📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Hébreux 11, 1-7

DE LA LETTRE AUX HEBREUX

Texte

1 Or la foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas.
2 C’est elle qui a valu aux anciens un bon témoignage.
3 Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par une parole de Dieu, de sorte que ce que l’on voit provient de ce qui n’est pas apparent.
4 Par la foi, Abel offrit à Dieu un sacrifice de plus grande valeur que celui de Caïn ; aussi fut-il proclamé juste, Dieu ayant rendu témoignage à ses dons, et par elle aussi, bien que mort, il parle encore.
5 Par la foi, Hénoch fut enlevé, en sorte qu’il ne vit pas la mort, et on ne le trouva plus, parce que Dieu l’avait enlevé. Avant son enlèvement, en effet, il lui est rendu témoignage qu’il avait plu à Dieu.
6 Or sans la foi il est impossible de lui plaire. Car celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’il existe et qu’il se fait le rémunérateur de ceux qui le cherchent.
7 Par la foi, Noé, divinement averti de ce qui n’était pas encore visible, saisi d’une crainte religieuse, construisit une arche pour sauver sa famille. Par la foi, il condamna le monde et il devint héritier de la justice qui s’obtient par la foi.

Commentaire

1. Situation

Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.

Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.

Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.

Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).

Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.

Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.


Notre page se situe au commencement de la 4ème partie de cette homélie.

2. Message

Dans les tout derniers versets du chapitre 10, l’auteur vient de nous dire que, face à la proposition du mystère de Dieu qui nous sauve (en nous faisant pénétrer dans son sanctuaire du ciel, à la suite du Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux), mystère donc accompli en Jésus Christ, nous devons nécessairement être des hommes de foi.

Il nous décrit maintenant cette attitude fondamentale de la foi, attitude d’ouverture à l’avenir et à l’invisible du Règne et de la rencontre de Dieu, attitude liée à l’espérance d’obtenir tout ce que Dieu nous offre, attitude paradoxale qui “possède” sans “tenir”, qui “connaît” sans “voir”, et qui est, pour nous aujourd’hui, puissance de vie.

A partir de cette définition, l’auteur de la Lettre aux Hébreux nous montre la qualité de la foi des héros des temps préhistoriques, puis des anciens d’Israël, pour nous inviter à nous situer à leur suite, et surtout à la suite de Jésus, qu’il va nous présenter comme le “chef” de notre foi (12, 1 - 2).

Notre lecture de ce jour, qui vient clore la série de textes des chapitres 1 à 11 de la Genèse que nous avons parcourus les jours précédents, relit et interprète les attitudes d’ Abel, Hénocq et Noé (11, 3 - 7), comme des manières de vivre qui annoncent et anticipent la foi que Dieu attend de ceux qu’il rencontre et appelle à vivre en sa présence. Pour l’auteur de la Lettre au x Hébreux, Abel, Hénocq et Noé correspondent très bien à la définition de la foi qui nous est donnée, et que nous avons à mettre en pratique.

3. Decouvertes

Les 3 premiers versets, très denses, de notre passage constituent l’introduction de tout ce chapitre 11. La foi nous y est définie simultanément comme démarche intellectuelle et morale, de dépassement vers Dieu qui est “au-delà”, et d’ouverture à la fin des temps.

La foi joue également un rôle dans la réception de la Vérité inscrite dans l’Ecriture, car nous sommes conduits par elle à la contemplation.

La liste des témoins commence avec ceux que nous ont rapportés les traditions primitives, concernant les trois premiers d’entre eux (11, 4- 7).

Abel, accepté par Dieu, en raison de la qualité de son sacrifice, et mort, de ce fait, en témoin, continue de parler (Genèse, 4, 10), mais, pour nous, dans le sens que son exemple doit être imité, bien que cet exemple soit éminemment dépassé par celui du Christ donnant sa vie pour nous (Hébreux, 12, 24).

