📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Genèse 2, 18-25
DU LIVRE DE LA GENESE
Texte
18 Yahvé Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie.
19 Yahvé Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné.
20 L’homme donna des noms à tous les bestiaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes sauvages, mais, pour un homme, il ne trouva pas l’aide qui lui fût assortie.
21 Alors Yahvé Dieu fit tomber une torpeur sur l’homme, qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place.
22 Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme.
23 Alors celui-ci s’écria : Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée femme, car elle fut tirée de l’homme, celle-ci !
24 C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair.
25 Or tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, et ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre
Commentaire
1. Situation
Le Livre de la Genèse est le premier livre de la Bible, et le premier des 5 livres attribués à la tradition de Moïse, et dont les différents éléments qui le composent se sont additionnés pendant plusieurs siècles jusqu’au temps de la rédaction finale, aux environs du 6ème siècle, et très probablement après le retour de l’exil Babylonien.
Ce livre nous présente d’abord une histoire des origines des nations, avec la création du monde, ainsi que de l’homme et de la femme, la vie des générations d’avant le Déluge, le Déluge et la repopulation jusqu’au moment de la dispersion, suite à l’orgueil manifesté par les hommes de la grande ville de Babel, avec sa tour (1, 1 - 11, 26).
Nous y lisons, ensuite, dans une seconde grande partie, l’histoire des ancètres d’sraël (11, 27 - 50, 26), qui comprend le cycle d’Abraham et de Sarah (11, 27 - 25, 18), le cycle d’Isaac et Jacob (25, 19 - 36, 43), et, finalement, l’histoire de Joseph (37, 10 - 50, 26).
Les 11 premiers chapitres du Livre, dans lesquels se trouve notre page, constituent le Prologue de ce Livre de la Genèse. Ils nous rapportent l’activité de Dieu avant que l’univers vienne à exister, et que l’homme apparaisse. Ensuite, ils situent le plan de Dieu créant un monde selon son désir, mais qui est différent du nôtre, marqué par le péché de l’homme. Par exemple, le nombre très important d’années que vivent les grands personnages qui nous sont nommés, suggère bien cette différence d’avec notre réalité historique, dans laquelle le Livre entre dès l’appel d’Abraham, au chapitre 12. Les histoires diverses qui se succèdent dans ces 11 premiers chapitres, sont reliées par des généalogies plus ou moins “artificielles”.
Le but de toutes ces descriptions et de tous ces récits, au-delà de la satisfaction d’une légitime curiosité sur les origines de l’humanité, semble être de fortifier l’identité du Peuple d’Israël, et de le situer à sa place dans le concert des nations, et sur une carte du monde établie à partir d’une conception d’une origine humaine, unique et commune à tous les hommes de tous les temps (Genèse, 10). C’est également de montrer comment l’histoire d’Israël, en sa dimension religieuse, reflète, par son monothéisme unique, une fidélité à Dieu vu comme le seul et véritable Créateur du ciel et de la terre, Dieu dont l’unicité ne souffre aucun compromis.
D’autre part, ces chapitres, qui nous relatent le péché de l’homme et son expulsion de l’Eden, reflètent, en termes symboliques, le bannissement de sa terre, connu par Israël, et mérité en raison de son infidélité à Yahvé son Dieu, au temps de son exil babylonien. De la même façon, la vie sauve obtenue par Noé, et l’acceptation par Dieu du sacrifice qu’il lui offre après la fin du Déluge, traduisent à la fois la patience de Dieu et sa volonté de pardonner et de maintenir son plan de salut de l’humanité, qu’exprime à son tour le retour de l’Exil (l’exil et la fin de l’exil sont considérés comme étant la période à laquelle on rattache volontiers la rédaction de ces premiers chapitres du Livre de la Genèse).
2. Message
Cette page fait partie de l’ensemble 2, 4b - 3, 24, appelé habituellement le “2nd récit de la création et le récit de la chute”, qu’on a longtemps considéré comme beaucoup plus ancien, souvent de quelques siècles, que le 1er récit de la création (1, 1 -2, 4a), ce que certains mettent maintenant sérieusement en doute, en préférant y voir une réflexion de sagesse, chargée d’une tonalité mythologique, sur le chapitre précédent.
Cet ensemble nous raconte l’histoire d’un homme et d’une femme, et de ce qui leur est arrivé. Ils nous sont présentés comme le 1er homme et la 1ère femme, à la fois ancêtres et symboles de la race humaine. Ce qui veut dire que lorsque l’auteur nous dit : “voilà ce qui leur est arrivé”, il nous dit en même temps : “voilà comment se comportent les humains, et quelles en sont pour eux les conséquences”. Manger du fruit de l’arbre défendu est, en effet, quelque chose qui se répète sans cesse dans l’histoire des hommes. Dieu veut le bien de l’homme et de la femme, mais ceux-ci, attirés par des tentations subtiles, préfèrent s’affirmer eux-mêmes, vivre à partir d’eux-mêmes, ce qui leur permet peut-être de se connaître davantage avec les enjeux de leurs actions, mais qui a la conséquence désastreuse de rompre la relation intime qu’ils ont, ou qu’ils peuvent avoir, avec Dieu. La vie perd dès lors quasiment tout son sens pour eux, elle leur devient malheureuse et dure, même si Dieu, de son côté, n’abandonne pas totalement sa créature, et veille à sa préservation. Le peuple d’Israël, qui avait connu la dévastation et l’exil, ne pouvait manquer de saisir ce message puissant.
