📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Genèse 3, 9-24
DU LIVRE DE LA GENESE
Texte
9 Yahvé Dieu appela l’homme : Où es-tu ? dit-il.
10 J’ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l’homme; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché.
11 Il reprit : Et qui t’a appris que tu étais nu ? Tu as donc mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger !
12 L’homme répondit : C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé !
13 Yahvé Dieu dit à la femme : Qu’as-tu fait là ? et la femme répondit : C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé.
14 Alors Yahvé Dieu dit au serpent : Parce que tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages. Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie.
15 Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon.
16 A la femme, il dit : Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi.
17 A l’homme, il dit : Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger, maudit soit le sol à cause de toi ! A force de peines tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie.
18 Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l’herbe des champs.
19 A la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise.
20 L’homme appela sa femme Eve, parce qu’elle fut la mère de tous les vivants.
21 Yahvé Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit.
22 Puis Yahvé Dieu dit : Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ! Qu’il n’étende pas maintenant la main, ne cueille aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours !
23 Et Yahvé Dieu le renvoya du jardin d’Éden pour cultiver le sol d’où il avait été tiré.
24 Il bannit l’homme et il posta devant le jardin d’Éden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie.
Commentaire
1. Situation
Le Livre de la Genèse est le premier livre de la Bible, et le premier des 5 livres attribués à la tradition de Moïse, et dont les différents éléments qui le composent se sont additionnés pendant plusieurs siècles jusqu’au temps de la rédaction finale, aux environs du 6ème siècle, et très probablement après le retour de l’exil Babylonien.
Ce livre nous présente d’abord une histoire des origines des nations, avec la création du monde, ainsi que de l’homme et de la femme, la vie des générations d’avant le Déluge, le Déluge et la repopulation jusqu’au moment de la dispersion, suite à l’orgueil manifesté par les hommes de la grande ville de Babel, avec sa tour (1, 1 - 11, 26).
Nous y lisons, ensuite, dans une seconde grande partie, l’histoire des ancètres d’sraël (11, 27 - 50, 26), qui comprend le cycle d’Abraham et de Sarah (11, 27 - 25, 18), le cycle d’Isaac et Jacob (25, 19 - 36, 43), et, finalement, l’histoire de Joseph (37, 10 - 50, 26).
Les 11 premiers chapitres du Livre, dans lesquels se trouve notre page, constituent le Prologue de ce Livre de la Genèse. Ils nous rapportent l’activité de Dieu avant que l’univers vienne à exister, et que l’homme apparaisse. Ensuite, ils situent le plan de Dieu créant un monde selon son désir, mais qui est différent du nôtre, marqué par le péché de l’homme. Par exemple, le nombre très important d’années que vivent les grands personnages qui nous sont nommés, suggère bien cette différence d’avec notre réalité historique, dans laquelle le Livre entre dès l’appel d’Abraham, au chapitre 12. Les histoires diverses qui se succèdent dans ces 11 premiers chapitres, sont reliées par des généalogies plus ou moins “artificielles”.
Le but de toutes ces descriptions et de tous ces récits, au-delà de la satisfaction d’une légitime curiosité sur les origines de l’humanité, semble être de fortifier l’identité du Peuple d’Israël, et de le situer à sa place dans le concert des nations, et sur une carte du monde établie à partir d’une conception d’une origine humaine, unique et commune à tous les hommes de tous les temps (Genèse, 10). C’est également de montrer comment l’histoire d’Israël, en sa dimension religieuse, reflète, par son monothéisme unique, une fidélité à Dieu vu comme le seul et véritable Créateur du ciel et de la terre, Dieu dont l’unicité ne souffre aucun compromis.