Genèse 5, 24, nous rapporte que Dieu a saisi Hénocq, probablement dans sa mort. La tradition interprète cependant son départ comme un transfert immédiat dans le monde de Dieu, le ciel (Siracide, 44, 16). Et cela, parce qu’il a plu à Dieu (5, 22), style de vie que la Lettre aux Hébreux nous invite à reprendre (Hébreux, 13, 15 - 16).

Notons que l’auteur de Hébreux nous précise, au verset 6 de notre passage, que cette attitude suppose la foi, mais définie ici de façon générale, sans référence au Christ, mais comme conviction ou pari que Dieu existe, et qu’il vaut la peine de le chercher pour donner sens et qualité à notre vie. Ce verset 6 parle ainsi pour toute personne qui cherche Dieu, quelle que puisse être sa religion. Remarquons toutefois qu’il s’agit ici d’une manière intellectuelle de présenter la démarche de foi.

Reste le cas de Noé (voir Siracide, 44, 17). Il a cru en la Parole de Dieu, qui lui annonçait l’événement à venir du jugement de Dieu sur l’humanité. Il a obéi à cette Parole, et c’est à cause de cette”foi” que Dieu s’est servi de lui pour construire et créer une nouvelle humanité.

4. Prolongement

14 Car nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous recherchons celle de l’avenir.

15 Par lui, offrons à Dieu un sacrifice de louange en tout temps, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom.

16 Quant à la bienfaisance et à la mise en commun des ressources, ne les oubliez pas, car c’est à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir.

20 Que le Dieu de la paix, qui a ramené de chez les morts celui qui est devenu par le sang d’une alliance éternelle le grand Pasteur des brebis, notre Seigneur Jésus,

21 vous rende aptes à accomplir sa volonté en toute sorte de bien, produisant en nous ce qui lui est agréable par Jésus Christ, à qui soit la gloire pour les siècles des siècles ! Amen.

15 Mais il n’en va pas du don comme de la faute. Si, par la faute d’un seul, la multitude est morte, combien plus la grâce de Dieu et le don conféré par la grâce d’un seul homme, Jésus Christ, se sont-ils répandus à profusion sur la multitude.

16 Et il n’en va pas du don comme des conséquences du péché d’un seul : le jugement venant après un seul péché aboutit à une condamnation, l’œuvre de grâce à la suite d’un grand nombre de fautes aboutit à une justification.

17 Si, en effet, par la faute d’un seul, la mort a régné du fait de ce seul homme, combien plus ceux qui reçoivent avec profusion la grâce et le don de la justice régneront-ils dans la vie par le seul Jésus Christ.

18 Ainsi donc, comme la faute d’un seul a entraîné sur tous les hommes une condamnation, de même l’œuvre de justice d’un seul procure à tous une justification qui donne la vie.

Prière

*Seigneur Jésus, en toi se sont réalisées pleinement toutes les anticipations de qualité de vie des grands héros et croyants de la Bible qui t’ont précédé, dont nous avons connaissance par les récits de l’Ancien Testament, et c’est ainsi que tu as dépassé, et mené à son terme, l’offrande d’Abel, la disponibilité d’Hénocq à être saisi par Dieu, ainsi que l’obéissance de Noé, qui lui a valu d’être maintenu en vie et d’être mis à part, afin que Dieu reconstruise à partir de lui une humanité qu’il veut finalement conduire au salut et au partage de sa vie : apprends-moi à imiter, dans la force de ton Esprit, ton offrande au Père une fois pour toutes, ta manière d’être dans le monde sans être du monde, dans la mesure où tu ne fais qu’un avec le Père, ainsi que ton obéissance dans l’humilité la plus absolue, par laquelle tu nous as fondés comme le peuple nouveau de ceux que Dieu aime. Amen.

