📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Genèse 1, 1-31

DU LIVRE DE LA GENESE

Texte

20 Dieu dit : Que les eaux grouillent d’un grouillement d’êtres vivants et que des oiseaux volent au-dessus de la terre contre le firmament du ciel et il en fut ainsi.
21 Dieu créa les grands serpents de mer et tous les êtres vivants qui glissent et qui grouillent dans les eaux selon leur espèce, et toute la gent ailée selon son espèce, et Dieu vit que cela était bon.
22 Dieu les bénit et dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez l’eau des mers, et que les oiseaux multiplient sur la terre.
23 Il y eut un soir et il y eut un matin : cinquième jour.
24 Dieu dit : Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce : bestiaux, bestioles, bêtes sauvages selon leur espèce et il en fut ainsi.
25 Dieu fit les bêtes sauvages selon leur espèce, les bestiaux selon leur espèce et toutes les bestioles du sol selon leur espèce, et Dieu vit que cela était bon.
26 Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.
27 Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.
28 Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre.
29 Dieu dit : Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture.
30 A toutes les bêtes sauvages, à tous les oiseaux du ciel, à tout ce qui rampe sur la terre et qui est animé de vie, je donne pour nourriture toute la verdure des plantes et il en fut ainsi.
31 Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : sixième jour.
1 Ainsi furent achevés le ciel et la terre, avec toute leur armée.
2 Dieu conclut au septième jour l’ouvrage qu’il avait fait et, au septième jour, il chôma, après tout l’ouvrage qu’il avait fait.
3 Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car il avait chômé après tout son ouvrage de création.
4 Telle fut l’histoire du ciel et de la terre, quand ils furent créés.

Commentaire

1. Situation

Le Livre de la Genèse est le premier livre de la Bible, et le premier des 5 livres attribués à la tradition de Moïse, et dont les différents éléments qui le composent se sont additionnés pendant plusieurs siècles jusqu’au temps de la rédaction finale, aux environs du 6ème siècle, et très probablement après le retour de l’exil Babylonien.

Ce livre nous présente d’abord une histoire des origines des nations, avec la création du monde, ainsi que de l’homme et de la femme, la vie des générations d’avant le Déluge, le Déluge et la repopulation jusqu’au moment de la dispersion, suite à l’orgueil manifesté par les hommes de la grande ville de Babel, avec sa tour (1, 1 - 11, 26).

Nous y lisons, ensuite, dans une seconde grande partie, l’histoire des ancètres d’sraël (11, 27 - 50, 26), qui comprend le cycle d’Abraham et de Sarah (11, 27 - 25, 18), le cycle d’Isaac et Jacob (25, 19 - 36, 43), et, finalement, l’histoire de Joseph (37, 10 - 50, 26).


Les 11 premiers chapitres du Livre, dans lesquels se trouve notre page, constituent le Prologue de ce Livre de la Genèse. Ils nous rapportent l’activité de Dieu avant que l’univers vienne à exister, et que l’homme apparaisse. Ensuite, ils situent le plan de Dieu créant un monde selon son désir, mais qui est différent du nôtre, marqué par le péché de l’homme. Par exemple, le nombre très important d’années que vivent les grands personnages qui nous sont nommés, suggère bien cette différence d’avec notre réalité historique, dans laquelle le Livre entre dès l’appel d’Abraham, au chapitre 12. Les histoires diverses qui se succèdent dans ces 11 premiers chapitres, sont reliées par des généalogies plus ou moins “artificielles”.

Le but de toutes ces descriptions et de tous ces récits, au-delà de la satisfaction d’une légitime curiosité sur les origines de l’humanité, semble être de fortifier l’identité du Peuple d’Israël, et de le situer à sa place dans le concert des nations, et sur une carte du monde établie à partir d’une conception d’une origine humaine, unique et commune à tous les hommes de tous les temps (Genèse, 10). C’est également de montrer comment l’histoire d’Israël, en sa dimension religieuse, reflète, par son monothéisme unique, une fidélité à Dieu vu comme le seul et véritable Créateur du ciel et de la terre, Dieu dont l’unicité ne souffre aucun compromis.

D’autre part, ces chapitres, qui nous relatent le péché de l’homme et son expulsion de l’Eden, reflètent, en termes symboliques, le bannissement de sa terre, connu par Israël, et mérité en raison de son infidélité à Yahvé son Dieu, au temps de son exil babylonien. De la même façon, la vie sauve obtenue par Noé, et l’acceptation par Dieu du sacrifice qu’il lui offre après la fin du Déluge, traduisent à la fois la patience de Dieu et sa volonté de pardonner et de maintenir son plan de salut de l’humanité, qu’exprime à son tour le retour de l’Exil (l’exil et la fin de l’exil sont considérés comme étant la période à laquelle on rattache volontiers la rédaction de ces premiers chapitres du Livre de la Genèse).

