📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Pierre 2, 2-12
DE LA 1ère LETTRE DE PIERRE
Texte
2 Comme des enfants nouveau-nés désirez le lait non frelaté de la parole, afin que, par lui, vous croissiez pour le salut,
3 si du moins vous avez goûté combien le Seigneur est excellent.
4 Approchez-vous de lui, la pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie, précieuse auprès de Dieu.
5 Vous-mêmes, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d’un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ.
…
9 Mais vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, pour proclamer les louanges de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière,
10 vous qui jadis n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu, qui n’obteniez pas miséricorde et qui maintenant avez obtenu miséricorde.
11 Très chers, je vous exhorte, comme étrangers et voyageurs, à vous abstenir des désirs charnels, qui font la guerre à l’âme.
12 Ayez au milieu des nations une belle conduite afin que, sur le point même où ils vous calomnient comme malfaiteurs, la vue de vos bonnes œuvres les amène à glorifier Dieu, au jour de sa Visite.
Commentaire
1. Situation
Il apparaît difficile de situer exactement la 1ère Lettre attribuée à Pierre, qui se présente comme ayant été écrite par lui et adressée aux communautés chrétiennes dispersées dans les Provinces d’Asie Mineure, et composées de chréteins venant majoritairement du paganisme.
Deux écoles s’affrontent à propos de cette Lettre.
La première refuse d’attribuer cette lettre à Pierre, en raison de la très belle qualité de sa langue grecque, de sa dépendance, jugée importante, des thèmes développés dans les lettres de Paul, des difficultés qu’aurait eues Pierre à connaître ces communautés d’Asie auxquelles il s’adresse, de l’allusion, faite en 5, 9, à une persécution quasi généralisée à l’encontre des chrétiens, et qui n’a pu avoir lieu, de fait, que bien après la mort de Pierre, et de la non-existence au temps de Pierre de certaines Eglises auxquelles il écrit.
Dans cette perspective, cette lettre nous serait venue, soit de cercles qui honoraient la mémoire de Pierre après sa mort, soit d’un auteur plus tardif, qui se serait fait simplement passer pour Pierre. De ce fait, cette lettre aurait pu avoir été écrite, au plus tôt, dans les anées 70, après la ruine de Jérusalem et du Temple, soit vers l’année 100.
Une seconde école de spécialistes maintient, au contraire, que Pierre a pu écrire cette lettre vers l’an 65, peu avant sa mort, qui a eu lieu pendant la persécution de Néron. Et ils n’hésitent pas à répondre à toutes les objections soulevées par l’autre école : Pierre a pu se servir d’un secrétaire écrivant très bien en Grec, il ne faut pas exagérer l’influence des idées de Paul dans cette lettre, la perécution généralisée dont parle cette lettre n’avait rien d’une grande persécution officiellement décidée par le pouvoir impérial, mais fait allusion à une opposition “larvée” et habituelle aux idées et comportements des chrétiens, et, finalement, on a des traces de communautés chrétiennes très anciennes dans des provinces comme la Bithynie. De plus, le fait que cette lettre transmet une théologie “primitive”, marquée par l’approche de la fin des temps (l’eschatologie) et la présentation du Christ comme “serviteur”, plaide également en faveur de son ancienneté.
Si l’on a pu penser que cette lettre avait une origine liée à la liturgie baptismale, l’on s’accorde aujourd’hui pour reconnaître que nous sommes bien en présence d’une véritable lettre, dont le but est d’exhorter et de fortifier les chrétiens dans leur foi face aux difficultés qu’ils rencontrent, en leur rappelant les données de base de la Bonne Nouvelle qu’ils avaient reçue, pour la première fois, à l’époque de leur baptême.
Cette lettre traite, en premier lieu, de la dignité de la vocation, et de la responsabilité des chrétiens (1, 3 - 2, 10), ensuite,du témoignage que doit fournir la vie des chrétiens (2, 11 - 3, 12), avant de nous présenter, en dernier lieu, une réflexion sur l’approche chrétienne de la persécution, qu’il faut affronter avec confiance et réalisme (3, 13 - 5, 11).
Dans la 1ère partie de cette lettre (1, 3 - 2, 10), après une 1ère section consacrée à la vocation des chrétiens, présentée dans toute sa dignité (1, 3 - 25), une 2ème section traite particulièrement de la responsabilité qui en découle pour eux. C’est ici que se situe notre page, qui comprend également le début de la 2ème partie de cette lettre, où il est question du témoignage qu’il faut présenter au monde.
