📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Hébreux 13, 14-21

DE LA LETTRE AUX HEBREUX

Texte

14 Car nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous recherchons celle de l’avenir.
15 Par lui, offrons à Dieu un sacrifice de louange en tout temps, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom.
16 Quant à la bienfaisance et à la mise en commun des ressources, ne les oubliez pas, car c’est à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir.
17 Obéissez à vos chefs et soyez-leur dociles, car ils veillent sur vos âmes, comme devant en rendre compte ; afin qu’ils le fassent avec joie et non en gémissant, ce qui vous serait dommageable.
18 Priez pour nous, car nous croyons avoir une bonne conscience, résolus que nous sommes à nous bien conduire en toutes choses.
19 Je vous exhorte plus instamment à le faire pour obtenir que je vous sois rendu plus vite.
20 Que le Dieu de la paix, qui a ramené de chez les morts celui qui est devenu par le sang d’une alliance éternelle le grand Pasteur des brebis, notre Seigneur Jésus,
21 vous rende aptes à accomplir sa volonté en toute sorte de bien, produisant en nous ce qui lui est agréable par Jésus Christ, à qui soit la gloire pour les siècles des siècles ! Amen.

Commentaire

1. Situation

Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.

Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.

Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.

Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).

Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.

Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.


Notre page se situe à la fin de la 5ème et dernière partie de cette homélie.

2. Message

Avec cette page, nous terminons la dernière partie de cette longue homélie (13, 15 - 18), et abordons ensuite la conclusion de toute cette Lettre.

Après nous avoir placés face à l’objectif final de participer définitivement à la fête du Royaume de Dieu comme des “premiers-nés” autour du Fils Premier-né du Père, et avoir été invités à en vivre le commencement en ce monde dans une attitude de fidélité (12, 14 - 29), l’auteur nous détaille différents aspects de l’ exigence inscrite dans notre vie chrétienne saisie dans le mystère du Christ (13, 1 - 17).

C’est ainsi qu’après nous avoir rappelé le devoir de l’hospitalité, de la compassion vis-à-vis de ceux qui souffrent, de la sainteté dans le mariage, de la sobriété face à l’argent si nous mettons notre confiance en Dieu, de la soumission à l’égard de nos dirigeants, de la fidélité concrète à la mission accomplie par Jésus, il nous demande de nouveau de regarder vers notre but.

Notre cité terrestre n’est pas permanente, d’où la nécessité maintenant soulignée de centrer notre prière comme notre offrande sur le Christ que nous sommes appelés à rejoindre, de vivre en communauté dans le partage des ressources, l’entraide fraternelle et l’obéissance à nos responsables (13, 14 - 19).

Que se réalise en notre existence le souhait final de cette lettre-homélie (13, 20 - 21) : que Dieu nous rende capables de faire sa volonté, qu’il réalise en nous ce qui lui plaît, et cela par le Christ Jésus.

3. Decouvertes

L’allusion au Pasteur des brebis qui remonte de chez les morts (13, 20), nous rappelle Isaïe, 63, 11.

Les versets 13, 20 - 21 constituent une bénédiction finale pour tous les croyants de tous les temps.

La demande de l’auteur de prier pour lui (13, 18) est un trait commun à la plupart des lettres du Nouveau Testament.

4. Prolongement

Bel exemple d’association et de passage de la découverte du mystère de Dieu dans le Christ à l’exigence d’une vie chrétienne engagée, et sous la mouvance de l’Esprit Saint.

Bel exemple de situation des croyants en Eglise les uns face aux autres, dès que nous suivons le Christ, notre unique Grand Prêtre et Sauveur.

Prière

*Seigneur Jésus, c’est par toi, en toi, et pour toi, que nous découvrons ton mystère, que nous le contemplons, et que nous le faisons passer dans notre vie comme une exigence concrète d’engagement dans la vérité et l’amour fraternel, le tout vécu sous le regard de Dieu et dans l’efficacité de ta mission d’offrande unique au Père, qui nous sauve de façon définitive : aide-moi à ne jamais dissocier mes temps forts de prière de mon agir de croyant qui reproduit ton image, convaincu, que je dois être, de toujours marcher en ta présence, et d’être rempli de ta grâce et de la force de ton Esprit Saint. AMEN.

08.02.2003.*

Évangile : Marc 6, 30-34

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

30 Les apôtres se réunissent auprès de Jésus, et ils lui rapportèrent tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné.
31 Et il leur dit: “Venez vous-mêmes à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu.” De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux que les apôtres n’avaient pas même le temps de manger.
32 Ils partirent donc dans la barque vers un lieu désert, à l’écart.
33 Les voyant s’éloigner, beaucoup comprirent, et de toutes les villes on accourut là-bas, à pied, et on les devança.
34 En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger, et il se mit à les enseigner longuement.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Cette page appartient au début du 3ème grand épisode du ministère public de Jésus dans l’Evangile de Marc, qui nous y fait percevoir les malentendus qui existent entre Jésus et ses disciples.

