📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture
Commentaire
1. Situation
Les 2 Livres de Samuel s’occupent de la période durant laquelle deux événements importants se déroulent en Israël : l’un est l’apparition du prophétisme avec l’émergence de Samuel comme prophète pour tout le peuple d’Israël, l’autre est l’institution de la royauté.
Ainsi le 1er Livre commence immédiatement avec l’entrée en scène de Samuel, et le 2nd se termine juste à la veille du tansfert de la royauté de David à son fils Salomon, dans le cadre d’une succession dynastique.
Ce qui est en jeu dans ces 2 Livres, c’est, d’une part, la survivance et la stabilité d’Israël en tant que peuple unifié et nation, et, d’autre part, la continuité de la compréhension que ce peuple a de lui-même comme “peuple de Dieu”, porteur de la promesse de Dieu à Abraham et de l’Alliance conclue à l’époque de Moïse.
Ces Livres traitent successivement :
- du changement qui se produit en Israël, lié à l’apparition de Samuel et au rôle que l’on veut faire jouer à l’Arche d’alliance (1 Samuel, 1, 1 - 7, 17),
- de l’avènement de la royauté avec le choix de Saül (1 Samuel, 8, 1 - 12, 25),
- de la lente stabilisation de la royauté avec la décadence de Saül et la montée de David (1 Samuel, 13, 1 - 2 Samuel, 5, 10),
- de la centralisation du royaume sur Jérusalem (2 Samuel, 5, 11 - 12, 31),
- des essais infructueux pour renverser David (2 Samuel, 13, 1 - 20, 25),
- de la préparation par David de sa succession (2 Samuel, 21, 1 - 24, 25).
Avec cette page nous nous trouvons dans la 5ème partie des Livres de Samuel, là où David perd et reconquiert Jérusalem, en venant à bout de rébellions menées contre lui.
Cet ensemble nous raconte d’abord le défi qu’Absalom, fils de David, lance à son père (13, 1 - 19a), avant de nous faire assister au retour solennel de David à Jérusalem après la défaite et la mort d’Absalom (19, 9b - 44), puis à d’autres initiatives, tout aussi vaines, pour renverser David (20, 1 - 25).
Notre texte de ce jour nous fait ainsi assister à la “retraite”’ de David, qui sort de Jérusalem, tout en y ayant maintenu ses espions, pour éviter d’être pris au piège par l’armée d’Absalom. Il arrivera ainsi à faire donner à Absalom des conseils qui le conduiront à sa perte.
2. Message
C’est au terme d’une sombre histoire d’intrigues avec son frère aîné Amnon, et le viol de sa demi-soeur Tamar par ce dernier, qu’Absalom a commencé par faire mourir Amnon, puis est parti en exil, avant de se réconcilier avec son père David, tout en cherchant manifestement à prendre le pouvoir (13, 1 - 14, 34).
Derrière toutes ces machinations on perçoit une évolution de la société : la vie de cour et de cité à Jérusalem change les habitudes d’existence des hommes des tribus, et David ne réagit plus selon les pratiques des sociétés de type pastoral pour régler les conflits et les violences.
Absalom en a donc profité pour accuser son père de ne plus assumer ses responsabilités d’arbitre dans les conflits de nature tribale ou pastorale, et pour tenter de prendre ainsi la place de son père en ce domaine (15, 2 - 6). David est, en quelque sorte, devenu trop “royal”, Absalom en profite, et la rébellion prend rapidement de l’ampleur.
Sentant que les tribus du Nord ne sont pas solides à son égard, David décide donc d’abandonner Jérusalem. Cette sortie prend l’allure d’une procession rituelle, voire pénitentielle. David s’est cependant entouré de ses mercenaires étrangers, fidèles à leur contrat.
Par l’astuce d’envoyer son meilleur conseiller, qui feint de le trahir auprès d’Absalom, David va tromper Absalom, qui ne va pas attaquer son père immédiatement mais prendre le temps de mobiliser tout Israël et de conduire lui-même ses troupes au combat, dans une situation de prestige.
Cependant,en allant attaquer David dans la forêt d’Ephraïm, que les hommes de David connaissaient bien, Absalom perdra la bataille, sera tué par Joab qui fera informer David par un étranger, et qui obligera le roi, pleurant la mort de son fils, à recevoir l’armée victorieuse avec cérémonie et dignité dans un défilé solennel (15, 13 - 19, 9).
Ensuite, ayant rallié tout le monde à lui, David rentrera en procession à Jérusalem (19, 9b - 44).
3. Decouvertes
A noter que David interprète son épreuve comme une malédiction de Dieu. Mais cela ne l’empêche pas de continuer d’espérer en Yahvé, tout en se laissant maudire par Shiméi, homme du clan de la famille de Saül.
On s’est demandé en quel sens Dieu pourrait punir David en cette affaire de rébellion. C’est plutôt David lui-même qui a permis cette évolution contre lui, par sa politique centralisatrice et par un certain “laisser faire” qui le désengageait lui-même de la vie quotidienne de son peuple.