22.02.2003.*

Évangile : Marc 9, 2-10

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

2 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène seuls, à l’écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux
3 et ses vêtements devinrent resplendissants, d’une telle blancheur qu’aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte.
4 Élie leur apparut avec Moïse et ils s’entretenaient avec Jésus.
5 Alors Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : ” Rabbi, il est heureux que nous soyons ici ; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. “
6 C’est qu’il ne savait que répondre, car ils étaient saisis de frayeur.
7 Et une nuée survint qui les prit sous son ombre, et une voix partit de la nuée : ” Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le. “
8 Soudain, regardant autour d’eux, ils ne virent plus personne, que Jésus seul avec eux.
9 Comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, si ce n’est quand le Fils de l’homme serait ressuscité d’entre les morts.
10 Ils gardèrent la recommandation, tout en se demandant entre eux ce que signifiait ” ressusciter d’entre les morts “.
Mc 9 11 Et ils lui posaient cette question: “Pourquoi les scribes disent-ils qu’Elie doit venir d’abord?”
Mc 9 12 Il leur dit: “Oui, Elie doit venir d’abord et tout remettre en ordre. Et comment est-il écrit du Fils de l’homme qu’il doit beaucoup souffrir et être méprisé?
Mc 9 13 Mais je vous le dis: Elie est bien déjà venu et ils l’ont traité à leur guise, comme il est écrit de lui.”

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Au cours de cette montée vers Jérusalem, Jésus guérit d’abord un aveugle (8, 22 - 26), puis, en réponse à la question qu’il pose aux disciples concernant son identité, s’entend proclamer Messie par Pierre (8, 27 - 30). S’ensuivent alors trois séries d’instructions sur ce que sont le rôle du Messie et le statut de disciple, chacune de ces séries étant ponctuée par une prédiction de la passion et de la mort du Fils de l’homme auquel s’identifie Jésus (8. 31 - 9, 29, puis 9, 30 - 10, 31, et finalement 10, 32 - 45), avant le dernier épisode qui nous fait assister à la guérison de l’aveugle Bartimée (10, 46 - 52).

Le récit de la Transfiguration se situe exactement dans la premère série d’instructions données par Jésus à ses proches disciples : Jésus vient juste d’annoncer pour la première fois que le Fils de l’homme doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens , les grands prêtres et les scribes, être mis à mort et ressusciter trois jours après. Face aux protestations de Pierre, il a traité ce dernier de Satan et a expliqué que ses disciples étaient de même appelés à prendre leur croix pour le suivre, et à perdre leur vie à cause de lui et de l’Evangile, afin d’être reconnnus au jour de l’apparition en gloire du Fils de l’homme, et d’être témoins de la venue prochaine du Règne de Dieu avec puissance (8, 31, - 9, 1).

2. Message

La gloire de Jésus, Messie et authentique Fils bien-aimé de Dieu est, dans cette scène, révélée au sommet d’une haute montagne aux seuls trois disciples les plus proches de Jésus que sont Pierre, Jacques et Jean dans l’Evangile de Marc (comme d’ailleurs dans les Evangiles de Matthieu et Luc). Ces trois disciples ont été témoins du retour à la vie de la fille de Jaïre (Marc,5, 37) et seront invités à assister de plus près à la prière d’agonie de Jésus au jardin de Gethsémani.

Cette révélation de Jésus en gloire leur est accordée sous forme d’une vision liée aux traditionnelles manifestations de Dieu en vision dans l’Ancien Testament, une Parole qui sort d’une Nuée.

Le message de cette vision est on ne peut plus clair : Jésus est bien le Messie, le Fils bien-aimé de Dieu. Il accomplit ce qu’avaient déjà vécu Elie et Moïse, qui avaient fait une expérience de la rencontre de Dieu sur la montagne du Sinaï, et dont la tradition biblique d’Israël disait qu’ils avaient “été enlevés au ciel” (Deut., 34, 6 et 2 Rois, 2, 11). De même Jésus est Messie et Christ d’une façon qui accomplit vraiment tout le message de la Loi (reçue et transmise par Moïse, et les 5 premiers Livres de la Bible qui nous rapportent sa “tradition”), et des Prophètes (que représente Elie, le premier d’entre eux dans l’ordre de l’histoire), accomplissement que soulignera très fortement Jésus Ressuscité lui-même, lors de ses apparitions aux disciples d’Emmaüs et aux Onze Apôtres, telles que nous les rapportent Luc, 24.

