📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Évangile : Marc 10, 1-12

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

1 Partant de là, il vient dans le territoire de la Judée et au-delà du Jourdain, et de nouveau les foules se rassemblent auprès de lui et, selon sa coutume, de nouveau il les enseignait.
2 S’approchant, des Pharisiens lui demandaient : ” Est-il permis à un mari de répudier sa femme ? ” C’était pour le mettre à l’épreuve.
3 Il leur répondit : ” Qu’est-ce que Moïse vous a prescrit ? ” -
4 ” Moïse, dirent-ils, a permis de rédiger un acte de divorce et de répudier. “
5 Alors Jésus leur dit : ” C’est en raison de votre dureté de cœur qu’il a écrit pour vous cette prescription.
6 Mais dès l’origine de la création Il les fit homme et femme.
7 Ainsi donc l’homme quittera son père et sa mère,
8 et les deux ne feront qu’une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair.
9 Eh bien ! ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer. “
10 Rentrés à la maison, les disciples l’interrogeaient de nouveau sur ce point.
11 Et il leur dit : ” Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère à son égard ;
12 et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère. “

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Avec ce passage, nous rejoignons Jésus, alors qu’il est en route vers Jérusalem en instruisant ses disciples, et qu’il vient pour la 2ème fois de leur annoncer sa passion, sa mort et sa résurrection, message qu’ils ont d’autant plus de mal à comprendre qu’ils passent encore le temps à se demander lequel d’entre eux est le plus grand. Ce qui donne l’occasion à Jésus de valoriser celui qui est le serviteur, de s’identifier lui-même aux plus petits, et de souligner la gravité de les scandaliser.

2. Message

Jésus se rapproche peu à peu de Jérusalem, but de son voyage, et le voici descendu au Sud, au niveau de la Judée, mais en Transjordanie, c’est-à-dire plus précisément en Pérée. Et c’est la que des Pharisiens cherchent à le mettre à l’épreuve par une question concernant le divorce.

Jésus commence de leur répondre en leur faisant préciser leur question : en effet, allors que les Pharisiens lui demandent s’il est permis à un homme de répudier sa femme, Jésus leur demande, à son tour, de lui dire ce que Moïse a prescrit à ce sujet. En citant le pasage du chapitre 24 du Deutéronome, les adversaires de Jésus montrent bien que l’on se trouve devant une permission accordée par Moïse, sous forme, semble-t-il, de dérogation, et non pas devant un commandement positif de Moïse (Deutéronome, 24, 1).

Jésus, de son côté, affirme que la disposition établie par Moïse est une concession à la faiblesse humaine, fermée à la volonté de Dieu, et il se situe, lui, au niveau du principe, en remontant, par delà le Deutéronome, jusqu’aux textes de la création eux-mêmes, en citant 2 passages de la Genèse (1, 27 et 2, 24), soulignant ainsi, on ne peut plus nettement, qu’à ses yeux, le mariage est, selon la volonté de Dieu, indissoluble en son principe, puisque cette union consacre l’unité totale de l’homme et de la femme en une seule chair, c’est-à-dire en un seul être indivisible : ainsi, conclut Jésus, que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni.

Lorsqu’il répond à ses disciples, qui continuent un peu plus tard de l’interroger sur ce point, Jésus va jusqu’au terme de son argumentation : selon cette même volonté de Dieu , exprimée au livre de la Genèse dans les récits de la création de l’homme : renvoyer son conjoint pour en épouser un autre , c’est bien commettre l’adultère.

Cela dit, Jésus ne conclut pas explicitement que ce comandement, lié à la création de l’homme et de la femme, ne peut encourir aucune dispense : si, à cause de la faiblesse humaine, Moïse a autorisé le divorce, Jésus n’interdit pas ici formellement que l’on utilise cette permission, accordée par la Loi. En effet, Jésus se situe d’abord au niveau de l’exigence inscrite dans le vouloir divin, dès l’origine de l’humanité. Si dispense il y a, elle ne peut abolir cette exigence fondamentale.

A travers ce dialogue, Jésus revendique une très grande autorité, qui l’autorise à reformuler les exigences fondamentales qui viennent de Dieu, et qui sont, de soi, supérieures à toute loi sur le divorce qui atténuerait le précepte inscrit dans la création, pour guider les hommes dans leur situation de faiblesse.

3. Decouvertes

La question que posent les Pharisiens semble, de fait, très artificielle, puisque la Loi Juive estimait que le divorce était légitime, la discussion sur ce point portant uniquement sur les raisons valables que l’on pouvait invoquer pour divorcer.