Aux versets 23 à 29 du chapitre 15, David refuse d’emporter avec lui, dans sa fuite de Jérusalem, l’Arche de Dieu, qu’il fait retourner à Jérusalem, dans l’espoir que Yahvé le fera également, lui aussi, revenir dans Jérusalem.
4. Prolongement
Dieu, semble-t-il, demeure auprès de David dans l’épreuve. Dieu fait échouer les conseils d’ Ahitophel, le sage que consultait Absalom et que le conseiller de David va contredire (17, 14).
David, pécheur, David inférieur à sa tâche de gouvernement d’une société en pleine évolution, demeure porteur de la promesse et de l’alliance de Dieu avec son peuple. Car Dieu est fidèle.
A l’inverse de David, Jésus, reconnu comme “fils de David”, commencera par entrer en triomphe dans Jérusalem, porté par les “hosannahs” de ses disciples et de la foule, mais ce sera bientôt pour en sortir, portant sa croix de condamné sur le chemin du Calvaire.
Et quand il reviendra “mystérieusement” dans la Ville Sainte après sa résurrection des morts, ce sera pour inviter ses disciples à découvrir que, par lui, “roi” devenu à ce point “serviteur”, le plan de Dieu est définitivement accompli, et qu’il leur faudra sortir de Jérusalem pour s’en aller être ses témoins jusqu’aux extrémités de la terre (Actes des Apôtres, 1, 8).
Prière
*Seigneur Jésus, après avoir accompagné tout au long de l’histoire d’Israël, des hommes qu’il avait choisis, et qui lui étaient fidèles, tels Abraham, Moïse, Samuel, David, Dieu t’a envoyé parmi nous pour accomplir définitivement son plan de salut, et, par toi, “l’Emmanuel”, ressuscité des morts, nous demeurer présent à jamais dans la puissance de l’Esprit Saint : donne-moi de vivre toujours, et de plus en plus, en cette présence de Lumière et de Vie, source de Vérité et d’Amour à la façon de Dieu, dans tous les instants et toutes les expressions de mon existence humaine. AMEN.
02.02.2004.*
Évangile : Marc 5, 1-20
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
1 Ils arrivèrent
sur l’autre rive de la mer, au pays des Géraséniens.
2 Et
aussitôt que Jésus eut débarqué, vint à sa rencontre, des tombeaux, un
homme possédé d’un esprit impur :
3 il avait sa demeure dans les
tombes et personne ne pouvait plus le lier, même avec une chaîne,
Mc
5:4- car souvent on l’avait lié avec des entraves et avec des chaînes,
mais il avait rompu les chaînes et brisé les entraves, et personne ne
parvenait à le dompter.
5 Et sans cesse, nuit et jour, il était
dans les tombes et dans les montagnes, poussant des cris et se tailladant
avec des pierres.
6 Voyant Jésus de loin, il accourut, se
prosterna devant lui
7 et cria d’une voix forte : ” Que me
veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très Haut ? Je t’adjure par Dieu, ne me
tourmente pas ! “
8 Il lui disait en effet : ” Sors de cet
homme, esprit impur ! “
9 Et il l’interrogeait : ” Quel est ton
nom ? ” Il dit : ” Légion est mon nom, car nous sommes beaucoup. “
Mc
5:10- Et il le suppliait instamment de ne pas les expulser hors du
pays.
11 Or il y avait là, sur la montagne, un grand troupeau de
porcs en train de paître.
12 Et les esprits impurs supplièrent
Jésus en disant : ” Envoie-nous vers les porcs, que nous y entrions.
”
13 Et il le leur permit. Sortant alors, les esprits impurs
entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de
l’escarpement dans la mer, au nombre d’environ deux mille, et ils se
noyaient dans la mer.
14 Leurs gardiens prirent la fuite et
rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes ; et les gens
vinrent pour voir qu’est-ce qui s’était passé.
15 Ils arrivent
auprès de Jésus et ils voient le démoniaque assis, vêtu et dans son bon
sens, lui qui avait eu la Légion, et ils furent pris de peur.
16
Les témoins leur racontèrent comment cela s’était passé pour le possédé et
ce qui était arrivé aux porcs.
17 Alors ils se mirent à prier
Jésus de s’éloigner de leur territoire.
18 Comme il montait dans
la barque, l’homme qui avait été possédé le priait pour rester en sa
compagnie.
19 Il ne le lui accorda pas, mais il lui dit : ” Va
chez toi, auprès des tiens, et rapporte-leur tout ce que le Seigneur a
fait pour toi dans sa miséricorde. “
20 Il s’en alla donc et se
mit à proclamer dans la Décapole tout ce que Jésus avait fait pour lui, et
tout le monde était dans l’étonnement.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se situe au début de la 2ème étape du ministère de Jésus, qui se déroule toujours en Galilée, où Jésus va se trouver de plus en plus rejeté.
