📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Évangile : Marc 9, 14-27
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
14 En rejoignant
les disciples, ils virent une foule nombreuse qui les entourait et des
scribes qui discutaient avec eux.
15 Et aussitôt qu’elle
l’aperçut, toute la foule fut très surprise et ils accoururent pour le
saluer.
16 Et il leur demanda : ” De quoi disputez-vous avec eux
? “
17 Quelqu’un de la foule lui dit : ” Maître, je t’ai apporté
mon fils qui a un esprit muet.
18 Quand il le saisit, il le jette
à terre, et il écume, grince des dents et devient raide. Et j’ai dit à tes
disciples de l’expulser et ils n’en ont pas été capables. ” -
19
” Engeance incrédule, leur répond-il, jusques à quand serai-je auprès de
vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Apportez-le-moi. “
Mc
9:20- Et ils le lui apportèrent. Sitôt qu’il vit Jésus, l’esprit secoua
violemment l’enfant qui tomba à terre et il s’y roulait en écumant.
Mc
9:21- Et Jésus demanda au père : ” Combien de temps y a-t-il que cela lui
arrive ? ” - ” Depuis son enfance, dit-il ;
22 et souvent il l’a
jeté soit dans le feu soit dans l’eau pour le faire périr. Mais si tu peux
quelque chose, viens à notre aide, par pitié pour nous. ” -
23 “
Si tu peux ! … reprit Jésus ; tout est possible à celui qui croit. “
24 Aussitôt le père de l’enfant de s’écrier : ” Je crois ! Viens
en aide à mon peu de foi ! “
25 Jésus, voyant qu’une foule
affluait, menaça l’esprit impur en lui disant : ” Esprit muet et sourd, je
te l’ordonne, sors de lui et n’y rentre plus. “
26 Après avoir
crié et l’avoir violemment secoué, il sortit, et l’enfant devint comme
mort, si bien que la plupart disaient : ” Il a trépassé ! “
27
Mais Jésus, le prenant par la main, le releva et il se tint debout.
Mc
9:28- Quand il fut rentré à la maison, ses disciples lui demandaient dans
le privé : ” Pourquoi nous autres, n’avons-nous pu l’expulser ? “
Mc
9:29- Il leur dit : ” Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière. “
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se situe dans la 4ème étape du ministère de Jésus, au cours de laquelle il instruit ses disciples et monte déjà vers Jérusalem.
2. Message
Après avoir reçu la profession de foi de Pierre, le reconnaissant comme Christ, et après avoir durement rabroué Pierre qui n’acceptait la première annonce de la passion, Jésus s’est montré transfiguré à Pierre, Jacques et Jean sur la montagne, au cours d’une scène où la voix du Père a invité les disciples à écouter Jésus, quel que soit le caractère nouveau, voire choquant, de son message, parce qu’il est le Fils bien-aimé de Dieu, qu’il parle et agit en tous points en son Nom.
En descendant de cette montagne, ils rejoignent un groupe de disciples, et de gens attroupés autour d’eux et d’un enfant épilectique, que les disciples de Jésus n’ont pu guérir en l’absence de Jésus.
Jésus s’enquiert donc de ce qui se passe, ce qui conduit le père de l’enfant épileptique à décrire en détail la maldie du jeune, et à préciser que les disciples de Jésus n’ont pu rien faire pour le guérir.
Jésus se fait amener l’enfant, qui tombe en crise, ce qui pousse Jésus à s’informer davantage à son sujet, et à susciter la foi du père de cet enfant, qui finit par faire alors une belle profession de foi, affirmant sa confiance et demandant de l’aide pour son incroyance. Ce sur quoi Jésus chasse le démon sourd et muet qui possède l’enfant, qui en devient inerte tel un cadavre, mais que Jésus remet debout.
Par ses différentes paroles, à la fois d’impatience, puis d’insistance, et, enfin d’explication, Jésus souligne l’importance de la foi qui n’avait pas été manifestée suffisamment avant son arrivée, foi qu’il a fait professer au père de l’enfant, avant de faire remarquer à ses disciples impuissants qu’elle ne pouvait être efficace qu’associée à la prière de ceux qui se reconnaissent vraiment pauvres devant Dieu et montrent ainsi qu’ils attendent tout de lui.
