📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Évangile : Marc 8, 22-26
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
22 Ils arrivèrent à Bethsaïde et on lui amène un aveugle, en le priant de le toucher.
23 Prenant l’aveugle par la main, il le fit sortir hors du village. Après lui avoir mis de la salive sur les yeux et lui avoir imposé les mains, il lui demandait : ” Aperçois-tu quelque chose ? “
24 Et l’autre, qui commençait à voir, de répondre : ” J’aperçois les gens, c’est comme si c’était des arbres que je les vois marcher. “
25 Après cela, il mit de nouveau ses mains sur les yeux de l’aveugle, et celui-ci vit clair et fut rétabli, et il voyait tout nettement, de loin.
26 Et Jésus le renvoya chez lui, en lui disant : ” N’entre même pas dans le village. “
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :
- Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
- Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
- Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
- Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52),
- Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
- Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se situe au début de la 4ème étape du ministère de Jésus, au cours de laquelle il instruit ses disciples, tout en commençant de se rapprocher de Jérusalem. On peut également, suite à la page précédente sur l’inintelligence des disciples, voir en cette page une transition vers le don progressif de la lumière à ces mêmes disciples lents à comprendre le mystère et la mission de Jésus.
2. Message
Deuxième miracle de Jésus qui nous est décrit dans son déroulement progressif (voir la guérison du sourd-muet en 7, 32 - 37), avec des gestes bien spécifiques (salive sur les yeux, imposition des mains à deux reprises, dialogue sur le niveau d’amélioration de la vision qui revient).
Jésus réalise ce signe après avoir pris l’homme par la main, et l’avoir conduit hors du village. Cette guérison semble ainsi se passer dans un face à face singulier entre Jésus et cet aveugle, donc, semble-t-il, sans témoins. La guérison achevée, Jésus requiert toujours la même discrétion concernant ses miracles-signes du salut qu’il apporte.
3. Decouvertes
Située à la suite des vifs reproches que Jésus vient d’adresser à ses disciples, pour leur manque d’intelligence de ses gestes et paroles (8, 14 - 21), et juste avant la profession de foi reconnaissant Jésus comme Christ, que Pierre va déclarer publiquement, cette guérison progressive, et apparemment difficile, d’un aveugle peut être interprétée comme le signe de l’illumination finale de ses disciples par Jésus, après avoir fait de gros efforts pour les amener à croire en lui sans hésitation.
Cette guérison est également à lire en relation avec celle de l’aveugle Bar Timée, relatée plus loin dans l’Evangile, en 10, 46 - 52, ces deux miracles de guérison d’un aveugle encadrant (en inclusion) une longue section d’enseignement par Jésus sur ce que signifie “être disciple”. La venue à la lumière de ces deux aveugles symbolise la vie nouvelle et “sauvée” que reçoivent ceux qui suivent Jésus.
On ne peut cependant séparer cette scène de la suivante dans le récit de Marc. A noter, en effet, qu’en 8, 26 et en 8, 30, nous trouvons une consigne de silence, ici donnée à l’aveugle sur sa guérison, là concernant le titre de “Christ” que Pierre aura donné à Jésus. Rapprochement qui renforce la signification symbolique de la guérison de l’aveugle, comme renvoyant à la marche des disciples vers la lumière de Jésus.
4. Prolongement
De différentes façons, Jésus se révèle “Lumière” du monde. En actes de guérison, comme c’est le cas dans ce passage de Marc, en paroles seulement au cours de son enseignement, mais aussi, simultanément, en paroles et en actes :
12 De nouveau Jésus leur adressa la parole et dit : ” Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. ”
1 En passant, il vit un homme aveugle de naissance.
2 Ses disciples lui demandèrent : ” Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? ”
3 Jésus répondit : ” Ni lui ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu.
4 Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient, où nul ne peut travailler
5 Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. ”
6 Ayant dit cela, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, enduisit avec cette boue les yeux de l’aveugle,
7 et lui dit : ” Va te laver à la piscine de Siloé ” - ce qui veut dire : Envoyé. L’aveugle s’en alla donc, il se lava et revint en voyant clair
Dans la mesure où elle est accueil de Jésus, en sa personne et sa mission, que traduisent ses paroles et ses actes, la foi devient “Lumière”. Jésus n’hésite pas à traiter ses adversaires Pharisiens “d’aveugles”. Ainsi, progresser dans la reconnaissance de Jésus Sauveur, dans une foi croissante, est marcher vers la lumière totale que Jésus seul peut nous donner :
35 Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Le rencontrant (l’aveugle-né qu’il a guéri), il lui dit : ” Crois-tu au Fils de l’homme ? ”
36 Il répondit : ” Et qui est-il, Seigneur, que je croie en lui ? ”
37 Jésus lui dit ; ” Tu le vois ; celui qui te parle, c’est lui. ”
38 Alors il déclara : ” Je crois, Seigneur ”, et il se prosterna devant lui.
39 Jésus dit alors : ” C’est pour un discernement que je suis venu en ce monde : pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles. ”
40 Des Pharisiens, qui se trouvaient avec lui, entendirent ces paroles et lui dirent : ” Est-ce que nous aussi, nous sommes aveugles ? ”
41 Jésus leur dit : ” Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais vous dites : Nous voyons ! Votre péché demeure. “
Prière
*Seigneur Jésus, l’evangéliste Jean te déclare être la lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde, et il constate en même temps que les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, cette lumière qui accompagne la victoire de notre foi sur notre incroyance : ouvre davantage mes yeux et mon cœur à ta parole, ouvre mes yeux et mon intelligence au discernement de tes signes de miséricorde et de révélation de ton mystère, que nous rapportent les récits évangéliques, ouvre mes yeux et ma capacité de liberté intérieure à ton attitude constante de “chef de notre foi”, disant toujours ton “OUI” au Père, et fais de moi un disciple qui soit vraiment témoin de la vie nouvelle selon Dieu, que tu nous offres en partage dans le don de ton Esprit Saint. AMEN.
19.02.2003.*