2. Message

A la différence des récits non bibliques de la création du monde, celui-ci est, d’une part, absolument “monothéiste”, et, d’autre part, nous présente un Dieu souverain et sans égal, qui n’à pas à livrer le moindre combat contre quelque autre être existant que ce soit, pour créer le monde.

Si ce magnifique récit de la création (1, 1 - 2, 4), dont nous lisons aujourd’hui les 5ème, 6ème et 7ème jours de Dieu, ne nous explique en rien pourquoi, et dans quel but, Dieu a ainsi créé le monde, il nous montre néanmoins clairement que le projet de Dieu, dans cet acte créateur, est bien de tout conduire et centrer sur la création de l’homme, sommet de l’activité créatrice de Dieu.

Tout ce qui a été créé auparavant dans les jours précédents (la lumière, le jour et la nuit, la terre sèche, les corps célestes, les plantes et les animaux), tout cela est ordonné à la vie de l’homme, et à ses possibilités, puisque l’homme reçoit les plantes pour s’en nourrir, et se voit confié un pouvoir sur les animaux.

Par dessus tout, l’homme est créé “à l’image et à la ressemblance” de Dieu (1, 26 - 27). Ce qui , au delà de toutes les interprétations différentes qu’on a pu en donner, exprime bien que l’homme est “à part”, et jouit d’un autre statut que le reste des créatures, car il est placé dans une relation, particulière et unique, avec Dieu lui-même.

Les répétitions régulières dans le texte, qui constatent que Dieu voit que ce qu’il fait est bon, jusqu’à la déclaration finale “Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et cela était très bon” nous renvoient à une image de “Dieu artisan et artiste”, content de son oeuvre, qui correspond à son projet, et qui, du même coup, traduit à la fois l’intention de qualité poursuivie par son auteur, et la qualité du travail accompli. Le terme “bon” semble devoir être pris ici comme synonyme de “utile au service de l’homme”, sommet de la création.

D’un bout à l’autre de ce récit de la création, Dieu crée par sa Parole, immédiatement suivie d’effet : Il parle, ce qu’il dit est fait, ce qu’il veut existe.

Le monde créé est bien notre terre, vue de façon non scientifique, à la manière dont les hommes des 5 ou 6ème siècles avant JC la percevaient, avec sa plateforme stable séparée des mers, sa voûte céleste, ses réservoirs d’eau constitués sous la terre et au-dessus des cieux. La voûte céleste pourvoit à la distribution de la Lumière, elle-même créée avant le soleil qui la distribue le jour, et la lune qui en fait autant la nuit.

Cette description du cosmos correspond d’autre part à celle d’un Temple, avec ses deux grands luminaires jaillissant de sa voûte ornée d’étoiles. Ce Temple n’a pas besoin d’une représentation directe de Dieu, qui sera toujours interdite en Israël, car l’image de Dieu qui en est le centre, n’est autre que l’homme vivant que Dieu vient juste de créer.

A noter également que l’homme est proclamé “lieutenant” de Dieu, c’est-à-dire “tenant-lieu” de Dieu, chargé du monde, et non pas “maître” de ce monde, qui, ne l’oublions jamais, lui a été confié gratuitement, aussi gratuitement que son être propre qu’il n’a pu “programmer”. S’il peut, certes, en tirer profit, il n’a jamais le droit de se l’annexer, et se doit donc de le respecter entièrement.

A ce stade de son origine, l’homme est créé “végétarien”. Ce n’est qu’après l’événement, à la fois punitif et sauveur, du Déluge, qu’il aura le droit de verser le sang des animaux. Par son péché, l’homme aura alors brisé l’harmonie primitive entre les vivants, harmonie jamais totalement reconstituée.

3. Decouvertes

D’autres récits de la création, d’origine certainement différente, existent dans l’Ancien Testament, à commencer par celui, considéré comme beaucoup plus ancien, des chapitres 2 et suivants de la Genèse (confection de l’homme à partir de la glaise et du souffle de Dieu, création de la femme, don, puis expulsion de l’Eden, suite à la désobéissance, etc.). Voir également Psaume 74, 13 - 14, Isaïe, 51, 9, Proverbes, 8, 22 - 31, ainsi que des passages çà et là dans le Livre de Job.

On s’est interrogé sur la 1ère personne du pluriel utilisée à propos de la création de l’homme : “Faisons l’homme…”, allusion probable à une cour d’êtres célestes que Dieu se serait constituée auparavant, et devant laquelle il crée particulièrement l’homme.

