📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Évangile : Marc 8, 1-38

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

34 Appelant à lui la foule en même temps que ses disciples, il leur dit : ” Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive.
35 Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera.
36 Que sert donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il ruine sa propre vie ?
37 Et que peut donner l’homme en échange de sa propre vie ?
38 Car celui qui aura rougi de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aussi rougira de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. “
1 Et il leur disait : ” En vérité je vous le dis, il en est d’ici présents qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Royaume de Dieu venu avec puissance. “

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Notre passage se situe au début de la 4ème étape du ministère de Jésus, au cours de laquelle il instruit ses disciples et monte déjà vers Jérusalem.

2. Message

Jésus, après avoir interrogé ses disciples sur son identité , et après avoir reçu la profession de foi de Pierre le proclamant Messie, leur a immédiatement précisé qu’il était différent du “Messie”, selon l’image courante qu’on en avait, en leur annonçant pour la première fois sa passion, sa mort et sa résurrection à venir, au grand scandale de Pierre lui-même, que Jésus a traité alors de “Satan” (8, 27 - 33).

Comme après chacune des annonces de sa passion dans les Evangiles, Jésus en dégage les consignes pour ses disciples : il leur faudra passer par le même chemin de renoncement à soi-même pour vivre l’obéissance au projet de salut de Dieu, à la façon même de Jésus, dans le risque total de leur personne et de leur vie.

L’enjeu de cette attitude est de se mettre ainsi en situation de recevoir la vraie vie qui vient de Dieu, en menant notre vie présente comme disponibilité et abandon au Seigneur. Construire notre vie d’homme et de femme comme une conquête absolue effectuée avec maîtrise, c’est finalement la perdre. Toute croissance humaine doit se vivre dans l’action de grâces pour la vie reçue de Dieu, qui nous invite, dans la dépendance à son projet de salut pour nous, à rester disponibles et ouverts au surplus infini de vie et de qualité de vie qu’il nous propose par Jésus.

Il s’agit donc pour nous de nous attacher à Jésus par la foi qui nous conduira au partage de sa gloire, qu’il va commencer d’inaugurer dans sa mort-résurrection et le don de l’Esprit Saint, dont ses disciples immédiats seront les premiers témoins.

3. Decouvertes

Ces paroles de Jésus, ainsi regroupées dans l’Evangile de Marc que nous lisons, sont dispersées dans les Evangiles de Matthieu et de Luc.

Le fait que Marc nous rapporte cet enseignement de Jésus, sur la croix qu’il faut porter à sa suite, comme adressé à la foule, vise probablement l’auditoire plus large de tous les croyants de tous les temps. Il en va de même de la référence à l’Evangile, pour lequel il faut savoir perdre sa vie comme pour Jésus (verset 35), qui, pour nous, après sa résurrection, nous demeure présent, et appelant, par sa Parole transmise jusqu’à nous.

Jésus a-t-il vraiment, de son vivant, employé ce vocabulaire de la croix ? Même s’il se rendait clairement compte que son enseignement et sa mission, vécus en vérité, le conduiraient certainement à la mort, pouvait-il vraiment imaginer alors qu’il mourrait crucifié, la croix étant un supplice romain pour les rebelles politiques ? De même, de nombreux éxégètes ne pensent pas que Jésus ait pu, à cette époque, dire à ses disciples qu’il était nécessaire pour eux de “porter leur croix”.

Selon cette lecture, les paroles de Jésus auraient été réinterprétées et rapportées dans le langage de l’après sa mort-résurrection, puisque, de fait, Jésus est mort crucifié. Le message n’en change pas pour autant : suivre Jésus, nous engage à vivre comme lui, en renonçant à toute sécurité, et à tous ses intérêts, en étant disposé à aller comme lui, et pour lui, jusqu’à la mort.

Jésus s’identifie au Fils de l’homme de la fin des temps qui exerce le jugement, annoncé au chapitre 7 du livre de Daniel : ce Fils de l’homme est “serviteur souffrant” entré dans la gloire de Dieu.

Les dernières paroles de Jésus, en 9, 1, prises à la lettre, paraissent être une prophétie non suivie d’effet, sur son retour de Seigneur en gloire, du vivant de certains de ses disciples immédiats d’alors. Aucune interprétation de ces paroles n’est considérée comme vraiment satisfaisante. Beaucoup pensent cependant qu’il ne faut pas s’attacher aux détails de date indiqués dans des prophéties de ce genre. En Marc, 13, 32, Jésus déclare que seul le Père, à l’exclusion de tout autre, y compris lui-même, connaît la date du retour du Fils de l’homme en gloire.

4. Prolongement

Jésus attend de tout disciple qu’il le suive jusqu’au bout. Et il nous donne sans cesse son Esprit Saint pour cela :

23 Jésus leur répond : ” Voici venue l’heure où doit être glorifié le Fils de l’homme.

24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

25 Qui aime sa vie la perd ; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle.

26 Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera.

Prière

*Seigneur Jésus, aujourd’hui, comme chaque jour, tu nous redis : “viens, suis-moi”, signifiant que tu nous appelles à prendre, à notre époque de l’histoire des hommes, le relais de ton engagement d’obéissance jusqu’au bout à la volonté du Père, et tu demeures avec nous, chaque jour, à nos côtés, comme tu nous l’as promis, dans la force de ton Esprit Saint, pour nous aider à accomplir cette mission de fidélité, et de témoignage, que tu nous confies : grave toujours plus, au plus profond de mon coeur, cette nécessité impérieuse de te suivre, en perdant ma façon de vivre, pour accueillir la vie nouvelle que tu nous proposes, et que nous devons traduire en fruits de vérité et d’amour devant tous nos frères et soeurs. AMEN.

21.02.2003.*


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