Il leur faut donc écouter Jésus, même s’il leur annonce et présente une figure du Messie différente de celle du Messie qu’ils attendaient, en particulier lorsqu’il leur prédit comment le Fils de l’homme, en Serviteur souffrant, inaugurera, par son rejet, sa mort et sa résurrection, un Règne de Dieu qui n’est pas de ce monde. Il va donc leur falloir vivre un passage transformant au niveau de leur foi.

Ce message demeure expliqué dans le contexte de l’attente Juive du Messie et s’ouvre à la grande nouvelle, totalement inattendue, de la Résurrection, à venir, de Jésus le Messie, qui se trouve anticipée dans l’image révélée de Jésus en cette vision de la Transfiguration, comme le montrent très bien les versets 11 - 13, qui concluent notre passage.

Les disciples n’espèrent qu’en une résurrection générale à la fin des temps et se demandent ce que signifie cette recommandation de Jésus de ne parler à personne de cette vision “jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts”, c’est-à-dire dans un avenir prochain.

Se souvenant de l’Ecriture (Malachie, 3, 23 - 24) qui parle d’un retour d’Elie avant l’apparition du Messie, ils ont du mal à comprendre comment Jésus pourrait non seulement être méprisé et souffrir en sa qualité de Fils de l’homme - ce dont l’Ecriture ne parle qu’indirectement, à propos du Serviteur souffrant, mais sans identifier formellement ce Serviteur avec le Fils de l’homme (Deuxième Isaïe, 52, 14 et 53, 4 - 10) -, mais, de plus, ressusciter avant ce retour du Prophète Elie. Ils interrogent donc Jésus à ce sujet.

Quand Jésus leur répond qu’Elie est déjà venu et qu’il a souffert, il fait allusion à Jean le Baptiste, comme le précise Matthieu dans son récit parallèle (Matthieu, 17, 13). A noter toutefois que Marc ajoute qu’Elie (Jean Baptiste) a ainsi souffert “selon ce qu’il est écrit de lui”, alors qu’il n’y a aucun texte de l’Ancien Testament sur ce point.

3. Decouvertes

Il nous est raconté une vision. Des éléments inhérents à tout récit de vision se retrouvent dans ce récit de la transfiguration :

  • la blancheur éblouissante : relire, par exemple, la grande vision du Fils d’ homme qui venait sur les nuées du ciel pour s’approcher du vieillard dont le vêtement était blanc comme de la neige, au livre de Daniel, 7, 9 - 10 et 13 - 14, ainsi que la vision du Fils de l’homme - dont la tête et les cheveux sont blancs comme laine blanche, et dont le visage resplendit tel le soleil dans tout son éclat - qu’a le voyant de l’Apocalypse, 1, 13 - 18.

  • la nuée, signe, “véhicule” de la présence de Dieu : relire les nombreux textes de l’Ancien Testament : Exode, 16, 10; 19, 9; 24, 15 - 16; 33, 9; 40, 35; Nombres, 9, 18 et 22; 10, 34. Dans la scène de l’Annonciation de la naissance de Jésus dans l’Evangile de l’Enfance selon saint Luc, Marie s’entend dire par l’Ange Gabriel que l’Esprit Saint va venir sur elle et la Puissance du Très Haut la couvrir de son ombre (Luc, 1, 35).

  • Une Parole qui vient de Dieu et qui sort de la nuée au moment le plus fort de cette expérience de vision, comme c’est le cas au verset 7 de notre texte et dans les quelques versets de l’Exode citès ci-dessus.

Nous nous trouvons donc ici devant un langage codé, qui veut nous traduire une expérience de type inexprimable, et qui se sert d’images inhabituelles, au-delà de nos perceptions courantes. A noter également que les témoins de telles visions sont bouleversés : Pierre, Jacques et Jean, ici, au verset 6, le peuple d’Israël au Sinaï (relire les derniers versets recopiés ci-dessus), Marie à l’Annonciation (Luc, 1, 29), le voyant de l’Apocalypse qui tombe “comme mort” aux pieds du Fils de l’homme qui lui apparaît (Apocalypse., 1, 17).