“L’image” et la “ressemblance” (1, 26 - 27) sont à prendre dans le même sens. L’homme ressemble ainsi à Dieu d’une façon bien distincte des animaux (1, 28 et Psaume 8, 3 - 8). Cette “ressemblance” se situe probablement dans la capacité de l’homme à communiquer avec Dieu selon un esprit, une pensée et une parole qui ont du “sens”.

Le repos de Dieu au 7ème jour implique et explique le repos du Sabbat, jour, qui, de ce fait, sera saint (2, 3 et Exode, 20, 8 et 11).

4. Prolongement

Le salut actuellement offert à l’homme dans le Christ ressuscité est à présent réception de cette première création transformée en création nouvelle. Le Christ, en toutes ses dimensions de Verbe de Dieu fait homme, nous est présenté comme auteur-acteur de ces deux créations.

17 Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là.

18 Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation.

19 Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation

20 Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ,

21 qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire, avec cette force qu’il a de pouvoir même se soumettre toutes choses.

1 Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle - car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus.

2 Je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux.

3 J’entendis alors une voix clamer, du trône : ” Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu.

4 Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. ”

5 Alors, Celui qui siège sur le trône déclara : ” Voici, je fais l’univers nouveau. ”

1 Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu.

2 Il était au commencement avec Dieu.

3 Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut.

4 Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes.

5 et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie.

15 Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature,

16 car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui.

17 Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui.

18 Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église : Il est le Principe, Premier-né d’entre les morts, il fallait qu’il obtînt en tout la primauté ,

19 car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude

20 et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.

Prière

*Seigneur Jésus, en toi se trouve la réalité de Dieu créateur, qui, par toi et en toi, en ta qualité de verbe de Dieu, a crée toutes choses, en toi se trouve tout autant notre réalité humaine d’image de Dieu portée à son point le plus sublime, dans la mesure où tu es l’image parfaite du Dieu invisible et le premier-ne de toute creature : donne-moi de vivre dans l’action de grâces cette unité entre ce que j’ai reçu de Dieu mon créateur, et de toi, l’agent de cette création initiale et de cette création nouvelle, qui inaugure en moi la transfiguration définitive, par le don de ton Esprit Saint, qui me rend capable de devenir toujours plus fils de lumière à ton image et à ta ressemblance. AMEN.

11.02.2003.*

Évangile : Marc 7, 1-13

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

1 Les Pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem se rassemblent auprès de lui,
2 et voyant quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées —
3 les Pharisiens, en effet, et tous les Juifs ne mangent pas sans s’être lavé les bras jusqu’au coude, conformément à la tradition des anciens,
4 et ils ne mangent pas au retour de la place publique avant de s’être aspergés d’eau, et il y a beaucoup d’autres pratiques qu’ils observent par tradition: lavages de coupes, de cruches et de plats d’airain — ,
5 donc les Pharisiens et les scribes l’interrogent: “Pourquoi tes disciples ne se comportent-ils pas suivant la tradition des anciens, mais prennent-ils leur repas avec des mains impures?“
6 Il leur dit: “Isaïe a bien prophétisé de vous, hypocrites, ainsi qu’il est écrit: Ce peuple m’honore des lèvres; mais leur coeur est loin de moi.
7 Vain est le culte qu’ils me rendent, les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains.
8 Vous mettez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes.”
9 Et il leur disait: “Vous annulez bel et bien le commandement de Dieu pour observer votre tradition.
10 En effet, Moïse a dit: Rends tes devoirs à ton père et à ta mère, et: Que celui qui maudit son père ou sa mère, soit puni de mort.
11 Mais vous, vous dites: Si un homme dit à son père ou à sa mère: Je déclare korbân (c’est-à-dire offrande sacrée) les biens dont j’aurais pu t’assister,
12 vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère
13 et vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous vous êtes transmise. Et vous faites bien d’autres choses du même genre.”

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :

  • Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
  • Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
  • Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
  • Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52),
  • Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
  • Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).

Dans le 3ème grand épisode du ministère public de Jésus, qui nous le montre affronté à des malentendus, y compris avec ses disciples (6, 6b - 8, 21), après la mission accomplie par les Douze apôtres (6, 6b -34), Jésus vient de réaliser quelques actions puissantes : une multiplication des pains pour 5000 hommes, la marche sur les eaux du Lac de Galilée à la rencontre de ses disciples, et de nombreuses guérisons (6, 35 - 56).

Suite à quoi, nous le retrouvons affronté à la contestation de scribes et de Pharisiens arrivés de Jérusalem, qui entrent en controverse avec lui pour des questions de pureté rituelle (7, 1 - 23, dont notre texte).