La référence à la création (2, 4b - 6) ne semble mise ici que pour servir de cadre à l’histoire de l’homme et de la femme, qui va suivre.
La création de la femme nous est présentée d’abord comme la réponse au besoin qu’a l’homme de quelqu’un avec qui communiquer, compagnie et partage que ne peuvent lui donner les animaux, qu’il est appelé à distinguer en les nommant, pour les dominer.
La femme est donc formée en vue de l’homme. Sa création, à partir d’une côte de l’homme endormi, se déroule dans le “mystère”, et l’homme n’en connaît tout au plus que le merveilleux résultat. Sous le symbole de la “côte”, le narrateur nous souligne le lien étroit qui unit l’homme et la femme dans une unité de nature, et donc une égalité.
A travers ces expressions imagées nous est ainsi présentée l’origine commune et la complémentarité de l’homme et de la femme. L’homme semble toujours à la recherche de quelque chose qui lui a été ravi, tandis que la femme vit dans la nostalgie de la carrière de chair d’où elle a été extraite. Quand il découvre sa femme, l’homme pousse devant elle un cri de ravissement et d’amour, ponctué par la triple répétition de “celle-ci”.
La femme nous étant ainsi montrée comme la plus proche de l’homme, le mariage, qui suppose que l’on quitte son père et sa mère, c’est-à-dire qu’on se libère de tout lien antérieur existant, pour un attachement total et réciproque entre époux, devient le lieu de l’unité à la fois la plus attendue et la plus complète entre l’homme et la femme.
3. Decouvertes
Nous découvrons la décision de Dieu de donner à l’homme une aide qui lui ressemble. Le fait que l’homme nomme les animaux que Dieu vient de créer, et qu’il lui présente en 2, 19-20, en détaille les différentes caractéristiques, et confirme la supériorité de l’homme et le rôle qui lui est confié de “dominer” sur les animaux.
Le récit de la création de la femme à partir d’une côte de l’homme, semble bien être le reflet d’une vieille tradition.
Aucune allusion au contenu des versets 21 - 22 ne se retrouve dans l’Ancien Testament. Dans le Nouveau Testament, voir 1 Corinthiens, 11, 8 et 1 Timothée, 2, 13.
Au verset 23, le mot “femme” (issâ) est déclaré, de façon erronée, dériver du mot “homme” (îs). Il s’agit tout au plus, d’un jeu de mots.
Le verset 24 exprime l’origine de la relation entre les deux sexes.
Le verser 25, qui nous mentionne la nudité de l’homme et de la femme, est à lire en relation avec 3, 8 - 11, plus loin dans le texte. Pour l’auteur, la “honte” n’est que la conséquence du péché et de sa découverte.
4. Prolongement
Relire l’enseignement de Jésus sur l’indissolubilité du mariage en Marc, 10, 9 et Matthieu, 19, 4 - 6, ainsi que les commentaires de Paul en 1 Corinthiens, 6, 16 et Ephésiens, 5, 31 - 33.
Belle reprise de notre texte dans cette phrase du Siracide :
24 Celui qui acquiert une femme a le principe de la fortune, une aide semblable à lui, une colonne d’appui.
Prière
*Seigneur Jésus, en participant à notre humanité, tu as eu, comme chacune et chacun de nous, a t’accueillir dans ton originalité d’homme ou de femme, à te situer face à des frères et des sœurs de ta parenté ou devenus tes disciples, et c’est dans ce cadre et cette expérience, que tu nous as confirmé le mystère de l’unité de l’homme et de la femme dans le mariage, selon la volonté de Dieu, et que tu as, par ton double “OUI” au Père, ainsi qu’à tes frères et sœurs, réalisé une unité semblable entre toi-même et le peuple entier de tous ceux qui, par toi, ont rencontre Dieu qui les sauve définitivement : donne moi de toujours venerer le mystère profond de notre humanité, qu’expriment nos frères et sœurs dans leur union matrimoniale, de même que le mystère de l’unité de Dieu avec chacune et chacun de nous, achève en ta mort-résurrection, et communique dans l’Esprit Saint que tu nous donnes. AMEN.
13.02.2003.*
Évangile : Marc 7, 24-30
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
24 Partant de là, il s’en alla dans le territoire de Tyr. Etant entré dans une maison, il ne voulait pas que personne le sût, mais il ne put rester ignoré.
25 Car aussitôt une femme, dont la petite fille avait un esprit impur, entendit parler de lui et vint se jeter à ses pieds.