Au centre de cette vision, le Christ en gloire.

Jésus transfiguré se tient à la place où Dieu se manifeste dans les visions de l’Ancien Testament, mais la voix sort d’un autre lieu que lui, de la nuée : la voix invite à regarder Jésus en gloire, à le découvrir, à le suivre, à l’écouter.Le verbe grec que traduit notre mot “transfiguré” signifie précisément “métamorphosé”. Les trois disciples ont ici vision d’une transformation visible du Jésus terrestre qu’ils connaissent, et qui, dans la gloire de Dieu qui l’a saisi, leur paraît devenu “autre”. Cette “altérité” sera de nouveau manifestée lors des apparitions du Christ ressuscité, comme le montrent tous les récits de Pâques : Jésus n’est plus le même, au point qu’il n’est pas immédiatement reconnu et doit donner des signes de son identité pour indiquer qu’ il est bien Lui-même.

A la Transfiguration, comme lors des apparitions pascales, il s’agit bien de quelqu’un de notre monde terrestre (Jésus de Nazareth) qui nous est manifesté comme étant “d’ailleurs”, alors que dans les visions de l’ Ancien Testament, c’est Dieu, qu’on ne peut voir sans mourir, qui se manifeste, soit à travers les signes que traduisent les mots “nuée” ou “parole”, soit par un messager mystérieux (d’abord l’Ange du Seigneur, ou, plus tard, un ange particulier, comme au livre de Daniel).

La façon dont Jésus est présenté lors de cette vision de la Transfiguration se situe donc dans la perspective de la Résurrection glorieuse du Seigneur, lors de son passage de la croix à la gloire en son humanité intégrée dans la réalité transcendante du Dieu vivant

4. Prolongement

Paul présente sa propre expérience du Christ comme configuration au Christ en son mystère pascal de mort-résurrection. Ce qui est la pierre d’angle de son attachement au Seigneur Ressuscité est le coeur de sa prédication (Philippiens, 3, 7 - 12 et 1 Corinthiens, 1, 19 - 25). Nous savons que Jésus lui-même demande à chaque croyant de se perdre pour lui, de tout quitter pour le suivre et de prendre sa croix. Jacques et Jean, ces deux privilégiés de l’expérience de la Transfiguration, vont s’entendre demander par Jésus s’ils peuvent boire la coupe qu’il va boire, au moment où ils sollicitent d’être assis à sa droite et à sa gauche en son Royaume.

Au moment où il va vivre son angoisse devant la mort au Temple de Jérusalem au terme de son ministère public, Jésus déclare solennellement au chapitre 12 de l’Evangile de Jean :

23 Jésus leur répond : ” Voici venue l’heure où doit être glorifié le Fils de l’homme.

24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

25 Qui aime sa vie la perd ; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle.

26 Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera.

Ce texte de Jean, 12 nous associe au destin de Jésus. Mais, de plus, il nous redit autrement, et dans un tout autre contexte, l’enjeu de la Transfiguration et ce paradoxe si fort de la croix et de la gloire, lorsqu’il nous rapporte, un peu plus loin, que, de nouveau, une voix du ciel se fait entendre et que les témoins ne comprennent pas plus ce qu’est le Fils de l’homme que les trois disciples ne comprenaient la résurrection dont leur parlait Jésus, juste après sa Transfiguration. (Jean, 12, 27 - 33).

Prière

*Seigneur Jésus, la gloire de Dieu qui t’avait envahi et que tu as laissé se manifester en plénituide en te montrant transfiguré à tes disciples, cette gloire qui est désormais celle de ton humanité ressuscitée, nous l’avons reçue intérieurement dans le don de ton Esprit Saint, et nous avons à la rayonner à travers nos paroles et nos gestes, devenus lumineux de ta Vérité et de ta capacité d’aimer jusqu’au bout : apprends-moi à me laisser toujours plus entièrement saisir et mener par ton Esprit Saint, qui me configure à toi, et me fait reproduire visiblement ton image en tous mes comportements. AMEN.

21.02.2004.*


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