📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Hébreux 12, 4-15
DE LA LETTRE AUX HEBREUX
Texte
4 Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang, en luttant contre le péché.
5 Et vous avez oubliez l’exhortation qui vous est adressée comme à des fils: Mon fils, ne méprise pas le châtiment du Seigneur, Et ne perds pas courage lorsqu’il te reprend;
6 Car le Seigneur châtie celui qu’il aime, Et il frappe de la verge tous ceux qu’il reconnaît pour ses fils.
7 Supportez le châtiment: c’est comme des fils que Dieu vous traite; car quel est le fils qu’un père ne châtie pas?
…
11 Il est vrai que tout châtiment semble d’abord un sujet de tristesse, et non de joie; mais il produit plus tard pour ceux qui ont été ainsi exercés un fruit paisible de justice.
12 Fortifiez donc vos mains languissantes Et vos genoux affaiblis;
13 et suivez avec vos pieds des voies droites, afin que ce qui est boiteux ne dévie pas, mais plutôt se raffermisse.
14 Recherchez la paix avec tous, et la sanctification, sans laquelle personne ne verra le Seigneur.
15 Veillez à ce que nul ne se prive de la grâce de Dieu; à ce qu’aucune racine d’amertume, poussant des rejetons, ne produise du trouble, et que plusieurs n’en soient infectés;
Commentaire
1. Situation
Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.
Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.
Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.
Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).
Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.
Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.
Notre page se situe dans la 4ème partie de cette homélie.
2. Message
Comme cela nous est dit à propos de Jésus, chef de notre foi, Dieu nous est présenté comme un Père qui fait l’éducation de ses fils.
Les épreuves qui nous arrivent sont interprétées comme des moyens d’éducation et de sanctification qui nous sont offerts pour être vécus en présence de Dieu, dans une perspective de notre avéncée personnelle dans la transformation qu’effectue en nous l’Esprit Saint du Christ ressuscité.
Toute occasion, comme tout événement, rencontrés au cours de notre existence doivent être accueillis dans l’espérance
D’autre part,, la relecture de notre vie avec le recul du temps nous en fait découvrir la dimension de richesse et de croissance selon l’efficacité en nous de la grâce de Dieu.
3. Decouvertes
Au niveau des images, au cours de ce chapitre 12, l’auteur passe de l’image de la course à celle de la lutte, de la boxe.
Comme dans toutes ses argumentations tout au long de cette Lettre-homélie, l’auteur fait appel à des passages qu’il cite, ou évoque, de l’Ancien Testament. C’est ainsi qu’il cite Proverbes, 3, 11 - 12 dans sa forme grecque.
Cela se constate également dans les rapprochements qu’on peut établir entre son message et la littérature de sagesse concernant l’éducation et la correction. Voir à ce sujet : Proverbes, 5, 12; 13, 24: 15, 12; Job, 5, 17, Siracide, 22, 6 et 23, 2.
De même encore le contraste entre une peine de courte durée et un bien ainsi obtenu pour le plus long terme se vérifie toujours de la même façon dans les livres de Sagesse: Proverbes, 23, 13 - 14; Sagesse, 3, 5.
A noter enfin que la recherche de la paix était un thème fréquent des homélies Juives (Psaume, 34, 14), et que le verset 15 de notre page renvoie à Deutéronome, 29, 17 - 18.
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4. Prolongement
Le raisonnement semble différent de celui de Paul dans sa 2ème lettre aux Corinthiens, où il nous fait part de ses épreuves liées à son ministère d’évangélisation, et qui le conduisent à un dépouillement de pauvreté et de disponibilié totale devant Dieu :
2 Corinthiens
6.1 Puisque nous travaillons avec Dieu, nous vous exhortons à ne pas recevoir la grâce de Dieu en vain.
6.2 Car il dit: Au temps favorable je t’ai exaucé, Au jour du salut je t’ai secouru. Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut.
6.3 Nous ne donnons aucun sujet de scandale en quoi que ce soit, afin que le ministère ne soit pas un objet de blâme.
6.4 Mais nous nous rendons à tous égards recommandables, comme serviteurs de Dieu, par beaucoup de patience dans les tribulations, dans les calamités, dans les détresses,
6.5 sous les coups, dans les prisons, dans les troubles, dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes;
6.6 par la pureté, par la connaissance, par la longanimité, par la bonté, par un esprit saint, par une charité sincère,
6.7 par la parole de vérité, par la puissance de Dieu, par les armes offensives et défensives de la justice;
6.8 au milieu de la gloire et de l’ignominie, au milieu de la mauvaise et de la bonne réputation; étant regardés comme imposteurs, quoique véridiques;
6.9 comme inconnus, quoique bien connus; comme mourants, et voici nous vivons; comme châtiés, quoique non mis à mort;
6.10 comme attristés, et nous sommes toujours joyeux; comme pauvres, et nous en enrichissons plusieurs; comme n’ayant rien, et nous possédons toutes choses.
Prière
*Seigneur Jésus, que je n’oublie jamais que tu es à mes côtés, en toute situation, heureuse ou malheureuse, dans laquelle il m’arrive de me trouver. AMEN.
02.02.2005.*
Évangile : Marc 6, 1-6
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
1 Étant sorti de là, il se rend dans sa patrie, et ses disciples le suivent.
2 Le sabbat venu, il se mit à enseigner dans la synagogue, et le grand nombre en l’entendant étaient frappés et disaient : ” D’où cela lui vient-il ? Et qu’est-ce que cette sagesse qui lui a été donnée et ces grands miracles qui se font par ses mains ?
