📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture
Commentaire
1. Situation
Les 2 Livres des Rois constituent la 4ème partie de ce que la tradition appelle “Les Premiers Prophètes” (Josué, Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois). Il semble bien que la division entre les Livres de Samuel et les Livres des Rois soit arbitraire. L’est encore plus celle qui sépare les 2 Livres des Rois, qui, de fait, sont un seul et même ouvrage.
Depuis plus d’un demi siècle, l’on pense qu’il existe une réelle unité entre tous ces Livres, dits des “Premiers Prophètes”, et qui serait dûe au fait qu’ils auraient été mis au point, en leur forme finale, tout au moins, dans le cadre d’une seule école, l’Ecole Deutéronomiste, même si l’on peut estimer que tous ces Livres ont été revus vers la fin de l’époque de l’Exil.
Le but de ces 2 Livres des Rois, dans tout cet ensemble, serait simplement d’abord d’expliquer comment l’histoire des royaumes d’Israël et de Juda s’est terminée par l’Exil, ce qui n’a toutefois pas empêché le peuple Hébreu d’être le peuple de Dieu bien avant l’instauration de la royauté et de continuer à l’être, bien après la fin de cette période royale.
En effet, ces 2 royaumes, personnalisés par leurs rois, furent, pendant la très grande majorité du temps de leur existence, infidèles à Yahvé-Dieu, entretinrent des cultes aux divinités païennes environnantes, si bien que seule leur destruction pouvait être la sanction normale d’un tel péché.
D’autres thèmes traversent cependant ces livres des Rois : la référence à la figure de David, le roi fidèle à Yahvé, le rappel du péché de Jéroboam 1er, qui avait fondé un culte schismatique dans son royaume du Nord, l’importance du Temple et l’apparition des envoyés de Dieu que furent quelques premières grandes personnalités de prophètes tels que Elie, Elisée, Michée ben Yimla.
En gros, ces 2 Livres des Rois se divisent en 3 grandes parties: - le règne de Salomon le Magnifique (1 Rois, 1, 1 - 11, 43), - une histoire synchronique des royaumes d’Israël et de Juda jusqu’à la fin du royaume du Nord (1 Rois, 12, 1 - 2 Rois, 17, 41), - le royaume de Juda jusqu’à l’Exil de Babylone, après la destruction du royaume d’Israël (2 Rois, 18, 1 - 25, 30)..
Nous continuons de suivre en cette page le déroulement du règne de Salomon, qui maintenant touche à sa fin.
En cette période du Règne de Salomon, après son accession au trône de David, son père, l’affermissement de son pouvoir par la destruction de ses adversaires, les dons de Dieu au nouveau roi (1, 1 - 5, 14), l’achèvement et la dédicace du Temple de Jérusalem (5, 15 - 9, 9), Salomon est à l’apogée de sa gloire : le Seigneur lui a prodigué ses dons merveilleux de sagesse et de grande richesse et prospérité, autant de dons que les gens d’Israël ne sont pas seuls à apprécier.
Cependant, Salomon vieillissant va s’éloigner de la fidélté qu’avait montrée son Père David à l’égard du Seigneur.
2. Message
La question demeure persistante tout au long de l’histoire d’Israël en terre de Palestine : Israël, peuple de Dieu, peut-il être simplement une nation comme les autres ? Comment vit-il sa dépendance du Seigneur selon le don de l’Alliance qui lui a été fait ?
Salomon, élu de Dieu après son père David, choyé par Dieu qui l’inonde de ses dons, roi d’une nation prospère qui s’ouvre au monde extérieur, fait du commerce, établit des alliances avec les autres peuples, a effectué un certain nombre de mariages “politiques”, en épousant des femmes étrangères de familles royales ou de haut rang, qui sont donc venues s’installer en terre d’Israël avec leurs divinités païennes respectives, auxquelles Salomon finit par construire des temples, leur accordant ainsi une reconnaissance officielle.
Qque devient dans ce cas le 1er commandement du Sinaï, fondateur et condition majeure de l’Alliance avec Dieu : “tu n’auras pas d’autres dieux que moi” ?
Il est manifeste que Salomon a violé l’Alliance avec Dieu, qui, donc, va tenir compte de ce péché, tout en demeurant fidèle à la promesse d’une dynastie qu’il avait faite à David (2 Samuel, 7), mais en la limitant désormais à la seule tribu de Juda, d’où était issu David, ainsi qu’à la ville de Jérusalem, “cité de David”.
C’est ainsi que le règne de Salomon va se terminer de manière désastreuse.
3. Decouvertes
Notre page nous offre d’abord un certain nombre de remarques détaillant les déviations de Salomon (11, 1 - 8), suivies d’un oracle divin de condamnation de la conduite de ce roi (11, 9 - 13).
