📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Genèse 6, 1-10
DU LIVRE DE LA GENESE
Texte
5 Yahvé vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre et que son cœur ne formait que de mauvais desseins à longueur de journée.
6 Yahvé se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre et il s’affligea dans son cœur.
7 Et Yahvé dit : Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j’ai créés - et avec les hommes, les bestiaux, les bestioles et les oiseaux du ciel -, car je me repens de les avoir faits.
8 Mais Noé avait trouvé grâce aux yeux de Yahvé.
…
1 Yahvé dit à Noé : Entre dans l’arche, toi et toute ta famille, car je t’ai vu seul juste à mes yeux parmi cette génération.
2 De tous les animaux purs, tu prendras sept paires, le mâle et sa femelle; des animaux qui ne sont pas purs, tu prendras un couple, le mâle et sa femelle
3 et aussi des oiseaux du ciel, sept paires, le mâle et sa femelle, pour perpétuer la race sur toute la terre.
4 Car encore sept jours et je ferai pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits et j’effacerai de la surface du sol tous les êtres que j’ai faits
5 Noé fit tout ce que Yahvé lui avait commandé.
…
10 Au bout de sept jours, les eaux du déluge vinrent sur la terre.
Commentaire
1. Situation
Le Livre de la Genèse est le premier livre de la Bible, et le premier des 5 livres attribués à la tradition de Moïse, et dont les différents éléments qui le composent se sont additionnés pendant plusieurs siècles jusqu’au temps de la rédaction finale, aux environs du 6ème siècle, et très probablement après le retour de l’exil Babylonien.
Ce livre nous présente d’abord une histoire des origines des nations, avec la création du monde, ainsi que de l’homme et de la femme, la vie des générations d’avant le Déluge, le Déluge et la repopulation jusqu’au moment de la dispersion, suite à l’orgueil manifesté par les hommes de la grande ville de Babel, avec sa tour (1, 1 - 11, 26).
Nous y lisons, ensuite, dans une seconde grande partie, l’histoire des ancètres d’sraël (11, 27 - 50, 26), qui comprend le cycle d’Abraham et de Sarah (11, 27 - 25, 18), le cycle d’Isaac et Jacob (25, 19 - 36, 43), et, finalement, l’histoire de Joseph (37, 10 - 50, 26).
Les 11 premiers chapitres du Livre, dans lesquels se trouve notre page, constituent le Prologue de ce Livre de la Genèse. Ils nous rapportent l’activité de Dieu avant que l’univers vienne à exister, et que l’homme apparaisse. Ensuite, ils situent le plan de Dieu créant un monde selon son désir, mais qui est différent du nôtre, marqué par le péché de l’homme. Par exemple, le nombre très important d’années que vivent les grands personnages qui nous sont nommés, suggère bien cette différence d’avec notre réalité historique, dans laquelle le Livre entre dès l’appel d’Abraham, au chapitre 12. Les histoires diverses qui se succèdent dans ces 11 premiers chapitres, sont reliées par des généalogies plus ou moins “artificielles”.
Le but de toutes ces descriptions et de tous ces récits, au-delà de la satisfaction d’une légitime curiosité sur les origines de l’humanité, semble être de fortifier l’identité du Peuple d’Israël, et de le situer à sa place dans le concert des nations, et sur une carte du monde établie à partir d’une conception d’une origine humaine, unique et commune à tous les hommes de tous les temps (Genèse, 10). C’est également de montrer comment l’histoire d’Israël, en sa dimension religieuse, reflète, par son monothéisme unique, une fidélité à Dieu vu comme le seul et véritable Créateur du ciel et de la terre, Dieu dont l’unicité ne souffre aucun compromis.
D’autre part, ces chapitres, qui nous relatent le péché de l’homme et son expulsion de l’Eden, reflètent, en termes symboliques, le bannissement de sa terre, connu par Israël, et mérité en raison de son infidélité à Yahvé son Dieu, au temps de son exil babylonien. De la même façon, la vie sauve obtenue par Noé, et l’acceptation par Dieu du sacrifice qu’il lui offre après la fin du Déluge, traduisent à la fois la patience de Dieu et sa volonté de pardonner et de maintenir son plan de salut de l’humanité, qu’exprime à son tour le retour de l’Exil (l’exil et la fin de l’exil sont considérés comme étant la période à laquelle on rattache volontiers la rédaction de ces premiers chapitres du Livre de la Genèse)
2. Message
Le récit du Déluge dans le Livre de la Genèse est le sommet d’une série d’événements qui commence avec la création du monde et se termine, après une destruction quasi totale de l’humanité, avec le renouvellement de cette humanité par Noé et sa descendance. Le message théologique de ce récit, comme de le ceux qui le précèdent dans ce Livre de la Genèse, est de nous montrer ce qu’est l’homme, comment il se comporte face à Dieu, et comment Dieu fait preuve à son égard de justice et de sévérité, mais aussi de grâce et de miséricorde.
