📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture
Commentaire
1. Situation
La lettre de Jacques est un document particulièrement unique dans le Nouveau Testament : elle se présente comme une sorte “d’encyclique” adressée aux 12 tribus de la “dispersion”, c’est-à-dire à un nombre inconnu d’Eglises Judéo-chrétiennes de langue grecque, et, pour cette raison, elle s’inscrit dans la tradition littéraire de lettres Juives du même genre adressées à la diaspora, ou disperson.
Dans cette lettre, la personne du Christ joue un rôle très effacé, le nom de Jésus Christ n’y étant mentionné que deux fois (1, 1 et 2, 1), et de façon très rapide, et ce n’est qu’à 2 ou 3 reprises également que le titre de “Seigneur” est appliqué à Jésus (1, 1; 2, 1 et 5, 14 - 15), ce titre étant, dans les autres passages, donné à Dieu le Père.
Le caractère chrétien de cette lettre, qui a été parfois contesté, est cependant nettement reconnu et admis, à cause principalement d’une vive polémique que cette lettre semble engager contre une interprétation abusive de la doctrine paulinienne du salut par la foi sans les oeuvres de la Loi, aux versets 14 - 26 du chapitre 2 (encore qu’un courant actuel tende à minimiser cette contestation).
D’autre part, cette lettre contient peu de “doctrine” uniquemenet chrétienne : elle offre un enseignement moral parfois banal, et souvent proche de la morale héllénistique de l’époque, mais c’est peut-être par souci missionnaire, pour inviter des Juifs non-chrétiens de langue grecque et de tendance “essénienne” (en relation avec une secte de Juifs pieux, rigoureux, de style communautaire et quasi monastique, qui existait au temps de Jésus près de la Mer Morte) à se rallier à l’Eglise, et ce, en insistant sur les points communs qu’ils partageaient avec les chrétiens : le zèle pour la loi morale, l’idéal de pauvreté, l’attente de la fin des temps vécue avec intensité, la foi au Dieu unique révélé dans l’Ancien Testament. A noter que tous ces thèmes sont véritablement de style “sapientiel”, présentant un message pour une vie selon la sagesse à tous les lecteurs de cette lettre.
Dès le 1er paragraphe sur la tentation (1, 2 - 18) Jacques introduit les principaux sujets qu’il va traiter dans sa lettre :
- Béatitude de la tentation et de la mise à l’épreuve (1, 2 - 18),
- Ecouter, Parler, Agir (1, 19 - 27),
- Le commandement de l’amour à vivre dans l’authenticité et le partage, face aux risques d’une foi qui deviendrait morte sans les oeuvres où elle doit s’exprimer (2, 1 - 26),
- Une éthique de la parole chez ceux qui enseignent (3, 1 - 12),
- Sagesse, et humilité dans une authentique recherche de Dieu pour lui-même (3, 13 - 4, 12),
- Sévère avertissement donné aux riches et dans la perspective de la fin des temps (4, 13 - 5, 6),
- Vivre en patience et vérité, avec endurance, dans l’attente de la venue du Seigneur (5, 7 - 20).
L’auteur se présente simplement comme étant “Jacques” : dans ce cas, ce serait le “frère” ou “cousin” de Jésus, non pas l’un des Douze, ni un autre disciple, semble-t-il (Jean, 7, 5), mais le bénéficiaire d’une apparition du Seigneur ressuscité (qui l’aurait converti) (1 Corinthines, 15, 7), et bientôt l’unique responsable de l’Eglise de Jérusalem (Actes, 1, 13 et 12, 17; Galates, 1, 19 et 2, 9 - 14), et qui serait mort martyr en 61, d’après l’historien Juif Josèphe.
Cependant, un grand nombre d’auteurs mettent en doute qu’il ait été l’auteur de cette lettre, vu la qualité de la langue grecque de ce document, qui comporte quand même des mots et expressions d’origine hébraïque ou araméenne, auxquels certains attachent par ailleurs beaucoup d’importance : de fait la question de savoir si Jacques est ou non l’auteur de cette lettre reste ouverte aujourd’hui encore, mais cela a une conséquence sur la datation de cette “encyclique”. Au cas où Jacques en serait vraiment l’auteur, elle aurait été écrite autour du début des années 60, juste avant la mort de Jacques, mais après les grandes épîtres de Paul qui traitent de la foi et des oeuvres, et qui datent de 57. Dans le cas contraire, on la situerait, soit avant 66, puisqu’elle ne parle guère du Temple qui sera détruit en 70, soit carrément après la ruine du Temple et de la ville de Jérusalem.
