📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture
Commentaire
1. Situation
Le Livre de Ben Sirach que nous lisons est la traduction grecque, réalisée vers 120 avant JC à partir du texte hébreu, d’un Livre de Sagesse rédigé, vers l’an 175 avant JC, par le grand père du traducteur, homme lui-même connu sous le nom de Jésus fils de Sirach.
Cet livre est l’un des rares de notre Bible dont l’auteur soit à ce point identifié, comme il est, d’ailleurs, la plus longue oeuvre de toute la Bible écrite par un seul homme.
L’auteur en est un scribe, féru de “sagesse”, qui se dépeint favorablement (voir 39, 1 - 11), c’est-à-dire un homme de piété, un pratiquant de l’étude de la Loi et de la prière, en même temps qu’un homme très ouvert à la sagesse des anciens et aux questions du monde de son temps.
Ce Livre de Ben Sirach n’est pas reconnu comme canonique par les Bibles Juives ou encore les Bibles des Eglises chrétiennes dépendant de la Réforme protestante. Il n’en a pas moins été fortement utilisé, même par ceux qui ne le situent pas dans la Bible.
Apparemment, ce Livre n’a guère de plan, sauf pour les chapitres 44 - 50 qui le concluent, et qui chantent les louanges des grands ” Anciens” d’Israël. C’est ici que se situe notre page d’éloge à David.
Dans le reste du Livre, les thèmes se mélangent et sont traités, à différentes reprises, en différents endroits du Livre.
2. Message
Cet éloge des Pères d’autrefois est un long rappel des personnes dont la vie peut servir d ‘exemple, et qui sont, à ce titre, louées. On ne trouve pas d’autres textes semblables dans nos Bibles, sauf, peut-être, en 1 Maccabées, 2, 51 - 60, et au chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux.
Dans son introduction à cette galerie de portraits d’hommes célèbres de l’Ancien Testament, parmi lesquels on trouvent des chefs, des rois, des prophètes et des sages, mais, étrangement pas de prêtres, Sirach déclare que tous ces personnages, dont il nous brosse l’image, ont laissé un souvenir immortel, demeurent des “références” en Israel, et “survivent” ainsi, soit d’eux-mêmes, par leur impact personnel dans l’histoire, soit par la fidélité à leur mémoire manfestée par leurs descendants.
Après une brève mention, du Prophète Nathan, le chapitre 47 traite des premiers rois, dont, bien entendu, David.
David y est d’abord glorifié pour ses exploits de jeunesse. Là où 1 Samuel, 17, 34 - 35, nous raconte que David sauvait les animaux qui lui étaient confiés des bêtes sauvages qui les attaquaient, en l’occurrence des lions et des ours, Sirach nous le montre jouant avec ces fauves comme s’ils étaient des agneaux ou des chevreaux, à la façon des prédictions sur les temps messianiques d’Isaïe, 11, 6 - 9.
De même, sa victoire de “jeune homme” contre le géant Goliath est rappelée en tant qu’exploit accompli avec la force du Dieu d’Israël, et en tant que prélude à son élévation royale et à ses victoires définitives contre les Philistins et tous les autres ennemis d’Israël.
Notre page insiste également très fortement sur la réputation de David, en tant qu’auteur des Psaumes et promoteur de la Liturgie, avant de rappeler, au verset 11, la promesse faite à David, au nom de Dieu, par Nathan, d’une dynastie qui règnerait longtemps, sinon toujours, sur Israël.
3. Decouvertes
Sur ce point précis de la promesse dynastique faite à David, et rappelée par Sirach, certains y lisent une allusion à l’espérance messianique.
Il est à noter toutefois que Ben Sirach ne parle pas de l’oracle de Nathan, et n’exprime aucune espérance ou attente précises d’une restauration de la “lignée” de David sur le trône d’Israël à son époque, ou dans un avenir proche ou lointain. Il se contente d’enregistrer la tradition Biblique et d’annoncer l’Alliance conclue entre Yahvé, d’une part, et David, et sa descendance, d’autre part.
On maintient, cependant, que Ben Sirach n’était pas, semble-t-il, attiré par cette perspective d’un roi messianique. Il s’intéressait davantage à l’importance, grande pour lui, de la dignité du grand prêtre, sur qui reposait toute l’autorité en Israël, à son époque.