Le Déluge intervient du fait que la méchanceté des hommes est devenue totale et universelle, à la seule exception de Noé, si bien que Dieu regrette d’avoir créé l’homme et se résout à détruire tous les hommes et animaux vivants.
Cependant, Dieu prévoit en même temps le sauvetage de Noé et de sa famille en lui demandant de construire une arche où se réfugier, et dans laquelle il sauvera, avec lui-même et les siens, des spécimens de tous les animaux vivants, distinction étant faite, quant à leur nombre, entre animaux “purs” et animaux “impurs”, selon les indications de Lévitique, 11, 3 - 31 et de Deutéronome, 14, 4 - 20, dans l’intention, peut-être, de situer les racines de la Loi de Moïse aux origines de l’humanité.
3. Decouvertes
Des récits d’une grande inondation ayant eu lieu à l’époque des origines pour détruire l’humanité se trouvent dans les textes fondateurs de très nombreux peuples, et semblent représenter un trait universel de l’imagination humaine, ainsi que des symboles et des mythes qu’elle a produits.
De nombreux détails du Déluge Biblique ressemblent d’assez près à ceux des récits Mésopotamiens du Déluge, avec toutefois une grande différence concernant la situation de cet événement, qui, seulement dans le Livre de la Genèse, s’inscrit dans une série d’événements qui remonte à la création et va s’ouvrir à une re-création de l’humanité avec Noé et sa descendance.
De plus, beaucoup de contradictions dans les détails et la chronologie du Déluge Biblique, concernant en particulier le nombre d’animaux pris dans l’arche de Noé, indiquent que plusieurs traditions ou versions de cet événement ont été intégrées dans le récit que nous en avons.
Dés le début de cette longue histoire du Déluge, qui s’étend de 6, 5 à 8, 22, Dieu fait allusion à son terme, une alliance qu’il conclura ensuite avec l’humanité renouvelée que Noé représentera (6, 8, annonçant 9, 11 - 17, et pointant déjà en direction de l’alliance future entre Dieu et son peuple Israël).
Cette présentation “anthropomorphique” de Dieu, qui, tel un homme, se serait trompé dans son oeuvre en créant ainsi l’humanité, va à l’encontre d’autres représentations de Dieu dans l’Ancien Testament (voir Nombres, 23, 19; 1 Samuel, 15, 29), mais se retrouve ailleurs dans la Bible : voir Exode, 32, 14; Amos, 7, 3 - 6; et surtout Exode, 32, 10, où Dieu menace de détruire l’Israël rebelle du désert, avec l’intention de se refaire un nouveau peuple avec Moïse, lequel parvient toutefois à l’en dissuader.
4. Prolongement
Les 2 Lettres de Pierre reprennent ce thème du Déluge pour souligner, d’une part, la conjonction entre le jugement et la miséricorde de Dieu, et, d’autre part, le salut universel accompli par Jésus et que nous recevons, avec foi, par notre baptême chrétien dans la mort-résurrection de Jésus :
4 Car si Dieu n’a pas épargné les Anges qui avaient péché, mais les a mis dans le Tartare et livrés aux abîmes de ténèbres, où ils sont réservés pour le Jugement ;
5 s’il n’a pas épargné l’ancien monde, tout en préservant huit personnes dont Noé, héraut de justice, tandis qu’il amenait le Déluge sur un monde d’impies ;
6 si, à titre d’exemple pour les impies à venir, il a mis en cendres et condamné à la destruction les villes de Sodome et de Gomorrhe,
7 s’il a délivré Lot, le juste, qu’affligeait la conduite débauchée de ces hommes criminels -
8 car ce juste qui habitait au milieu d’eux torturait jour après jour son âme de juste à cause des œuvres iniques qu’il voyait et entendait -,
9 c’est que le Seigneur sait délivrer de l’épreuve les hommes pieux et garder les hommes impies pour les châtier au jour du Jugement,
18 Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’esprit.
19 C’est en lui qu’il s’en alla même prêcher aux esprits en prison,
20 à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque se prolongeait la patience de Dieu, aux jours où Noé construisait l’Arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau.
21 Ce qui y correspond, c’est le baptême qui vous sauve à présent et qui n’est pas l’enlèvement d’une souillure charnelle, mais l’engagement à Dieu d’une bonne conscience par la résurrection de Jésus Christ,
Prière
*Seigneur Jésus, toi, qui n’as jamais connu le péché, tu as été fait péché pour nous, afin que nous devenions justice de Dieu, et tu t’es chargé de nos iniquités, tel le serviteur souffrant, quand tu as été livré à la mort sur la croix, pour avoir obéi, sans faillir et en te risquant jusqu’à l’extrême, à la mission que le Père t’avait confiée, de révéler et d’accomplir définitivement le salut de Dieu : apprends-moi cette obéissance constante à la volonté du Père, et donne-moi la force d’en vivre pleinement, et d’en porter les fruits, dans la puissance de ton Esprit Saint. AMEN.
