📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Évangile : Marc 9, 38-40

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

38 Jean lui dit : ” Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas. “
39 Mais Jésus dit : ” Ne l’en empêchez pas, car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi.
40 Qui n’est pas contre nous est pour nous.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Avec ce passage, nous rejoignons Jésus, alors qu’il est en route vers Jérusalem en instruisant ses disciples, et qu’il vient pour la 2ème fois de leur annoncer sa passion, sa mort et sa résurrection, message qu’ils ont d’autant plus de mal à comprendre qu’ils passent encore le temps à se demander lequel d’entre eux est le plus grand. Ce qui donne l’occasion à Jésus de valoriser celui qui est le serviteur, et de s’identifier lui-même aux plus petits.

2. Message

Autre intervention de Jésus, qui, ainsi, contribue à la formation de ses disciples, en route avec lui vers Jérusalem, alors que Jean, l’un des Douze, lui rapporte que quelqu’un, qui n’est pas disciple de Jésus, chasse les démons en son nom.

Remarquons immédiatement le contraste entre ce qui a été la réaction de Jean face à cet homme, et la réponse que lui donne maintenant Jésus : d’un côté, une réaction négative d’empêchement, de privilège, d’appartenance, de l’autre, celle de Jésus, positive : restez-en à l’aspect objectif de ce que vous percevez.

En effet, celui qui pratique des exorcismes au nom de Jésus se situe visiblement, objectivement, du côté de Jésus, quelle que soit sa motivation intérieure, et, de ce point de vue, se comporte en référence à Jésus, et donc, d’une certaine façon, en “disciple”.

De même, continue Jésus, celui qui n’est pas contre nous est pour nous : c’est-à-dire le fait que quelqu’un ne mette pas d’obstacle objectif à notre action doit être considéré comme représentant, de sa part, une attitude favorable à notre égard.

Dans la mesure où Dieu seul sonde les reins et les coeurs, les raisons intérieures des personnes, qui les poussent à agir de telle ou telle façon à notre égard, ne sont pas de notre compétence, et nous n’avons pas à interpréter leurs pensées profondes tant qu’elles ne sont pas perceptibles, de façon évidente, à travers leurs comportements eux-mêmes. Contentons-nous, en ce domaine, de ce que nous pouvons constater objectivement, sans chercher plus loin.

3. Decouvertes

On peut lire le verset 41, qui suit immédiatement notre page, selon la même perspective : tout service objectivement rendu, qu’il soit petit, voire insignifiant, sera récompensé, d’une récompense qui n’est pas réservée à un groupe privilégié de disciples, quel qu’il soit.

On s’est demandé, chez les spécialistes, si ces 2 versets qui forment notre page, ne sont pas le reflet de problèmes rencontrés plus tard dans la vie de l’Eglise : lire à ce sujet la mésaventure des exorcistes Juifs d’Ephèse, en Actes, 19, 13 - 17.

A noter que Jésus manifeste apparemment une toute autre réaction quand il polémique avec ceux qui l’accusent d’être possédé par Béelzéboul, le chef des démons, qui ainsi chasserait les démons à travers lui. Face à cette accusation d’être au service de Satan, Jésus dit effectivement le contraire de ce qu’il déclare dans notre page de ce jour : “qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui ne rassemble pas avec moi disperse” (Luc, 11, 23). Mais, en ce cas, il a affaire à des adversaires agissant objectivement contre lui de par leurs accusations, alors que, dans notre texte, celui qui ne se comporte pas en opposant actif est considéré par Jésus comme étant de son côté.

Ces 2 versets de notre texte condamnent tout triomphalisme ou toutes divisions en factions à l’intérieur de la communauté des disciples de Jésus. La foi est un don de Dieu, et non pas un accomplissement personnel, et, encore moins, une réussite. En conséquence, ce qui compte d’abord, c’est moins d’appartenir au groupe, ou à l’Eglise, que d’appartenir à Jésus, au nom duquel nous agissons.

Ce qui est crucial pour Marc, c’est une conception de l’Eglise ouverte sur le monde, dans la fidélité à la seule personne de Jésus, à laquelle toute autre valeur, ou toute autre appartenance, est subordonnée.

4. Prolongement

La manière dont Paul, dans sa lettre aux Philippiens, parle de chrétiens Judaïsants qui annoncent Jésus dans l’intention de lui nuire, est bien significative de la priorité qu’il accorde à Jésus dans l’exercice de son ministère. Ministère au service de la seule cause de Dieu, qu’il avait déjà auparavant situé dans une perspective semblable, dans un passage de la 1ère Lettre aux Corinthiens que nous pouvons lire également ci-dessous :

12 Je désire que vous le sachiez, frères, mon affaire a tourné plutôt au profit de l’Évangile :

13 en effet, dans tout le Prétoire et partout ailleurs, mes chaînes ont acquis, dans le Christ, une vraie notoriété,

14 et la plupart des frères, enhardis dans le Seigneur du fait même de ces chaînes, redoublent d’une belle audace à proclamer sans crainte la Parole.

15 Certains, il est vrai, le font par envie, en esprit de rivalité, mais pour les autres, c’est vraiment dans de bons sentiments qu’ils prêchent le Christ.

16 Ces derniers agissent par charité, sachant bien que je suis voué à défendre ainsi l’Évangile ;

17 quant aux premiers, c’est par esprit d’intrigue qu’ils annoncent le Christ ; leurs intentions ne sont pas pures : ils s’imaginent ainsi aggraver le poids de mes chaînes.

18 Mais qu’importe ? Après tout, d’une manière comme de l’autre, hypocrite ou sincère, le Christ est annoncé, et je m’en réjouis. Je persisterai même à m’en réjouir,

19 car je sais que cela servira à mon salut, grâce à vos prières et au secours de l’Esprit de Jésus Christ qui me sera fourni ;

7 Ainsi donc, ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance : Dieu.

8 Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un, mais chacun recevra son propre salaire selon son propre labeur.

9 Car nous sommes les coopérateurs de Dieu ; vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu.

10 Selon la grâce de Dieu qui m’a été accordée, tel un bon architecte, j’ai posé le fondement. Un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il y bâtit

11 De fondement, en effet, nul n’en peut poser d’autre que celui qui s’y trouve, c’est-à-dire Jésus Christ.

12 Que si sur ce fondement on bâtit avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, de la paille,

13 l’œuvre de chacun deviendra manifeste ; le Jour, en effet, la fera connaître, car il doit se révéler dans le feu, et c’est ce feu qui éprouvera la qualité de l’œuvre de chacun.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as instamment demande, à plusieurs reprises, de ne pas juger, en insistant tout autant pour que, de notre côté, notre “OUI” soit “OUI” et notre “non” soit “non”, de façon à ce que nous cherchions ainsi toujours, en premier lieu, à faire comme toi la volonté de Dieu a travers nos gestes et nos paroles, en toutes circonstances : apprends-moi le regard totalement desinteresse sur l’action, ou l’engagement, de mes frères et sœurs au service de ton Evangile, aide-moi à toujours me contenter d’apprécier objectivement tout ce qu’il y a de positif et de bon dans ce qu’ils me donnent à constater, sans jamais me permettre d’interpréter ce que je croirais être leurs motivations, en m’attribuant un rôle de superiorite et de pouvoir qui n’appartient qu’à Dieu, qui seul discerne la qualité profonde des pensées et des désirs qui nous habitent intérieurement. AMEN.

22.05.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour