Israël, jusqu’à devenir la référence et l’image d’un roi-messie perpétuel et défintif, à paraître à la fin des temps, selon cette tradition d’un Messianisme royal qui alimentera encore l’espérance du peuple de Dieu à l’époque de Jésus.
3. Decouvertes
Remarquons que notre lecture liturgique, dont le message vient d’être résumé ci-dessus, a fait une sérieuse omission dans ces dernières paroles de David à Salomon, omission qui a contribué à faire disparaître les moins beaux éléments des instructions du vieux roi.
En effet, en plus des références à la promesse de Dieu d’une bénédiction accordée à sa dynastie, et du rappel des conditions de fidélité à l’Alliance et à la Loi y attachées, David a ajouté d’autres instructions, d’ordre politique, qui ne peuvent qu’assombrir ses propos initiaux.
David conseille ainsi à Salomon de faire mourir Joab, l’homme fort et prestigieux de son armée, contre lequel il n’avait pas su réagir lui-même à ce point lorsque ce brillant soldat, qui était d’ailleurs son parent, avait fait disparaître ses rivaux, les chefs de l’armée d’Israël et de Juda (Abner et Amasa) : voir 2 Samuel, 3, 27 - 38; 19, 14 et 20, 9 -10.
De même, en dépit de son serment de 2 Samuel, 19, 24, le roi mourant souhaite que son fils fasse disparaître le Benjaminite Chiméi, l’homme qui l’avait insulté lors de sa fuite de Jérusalem devant les forces de son fils rebelle Absalom (2 Samuel, 16, 5 - 14).
Ainsi les purges qui vont marquer les débuts du règne de Salomon se trouvent-elles justifiées.
A noter encore que les versets 3 - 4 de notre page sont bien dans la tonalité des rédacteurs de ces Livres des Rois, à l’époque, et dans l’esprit, du Deutéronome.
Les quarante années, mentionnées ici, de la durée du règne de David représentent un chiffre rond, et donc tout au plus approximatif : seules les sept années de son règne à Hébron (2 Samuel, 2 - 5) semblent proches de la réalité.
4. Prolongement
Les dernières instructions de Jésus, le “fils de David”, donnera à ses disciples quelques heures avant sa mort sont, nous le savons, d’une toute autre teneur : continuer sa mission de fidélité et d’obéissance au projet de Dieu dans la force de son Paraclet, l’Esprit Saint, dont il dit qu’il sera son authentique successeur dans le coeur et le rassemblement de ceux qui le suivent dans la foi, don de sa paix, transmission de sa capacité d’aimer et commandement nouveau de nous aimer les uns les autres, invitation à voir le Père agissant à travers ses propres comportements, grande prière pour l’unité des siens à l’image de son unité avec le Père, annonce que, là où il va dans la gloire du Père, les siens seront également avec lui, etc. (Jean, 14 - 17).
Tel est notre champ de vie nouvelle selon la foi qui agit dans l’amour, et selon les prémisses du Royaume de Dieu réalisé par Jésus, déjà présent au milieu de nous, et promis à tous les hommes qui acceptent son salut, qui est le salut même de Dieu.
L’histoire de David n’est pour nous qu’une pâle image de cette vie de “fils” du Père et de “cohériters du Christ”, que nous devons recevoir et mener chaque jour, car avec Jésus ressuscité la fin des temps est bien arrivée.
Prière
*Seigneur Jésus, toi qui as pardonné à tes bourreaux et nous as demandé d’aimer même nos ennemis, en nous promettant de recevoir, dans ton Esprit Saint, l’amour même que le Père a pour toi et que toi-même as pour nous : apprends-moi à toujours mieux exprimer ce signe que je suis vraiment ton disciple, dans l’amour concret, engagé, de tous mes frères et soeurs, que tu me demandes d’aimer comme tu nous as aimés, en les servant et en les mettant debout, face à toi, face au monde et face à eux-mêmes. AMEN.
05.02.2004.*
Évangile : Marc 6, 6-13
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
6 Et il s’étonna de leur manque de foi. Il parcourait les villages à la ronde en enseignant.
7 Il appelle à lui les Douze et il se mit à les envoyer en mission deux à deux, en leur donnant pouvoir sur les esprits impurs.
8 Et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route qu’un bâton seulement, ni pain, ni besace, ni menue monnaie pour la ceinture,
9 mais: “Allez chaussés de sandales et ne mettez pas deux tuniques.”
10 Et il leur disait: “Où que vous entriez dans une maison, demeurez-y jusqu’à ce que vous partiez de là.
11 Et si un endroit ne vous accueille pas et qu’on ne vous écoute pas, sortez de là et secouez la poussière qui est sous vos pieds, en témoignage contre eux.”
12 Etant partis, ils prêchèrent qu’on se repentît;
13 et ils chassaient beaucoup de démons et faisaient des onctions d’huile à de nombreux infirmes et les guérissaient.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :
- Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
- Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
- Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
- Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52),
- Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
- Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Cette page appartient au début du 3ème grand épisode du ministère public de Jésus dans l’Evangile de Marc, qui nous y fait percevoir les malentendus qui existent entre Jésus et ses disciples.
Ceux-ci ont, en effet, beaucoup de mal, tout au moins par moments, à comprendre le sens du message et de la mission de Jésus (6, 6b - 8,21).
Une 1ère partie, dans cet ensemble, est consacrée à l’envoi en mission des Douze disciples et à la mort de Jean Baptiste (6, 6b - 34 : c’est ici que nous trouvons notre page de ce jour.