18.02.2003.*
Évangile : Marc 8, 14-21
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
14 Ils avaient oublié de prendre des pains et ils n’avaient qu’un pain avec eux dans la barque.
15 Or il leur faisait cette recommandation: “Ouvrez l’oeil et gardez-vous du levain des Pharisiens et du levain d’Hérode.”
16 Et eux de faire entre eux cette réflexion: qu’ils n’ont pas de pains.
17 Le sachant, il leur dit: “Pourquoi faire cette réflexion, que vous n’avez pas de pains? Vous ne comprenez pas encore et vous ne saisissez pas? Avez-vous donc l’esprit bouché,
18 des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne point entendre? Et ne vous rappelez-vous pas,
19 quand j’ai rompu les cinq pains pour les 5.000 hommes, combien de couffins pleins de morceaux vous avez emportés?” Ils lui disent: “Douze”
20 “Et lors des sept pour les 4.000 hommes, combien de corbeilles pleines de morceaux avez-vous emportées?” Et ils disent: “Sept.”
21 Alors il leur dit: “Ne comprenez-vous pas encore?”
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :
- Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
- Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
- Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
- Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52),
- Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
- Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se situe au terme de la 3ème étape du ministère de Jésus, au cours de laquelle la contestation de sa mission a continué de grandir, alors que ses disciples eux-mêmes se montrent peu enclins à le comprendre vraiment.
2. Message
Après avoir rencontré la mauvaise foi des Pharisiens, Jésus se heurte directement à l’inintelligence de ses disciples les plus proches que sont les Douze, qui ne comprennent rien du sens de ses miracles.
Sa remarque imagée du “levain” pour caractériser les mauvaises intentions des Pharisiens à son égard ne semble trouver aucun écho en ses disciples, préoccupés de la petite quantité de pain qu’il leur reste, sans mesurer le moins du monde la portée de l’hostilité croisssante des ennemis de Jésus.
Avec force, et sous la forme de questions incisives, Jésus stigmatise leur aveuglement.
3. Decouvertes
Cette page fait partie d’un ensemble avec les versets 11 - 13 qui précèdent. Il s’agit toujours de la même controverse entre les Pharisiens et Jésus à propos d’un “signes dans le ciel” que Jésus refuse de réaliser à leur demande.
La mention du peu de pain qu’ont pris les disciples en s’embarquant avec Jésus devient le point de fixation du malentendu entre eux. Jésus se situe au plan spirituel alors que les disciples restent enfermés dans leur monde matériel et se montrent tout-à-fait imperméables au langage symbolique qu’emploie Jésus, ainsi qu’à ce que ses deux miracles de multiplication des pains révèlent de sa puissance et de sa missionde salut.
La remarque de Jésus sur le “levain” des Pharisiens, c’est-à-dire leur hostilité à son égard et leur mauvaise influence, tombe complètement à plat sur les disciples qui semblent totalement étrangers à l’engagement de Jésus et aux soucis qui peuvent, en conséquence, être les siens.
Jésus est donc fondé à les traiter comme ceux de l’extérieur qui manifestent leur aveuglement face à lui. En effet, comment se fait-il qu’ils aient oublié les deux grands gestes de multiplication des pains qu’il avait accomplis après avoir dialogué avec eux sur la nourriture à trouver pour tant de monde, et en les associant à la distribution des pains et des poissons ?
4. Prolongement
Comment accueillons-nous tout ce que ces mêmes disciples et apôtres de Jésus, transformés totalement après leur rencontre du Christ Ressuscité, nous ont transmis, avec la puissance de l’Esprit Saint, de ses gestes et paroles de salut ?
Faisons-nous l’effort d’essayer de comprendre toujours de façon nouvelle, adaptée aux situations que nous rencontrons à notre époque, tout le message de Jésus ?
Jusqu’à quel point demeurons-nous aveugles, ou, ce qui est pire, ceux qui prétendent voir et savoir, sûrs d’eux-mêmes, estimant que nous n’avons plus rien à apprendre ? (Jean, 9)
Prière
*Seigneur Jésus, toi le Pain de la Vie, la Lumière du monde, et la Vérité même de Dieu, renouvelle en moi la présence de ton Esprit Saint, et que mes yeux s’ouvrent, que mon coeur se dilate, à la découverte de ta Parole et du témoignage que tu as rendu à Dieu dans ton engagement missionnaire de chaque jour, dans l’obéissance à la volonté du Père, et dans le service gratuit de tous ceux que tu as établis comme tes frères et soeurs pour l’éternité. AMEN.
17.02.2004.*