3 Celui-là n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? ” Et ils étaient choqués à son sujet.
4 Et Jésus leur disait : ” Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, dans sa parenté et dans sa maison. “
5 Et il ne pouvait faire là aucun miracle, si ce n’est qu’il guérit quelques infirmes en leur imposant les mains.
6 Et il s’étonna de leur manque de foi. Il parcourait les villages à la ronde en enseignant.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se situe à la fin de la 2ème étape du ministère de Jésus, qui se déroule toujours en Galilée, où Jésus va se trouver de plus en plus rejeté.
2. Message
Passage de Jésus en son village d’origine (Nazareth), au cours de cette 2ème étape de son ministère en Galilée.
Il s’y comporte comme partout ailleurs, et enseigne le jour du Sabbat à la synagogue, devant un auditoire stupéfait, qui ne comprend pas qu’un enfant du village, dont la famille est bien connue, puisse faire preuve de tant de sagesse et de tant de puissance en donnant des signes de la miséricorde de Dieu par ses miracles de guérison.
Devant ce Jésus qui leur échappe, et dont ils ne peuvent maîtriser le sens de la mission qu’il exerce, les gens de Nazareth sont choqués et scandalisés.
Ce dont Jésus tire les conséquences. Il fait l’expérience du rejet des prophètes et se trouve empêché de réaliser des miracles, à quelques exceptions près, devant des gens qui n’ont pas la foi en son action et sa mission, cette foi étant nécessaire à toute manifestation de la puissance du salut de Dieu.
3. Decouvertes
Les mains du “charpentier” qu’était Jésus avant de commencer sa mission sont devenues des mains qui accomplissent des miracles, signes du salut de Dieu.
Jésus nous est présenté ici comme le “charpentier”, et non “le fils du charpentier”. Aucune mention n’y est faite de Joseph. Déjà, en 3, 31 - 35, il n’était pas question du père de Jésus. Peut-être Marc tient-il à nous montrer que Dieu est le “Père” de Jésus (8, 38; 13, 32; 14, 36). En Marc, 11, 25, Jésus déclare également que Dieu est notre Père.
Mention est faite des “frères et soeurs” de Jésus comme en 3, 31 - 35. Bien que les mots “frère” et “soeur” puissent désigner également des parents proches et des cousins, beaucoup d’exégètes pensent que les mots grecs utilisés par les Evangélistes signifient, d’abord et surtout,“frère” et “soeur”, en tant que fils et fille de la même mère. D’autres, en revanche, maintiennent qu’il s’agit de “cousins”, en accord avec la tradition théologique ancienne (fin du 2ème siècle et début du 3ème siècle), qui déclare que Marie n’aurait pas eu d’autre enfant que Jésus.
A travers cette scène, nous constatons que l’opposition à Jésus continue de se manifester : il a déjà été en conflit avec les autorités (2, 1 - 3, 6), puis avec sa famille (3, 21 - 35), et c’est maintenant avec les habitants de son village d’origine.
4. Prolongement
Mystère de la venue de Jésus et de sa non-réception par Israël en général. Il se situe dans une autre “dimension”, prend ses distances. Il a déclaré que ceux qui l’entourent et écoutent sa parole sont “sa mère, ses frères, ses soeurs”. D’autres textes nous font pénétrer plus avant dans ce mystère de Jésus :
11 Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli.
12 Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu,
46 Et il advint, au bout de trois jours, qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ;
47 et tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses.
48 A sa vue, ils furent saisis d’émotion, et sa mère lui dit : ” Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! ton père et moi, nous te cherchons, angoissés. ”
49 Et il leur dit : ” Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? ”
50 Mais eux ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire.
1 Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit : ” Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie
2 et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés !
3 Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.
4 Je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de faire.
5 Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde.
Prière
*SEIGNEUR JESUS, TA MISSION EN NOTRE HUMANITE SUPPOSE QUE TA PROPRE HUMANITE SOIT AUSSI HISTORIQUEMENT ET GEOGRAPHIQUEMENT SITUEE QUE LA NÔTRE, PUISQUE TU NOUS ES PRESENTé COMME ISSU D’UNE FAMILLE, D’UN VILLAGE, COMME VRAIMENT L’UN DE NOUS, ET TA MISSION SE REVELE A LA FOIS, DANS UN PARTAGE SOLIDAIRE DE NOTRE EXISTENCE LIMITEE ET FRAGILE, ET DANS UN DEPASSEMENT, INSCRIT AU COEUR DE NOTRE CONDITION COMMUNE, SELON UNE OUVERTURE, ABSOLUE ET CONSTANTE, AU REGNE DE DIEU, DEPASSEMENT DONT NOUS SERONS TOUJOURS SURPRIS, VOIRE CHOQUéS, TANT IL EST VRAI QUE TU NOUS ECHAPPES, MÊME QUAND TU NOUS DEMANDES DE MARCHER AVEC TOI, AU DELA DE NOUS-MÊMES, DANS LE QUOTIDIEN DE NOTRE HISTOIRE : APPRENDS-MOI DE NOUVEAU A TE SUIVRE EN TOUTES CIRCONSTANCES, ACCEPTANT D’ÊTRE BOUSCULé, DESTABILISé, PAR TA PRESENCE ET TA PAROLE, QUE TU NOUS INVITES SANS CESSE A ACCUEILLIR DANS LA FOI. AMEN.
05.02.2003.*