Notre page traite du quatrième sujet de cette Lettre : “Une éthique de la parole chez ceux qui enseignent” (3, 1 - 12)
2. Message
Nous devons nous méfier des abus de notre langage parlé.
Nous pouvons être tentés de nous constituer en maîtres de doctrine, voire même de commettre des fautes par nos paroles non contrôlées, qui peuvent se trouver porteuses de méchancetés, de jugements, de calomnies, de malédictions à l’égard de nos frères et soeurs créés comme nous à l’image de Dieu.
Il est donc très important pour nous de maîtriser notre langue pour respecter nos frères et soeurs dans le Seigneur, ainsi que pour chanter la louange de Dieu.
Les images employées par l’auteur, du mors dans la bouche des chevaux, du petit gouvernail capable d’orienter les plus gros navires, ou du petit feu susceptible d’incendier une immense forêt, nous aident à mesurer la puisssance de notre langue pour guider, pour conduire vers toutes destinations, bonnes ou mauvaises, ou pour embraser et détruire.
3. Decouvertes
Cette page propose une éthique du langage pour ceux qui ont principalement vocation ou mission d’enseigner.
Il leur faut d”abord constater et prendre acte des fautes qu’ils peuvent être amenés à commettre dans cette situation et dans la perspective du jugement de Dieu.
Les images employées par l’auteur sont suggestives de la puissance de la langue et du contrôle qu’elle peut exercer, ainsi que sa capacité de communiquer la mal tel un embrasement. Voir Siracide, 14, 1; 20, 1 - 7; Proverbes, 10, 19; Qohélet, 5, 1.
A noter le scepticisme profond de l’auteur : on peut, selon lui, dresser les animaux, mais il est quasi impossible de maîtriser la langue des hommes, qui se révèle toujours dangereuse, sauf dans le cas où elle exprime notre louange envers le Seigneur.
4. Prolongement
Mais il est une autre PAROLE, source de vie en nous :
Romains 10
10 5 Moïse écrit en effet de la justice née de la Loi qu’en l’accomplissant l’homme vivra par elle,
10 6 tandis que la justice née de la foi, elle, parle ainsi: Ne dis pas dans ton coeur: Qui montrera au ciel? Entends: pour en faire descendre le Christ;
10 7 ou bien: Qui descendra dans l’abîme? Entends: pour faire remonter le Christ de chez les morts.
10 8 Que dit-elle donc? La parole est tout près de toi, sur tes lèvres et dans ton coeur, entends: la parole de la foi que nous prêchons.
10 9 En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton coeur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé.
10 10 Car la foi du coeur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut.
10 11 L’Ecriture ne dit-elle pas: Quiconque croit en lui ne sera pas confondu?
10 12 Aussi bien n’y a-t-il pas de distinction entre Juif et Grec: tous ont le même Seigneur, riche envers tous ceux qui l’invoquent.
10 13 En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.
10 14 Mais comment l’invoquer sans d’abord croire en lui? Et comment croire sans d’abord l’entendre? Et comment entendre sans prédicateur?
10 15 Et comment prêcher sans être d’abord envoyé? Selon le mot de l’Ecriture: Qu’ils sont beaux les pieds des messagers de bonnes nouvelles!
10 16 Mais tous n’ont pas obéi à la Bonne Nouvelle. Car Isaïe l’a dit: Seigneur, qui a cru à notre prédication?
10 17 Ainsi la foi naît de la prédication et la prédication se fait par la parole du Christ.
10 18 Or je demande: n’auraient-ils pas entendu? Et pourtant leur voix a retenti par toute la terre et leurs paroles jusqu’aux extrémités du monde.
Isaïe 55
55 10 De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer pour fournir la semence au semeur et le pain à manger,
55 11 ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission.
Jean 1
1 1 Au commencement était le Verbe (la Parole de Dieu) et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu.
1 2 Il était au commencement avec Dieu.
1 3 Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut.
1 4 Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes,
1 5 et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie. …
1 9 Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme; il venait dans le monde.
1 10 Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu.
1 11 Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli.
1 12 Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu,..