2. Message

Voici donc que ces scribes et Pharisiens constatent que les disciples de Jésus prennent leur repas sans avoir pratiqué les purifications rituelles prévues en cette occasion (7, 1 - 8).

Dans sa réponse à ces accusations, Jésus critique vertement ses opposants, en leur reprochant de substituer leurs traditions humaines aux commandements de Dieu.

Et il leur rappelle et détaille, à ce propos, leur pratique du “korban”, selon laquelle il est permis de se dispenser d’aider ses parents dans le besoin, et cela contrairement au commandement du Seigneur “d’honorer son père et sa mère” (7, 9 - 13).

A partir de ce fait, Jésus va se lancer, ensuite, dans une déclaration publique, dans laquelle il proclame l’invalidité de ces coutumes Juives concernant la nourriture, car, pour lui, rien de ce qui pénètre dans l’homme ne peut souiller l’homme, mais seulement les expressions ou manifestations du mal qui peuvent sortir de son coeur. Déclaration publique que Jésus explique, ensuite, en privé, à ses disciples (7, 14 - 23).

Le fond du problème est en fait la relation de Jésus à la Loi Juive, qui lui vient de l’Ancien Testament. Jésus refuse donc toute substitution de principes humains aux commandements de Dieu, résumés principalement dans les 10 Paroles de Dieu à Moïse au Sinaî.

De même, Jésus condamne toute utilisation de la Loi qui justifierait que l’homme puisse manquer aux obligations qu lui viennent du Seigneur. De plus, et c’est là, semble-t-il, quelque chose de très clair et de définitif pour lui, Jésus considère comme abolis tous les préceptes de la Loi ou de l’Ancien Testament, concernant la nourriture.

La revendication fondamentale de Jésus en tout cela est finalement qu’il a la capacité unique d’interpréter l’Ancien Testament, c’est-à-dire toute l’histoire d’Israël et toute la révélation de Dieu, qui s’y est manifesté comme faisant alliance avec le peuple de la descendance d’Abraham.

3. Decouvertes

Aux versets 2 - 4, les précisions concernant les pratiques rituelles sont citées par Marc, avec tous ces détails, parce que son Evangile s’adresse à des communautés non - Juives.

A noter que les Pharisiens cherchaient à étendre à tous les Israélites des lois de pureté rituelle, qui, à l’origine, ne s’appliquaient qu’aux prêtres. Sans doute, à partir de cet idéal, estimaient-ils que tout le peuple était sacerdotal.

Au verset 6, Jésus cite Isaïe, 29, 13, d’après la traduction grecque des Septante.

Notons l’étonnante fermeté de Jésus, telle que nous la lisons au verset 13 : “vous annulez la Parole de Dieu par la tradition que vous transmettez”.

4. Prolongement

Les rites sont considérés comme des signes de reconnaissance face à Dieu et face aux membres de notre humanité. Jésus refuse que les rites fonctionnent automatiquement, et à part de leur signification pour la vie et l’engagement des hommes et des femmes.

Les quelques gestes très simples que lui-même nous a laissés pour faire “mémoire” de lui, de tout son parcours terrestre et de sa mission, sont des gestes de partage communautaire (la “fraction du pain”, et la “communication de la coupe” dans l’Eucharistie) ou encore, entre autres, des gestes naturellement porteurs de bien-être et de miséricorde (l’huile qui adoucit et fortifie, comme signe de guérison).

Nous sommes donc invités à refaire les gestes du Seigneur ressuscité, selon ce qu’il nous a demandé de chercher à travers eux, c’est-à-dire “faire mémoire de lui”, et ainsi nous replonger dans la richesse unique de ce qu’il a accompli “une fois pour toutes”, le mystère de la communication de Dieu, en qui se réalise notre salut.

De la même façon, nos rites culturels d’échange entre frères et soeurs en humanité, particulièrement nos expressions d’échange et de convivialité, doivent toujours correspondre à l’attitude profonde de notre coeur (lorsque, par exemple, nous prenons un “pot”, offrons un “cadeau”, ou des “fleurs”, ou envoyons une “carte”, etc.).

Ils doivent donc traduire ce qui sort de notre coeur, et qui est le meilleur de nous-mêmes.

Prière

*Seigneur Jésus, que mes paroles ainsi que tous mes gestes et démarches, traduisent toujours, et le plus clairement possible, ce qui monte de mon coeur en direction de Dieu, par toi, dans l’Esprit Saint, comme en direction de mes frères et soeurs, que je dois aimer comme tu nous as aimés, révélant en transparence ma vérité intérieure, qui doit être celle de la foi qui se remet à toi dans la confiance, et agit par l’amour. AMEN.

10.02.2004.*


La Bible commentée · Liturgie du jour