D’autre part, ces chapitres, qui nous relatent le péché de l’homme et son expulsion de l’Eden, reflètent, en termes symboliques, le bannissement de sa terre, connu par Israël, et mérité en raison de son infidélité à Yahvé son Dieu, au temps de son exil babylonien. De la même façon, la vie sauve obtenue par Noé, et l’acceptation par Dieu du sacrifice qu’il lui offre après la fin du Déluge, traduisent à la fois la patience de Dieu et sa volonté de pardonner et de maintenir son plan de salut de l’humanité, qu’exprime à son tour le retour de l’Exil (l’exil et la fin de l’exil sont considérés comme étant la période à laquelle on rattache volontiers la rédaction de ces premiers chapitres du Livre de la Genèse).
Cette page fait partie de l’ensemble 2, 4b - 3, 24, appelé habituellement le “2nd récit de la création et le récit de la chute”, qu’on a longtemps considéré comme beaucoup plus ancien, souvent de quelques siècles, que le 1er récit de la création (1, 1 -2, 4a), ce que certains mettent maintenant sérieusement en doute, en préférant y voir une réflexion de sagesse, chargée d’une tonalité mythologique, sur le chapitre précédent.
Cet ensemble nous raconte l’histoire d’un homme et d’une femme, et de ce qui leur est arrivé. Ils nous sont présentés comme le 1er homme et la 1ère femme, à la fois ancêtres et symboles de la race humaine. Ce qui veut dire que lorsque l’auteur nous dit : “voilà ce qui leur est arrivé”, il nous dit en même temps : “voilà comment se comportent les humains, et quelles en sont pour eux les conséquences”. Manger du fruit de l’arbre défendu est, en effet, quelque chose qui se répète sans cesse dans l’histoire des hommes. Dieu veut le bien de l’homme et de la femme, mais ceux-ci, attirés par des tentations subtiles, préfèrent s’affirmer eux-mêmes, vivre à partir d’eux-mêmes, ce qui leur permet peut-être de se connaître davantage avec les enjeux de leurs actions, mais qui a la conséquence désastreuse de rompre la relation intime qu’ils ont, ou qu’ils peuvent avoir, avec Dieu. La vie perd dès lors quasiment tout son sens pour eux, elle leur devient malheureuse et dure, même si Dieu, de son côté, n’abandonne pas totalement sa créature, et veille à sa préservation. Le peuple d’Israël, qui avait connu la dévastation et l’exil, ne pouvait manquer de saisir ce message puissant.
2. Message
Suite à l’interdiction que leur avait faite Dieu de ne pas manger du fruit de l’arbre du bien et du mal, l’homme et la femme ont cédé à la tentation et désobéi, et le Seigneur maintenant leur demande des comptes.
L’homme se cache, parce que, après avoir voulu “être comme des dieux”, il se découvre, en réalité, laissé à lui-même, pauvre, démuni, impuissant. Telle est sa nudité, dont il a honte, et qu’il avoue au Seigneur, qui l’interroge sur sa désobéissance.
Chacun rejette sa désobéissance sur l’autre : l’homme sur la femme, la femme sur le serpent. Il est difficile de se reconnaître vraiment pécheur.
Le Seigneur rend alors son jugement : l’initiateur du mal se voit annoncer la perspective de sa défaite et de sa condamnation finales, l’homme et la femme, dont les yeux se sont ouverts au bien et au mal, vont en porter les conséquences : harmonie difficile entre personnes et dans la vie des couples, souffrances attachées à la transmission de la vie et au travail, efforts pour construire leur existence dans le monde, avec la conscience de la fragilité humaine et de la mort.
Telle est la fin de la présence en Eden de l’homme et de la femme, qui se trouvent renvoyés du paradis, sans pour autant que Dieu les laisse totalement tomber, lui qui leur fabrique des tuniques de peau, et prend les moyens pour éviter que l’homme n’aille encore plus loin dans son refus de dépendre, et sa tendance à vouloir s’approprier la maîtrise de la vérité et de la vie, qui n’appartient qu’à Dieu, et qu’il n’a qu’à recevoir comme un don.