Sa manière de parler de David, auteur des Psaumes, traduit une approche généralisée en Israël : de même que la Loi était attribuée à Moïse, la Sagesse à Salomon, les Psaumes l’étaient à David.
4. Prolongement
Voilà ce que 800 ans environ après David, un sage d’Israël écrivait à son sujet. C’est dire à quel point le souvenir de ce roi prestigieux, dont les péchés sont tout juste mentionnés pour indiquer qu’ils lui ont été pardonnés par Dieu, est demeuré vif en Israël, et le rôle qu’il a joué, considéré comme un grand “moment” de l’histoire du peuple de Dieu.
Pour nous, selon Hébreux 11 et 12, 1 - 4, tous ces grands noms de l’Ancien Testament sont des hommes qui nous ont précédés, nous entourent de leur foi, et nous invitent à nous tourner vers la seule référence, en qui tout a été définitivement “accompli” : le Christ Jésus, chef de notre foi, ” et qui la conduit à sa perfection ” , en son ministère de Parole et de gestes de salut, en sa mort, sa résurrection et son don de l’Esprit de Dieu, par lequel il nous accompagne sans cesse.
Prière
*Seigneur Jésus, en te remettant sans cesse à la volonté du Père jusqu’à la considérer comme ta nourriture, tu t’es manifesté comme l’unique “chef de notre foi”, que nous devons chercher à imiter, et c’est désormais dans la mesure où, dans ton Esprit Saint nous reproduisons ton image, que nous nous encourageons les uns les autres, et que nous nous offrons mutuellement une réalisation concrète de cette image, qui doit toujours renvoyer à l’original unique et irremplaçable que tu as été et demeures : aide-moi à ne jamais te lâcher du regard de mon coeur, à ne jamais m’arrêter à une autre référence que la tienne, le “Fils” unique du Père en qui nous sommes “fils”, et la seule “image parfaite du Dieu invisible”, en qui, définitivement, et pour sa plus grande gloire à nous partager en plénitude, Dieu s’est fait homme. AMEN.
06.02.2004.*
Évangile : Marc 6, 14-29
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
14 Le roi Hérode entendit parler de lui, car son nom était devenu célèbre, et l’on disait : ” Jean le Baptiste est ressuscité d’entre les morts ; d’où les pouvoirs miraculeux qui se déploient en sa personne. “
15 D’autres disaient : ” C’est Élie. ” Et d’autres disaient : ” C’est un prophète comme les autres prophètes. “
16 Hérode donc, en ayant entendu parler, disait : ” C’est Jean que j’ai fait décapiter, qui est ressuscité ! “
17 En effet, c’était lui Hérode qui avait envoyé arrêter Jean et l’enchaîner en prison, à cause d’Hérodiade, la femme de Philippe son frère qu’il avait épousée.
18 Car Jean disait à Hérode : ” Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère. “
19 Quant à Hérodiade, elle était acharnée contre lui et voulait le tuer, mais elle ne le pouvait pas,
20 parce qu’Hérode craignait Jean, sachant que c’était un homme juste et saint, et il le protégeait ; quand il l’avait entendu, il était fort perplexe, et c’était avec plaisir qu’il l’écoutait.
21 Or vint un jour propice, quand Hérode, à l’anniversaire de sa naissance, fit un banquet pour les grands de sa cour, les officiers et les principaux personnages de la Galilée :
22 la fille de ladite Hérodiade entra et dansa, et elle plut à Hérode et aux convives. Alors le roi dit à la jeune fille : ” Demande-moi ce que tu voudras, je te le donnerai. “
23 Et il lui fit un serment : ” Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, jusqu’à la moitié de mon royaume ! “
24 Elle sortit et dit à sa mère : ” Que vais-je demander ? ” - ” La tête de Jean le Baptiste ”, dit celle-ci.
25 Rentrant aussitôt en hâte auprès du roi, elle lui fit cette demande : ” Je veux que tout de suite tu me donnes sur un plat la tête de Jean le Baptiste. “
26 Le roi fut très contristé, mais à cause de ses serments et des convives, il ne voulut pas lui manquer de parole.
27 Et aussitôt le roi envoya un garde en lui ordonnant d’apporter la tête de Jean.
28 Le garde s’en alla et le décapita dans la prison ; puis il apporta sa tête sur un plat et la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère.