2. Message
Notre responsabilité de chrétiens consiste, en premier lieu, à nous comporter réellement en enfants de Dieu, qui ne se nourrissent que de sa Parole, considérée, sous l’image du “lait”, comme notre seule nourriture de base.
Cette responsabilité consiste, ensuite, à nous rapprocher toujours davantage du Christ, pour nous laisser construire en un édifice spirituel, par lui, et sur lui, qui est la pierre vivante de fondation de cette “maison” commune.
Derrière cette image de la maison bien bâtie, apparaît la sainte communauté sacerdotale de tous les croyants, qui présente à Dieu, par le Christ, l’hommage de ses offrandes spirituelles.
Dans le développement qui suit, cette Lettre de Pierre nous redéfinit en détail cette communauté que nous formons tous ensemble, sous la triple bannière de “peuple choisi, acquis par Dieu”, de “nation sainte”, de “sacerdoce royal”. Et si nous sommes collectivement parvenus à une telle dignité, c’est par un passage des ténèbres à la lumère de Dieu, réalisé dans l’oeuvre accomplie par Jésus Christ, dans laquelle nous a été manifesté et révélé l’amour de Dieu pour nous.
Notre texte se termine par quelques aspects du témoignage que notre vie chrétienne doit fournir, témoignage qui forme le thème de toute la 2ème partie de cette Lettre. Notre témoignage, c’est celui d’étrangers qui ne font que passer en ce monde sans y faire leur demeure stable, c’est le témoignage d’une vie conduite par l’Esprit Saint au-delà des limites de notre faiblese humaine, évoquée dans le mot “chair”, c’est un témoignage missionnaire devant les païens, qui, même lorsqu’ils nous sont hostiles et nous persécutent, doivent se trouver édifiés par notre manière d’être et de vivre.
3. Decouvertes
L’image du Christ, pierre de fondation, appelée ici “pierre vivante” parce que Jésus est ressuscité, est fréquente dans le Nouveau Testament. S’il n’y a qu’un seul fondement, le Christ, nous avons ensuite part à la construction qui s’èlève, en lui, et sur lui, en qualité de pierres vivantes à son image (voir 1 Corinthiens, 3, 9 - 10; Ephésiens, 2, 20 - 21 et Matthieu, 16, 18).
L’Eglise est “communauté sacerdotale” parce que chargée de témoigner devant toutes les nations , et d’offrir les sacrifices spirituels de tous ses membres (voir Romains, 12, 1; Hébreux, 13, 15; Ephésiens, 5, 2; Philippiens, 4, 18).
En reprenant des formules de l’Ancien Testament (Exode, 19, 5 - 6; Isaïe, 43, 20 - 21; Malachie, 3, 17, sans compter celles des versets 6 - 8 de ce chapitre 2, que notre lecture liturgique n’a pas repris), l’auteur de la Lettre applique à l’Eglise ce qui était déjà dit du Peuple de l’Ancienne Alliance. Voir encore Apocalypse, 1, 6 et 5, 10.
Pour cette 1ère Lettre de Pierre,la “maison des chrétiens” n’est pas tant le monde à venir que la communauté chrétienne que nous formons, qui est le lieu de rayonnement du salut offert par Dieu à toute l’humanité.
4. Prolongement
De par notre “nouvelle naissance baptismale”, dans la puissance de l’Esprit, nous entrons dans une nouvelle communauté, que nous sommes appelés à construire ensemble sur l’unique fondement qu’est le Christ ressuscité. Et comme nous sommes parvenus à la fin des temps avec la mort de Jésus, son entrée dans la gloire, et le don de son Esprit, nous sommes vraiment “de passage” en ce monde, dans lequel nous sommes, sans lui appartenir, comme témoins d’un monde nouveau, d’une création nouvelle, d’un “ailleurs”, qui est le Royaume de Dieu inauguré par Jésus, en sa mission et en son propre passage au Père. Sur ce point, la 1ère Lettre de Pierre est en consonnance avec d’autres textes bien connus du Nouveau Testament :
9 Car nous sommes les coopérateurs de Dieu ; vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu.
10 Selon la grâce de Dieu qui m’a été accordée, tel un bon architecte, j’ai posé le fondement. Un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il y bâtit.
11 De fondement, en effet, nul n’en peut poser d’autre que celui qui s’y trouve, c’est-à-dire Jésus Christ.
27 Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ :
28 il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus.
20 Car la construction que vous êtes a pour fondation les apôtres et prophètes, et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même.
21 En lui toute construction s’ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur ;
22 en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l’Esprit.
14 Car nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous recherchons celle de l’avenir.
15 Par lui, offrons à Dieu un sacrifice de louange en tout temps, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom.
16 Quant à la bienfaisance et à la mise en commun des ressources, ne les oubliez pas, car c’est à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir
Prière
*Seigneur Jésus, en toi nous sommes devenus création nouvelle, selon les dimensions d’un univers nouveau, inauguré en ta mort-résurrection, et nous sommes porteurs d’un nom nouveau, qui est la communication du “nom au dessus de tout nom”, que le Père t’a donné en ton “heure” de passage : aide-moi, non seulement à reconnaître la splendeur de cette transformation que tu as commencé d’effectuer en moi, mais à mesurer la responsabilité à laquelle ainsi tu m’appelles, d’annoncer au monde “les merveilles de celui qui nous a fait passer des ténèbres à son admirable lumière”. AMEN.
30.05.2002.*
Évangile : Marc 10, 46-52
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
46 Ils arrivèrent à Jéricho. Et comme il sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule considérable, le fils de Timée Bartimée , un mendiant aveugle, était assis au bord du chemin.
47 Quand il apprit que c’était Jésus le Nazarénien, il se mit à crier : ” Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! “
48 Et beaucoup le rabrouaient pour lui imposer silence, mais lui criait de plus belle : ” Fils de David, aie pitié de moi ! “
49 Jésus s’arrêta et dit : ” Appelez-le. ” On appelle l’aveugle en lui disant : ” Aie confiance ! Lève-toi, il t’appelle. “
50 Et lui, rejetant son manteau, bondit et vint à Jésus.
51 Alors Jésus lui adressa la parole : ” Que veux-tu que je fasse pour toi ? ” L’aveugle lui répondit : ” Rabbouni, que je recouvre la vue !“
52 Jésus lui dit : ” Va, ta foi t’a sauvé. ” Et aussitôt il recouvra la vue et il cheminait à sa suite.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se situe dans la 4ème étape du ministère de Jésus, au cours de laquelle il vit la fin de sa montée vers Jérusalem.
2. Message
En comparaison avec la précédente guérison d’un aveugle en Marc, 8, 22 - 26.
Les contrastes sont surprenants entre ces deux événements apparemment semblables. Lors du premier miracle, Jésus avait rencontré un homme anonyme, qu’il avait pris à part, hors de son village, et guéri progressivement en lui mettant de la salive sur les yeux et en lui imposant les mains, tout en demandant à cet homme de l’informer sur le degré de vision qu’il recouvrait. L’opération une fois terminée, Jésus lui avait enjoint de ne même pas rentrer dans son village, de façon à ce que cette guérison demeure, semble-t-il, secrète.
Tout diffère ici : l’homme est nommé, Bartimée, c’est-à-dire le fils de Timée. Bartimée cherche publiquement, et avec beaucoup d’insistance, à rencontrer Jésus qu’il proclame bien haut comme “Fils de David”. Jésus s’arrête, le fait venir devant tout le monde, lui fait dire sa confiance totale en lui lorsqu’il lui demande ce qu’il attend de lui, le guérit immédiatement d’une parole qui constate simplement la foi de cet homme, qui, d’un coup, de mendiant qu’il était, se trouve devenu disciple accompagnant Jésus sur la route de son destin.
Si nous découvrons dans ce retour à la vue un signe de l’illumination intérieure que procure la foi, nous mesurons la différence : d’un côté, les efforts que fait Jésus pour conduire les siens à comprendre le sens de sa mission, de sa parole et de son destin de Fils de l’homme appelé à vivre son passage par la mort et la résurrection, de l’autre, ce que Jésus attend des croyants, à savoir qu’ils se précipitent à sa suite, dès qu’ils l’ont reconnu comme Messie, pour désormais vivre autrement, à sa façon.
L’élan de Bartimée, qui bondit vers Jésus, dès que ce dernier l’appelle, contraste énormément avec les malentendus et les hésitations des disciples de Jésus, qui n’arrivent pas à comprendre le sens de sa Pâque prochaine, et en restent à attendre de lui qu’il inaugure un Royaume de Dieu visible en ce monde et dans lequel ils bénéficieraient d’une place privilégiée.