Prière
*Seigneur Jésus, tu es la Parole de Dieu, Parole créatrice et Parole de Vie : que mes paroles soient toujours d’abord l’écho de ta Parole que j’accueille dans la foi, et que tu me demandes d’annoncer par toutes mes capacités de rayonnement et de communication, en mes paroles, actions, attitudes, comportements, et engagements en tous genres, au fil de mes jours. AMEN.
21.02.2004.*
Évangile : Marc 9, 2-10
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
2 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène seuls, à l’écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux
3 et ses vêtements devinrent resplendissants, d’une telle blancheur qu’aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte.
4 Élie leur apparut avec Moïse et ils s’entretenaient avec Jésus.
5 Alors Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : ” Rabbi, il est heureux que nous soyons ici ; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. “
6 C’est qu’il ne savait que répondre, car ils étaient saisis de frayeur.
7 Et une nuée survint qui les prit sous son ombre, et une voix partit de la nuée : ” Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le. “
8 Soudain, regardant autour d’eux, ils ne virent plus personne, que Jésus seul avec eux.
9 Comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, si ce n’est quand le Fils de l’homme serait ressuscité d’entre les morts.
10 Ils gardèrent la recommandation, tout en se demandant entre eux ce que signifiait ” ressusciter d’entre les morts “.
Mc 9 11 Et ils lui posaient cette question: “Pourquoi les scribes disent-ils qu’Elie doit venir d’abord?”
Mc 9 12 Il leur dit: “Oui, Elie doit venir d’abord et tout remettre en ordre. Et comment est-il écrit du Fils de l’homme qu’il doit beaucoup souffrir et être méprisé?
Mc 9 13 Mais je vous le dis: Elie est bien déjà venu et ils l’ont traité à leur guise, comme il est écrit de lui.”
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Au cours de cette montée vers Jérusalem, Jésus guérit d’abord un aveugle (8, 22 - 26), puis, en réponse à la question qu’il pose aux disciples concernant son identité, s’entend proclamer Messie par Pierre (8, 27 - 30). S’ensuivent alors trois séries d’instructions sur ce que sont le rôle du Messie et le statut de disciple, chacune de ces séries étant ponctuée par une prédiction de la passion et de la mort du Fils de l’homme auquel s’identifie Jésus (8. 31 - 9, 29, puis 9, 30 - 10, 31, et finalement 10, 32 - 45), avant le dernier épisode qui nous fait assister à la guérison de l’aveugle Bartimée (10, 46 - 52).
Le récit de la Transfiguration se situe exactement dans la premère série d’instructions données par Jésus à ses proches disciples : Jésus vient juste d’annoncer pour la première fois que le Fils de l’homme doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens , les grands prêtres et les scribes, être mis à mort et ressusciter trois jours après. Face aux protestations de Pierre, il a traité ce dernier de Satan et a expliqué que ses disciples étaient de même appelés à prendre leur croix pour le suivre, et à perdre leur vie à cause de lui et de l’Evangile, afin d’être reconnnus au jour de l’apparition en gloire du Fils de l’homme, et d’être témoins de la venue prochaine du Règne de Dieu avec puissance (8, 31, - 9, 1).
2. Message
La gloire de Jésus, Messie et authentique Fils bien-aimé de Dieu est, dans cette scène, révélée au sommet d’une haute montagne aux seuls trois disciples les plus proches de Jésus que sont Pierre, Jacques et Jean dans l’Evangile de Marc (comme d’ailleurs dans les Evangiles de Matthieu et Luc). Ces trois disciples ont été témoins du retour à la vie de la fille de Jaïre (Marc,5, 37) et seront invités à assister de plus près à la prière d’agonie de Jésus au jardin de Gethsémani.
Cette révélation de Jésus en gloire leur est accordée sous forme d’une vision liée aux traditionnelles manifestations de Dieu en vision dans l’Ancien Testament, une Parole qui sort d’une Nuée.
Le message de cette vision est on ne peut plus clair : Jésus est bien le Messie, le Fils bien-aimé de Dieu. Il accomplit ce qu’avaient déjà vécu Elie et Moïse, qui avaient fait une expérience de la rencontre de Dieu sur la montagne du Sinaï, et dont la tradition biblique d’Israël disait qu’ils avaient “été enlevés au ciel” (Deut., 34, 6 et 2 Rois, 2, 11). De même Jésus est Messie et Christ d’une façon qui accomplit vraiment tout le message de la Loi (reçue et transmise par Moïse, et les 5 premiers Livres de la Bible qui nous rapportent sa “tradition”), et des Prophètes (que représente Elie, le premier d’entre eux dans l’ordre de l’histoire), accomplissement que soulignera très fortement Jésus Ressuscité lui-même, lors de ses apparitions aux disciples d’Emmaüs et aux Onze Apôtres, telles que nous les rapportent Luc, 24.
Il leur faut donc écouter Jésus, même s’il leur annonce et présente une figure du Messie différente de celle du Messie qu’ils attendaient, en particulier lorsqu’il leur prédit comment le Fils de l’homme, en Serviteur souffrant, inaugurera, par son rejet, sa mort et sa résurrection, un Règne de Dieu qui n’est pas de ce monde. Il va donc leur falloir vivre un passage transformant au niveau de leur foi.
Ce message demeure expliqué dans le contexte de l’attente Juive du Messie et s’ouvre à la grande nouvelle, totalement inattendue, de la Résurrection, à venir, de Jésus le Messie, qui se trouve anticipée dans l’image révélée de Jésus en cette vision de la Transfiguration, comme le montrent très bien les versets 11 - 13, qui concluent notre passage.
Les disciples n’espèrent qu’en une résurrection générale à la fin des temps et se demandent ce que signifie cette recommandation de Jésus de ne parler à personne de cette vision “jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts”, c’est-à-dire dans un avenir prochain.
Se souvenant de l’Ecriture (Malachie, 3, 23 - 24) qui parle d’un retour d’Elie avant l’apparition du Messie, ils ont du mal à comprendre comment Jésus pourrait non seulement être méprisé et souffrir en sa qualité de Fils de l’homme - ce dont l’Ecriture ne parle qu’indirectement, à propos du Serviteur souffrant, mais sans identifier formellement ce Serviteur avec le Fils de l’homme (Deuxième Isaïe, 52, 14 et 53, 4 - 10) -, mais, de plus, ressusciter avant ce retour du Prophète Elie. Ils interrogent donc Jésus à ce sujet.
Quand Jésus leur répond qu’Elie est déjà venu et qu’il a souffert, il fait allusion à Jean le Baptiste, comme le précise Matthieu dans son récit parallèle (Matthieu, 17, 13). A noter toutefois que Marc ajoute qu’Elie (Jean Baptiste) a ainsi souffert “selon ce qu’il est écrit de lui”, alors qu’il n’y a aucun texte de l’Ancien Testament sur ce point.
3. Decouvertes
Il nous est raconté une vision. Des éléments inhérents à tout récit de vision se retrouvent dans ce récit de la transfiguration :
-
la blancheur éblouissante : relire, par exemple, la grande vision du Fils d’ homme qui venait sur les nuées du ciel pour s’approcher du vieillard dont le vêtement était blanc comme de la neige, au livre de Daniel, 7, 9 - 10 et 13 - 14, ainsi que la vision du Fils de l’homme - dont la tête et les cheveux sont blancs comme laine blanche, et dont le visage resplendit tel le soleil dans tout son éclat - qu’a le voyant de l’Apocalypse, 1, 13 - 18.
-
la nuée, signe, “véhicule” de la présence de Dieu : relire les nombreux textes de l’Ancien Testament : Exode, 16, 10; 19, 9; 24, 15 - 16; 33, 9; 40, 35; Nombres, 9, 18 et 22; 10, 34. Dans la scène de l’Annonciation de la naissance de Jésus dans l’Evangile de l’Enfance selon saint Luc, Marie s’entend dire par l’Ange Gabriel que l’Esprit Saint va venir sur elle et la Puissance du Très Haut la couvrir de son ombre (Luc, 1, 35).
-
Une Parole qui vient de Dieu et qui sort de la nuée au moment le plus fort de cette expérience de vision, comme c’est le cas au verset 7 de notre texte et dans les quelques versets de l’Exode citès ci-dessus.