29 Les disciples de Jean, l’ayant appris, vinrent prendre son cadavre et le mirent dans un tombeau.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se situe au début de la 3ème étape du ministère de Jésus, au cours de laquelle la contestation de sa mission va continuer de grandir, alors que ses disciples eux-mêmes se montrent peu enclins à le comprendre vraiment.
2. Message
Voici qu’Hérode, Tétrarque de Galilée, entend parler de Jésus et des différentes interprétations que l’on propose de son identité, parmi lesquelles l’hypothèse qu’il serait Jean Baptiste ressuscité des morts.
Le fait qu’Hérode nous soit présenté comme se ralliant à cette dernière hypothèse fournit à Marc l’occasion de nous raconter le meurtre de Jean Baptiste, qu’il nous relate en un long récit détaillé, le seul récit de son Evangile qui ne nous parle pas de Jésus.
Qu’en retenir pour autant ? D’abord que Jean Baptiste est mort victime de sa mission prophétique, pour avoir reproché à Hérode son union illégitime avec Hérodiade. Il a ainsi rendu témoignage à la vérité de Dieu au prix de sa vie. Dans son martyre se dessine déjà la mort prochaine de Jésus lui-même, également en raison du rejet de sa mission.
D’autre part, en Marc, 9, 11 - 13, Jésus déclare ouvertement que dans la mission de Jean Baptiste s’est accompli le “retour d’Elie”, annoncé par le prophète Malachie, 3, 23 - 24, comme une venue qui précède de peu celle du Messie.
Enfin, notre page nous montre que l’identification de Jésus, comme étant Jean Baptiste ressuscité, n’était pas la seule hypothèse concernant Jésus. D’autres prétendent, en effet, qu’il est Elie, ou le Prophète-comme-Moïse, annoncé pour la fin des temps en Deutéronome 18, 15.
3. Decouvertes
Entre l’envoi des Douze en mission et leur retour (6, 6 - 13 et 6, 30), Marc insère cette remarque d’Hérode sur Jésus. Ce qui, dans le contexte de la montée de la contestation à l’encontre de Jésus, annonce le sort qui ne manquera pas de lui arriver à son tour.
Comme il n’était plus paru de prophète en Israël depuis trois siècles, on comprend cette tendance à vouloir identifier Jésus à l’un des prophètes du passé, ou à Jean Baptiste qui l’avait immédiatement précédé, et en qui l’on reconnaissait une reprise du prophétisme.
Ces différentes façons d’identifier Jésus anticipent la réponse que ses disciples donneront à Jésus lorsqu’il les interrogera lui-même à ce sujet, avant qu’il leur demande ce qu’eux-mêmes disent de lui , et que Simon Pierre le proclame devant tous comme étant le Christ (Marc, 8, 27 - 30).
A noter que le motif de la mort de Jean Baptiste est différent chez l’historien Juif Josèphe, contemporain des débuts de notre ère chrétienne. Selon Josèphe, Hérode aurait fait mourir Jean parce qu’il craignait une insurrection. Il faut reconnaître que l’attitude d’Hérode que nous dépeint Marc est bien peu crédible, lorsqu’il nous le montre à la fois plein de respect pour Jean Baptiste, et se sentant moralement obligé d’honorer un “chèque en blanc” qu’il avait malencontreusement donné à la fille d’Hérodiade.
4. Prolongement
33 Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : ” Tu es le roi des Juifs ? ”
34 Jésus répondit : ” Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? ”
35 Pilate répondit : ” Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi. Qu’as-tu fait ? ”
36 Jésus répondit : ” Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici. ”
37 Pilate lui dit : ” Donc tu es roi ? ” Jésus répondit : ” Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. “
Prière
*SEIGNEUR JESUS, TU NOUS AS DECLARE ÊTRE LE CHEMIN, LA VERITE ET LA VIE, ET C’EST BIEN EN CONFORMITE AVEC CETTE IDENTIFICATION QUE TU AS MENé TON EXISTENCE RISQUéE JUSQU’A EN MOURIR : DANS LA FORCE DE TON ESPRIT SAINT, REPANDU, APRES TA RESURRECTION, SUR TOUS CEUX QUI CROIENT EN TOI, DONNE-MOI DE T’IMITER VRAIMENT, EN TOUTES CIRCONSTANCES, EN PARCOURANT ET ANNONçANT CE MÊME CHEMIN A TA SUITE, AUJOURD’HUI ET DEMAIN. AMEN.
07.02.2003.*