📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Hébreux 12, 1-4
DE LA LETTRE AUX HEBREUX
Texte
1 Voilà donc
pourquoi nous aussi, enveloppés que nous sommes d’une si grande nuée de
témoins, nous devons rejeter tout fardeau et le péché qui nous assiège, et
courir avec constance l’épreuve qui nous est proposée,
2 fixant
nos yeux sur le chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus, qui
au lieu de la joie qui lui était proposée, endura une croix, dont il
méprisa l’infamie, et qui est assis désormais à la droite du trône de
Dieu.
3 Songez à celui qui a enduré de la part des pécheurs une
telle contradiction, afin de ne pas défaillir par lassitude de vos
âmes.
4 Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans la
lutte contre le péché.
Commentaire
1. Situation
Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.
Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.
Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.
Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).
Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.
Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.
Notre page se situe dans la 4ème partie de cette homélie.
2. Message
Ces lignes peuvent être considérées comme la véritable conclusion du chapitre 11. A notre tour, à l’image de tous ces croyants de l’Ancien Testament, dont le témoignage vient de nous être rappelé, et qui ont marché dans la foi et la confiance en Dieu, quoiqu’il puisse leur arriver, animés qu’ils étaient par l’espérance qu’ils mettaient dans la réalisation des promesses quiu leur avaient été faites, nous avons à mener notre course vers Dieu, avec dynamisme et endurance.
Avec toutefois la différence que nous avons devant nous la référence exemplaire de la foi-obéissance de Jésus le Christ, initiateur de de notrre foi et qui la mène à sa perfection.
La contemplation de la mort de Jésus sur la croix nous révèle jusqu’où est allée son obéissance, qui l’a conduit à la glorification sans limite. Nous n’aurons jamais fini d’imiter Jésus dans son endurance et la puissance, pleine de patience et de confiance en Dieu, de son combat victorieux. Mais nous ne sommes pas seuls : il est avec nous et nous fait participer à sa propre attitude dans le don de son Esprit Saint.
3. Decouvertes
L’image de l’effort sportif de l’athlète, qui est ici reprise, se retrouve ailleurs dans le Nouveau Testament (voir 1 Corinthiens, 9, 24 - 27; Philippiens, 3, 12; 2 Timothée, 2, 5). Cette image souligne et renforce la nécessité de l’endurance.
Quelle est la joie qui était proposée au Christ, et à laquelle il a renoncé ? Le texte ne nous le précise pas, et il pourrait également se traduire ainsi : “au lieu de la joie qui lui était réservée”, signifiant alors que Jésus n’avait de regard que pour la volonté du Père à accomplir jusqu’à l’extrême, tout le reste devenant secondaire à ses yeux.
Y-a-t-il une annonce voilée du martyre des chrétiens dans le verset 4 ? Peut-être, mais ce qui nous est demandé d’abord, c’est de ne pas céder au découragement.
4. Prolongement
L’exemple du Christ, et sa mission unique qui nous sauve, à toujours avoir devant nous pour le contempler et le recevoir comme une force qui nous fait vivre dans son Esprit :
5 Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus :
6 Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
7 Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme,
8 il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! Ph 2:9- Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom,
10 pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers,
11 et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu’il est SEIGNEUR, à la gloire de Dieu le Père.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous appelles à te suivre, à ne chercher que toi, à ne regarder que toi, qui es à la fois devant nous, et tout près de nous, avec nous, et à côté de nous, pour nous accompagner jusqu’en ton Royaume : aide-moi à toujours recentrer sur toi seul toutes les valeurs de vérité, de découverte, et de miséricorde, que j’essaye de vivre en ta présence et à ta lumière. AMEN.
04.02.2003.*
Évangile : Marc 5, 21-43
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
21 Lorsque Jésus eut traversé à nouveau en barque vers l’autre rive, une foule nombreuse se rassembla autour de lui, et il se tenait au bord de la mer.
22 Arrive alors un des chefs de synagogue, nommé Jaïre, qui, le voyant, tombe à ses pieds
23 et le prie avec instance: “Ma petite fille est à toute extrémité, viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive.”
24 Il partit avec lui, et une foule nombreuse le suivait, qui le pressait de tous côtés.
25 Or, une femme atteinte d’un flux de sang depuis douze années,
26 qui avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins et avait dépensé tout son avoir sans aucun profit, mais allait plutôt de mal en pis,
27 avait entendu parler de Jésus; venant par derrière dans la foule, elle toucha son manteau.