3. Decouvertes
Toutes les sanctions imposées par Dieu aux coupables (3, 14 - 19) ont une base “étiologique”, c’est-à-dire trouvant leur raison d’être dans les réalités de la vie humaine concrète : les serpents n’ont pas de pattes et rampent à même le sol, ils mordent les hommes, qui les tuent, les femmes sont attachées à leurs maris, connaissent la souffrance dans la mise au monde de leurs enfants, ainsi que de la part de leur mari, qui les domine.
Le verset 3, 19, qui ressemble à un proverbe (voir Psaume 127, 2), situe les difficultés du travail de l’homme, et inscrit la perspective de la mort dans le cadre de l’existence humaine.
On ne sait pas d’où vient au juste le nom de Eve que l’homme donne à sa femme.
Le tableau amusant de Dieu jouant à la couturière pour habiller l’homme et la femme est une indication du souci qu’il conserve de la vie de l’humanité, maintenant qu’il a abandonné l’idée de la détruire (2, 17). Cette confection de vêtements ne représente pas une punition supplémentaire par rapport à celles mentionnées aux versets 22 - 29.
L’homme et la femme sont expulsés du paradis, dont l’entrée leur sera désormais interdite, pour qu’ils soient empêchés de manger du fruit de l’arbre de vie, et de chercher à conquérir ainsi la vie éternelle. L’homme ne peut prétendre de lui-même à l’immortalité. Rien, dans ces chapitres 1 - 3 de la Genèse, n’indique que l’humanité avait été créée d’abord dans un statut d’immortalité.
4. Prolongement
Une relecture théologique de ce chapitre 3 a interprété l’homme et la femme comme les ancêtres-fondateurs uniques de toute l’humanité, qui, par leur péché personnel, ont communiqué à tous leurs descendants humains leur situation de pécheurs, ainsi que les peines qui en ont été les conséquences.
D’où cette présentation du Christ par Paul comme l’antithèse de ce premier homme, et le fondateur d’une humanité nouvelle libérée du péché :
12 Voilà pourquoi, de même que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a passé en tous les hommes, du fait que tous ont péché -;
13 car jusqu’à la Loi il y avait du péché dans le monde, mais le péché n’est pas imputé quand il n’y a pas de loi ;
14 cependant la mort a régné d’Adam à Moïse même sur ceux qui n’avaient point péché d’une transgression semblable à celle d’Adam, figure de celui qui devait venir…
15 Mais il n’en va pas du don comme de la faute. Si, par la faute d’un seul, la multitude est morte, combien plus la grâce de Dieu et le don conféré par la grâce d’un seul homme, Jésus Christ, se sont-ils répandus à profusion sur la multitude.
16 Et il n’en va pas du don comme des conséquences du péché d’un seul : le jugement venant après un seul péché aboutit à une condamnation, l’œuvre de grâce à la suite d’un grand nombre de fautes aboutit à une justification.
17 Si, en effet, par la faute d’un seul, la mort a régné du fait de ce seul homme, combien plus ceux qui reçoivent avec profusion la grâce et le don de la justice régneront-ils dans la vie par le seul Jésus Christ.
18 Ainsi donc, comme la faute d’un seul a entraîné sur tous les hommes une condamnation, de même l’œuvre de justice d’un seul procure à tous une justification qui donne la vie.
19 Comme en effet par la désobéissance d’un seul homme la multitude a été constituée pécheresse, ainsi par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle constituée juste.
20 La Loi, elle, est intervenue pour que se multipliât la faute ; mais où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé :
21 ainsi, de même que le péché a régné dans la mort, de même la grâce régnerait par la justice pour la vie éternelle par Jésus Christ notre Seigneur.
Prière
*Seigneur Jésus, dans la mesure où tu nous proposes de devenir création nouvelle dans une transfiguration, par ta mort-résurrection et le don de l’Esprit Saint, tu nous invites à accueillir ce don inouï comme une grâce absolument gratuité, qui change notre cœur, nous purifie de nos tendances à construire notre vie sur nous-mêmes, et nous rend, dans la foi, pauvres et ouverts, pour nous remettre entre tes mains : aie pitié de nous pécheurs. AMEN.