Ceux-ci ont, en effet, beaucoup de mal, tout au moins par moments, à comprendre le sens du message et de la mission de Jésus (6, 6b - 8, 21). Une 1ère partie, dans cet ensemble, est consacrée à l’envoi en mission des Douze disciples et à la mort de Jean Baptiste (6, 6b -34 : c’est ici que nous trouvons notre page de ce jour).

Nous assisterons ensuite à 2 séries d’actions puissantes de Jésus, chacune suivie d’une controverse (6, 35 - 7, 23 et 7, 24 - 8, 21).

2. Message

Nous remarquons, une fois de plus, une construction en forme de “sandwich”, comme cela se retrouve un certain nombre de fois dans cet Evangile de Marc : - l’envoi des disciples en mission (6, 6b -13), - la mort de Jean Baptiste (6,14 - 29), - le retour des disciples de leur mission (6, 30 - 34 : notre page).

Cette construction est déjà porteuse d’un message : être disciple peut conduire jusqu’à la souffrance et à la mort pour l’engagement que l’on a pris, et le sort subi par Jean Baptiste annonce ce que sera également le destin de Jésus, jusqu’au moins sa mise au tombeau.

On s’est pourtant demandé, à propos de ces versets de 6, 30 - 34, s’ils ne constituaient pas le commencement de la scène de la multiplication des pains pour 5000 hommes, qui va suivre immédiatement (6, 35 - 44).

Cependant, la relation du retour des disciples de leur mission d’avec leur envoi en cette mission (6, 6b -13), et les consignes que Jésus leur avait données à cette occasion, ainsi que la façon déjà notée, dont ces 2 passages concernant cette mission des Douze encadrent le récit de la mort de Jean le Baptiste (6, 14 - 29), nous invitent à bien laisser nos versets de ce jour dans l’ensemble 6, 6b - 34, qui forme la 1ère partie de ce 3ème grand épisode du ministère public de Jésus, dans lequel nous venons de le réjoindre.

Il n’en reste pas moins que plusieurs éléments se trouvent dans notre page, qui préparent déjà,de plus ou moins loin, cette scène de la multiplication des pains et des poissons.

Notre texte souligne la participation des disciples au ministère de Jésus, ainsi que l’enthousiasme de la foule pour retrouver Jésus, et la compassion que manifeste Jésus tant à l’égard de ses disciples fatigués que de la foule qui l’attend, tel un troupeau sans berger, dans l’endroit supposé désert où il se rend pour prendre un temps de repos.

3. Decouvertes

Au verset 31, le fait que Jésus et ses apôtres s’en vont dans un endroit de solitude, et n’ont pris que les denrées suffisantes à leur propres besoins alimentaires, met déjà en situation le repas miraculeux que Jésus va offrir aux 5000 hommes.

Au verset 33, il est clair que la foule va plus vite à pied que Jésus et ses disciples dans leur bateau. La présence inattendue de tous ces gens est un indice de plus de la multiplication de nourriture que Jésus va devoir réaliser pour nourrir tout ce monde.

Au verset 34, comparer cette foule à des brebis sans berger, se lit en écho à des passages de l’Ancien Testament (Nombres, 27, 17; 1 Rois, 22, 17; Ezéchiel, 34, 5 - 6).

4. Prolongement

La mission de Jésus est envoi vers les pauvres, ceux qui sont en manque de bien-être comme de valeurs. Elle est, certes, proclamation de l’Evangile tout au long du parcours qu’effectue Jésus.

Mais, chaque fois que l’occasion se présente, cette mission est réponse immédiate de Jésus à tous ceux qui viennent à lui et s’accrochent à lui. L’appel des petits et des pauvres semble toujours être pour Jésus une priorité absolue.

Transmettre à notre tour l’Evangile tient pour nous de la même nécessité. Relisons ce que Paul nous en déclare :

16 Annoncer l’Évangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !

17 Si j’avais l’initiative de cette tâche, j’aurais droit à une récompense; si je ne l’ai pas, c’est une charge qui m’est confiée. ,

18 Quelle est donc ma récompense ? C’est qu’en annonçant l’Evangile, j’offre gratuitement l’Evangile, sans user du droit que me confère l’Evangile.

19 Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre.

20 Je me suis fait Juif avec les Juifs, afin de gagner les Juifs; sujet de la Loi avec les sujets de la Loi - moi, qui ne suis pas sujet de la Loi - afin de gagner les sujets de la Loi.

21 Je me suis fait un sans-Ioi avec les sans-Ioi - moi qui ne suis pas sans une loi de Dieu, étant sous la loi du Christ - afin de gagner les sans-Ioi.

22 Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous…

Prière

*Seigneur Jésus, comme toi-même et comme Paul, ton apôtre, que je découvre, à mon tour, la grâce de considérer, en tous temps et en toutes situations, que l’annonce de ton Evangile, et le témoignage que je dois montrer, de la transformation qu’il opère en moi, sont toujours priorité croissante et absolue. AMEN.

07.02.2004.*


La Bible commentée · Liturgie du jour