28 Car elle se disait: “Si je touche au moins ses vêtements, je serai sauvée.”
29 Et aussitôt la source d’où elle perdait le sang fut tarie, et elle sentit dans son corps qu’elle était guérie de son infirmité.
30 Et aussitôt Jésus eut conscience de la force qui était sortie de lui, et s’étant retourné dans la foule, il disait “Qui a touché mes vêtements?“
31 Ses disciples lui disaient: “Tu vois la foule qui te presse de tous côtés, et tu dis: Qui m’a touché?“
32 Et il regardait autour de lui pour voir celle qui avait fait cela.
33 Alors la femme, craintive et tremblante, sachant bien ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.
34 Et il lui dit: “Ma fille, ta foi t’a sauvée; va en paix et sois guérie de ton infirmité.”
35 Tandis qu’il parlait encore, arrivent de chez le chef de synagogue des gens qui disent: “Ta fille est morte; pourquoi déranges-tu encore le Maître?“
36 Mais Jésus, qui avait surpris la parole qu’on venait de prononcer, dit au chef de synagogue: “Sois sans crainte; aie seulement la foi.”
37 Et il ne laissa personne l’accompagner, si ce n’est Pierre, Jacques et Jean, le frère de Jacques.
38 Ils arrivent à la maison du chef de synagogue et il aperçoit du tumulte, des gens qui pleuraient et poussaient de grandes clameurs.
39 Etant entré, il leur dit: “Pourquoi ce tumulte et ces pleurs? L’enfant n’est pas morte, mais elle dort.”
40 Et ils se moquaient de lui. Mais les ayant tous mis dehors, il prend avec lui le père et la mère de l’enfant, ainsi que ceux qui l’accompagnaient, et il pénètre là ou était l’enfant.
41 Et prenant la main de l’enfant, il lui dit: “Talitha koum”, ce qui se traduit: “Fillette, je te le dis, lève-toi!“
42 Aussitôt la fillette se leva et elle marchait, car elle avait douze ans. Et ils furent saisis aussitôt d’une grande stupeur.
43 Et il leur recommanda vivement que personne ne le sût et il dit de lui donner à manger.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :
- Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
- Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
- Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
- Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52),
- Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
- Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
A la fin du 2ème grand épisode de son ministère public, tel que Marc nous le propose (3, 7 - 6, 6a), Jésus, qui a enregistré des réponses positives et négatives à son Evangile et à ses gestes de miséricorde (3, 7 - 35), qui, ensuite, s’est exprimé en paraboles qu’il a expliquées à ses disciples (4, 1 - 34), accomplit 3 actions miraculeuses (4, 35 - 5, 43) : il apaise une tempête sur le Lac, il exorcise un démon qui s’appelle “Légion” au pays des Géraséniens, il guérit 2 malades : notre texte de ce jour (5, 21 - 43).
Marc précisera pour conclure, que Jésus est bien, de fait, rejeté par son peuple (6, 1 - 6a).
2. Message
Cette page combine 2 récits de guérison, celle de la fille de Jaïre (5, 21 - 24 et 35 - 43), et celle d’une femme victime d’une hémorragie (5, 25 - 34). Marc nous donne ici un de ses quelques exemples de construction de récits “en sandwich”, en incluant ainsi une guérison dans le cadre de la réalisation d’une autre.
Ces 2 récits de guérison ont plusieurs points communs : ce sont des personnes du sexe féminin qui sont affectées, le chiffre “12” concernant respectivement l’une et l’autre de ces 2 personnes (5, 25 et 42), un vocabulaire semblable parlant de “foi”, de “peur”, de santé” ou de “vie saine”, “fille”.
Cependant le style de ces récits, encastrés l’un dans l’autre, est différent : l’histoire de la fille de Jaïre (5, 21 - 24 et 35 - 43) est racontée en phrases courtes et au présent “historique”, celle concernant la femme qui perd du sang est présentée en phrases beaucoup plus longues, et au passé.
A noter que Jaïre, l’un des chefs de la synagogue locale, vient rejoindre Jésus en “suppliant”, pour lui demander de venir guérir sa fillette qui, selon lui, se trouve aux portes de la mort, à la différence des Evangiles de Matthieu (9, 18) et de Luc (8, 42) qui la déclarent déjà morte.