15.02.2003.*
Évangile : Marc 8, 1-10
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
1 En ces jours-là, comme il y avait de nouveau une foule nombreuse et qu’ils n’avaient pas de quoi manger, il appela à lui ses disciples et leur dit:
2 “J’ai pitié de la foule, car voilà déjà trois jours qu’ils restent auprès de moi et ils n’ont pas de quoi manger.
3 Si je les renvoie à jeun chez eux, ils vont défaillir en route, et il y en a parmi eux qui sont venus de loin.”
4 Ses disciples lui répondirent: “Où prendre de quoi rassasier de pains ces gens, ici, dans un désert?“
5 Et il leur demandait: “Combien avez-vous de pains” — “Sept”, dirent-ils.
6 Et il ordonne à la foule de s’étendre à terre; et, prenant les sept pains, il rendit grâces, les rompit et il les donnait à ses disciples pour les servir, et ils les servirent à la foule.
7 Ils avaient encore quelques petits poissons; après les avoir bénis, il dit de les servir aussi.
8 Ils mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta les restes des morceaux: sept corbeilles!
9 Or ils étaient environ 4.000. Et il les renvoya;
10 et aussitôt, montant dans la barque avec ses disciples, il vint dans la région de Dalmanoutha.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :
- Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
- Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
- Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
- Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52),
- Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
- Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se situe au cours de la 3ème étape du ministère de Jésus, au cours de laquelle la contestation de sa mission va continuer de grandir, alors que ses disciples eux-mêmes se montrent peu enclins à le comprendre vraiment.
2. Message
Tel est le second récit d’une multiplication des pains que nous rapporte Marc (voir 6, 34 - 44), geste miraculeux de Jésus exercé sur des produits de la nature ou des aliments qu’il distribue avec une rare abondance qui ne peut que suggérer l’ampleur et la munificence du donn du salut de Dieu qu’il est venu réaliser.
Cette scène semble se passer hors du territoire d’Israël et dans un endroit désert.
Jésus y reproduit pratiquement les mêmes gestes que lors de la première multiplication des pains, gestes qui sont habituellement ceux de la bénédiction Juive au début des repas, et qu’il reprendra lors de son dernier repas, qu’il nous demandera de reproduire “en mémorial” de lui, c’est-à-dire de son obéissance jusqu’à être livré aux païens qui vont le faire mourir, et ainsi à donner sa vie.
Ces gestes successifs de Jésus demeurent donc ceux de nos célébrations de l’Eucharistie : prendre, rendre grâce, rompre et partager, distribuer pour que tous mangent (et boivent dans l’Eucharistie).
L’on peut constater que Jésus se comporte en maître du repas qu invite à sa table, et anticipe déjà le banquet eschatologique de la fin des temps, dont il parle par ailleurs, selon la tradition Biblique.
Mais le fait que, contrairement à la première, cette multiplication nous est présentée comme ayant lieu en plein désert met moins l’accent sur la gratuité de la démarche de Jésus, et renvoie davantage à la “manne” que Dieu distribuait à son peuple quand ce dernier, avec Moïse, parcourait le désert de l’Exode.
3. Decouvertes
Beaucoup pensent que ce texte serait un “doublon” de la première multiplication des pains pour 5000 hommes, mis à part quelques détails moins essentiels. En ce cas, ce serait une seconde lecture, rapportée par Marc, d’une même tradition primitive. Mais pourquoi aurait-il, comme Matthieu d’ailleurs le fera après lui, relaté deux fois ce même événement-signe ? A cause des quelques détails différents?
On s’est posé la question du symbolisme des nombres : “5000 hommes” nourris lors de la 1ère multiplication signifieraient le peuple Juif parce que suggérant les 5 livres de la Torah (ou du Pentateuque), attribués à Moïse, tandis que les 12 corbeilles de restes rappelleraient les 12 tribus d’Israël.