Nous assisterons ensuite à 2 séries d’actions puissantes de Jésus, chacune suivie d’une controverse (6, 35 - 7, 23 et 7, 24 - 8, 21).
2. Message
Nous remarquons, une fois de plus, une construction en forme de “sandwich”, comme cela se retrouve un certain nombre de fois dans cet Evangile de Marc : - l’envoi des disciples en mission (6, 6b - 13 : notre page), - la mort de Jean Baptiste (6, 14 - 29), - le retour des disciples de leur mission (6, 30 - 34).
Cette construction est déjà porteuse d’un message : être disciple peut conduire jusqu’à la souffrance et à la mort pour l’engagement que l’on a pris, et le sort subi par Jean Baptiste annonce ce que sera également le destin de Jésus.
A propos de l’envoi en mission des disciples, que nous lisons précisément ce jour, Marc nous rappelle 2 groupes de démarches présentées par Jésus sous forme de directives : - dans quelles conditions partir en mission (6, 8 - 9), - comment se comporter face à des situations d’hospitalité ou de refus d’accueil.
Les activités des disciples au cours de leur mission sont une simple extension de la mission même de Jésus, à savoir la proclamation du Royaume de Dieu en paroles et en gestes significatifs.
Quand il n’existait pas de “massmedia”, les idées d’ordre philosophique ou religieux ne pouvaient être transmises que par des missionnaires itinérants. C’est pourquoi les instructions données aux versets 6 - 8 représentent une sorte de “vade- mecum ” pour les missionnaires et ceux qui les accueillent.
A noter l’insistance très forte de Jésus pour que les soucis et préoccupations d’ordre physique ou matériel restent subordonnés à la priorité absolue de l’annonce du Royaume de Dieu.
3. Decouvertes
Au verset 6, la conséquence du rejet de Jésus à Nazareth, est qu’il va ailleurs prêcher son Evangile, si nous attachons le verset 6b au verset 6a.
Cependant, si nous lisons 6b en lien avec le verset 7, c’est bien une nouvelle période du ministère de Jésus qui commence, au cours de laquelle il partage avec ses disciples son ministère de prédication et de guérison. Prêcher, guérir, chasser les démons :c’est bien la mission même de Jésus que ses disciples doivent prolonger.
Aux versets 8 - 9, l’absence de tout confort matériel pour le voyage s’explique par l’urgence de la mission et la confiance en Dieu pour lequel on s’engage. S’il y a organisation ou stratégie, elles ne peuvent se situer qu’à un niveau tout-à-fait secondaire.
A noter que Marc autorise de prendre un bâton, ce qui est interdit dans les versions parallèles de Matthieu 10, 10 et de Luc, 9,3, et il en va de même pour les sandales.
Au verset 10, les missionnaires itinérants dépendent beaucoup de l’hospitalité qu’on leur offre, et des relations réciproques qu’elle permet. Jésus insiste pour qu’une fois accueillis, ils n’aillent pas chercher une meilleure et plus confortable réception ailleurs.
Au verset 11, en cas de refus d’hospitalité, seule une action symbolique est permise aux disciples, celle de secouer la poussière de leurs pieds, geste qui a pour but de faire réfléchir ceux qui le perçoivent.
Aux versets 12 - 13, les disciples accomplissent vraiment ce que Jésus lui-même réalise: son Evangile à proclamer, ses exorcismes, ses guérisons. Seules les onctions d’huile aux malades semblent leur être particulières.
4. Prolongement
La mission de salut, la prédication du Royaume, c’est l’affaire de Dieu seul, par l’entremise de ceux qu’il envoie.
Le Prologue de la Lettre aux Hébreux nous situe bien ainsi Jésus au terme d’une mission préparatoire, qui a commencé dans l’Ancien Testament avec Abraham, et qu’il a conduite à la perfection de son accomplissement :
1 Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu,
2 en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles.
3 Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutient l’univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs,
Notre mission aujourd’hui ne peut être que l’actualisation de celle de Jésus au coeur des situations de notre monde : il n’y a que Dieu, via Jésus ressuscité présent par son Esprit, qui agit dans notre mission. Nous n’y sommes que des serviteurs “inutiles”.
En ce sens, il n’y a pas de grande ou de petite mission : il n’y a que l’annonce de Jésus Christ Sauveur :
5 Qu’est-ce donc qu’Apollos ? Et qu’est-ce que Paul ? Des serviteurs par qui vous avez embrassé la foi, et chacun d’eux selon ce que le Seigneur lui a donné.
6 Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé; mais c’est Dieu qui donnait la croissance.
7 Ainsi donc, ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance: Dieu.
8 Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un, mais chacun recevra son propre salaire selon son propre labeur.
9 Car nous sommes les coopérateurs de Dieu; vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu.
Prière
*Seigneur Jésus, te suivre c’est se savoir en même temps envoyé, car, dans la mesure où nous essayons de t’imiter dans tes gestes et comportements, et de nous en expliquer par ta Parole, nous devenons de fait missionaires et témoins, mais tu tiens à ce que nous nous considérions vraiment toujours et partout comme tes envoyés, appelés à répandre ton image en la reproduisant fidèlement : donne-moi cette fidélité profonde à ce que tu as manifesté en tes gestes et paroles, à ta misériocorde et à ta Vérité, et de prendre davantage conscience qu’en toutes mes démarches et expressions humaines, je vis d’abord pour toi, à partir de toi, et porteur de ta mission, aujourd’hui parmi tous mes frères et soeurs. AMEN.
05.02.2004.*