L’imposition des mains, demandée par Jaïre, est un geste qui exprime l’idée de la puissance de vie qui habite celui qui transmet ainsi la guérison.
L’action de la femme qui perd du sang est fondée, d’une part, sur la confiance qu’un simple contact indirect, avec le vêtement de Jésus, en qui, pour elle, réside une grande puissance de guérison, suffirait à la guérir, et, d’autre part, sur le caractère impur de sa condition, qu’elle risquerait de communiquer à la personne qu’elle toucherait d’une manière plus directe.
Mais Jésus convoque cette personne, qui a été guérie “en cachette”, lui fait dire toute la vérité sur son geste et sa situation, et constater ainsi que c’est sa foi qui l’a guérie.
La nouvelle, dont on vient lui faire part alors, que sa fillette est morte, vient “casser” tous les espoirs de Jaïre en la guérison qu’aurait pu lui apporter Jésus, qu’on l’invite à ne pas déranger davantage. Mais Jésus n’en demande pas moins à cet homme de continuer à lui faire confiance et à “croire” en lui.
Cependant, les rituels du deuil ont déjà commencé. Et lorsque Jésus parle de sommeil à propos de cette fillette, on le tourne en ridicule, ce qui accentue d’autant le contraste que va fournir l’action de résurrection qu’effectue Jésus, qui surprend et étonne tout le monde.
3. Decouvertes
A noter qu’au verset 36, Jésus demande nettement au père de la fillette d’avoir foi en lui et de “croire”.
Le récit suppose clairement que la fillettte est bien morte et que Jésus vient lui rendre sa vie “biologique”. Certains n’excluent pas la possibilité, cependant totalement improuvable, que la fillette n’était que dans un coma, ou en état d’inconscience profonde, et qu’en ce cas Jésus aurait perçu de façon unique la condition de cette fillette, et l’aurait guérie contre toute attente, et contre la constatation, fondée sur l’expérience, de tous les témoins.
Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, les trois disciples qui seront de nouveau proches de lui lors de sa transfiguration sur la montagne (9, 2),ainsi qu’à Gethsémani (14, 33). Jésus se fait également accompagner par le père et la mère de l’enfant, et apparemment, tous, selon la logique du récit, pensent que la fillette est réellement morte.
La phrase en araméen utilisée par Jésus au verset 41 quand il s’adresse à la fillette, est l’une des quelques unes du même genre qu’on trouve dans l’Evangile de Marc (voir 3, 17; 7, 11; 11, 9 - 10). Cette utilisation est interprétée comme une marque d’ancienneté des traditions dont se sert Marc.
Toujours au verset 41, le verbe “Iève-toi” employé par Jésus est souvent utilisé dans le Nouveau Testament pour parler de la résurrection de Jésus lui-même. Il implique ici un retour de la fillette à la vie, avec, en plus, une signification symbolique de renvoi à la future résurrection de Jésus.
Au verset 43, le silence qu’impose Jésus sur cette réanimation de la fille de JaÏre va toujours dans le sens de sa prudence, qui veut éviter toute fausse impression, ou conclusion, sur la qualité de son ministère, en tous ses aspects.
4. Prolongement
Jésus est venu pour que nous ayons la vie, et toutes les guérisons, ainsi que les quelques retours à la vie qu’il accomplit, vont dans ce sens de la vraie vie, la vie biologique étant alors le signe de la vie totale selon Dieu, dans le Royaume.
Dans sa parole à Marthe, que nous rapporte l’Evangile de Jean dans le récit de la réanimation de Lazare (11, 25 - 26) : “Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, fût-il mort, il vivra…”, Jésus indique bien à quel point il vient nous proposer une “autre” vie, dans un au-delà de notre mortalité, la vie eschatologique de la fin des temps, qui est participation à la vie même de Dieu, en tant que telle.
Prière
*Seigneur Jésus, tu réponds à tout appel de qui se remet à toi dans la confiance, une confiance en toi que tu attends de nous, et alors tu répands autour de toi, avec une infinie miséricorde, tes gestes de guérison ou de relèvement d’entre les morts, comme signes de la vraie vie que tu es venu, non seulement nous révéler, mais nous accorder comme le commencement d’une réelle transformation de tout notre être. AMEN.
03.02.2004.*