2. Message
Après avoir parlé une journée à la foule en paraboles, Jésus , avec ses disciples, est passé sur l’autre rive du lac, en essuyant une tempête, qu’il a apaisée, révélant ainsi sa toute-puissance sur les forces du mal, que symbolise la mer, et invitant une fois de plus ses disciples à s’interroger sur son identité profonde.
Le voici maintenant en terre étrangère, face à un forcené, possédé d’un esprit mauvais, que personne n’arrivait à maîtriser. L’esprit du mal qui s’exprime par la bouche de cet homme devenu son esclave, se donne le nom de “Légion” , c’est-à-dire “multitude”, quand Jésus l’interroge, ce qui n’empêche pas Jésus de le, ou de les, chasser sur le champ.
Du même coup, l’homme possédé se trouve guéri, ayant retrouvé tout son bons sens, et demande à Jésus de devenir son disciple. Mais Jésus préfère lui confier la mission d’aller témoigner de la miséricorde de Dieu, et de sa guérison auprès de ses proches. Ce que cet homme accomplit de façon exemplaire, devenu, en son pays, véritable apôtre de Jésus.
L’histoire des porcs qui tombent dans la mer est considérée comme un récit énigmatique, appelant des explications diverses : simple coïncidence ayant donné lieu à un rapprochement significatif avec le miracle de Jésus purifiant ce possédé ? allusion “humouristique” à une connivence entre les démons et les porcs, animaux considérés comme impurs en Israël ? Détail soulignant la puissance des forces du mal, et, du même coup, la puissance, bien plus grande encore, de Jésus, selon la parabole de “l’homme fort” vaincu par un “plus fort”, qu’il avait prononcée récemment (Marc, 3, 27) ?
Nous devons au moins constater que le texte de Marc, même s’il reprend une tradition populaire, associe la guérison du possédé à la prise de possession des porcs par cette “Légion” que Jésus vient de chasser, la catastrophe qui survient pour tout le troupeau, et l’insistance des gens du pays pour que Jésus quitte leur région. Autant de signes, qu’on le veuille ou non, qui mettent l’accent sur l’impact du passage de Jésus, porteur de la force de Dieu.
3. Decouvertes
Marc nous montre clairement à quel point ce possédé guéri devient un prédicateur zélé de la miséricorde de Dieu dans cette région païenne.
Habiter dans les tombeaux, c’est vivre en un lieu impur (Isaïe, 65, 4). Notons ce trait commun de l’impureté, qui traverse tout ce récit : le possédé, prisonnier d’une “Légion” d’esprits impurs, les porcs, les tombeaux, l’impureté d’une terre païenne.
A peine Jésus paraît-il que, de façon irrésistible, le démoniaque est secoué et se prosterne devant lui.
Une Légion romaine comptait 6000 hommes. Jésus manifeste ici sa victoire sur les forces du mal, aussi importantes soient-elles, et où soient-elles (ici, en terre païenne).
La noyade des porcs semble indiquer la fin du pouvoir de Satan, non seulement sur l’homme possédé, mais sur toute cette région, que Jésus ainsi libère.
4. Prolongement
Victoire définitive sur les forces du mal, obtenue par Jésus, une fois pour toutes, en sa mort-résurrection :
7 Les mille ans écoulés, Satan, relâché de sa prison,
8 s’en ira séduire les nations des quatre coins de la terre, Gog et Magog, et les rassembler pour la guerre, aussi nombreux que le sable de la mer ;
9 ils montèrent sur toute l’étendue du pays, puis ils investirent le camp des saints, la Cité bien-aimée. Mais un feu descendit du ciel et les dévora.
10 Alors, le diable, leur séducteur, fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, y rejoignant la Bête et le faux prophète, et leur supplice durera jour et nuit, pour les siècles des siècles.
11 Puis je vis un trône blanc, très grand, et Celui qui siège dessus. Le ciel et la terre s’enfuirent de devant sa face sans laisser de traces.
Prière
*SEIGNEUR JESUS, TOI QUI ES LE SEUL A AVOIR OSè PROCLAMER QUE PERSONNE NE POUVAIT TE CONVAINCRE DE PéCHé, TU NOUS FAIS DECOUVRIR TA SAINTETE QUI, SIMPLEMENT, PAR TA PRESENCE, DETRUIT LES FORCES DU MAL, PURIFIE TOUTE FAUTE, ET PEUT TRANSFORMER INSTANTANEMENT UN ESCLAVE DU MAUVAIS EN UN DE TES DISCIPLES ENGAGéS : DONNE-MOI DE ME LAISSER PENETRER DAVANTAGE PAR TA SAINTETE LUMINEUSE, POUR QU’ELLE DEVIENNE EN MOI RAYONNEMENT ET CONTAGION DE VERITE ET D’AMOUR. AMEN.
03.02.2003.*