Quant aux “4000 hommes” de la 2nde multiplication, ils renverraient aux 4 points cardinaus, signifieraient ainsi l’unvers entier, donc le monde païen, avec les 7 corbeilles de restes renvoyant aux 70 nations censées peupler l’univers existant.
Nous restons toujours autant dans le domaine de la pure conjecture lorsque, selon d’autres, les 12 corbeilles renvoient aux Douze (apôtres), tandis que les 7 corbeilles du 2nd récit suggèreraient les “7” disciples Juifs Hellénistes préposés aux service des tables des membres de leur communauté en Actes, 6.
On a noté également que le mot grec traduit par “panier” ou “corbeille” n’était pas le même dans les deux récits, celui utilisé dans la première multiplication désignant un objet ou ustensile typiquement Juif.
Contrairement à ce que beaucoup écrivent à ce sujet, il n’est pas certain pour d’autres que cette seconde multiplication soit vraiment présentée par Marc comme ayant lieu en pays païen (voir 7, 31).
Peut-êtrre Marc a-t-il simplement raconté une deuxième fois le récit de ce miracle pour souligner l’incrédulité des disciples,qui, témoins de la 1ère multiplication, n’auraient pas dû reposer exactement la même question à Jésus concernant la possiblité de nourrir une pareille foule en plein désert. La suite de l’Evangile nous montrera d’ailleurs qu’ils ne comprennent pas davantage le sens de cette seconde multiplication, ni l’importance de ces deux gestes de Jésus, si l’on admet qu’il les ait effectués à deux reprises, commr nous le raconte Marc (8, 14 - 21).
4. Prolongement
La dimension écclésiale de ce geste de Jésus est incontestablement notre célébration de l’Eucharistie. Le fait que dans ces deux récits de multiplication des pains, Jésus nous est présenté comme associant ses disciples à la distribution du pain et des poissons qu’il a bénis et multipliés, nous anticipe déjà le fonctionnement de nos assemblées chrétiennes eucharistiques.
Dans la suite des textes conduisant à ce second récit, le page précédente nous décrivait la guérison par Jésus d’un sourd bègue, en effectuant des gestes et des mots précis qui sont repris dans nos célébrations baptismales (salive sur les lèvres du muet et la parole “effeta” qui est prononcée : voir 7, 31 - 37). Les deux sacrements “majeurs” de notre participation au mystère pascal de Jésus nous sont donc rappelés successivement ici.
Comme tous les miracles et gestes de Jésus, celui-ci nous annonce donc, à travers l’événement rapporté dans sa matérialité, une dimension du salut de Dieu, dont nous avons déjà signalé plus haut les caractéristiques d’abondance, d’accomplissement définitif des grands moments de l’Exode, et d’anticipatin de l’achèvement du Royaume de Dieu, offert et partagé à tous à la fin des temps, et évoqué sous l’image du banquet du Royaume (Matthieu, 8, 10 - 12)
A travers ce récit, c’est bien Jésus qui nous comble de la richesse et de la plénitude de Dieu, que nous sommesi invités à découvrir ou à re-découvrir dans sa nouveauté.
Prière
*Seigneur Jésus, tu t’es déclaré être notre authentique “pain de vie”, à la fois par ta Parole qui nous nourrit de ton message et de son efficacité d’accomplissement, car elle la Parole de Dieu, et par la participation à ton attitude d’obéissance au Père en ton OUI, vécu jusqu’au dernier instant de ton existence humaine, que tu nous offres quand nous nous réunissons entre frères et soeurs croyants pour célébrer et recevoir le mémorial de ton engagement, à travers tes gestes et paroles sur la pain et la coupe, que tu nous demandes de reproduire : donne-moi d’entrer intensément dans l’accueil de ta Parole, et dans l’acte de ton engagement suprême, en ton “Heure” de passage de ce monde au Père, ainsi que d’en laisser produire tous les fruits de Vérité et d’amour que ton Esprit réalise en moi, comme en tous ceux qui te reconnaissent comme le Seigneur de leur vie. AMEN.
14.02.2004.*