26 Cette femme était grecque, syrophénicienne de naissance, et elle le priait d’expulser le démon hors de sa fille.
27 Et il lui disait: “Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens.”
28 Mais elle de répliquer et de lui dire: “Oui, Seigneur! et les petits chiens sous la table mangent les miettes des enfants!“
29 Alors il lui dit: “A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille.”
30 Elle retourna dans sa maison et trouva l’enfant étendue sur son lit et le démon parti.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :
- Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
- Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
- Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
- Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52),
- Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
- Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se situe au cours de la 3ème étape du ministère de Jésus, au cours de laquelle la contestation de sa mission va continuer de grandir, alors que ses disciples eux-mêmes se montrent peu enclins à le comprendre vraiment.
2. Message
Suite à sa discussion avec les Pharisiens sur le pur et l’impur, Jésus fait de nouveau une incursion hors de Palestine, sans doute pour visiter des communautés Juives résidant à l’étranger, mais, même en ces lieux, sa réputation le précède et l’accompagne et il a du mal à demeurer caché, sans se faire remarquer.
Dérangé par une habitante locale païenne qui le supplie de délivrer sa fille d’un esprit mauvais, il lui fait d’abord comprendre crûment qu’elle n’appartient pas à la descendance d’Abraham, qui seule a reçu directement, et gratuitement, promesse et bénédiction de Dieu.
Ce à quoi elle répond avec une très profonde humilité, manifestant qu’elle a conscience de n’avoir aucun droit à revendiquer, mais qui ne l’empêche pas de faire, avec une totale confiance, appel à recevoir quelques petits restes du repas du salut, c’est-à-dire appel à un “surcroît” de miséricorde et de gratuité de la part de Jésus, qui accueille et exauce une telle réponse.
3. Decouvertes
Le thème central de cette page est moins la guérison opérée par Jésus que le dialogue entre Jésus et cette femme, qui a l’audace de lui faire remarquer que les non-Juifs peuvent avoir au moins une toute petite place dans le plan de salut de Dieu.
La formulation de Jésus : “Laisse d’abord les enfants se rassasier”, sera reprise par Paul, aussi bien dans ses lettres que par ce qui nous rapporté de sa maniére d’annoncer l’Evangile dans les Actes des Apôtres : l’Evangile est d’abord annoncé aux Juifs, et ensuite seulement aux “grecs”, c’est-à-dire aux païens (Romains, 1, 16 et Actes 13 et 28).
Comme les Juifs traitaient souvent les païens de “chiens”, la réponse de Jésus à cette femme paraît empreinte d’une rudesse certaine. Il n’est cependant pas exclu que ces paroles dures de Jésus aient manifesté une “tactique” de sa part pour inviter cette femme à lui répondre.
La réponse de la femme va d’ailleurs dans le sens de celle de Jésus : le “d’abord” les Juifs, du verset 27 n’exclut pas que les autres puissent avoir “ensuite” leur part. Mais la femme se limite à demander quelques miettes tombées par terre, et que les “chiens” pouvaient souvent facilement se procurer ainsi. Pour cette expression des “miettes sous la table”, voir Juges, 1, 7.
Jésus guérit l’enfant à distance, ou constate qu’elle est déjà guérie. Ce que la maman de la fillette vérifie concrètement.
Il est remarquable que cette païenne fasse à Jésus une réponse d’une telle qualité de foi, que ses disciples n’ont pas été jusque là capables de lui faire. Jésus avait réservé son ministère public à Israël, mais, dans la ligne de sa discussion précédente sur le pur et l’impur, dans laquelle il a rejeté les formes d’impureté légale et les pratiques rituelles de purification, il ne considère pas les païens (ni les lépreux, ni les Samaritains) comme impurs.
4. Prolongement
C’est la foi au Christ qui nous sauve : lorsque nous reconnaissons que nous sommes totalement démunis, impuissants, incapables d’aucune revendication légitime, c’est alors que nous sommes les mieux placés pour une supplication qui est un appel gratuit à la pure miséricorde de Dieu : “aie pitié de moi pécheur”.
Telle fut la supplication du larron crucifié avec Jésus, dans le récit de la Passion selon Luc, au chapitre 23 de son Evangile. Qui est pauvre et complètemet détaché de lui-même peut se tourner vers Dieu ou vers le Christ avec toutes les audaces de qui n’a plus rien à perdre et tout à gagner.
Le centurion de Capharnaüm en Matthieu, 9, 5 - 13, cette femme Cananéenne, ainsi que le centurion témoin de la mort de Jésus sur sa croix en Marc, 15, 39, sont tous trois des païens qui nous sont déclarés par Jésus ou présentés par l’Evangéliste comme des modèles de croyants ayant manifesté une foi profonde et totale en Jésus de façon spontanée.
En sommes-nous suffisamment capables ?
Prière
*Seigneur Jésus, je crois en toi, je suis disposé à te suivre partout où tu me conduis par ton Esprit Saint à toujours essayer de te donner la première place en ma vie, et d’aimer comme tu nous as aimés, de cet amour reçu du Père et que tu nous as transmis : de grâce, viens augmenter ma foi, et en faire l’attitude de confiance totale et de pauvreté radicale que tu attends de moi. AMEN.
- 02.2004.*