Quant à la législation sur le divorce trouvée dans le Deutéronome, 24, elle demeure très vague sur les motifs possibles du divorce, et traite davantage des procédures à suivre que du divorce en lui-même.

Il n’en reste pas moins que le problème du divorce existait bien à l’époque de Jésus, et des communautés chrétiennes primitives : on le trouve mentionné dans la tradition commune aux Evangiles de Matthieu et Luc (Luc, 16, 18 et Matthieu, 5, 32), ainsi que dans les écrits de Paul (1 Corinthiens, 7, 10), et toujours selon l’exigence manifestée par Jésus dans notre page de Marc de ce jour.

Il pourrait sembler que l’exigence de Jésus soit une attaque contre la Loi Juive à propos du divorce, encore que la réponse de Jésus ne nous est pas présentée ici comme ayant été perçue, ou devant être perçue ainsi. Cependant, qu’on le veuille ou non, Jésus a quand même relativisé un aspect, qui n’est pas sans importance, de la Loi. Mais ce n’est pas en “légalisant” autrement sur le divorce, mais en se situant à un autre niveau d’approche de la question, celui de l’exigence inscrite en l’homme par le Dieu créateur, dans le contexte de l’Ancien Testament, où la création nous est présentée comme le préalable ou le prélude à la manifestation de Dieu venant sauver les hommes en s’insérant dans leur histoire, par la promesse faite à Israël.

D’autre part, l’exigence que prône Jésus devient celle du Royaume de Dieu, qui a une portée d’achèvement eschatologique (de la fin des temps), que Jésus annonce et inaugure déjà dans notre histoire de ce temps, qu’il fait justement “basculer” dans la fin des temps en sa mission et sa mort-résurrection.

A noter que dans sa réponse à ses disciples lorsqu’ils se retrouvent entre eux seuls, Jésus aborde, non plus seulement la question du divorce, mais va plus loin, puisqu’il parle de la signification du remariage des divorcés.

L’allusion, au dernier verset, de la femme qui répudierait son mari, ne peut être qu’une reprise tardive des paroles de Jésus, adaptée à une situation de chrétiens vivant selon la loi civile Romaine. en effet, selon la Loi juive au temps de Jésus, seul le mari pouvait répudier sa femme, et non l’inverse.

4. Prolongement

A deux reprises, dans cette page, Jésus insite sur l’unité d’être (en une seule chair) des époux, et la 2ème fois, en reprenant explicitement à son compte la citation de Genèse, 2 , 24. C’est cette unité mystérieuse et réelle que souligne Paul, pour en faire le signe de l’unité toute aussi réelle entre Jésus et les communautés de croyants en son Nom, dans la suite de la tradition prophétique de Yahvé-Dieu, l’époux d’Israël son peuple :

21 Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ.

22 Que les femmes le soient à leurs maris comme au Seigneur :

23 en effet, le mari est chef de sa femme, comme le Christ est chef de l’Église, lui le sauveur du Corps ;

24 or l’Église se soumet au Christ ; les femmes doivent donc, et de la même manière, se soumettre en tout à leur maris.

25 Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église : il s’est livré pour elle,

26 afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne ;

27 car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée.

28 De la même façon les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Aimer sa femme c’est s’aimer soi-même.

29 Car nul n’a jamais haï sa propre chair ; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin. C’est justement ce que le Christ fait pour l’Église :

30 ne sommes-nous pas les membres de son Corps ?

31 Voici donc que l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair :

32 ce mystère est de grande portée ; je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église.

33 Bref, en ce qui vous concerne, que chacun aime sa femme comme soi-même, et que la femme révère son mari.

Prière

*Seigneur Jésus, te suivre en qualité de disciples, c’est toujours chercher à vivre davantage en communion les uns avec les autres, la où nous sommes placés ensemble, en famille, dans nos communautés d’Eglise, pour rendre visible cette unité profonde que nous partageons tous avec toi, et, par toi, avec le Père, dans ton Esprit Saint : renouvelle sans cesse en moi cet appel à ne faire qu’un avec tous ceux et toutes celles qui partagent ta dignité de fils du Père, et qui sont, comme moi, appelés à reproduire en ce monde ton image, en assumant ton attitude d’accueil, de bienveillance, de miséricorde, de pardon et de partage, dans la vérité de ta présence et de ta rencontre, qui animent notre existence placee toute entière sous ton regard, et dans l’imitation de tous tes comportements. AMEN.

24.05.2002.*


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