Cette fin tragique du règne de Salomon (11, 1 - 13) est à lire en parallèle constrasté avec 3, 1 - 15, où nous était présenté le début, plein de promesses, de son règne.
La mauvaise conduite de Salomon nous est bien résumée dans la phrase du verset 6 : ” Il fit ce qui déplaît à Yahvé et il ne lui obéit pas parfaitement comme son père David”.
Tous les thèmes de 3, 1 - 3 sont repris ici : d’abord, lors de son premier mariage politique avec la fille de Pharaon d’Egypte, Salomon réservait son amour réel pour le Seigneur, tandis que maintenant il aime vraiment ses épouses étrangères, au point de tolérer et de favoriser même le culte de leurs idoles. De même, son beau projet initial de construire un Temple unqiue à Yahvé-Dieu d’Israël (3, 1) se trouve maintenant concurrencé par la construction de nombreux temples en l’honneur des idoles païennes. Enfin, alors que le Temple construit en l’honneur deYahvé devait mettre fin aux lieux de culte sur les hauteurs du pays (3, 2), voici que Salomon érige maintenant des temples pour célébrer sur les hauteurs les divinités du paganisme.
Notons également que si la 1ère Parole adressée par Dieu à Salomon était une réponse à la piété de ce roi (3, 1 - 15), Dieu s’adresse ici une dernière fois à lui pour condamner le culte idolâtre qu’il a développé en terre d’Israël.
Tout en étant fidèle à sa promesse de maintenir en place la dynastie de David, Dieu tient néanmoins compte des conditions qu’il y avait attachées, et qui n’ont pas été respectées (voir 3, 14; 6, 12; 9, 4 - 5).
Les femmes étrangères ont été souvent considérées dans la Bible comme une tentation mettant en danger la loyauté au Dieu d’Israël.
Les textes bibliques de l’Ancien Testament qui nous relatent cette époque nous montrent bien que les décisions et actions des hommes engagent la prospérité ou le malheur de leur avenir, selon qu’elles se sont situées ou non dans la fidélité à Dieu. Ce que constestera fortement tout le livre de Job, et que refusera explicitement Jésus (Luc, 13, 1 - 5 et Jean, 9, 2 - 3).
4. Prolongement
Avec l’arrivée, le déroulement et le terme de la mission de Jésus, qui, ressuscité des morts, nous donne son Esprit Saint, nous sommes appelés à mener toute notre existence dans une démarche de foi, c’est-à-dire de confiance totale en la Parole de Dieu qui nous atteint et nous sauve par Jésus Christ.
Cette confiance la plus totale possible implique que nous essayions d’imiter Jésus, que nous suivions ses conseils et ses commandements dans l’obéissance, et, même si nous ne méritons rien car tout est grâce en notre relation à Dieu par Jésus dans l’Esprit d’un bout à l’autre, nos paroles et actions effectuées dans le cadre de cette grâce sont autant de fruits que nous portons si nous demeurons en Jésus, ou attachés à lui : relire Jean 15, Ephésiens, 2, 4 - 10 et Galates 5, 6, sans compter que tel est le thème central développé par Paul dans ses Lettres aux Galates et aux Romains.
Tel est bien ce qui se passe en nous quand notre foi agit par l’amour.
Prière
*Seigneur Jésus, tu n’attends de moi qu’une seule attitude : que je te fasse totalement confiance dans la foi, en me remettant à toi avec un coeur de pauvre, et en me laissant de plus en plus conduire par toi, à qui j’ai abandonné la maîtrise de mon existence : donne-moi la force de vivre cette exigence qui est remplie de vérité, de lumière et d’amour, dans tous les domaines et moments de mon parcours humain, vécus sous la mouvance et dans la présence de ton Esprit qui habite en moi. AMEN.
12.02.2004.*
Évangile : Marc 7, 24-30
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
24 Partant de là, il s’en alla dans le territoire de Tyr. Etant entré dans une maison, il ne voulait pas que personne le sût, mais il ne put rester ignoré.
25 Car aussitôt une femme, dont la petite fille avait un esprit impur, entendit parler de lui et vint se jeter à ses pieds.
26 Cette femme était grecque, syrophénicienne de naissance, et elle le priait d’expulser le démon hors de sa fille.
27 Et il lui disait: “Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens.”
28 Mais elle de répliquer et de lui dire: “Oui, Seigneur! et les petits chiens sous la table mangent les miettes des enfants!“
29 Alors il lui dit: “A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille.”
30 Elle retourna dans sa maison et trouva l’enfant étendue sur son lit et le démon parti.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :
- Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
- Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
- Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
- Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52),
- Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
- Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se situe au cours de la 3ème étape du ministère de Jésus, au cours de laquelle la contestation de sa mission va continuer de grandir, alors que ses disciples eux-mêmes se montrent peu enclins à le comprendre vraiment.
2. Message
Suite à sa discussion avec les Pharisiens sur le pur et l’impur, Jésus fait de nouveau une incursion hors de Palestine, sans doute pour visiter des communautés Juives résidant à l’étranger, mais, même en ces lieux, sa réputation le précède et l’accompagne et il a du mal à demeurer caché, sans se faire remarquer.
Dérangé par une habitante locale païenne qui le supplie de délivrer sa fille d’un esprit mauvais, il lui fait d’abord comprendre crûment qu’elle n’appartient pas à la descendance d’Abraham, qui seule a reçu directement, et gratuitement, promesse et bénédiction de Dieu.
Ce à quoi elle répond avec une très profonde humilité, manifestant qu’elle a conscience de n’avoir aucun droit à revendiquer, mais qui ne l’empêche pas de faire, avec une totale confiance, appel à recevoir quelques petits restes du repas du salut, c’est-à-dire appel à un “surcroît” de miséricorde et de gratuité de la part de Jésus, qui accueille et exauce une telle réponse.
3. Decouvertes
Le thème central de cette page est moins la guérison opérée par Jésus que le dialogue entre Jésus et cette femme, qui a l’audace de lui faire remarquer que les non-Juifs peuvent avoir au moins une toute petite place dans le plan de salut de Dieu.
La formulation de Jésus : “Laisse d’abord les enfants se rassasier”, sera reprise par Paul, aussi bien dans ses lettres que par ce qui nous rapporté de sa maniére d’annoncer l’Evangile dans les Actes des Apôtres : l’Evangile est d’abord annoncé aux Juifs, et ensuite seulement aux “grecs”, c’est-à-dire aux païens (Romains, 1, 16 et Actes 13 et 28).
Comme les Juifs traitaient souvent les païens de “chiens”, la réponse de Jésus à cette femme paraît empreinte d’une rudesse certaine. Il n’est cependant pas exclu que ces paroles dures de Jésus aient manifesté une “tactique” de sa part pour inviter cette femme à lui répondre.
La réponse de la femme va d’ailleurs dans le sens de celle de Jésus : le “d’abord” les Juifs, du verset 27 n’exclut pas que les autres puissent avoir “ensuite” leur part. Mais la femme se limite à demander quelques miettes tombées par terre, et que les “chiens” pouvaient souvent facilement se procurer ainsi. Pour cette expression des “miettes sous la table”, voir Juges, 1, 7.
Jésus guérit l’enfant à distance, ou constate qu’elle est déjà guérie. Ce que la maman de la fillette vérifie concrètement.
Il est remarquable que cette païenne fasse à Jésus une réponse d’une telle qualité de foi, que ses disciples n’ont pas été jusque là capables de lui faire. Jésus avait réservé son ministère public à Israël, mais, dans la ligne de sa discussion précédente sur le pur et l’impur, dans laquelle il a rejeté les formes d’impureté légale et les pratiques rituelles de purification, il ne considère pas les païens (ni les lépreux, ni les Samaritains) comme impurs.
4. Prolongement
C’est la foi au Christ qui nous sauve : lorsque nous reconnaissons que nous sommes totalement démunis, impuissants, incapables d’aucune revendication légitime, c’est alors que nous sommes les mieux placés pour une supplication qui est un appel gratuit à la pure miséricorde de Dieu : “aie pitié de moi pécheur”.
Telle fut la supplication du larron crucifié avec Jésus, dans le récit de la Passion selon Luc, au chapitre 23 de son Evangile. Qui est pauvre et complètemet détaché de lui-même peut se tourner vers Dieu ou vers le Christ avec toutes les audaces de qui n’a plus rien à perdre et tout à gagner.
Le centurion de Capharnaüm en Matthieu, 9, 5 - 13, cette femme Cananéenne, ainsi que le centurion témoin de la mort de Jésus sur sa croix en Marc, 15, 39, sont tous trois des païens qui nous sont déclarés par Jésus ou présentés par l’Evangéliste comme des modèles de croyants ayant manifesté une foi profonde et totale en Jésus de façon spontanée.
En sommes-nous suffisamment capables ?
Prière
*Seigneur Jésus, je crois en toi, je suis disposé à te suivre partout où tu me conduis par ton Esprit Saint à toujours essayer de te donner la première place en ma vie, et d’aimer comme tu nous as aimés, de cet amour reçu du Père et que tu nous as transmis : de grâce, viens augmenter ma foi, et en faire l’attitude de confiance totale et de pauvreté radicale que tu attends de moi. AMEN.
- 02.2004.*