Nous nous trouvons donc ici devant un langage codé, qui veut nous traduire une expérience de type inexprimable, et qui se sert d’images inhabituelles, au-delà de nos perceptions courantes. A noter également que les témoins de telles visions sont bouleversés : Pierre, Jacques et Jean, ici, au verset 6, le peuple d’Israël au Sinaï (relire les derniers versets recopiés ci-dessus), Marie à l’Annonciation (Luc, 1, 29), le voyant de l’Apocalypse qui tombe “comme mort” aux pieds du Fils de l’homme qui lui apparaît (Apocalypse., 1, 17).
Au centre de cette vision, le Christ en gloire.
Jésus transfiguré se tient à la place où Dieu se manifeste dans les visions de l’Ancien Testament, mais la voix sort d’un autre lieu que lui, de la nuée : la voix invite à regarder Jésus en gloire, à le découvrir, à le suivre, à l’écouter.Le verbe grec que traduit notre mot “transfiguré” signifie précisément “métamorphosé”. Les trois disciples ont ici vision d’une transformation visible du Jésus terrestre qu’ils connaissent, et qui, dans la gloire de Dieu qui l’a saisi, leur paraît devenu “autre”. Cette “altérité” sera de nouveau manifestée lors des apparitions du Christ ressuscité, comme le montrent tous les récits de Pâques : Jésus n’est plus le même, au point qu’il n’est pas immédiatement reconnu et doit donner des signes de son identité pour indiquer qu’ il est bien Lui-même.
A la Transfiguration, comme lors des apparitions pascales, il s’agit bien de quelqu’un de notre monde terrestre (Jésus de Nazareth) qui nous est manifesté comme étant “d’ailleurs”, alors que dans les visions de l’ Ancien Testament, c’est Dieu, qu’on ne peut voir sans mourir, qui se manifeste, soit à travers les signes que traduisent les mots “nuée” ou “parole”, soit par un messager mystérieux (d’abord l’Ange du Seigneur, ou, plus tard, un ange particulier, comme au livre de Daniel).
La façon dont Jésus est présenté lors de cette vision de la Transfiguration se situe donc dans la perspective de la Résurrection glorieuse du Seigneur, lors de son passage de la croix à la gloire en son humanité intégrée dans la réalité transcendante du Dieu vivant
4. Prolongement
Paul présente sa propre expérience du Christ comme configuration au Christ en son mystère pascal de mort-résurrection. Ce qui est la pierre d’angle de son attachement au Seigneur Ressuscité est le coeur de sa prédication (Philippiens, 3, 7 - 12 et 1 Corinthiens, 1, 19 - 25). Nous savons que Jésus lui-même demande à chaque croyant de se perdre pour lui, de tout quitter pour le suivre et de prendre sa croix. Jacques et Jean, ces deux privilégiés de l’expérience de la Transfiguration, vont s’entendre demander par Jésus s’ils peuvent boire la coupe qu’il va boire, au moment où ils sollicitent d’être assis à sa droite et à sa gauche en son Royaume.
Au moment où il va vivre son angoisse devant la mort au Temple de Jérusalem au terme de son ministère public, Jésus déclare solennellement au chapitre 12 de l’Evangile de Jean :
23 Jésus leur répond : ” Voici venue l’heure où doit être glorifié le Fils de l’homme.
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
25 Qui aime sa vie la perd ; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle.
26 Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera.
Ce texte de Jean, 12 nous associe au destin de Jésus. Mais, de plus, il nous redit autrement, et dans un tout autre contexte, l’enjeu de la Transfiguration et ce paradoxe si fort de la croix et de la gloire, lorsqu’il nous rapporte, un peu plus loin, que, de nouveau, une voix du ciel se fait entendre et que les témoins ne comprennent pas plus ce qu’est le Fils de l’homme que les trois disciples ne comprenaient la résurrection dont leur parlait Jésus, juste après sa Transfiguration. (Jean, 12, 27 - 33).
Prière
*Seigneur Jésus, la gloire de Dieu qui t’avait envahi et que tu as laissé se manifester en plénituide en te montrant transfiguré à tes disciples, cette gloire qui est désormais celle de ton humanité ressuscitée, nous l’avons reçue intérieurement dans le don de ton Esprit Saint, et nous avons à la rayonner à travers nos paroles et nos gestes, devenus lumineux de ta Vérité et de ta capacité d’aimer jusqu’au bout : apprends-moi à me laisser toujours plus entièrement saisir et mener par ton Esprit Saint, qui me configure à toi, et me fait reproduire visiblement ton image en tous mes comportements. AMEN.
21.02.2004.*