3. Decouvertes
L’on pense que deux récits parallèles se trouvent réunis dans cette page, où se succèdent deux descriptions de la maladie de l’enfant (versets 17 - 18 et 22), et où la foule assemblée au verset 14 semble de nouveau s’assembler au verset 25.
Quoi qu’il en soit, deux parties se suivent dans ce récit, la 1ère, centrée sur l’action inefficace des disciples, la 2nde, sur la foi du père de l’enfant épileptique. Cependant, des deux côtés, l’importance de la foi est fortement soulignée, manquante chez les disciples (verset 19), et hésitante chez le père de l’enfant (verset 24).
L’accent paraît davantage placé sur la réponse des disciples que sur le pouvoir de Jésus. La présence de la foi est, en effet, nécessaire pour que des miracles aient lieu, et cela n’a pas été le cas avant l’intervention de Jésus en personne (voir Marc, 2, 4; 5, 43 et 6,5).
Lorsque Jésus répond au père de l’enfant : “tout est possible à celui qui croit”, on peut se demander s’il parle de sa propre foi en sa propre action, ou de la foi de l’homme qui sollicite la guérison de son fils (verset 23). Marc a peut-être voulu laisser ici une certaine ambiguïté pour suggérer le climat de foi indispendable chez tous les protagonistes, pour qu’un miracle se réalise.
La réponse finale du père à Jésus montre bien à quel point la foi est réponse de l’homme en même temps que don de Dieu.
La manière dont l’enfant inanimé est relevé par Jésus suggère la vie de ressuscité que Jésus propose et qu’il nous accordera finalement.
L’association va de soi entre foi (confiance totale en Dieu, dont on se reconnaît dépendant), et prière (expression de cette confiance et de cette dépendance).
4. Prolongement
Jésus nous définit ici la foi comme l’attitude priante d’un coeur de pauvre qui met humblement toute sa confiance en Dieu. C’est une telle foi seulement qui est vainqueur du monde :
1 Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu ; et quiconque aime celui qui a engendré aime celui qui est né de lui.
2 Nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu à ce que nous aimons Dieu et que nous pratiquons ses commandements.
3 Car l’amour de Dieu consiste à garder ses commandements. Et ses commandements ne sont pas pesants
4 puisque tout ce qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Et telle est la victoire qui a triomphé du monde : notre foi. 1Jn 5:5- Quel est le vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?
6 C’est lui qui est venu par eau et par sang : Jésus Christ, non avec l’eau seulement mais avec l’eau et avec le sang. Et c’est l’Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est la Vérité. …
9 Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand. Car c’est le témoignage de Dieu, le témoignage que Dieu a rendu à son Fils.
10 Celui qui croit au Fils de Dieu a ce témoignage en lui. Celui qui ne croit pas en Dieu fait de lui un menteur, puisqu’il ne croit pas au témoignage que Dieu a rendu à son Fils.
11 Et voici ce témoignage : c’est que Dieu nous a donné la vie éternelle et que cette vie est dans son Fils.
Prière
*Seigneur Jésus, toi qui es le chef de notre foi, et as vécu ton existence humaine toute entière dans une parfaite attitude d’obéissance au Père, dont la volonté constituait ta nourriture, tu nous as montré jusqu’où allait la remise de toi-même entre les mains du Père, dans une confiance absolue, que tu as manifestée jusqu’en ton “heure” de ta mort sur une croix, dans la vérité de la manifestation de ton désir de vivre, et de ton OUI proféré en même temps sans la moindre hésitation : viens augmenter ma foi toujours insuffisante, inscris en ma vie la confiance d’un enfant qui est sûr que son Père fera toujours ce qui est le meilleur pour lui, ce Père qui s’est manifesté en toi comme porteur d’une miséricorde et d’une lumière infinies. Amen.
24.02.2003.*