Il attend un salut, une plénitude de vie de Celui qu’il découvre et proclame comme Fils de David, descendant du roi qui avait assuré la délivrance d’Israël de tous les obstacles. Dès que le contact est établi entre Jésus et lui, il reçoit la lumière, non seulement de la vision extérieure, mais de la vision du coeur, qui le transforme en disciple qui marche derrière Jésus sans condition, saisi dans une dimension nouvelle qui marque désormais toute son existence d’homme. Son désir d’un salut était tel que rien, semble-t-il, ne pouvait l’arrêter, et surtout pas la foule devant laquelle il crie sa confiance absolue en Jésus son Sauveur, confiance qui devient gratitude et attachement personnel envers Jésus qu’il a ainsi rencontré.
En lui disant : “Va, ta foi t’a sauvé”, Jésus reconnaît et authentifie la démarche de cet homme. Il a la foi qui conduit au salut, dont sa guérison, accomplie sur cette parole même d’authentification, devient le signe.
3. Decouvertes
Jéricho, à environ un peu moins de 30 kilomètres au Nord Est de Jérusalem, et à quelques kilomètres du Jourdain, très en dessous du niveau de la mer, d’où Jésus va réellement “monter” vers Jérusalem, ville située à environ +900 mètres d’altitude. Parti de Césarée de Philippe, située au Nord de la Galilée, Jésus arrive au terme de son long périple vers la ville sainte.
Jésus proclamé “Fils de David”, terme synonyme de “Messie” : c’est la première fois que Jésus est ainsi appelé, publiquement, par un homme. Selon l’Evangile, seuls des “démons” chassés par Jésus lui donnaient des titres de ce genre (Marc, 1, 24 - 25), et lors de la confession de Césarée, quand Pierre avait déclaré Jésus “Messie” ou “Christ”, Jésus ne se trouvait qu’avec ses disciples, loin de la foule. Ainsi formulée, la profession de foi de Bartimée constitue une réelle nouveauté.
“Rejetant son manteau”, Bartimée se précipite vers Jésus. Il s’agit peut-être d’un vêtement, mais plus probablement d’un morceau d’étoffe que le mendiant posait à terre pour recevoir les aumônes des passants. Les nombreuses allusions aux vêtements dans l’Evangile de Marc (2, 21; 5, 25 - 30; 6, 56; 9, 3; 11, 7 - 8; 13, 16; 15, 20, 24) suggèrent que Bartimée laissait derrière lui “l’ordre ancien” des choses pour entrer dans la nouveauté proposée par Jésus.
“Ta foi t’a sauvé”. Parole déjà employée par Jésus (Marc, 5, 23, 28, 34). La foi est ici considérée comme un élément essentiel de la guérison et du salut total de l’homme, que cette guérison signifie. La guérison, dans tous ces passages, indique le salut : “guérison” était un terme technique pour désigner le salut dans les communautés chrétiennes primitives. La foi sauve car elle est dirigée vers Jésus dans la confiance totale qu’il est porteur, comme lieu et présence, de la puissance de Dieu qui sauve.
“Il suivait Jésus sur le chemin”. Marc emploie ici le même verbe grec qu’en 1, 18, lorsqu’il racontait comment les premiers disciples étaient partis avec Jésus. “Suivre”, en ce sens fort, c’est devenir disciple. Et, ici, à la clôture de tout ce “voyage” de Jésus vers Jérusalem, initié en 8, 22, à Bethsaïda, avec la guérison du premier aveugle, cette mention de Bartimée qui “suit” Jésus suggère qu’il l’accompagne dans son chemin vers la Passion.
4. Prolongement
Récit de guérison en même temps que récit d’appel. Passage instantané de la nuit à la lumière. Découverte définitive de Jésus-Sauveur. Comme le démoniaque de la Décapole possédé par une “Légion”, qui veut à tout prix suivre Jésus dès sa libération, et que Jésus renvoie dans son pays pour témoigner de la miséricorde qu’il a reçue (Marc, 5, 1 - 20, et surtout 5, 18 - 20). Comme le “bon” Larron crucifié avec Jésus et que Jésus proclame sauvé dans l’aujourd’hui de sa propre mort (Luc, 23, 39 - 43). Comme Saül (Paul) persécuteur, terrassé par Jésus et rendu aveugle sur le chemin de Damas où il est saisi par Jésus (Actes, 9, 1 - 20). Paul qui dit ensuite de lui-même :
15 Mais quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna
16 révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, sans consulter la chair et le sang,
17 sans monter à Jérusalem trouver les apôtres mes prédécesseurs, je m’en allai en Arabie, puis je revins encore à Damas.
8 Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ,
9 et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi ;
10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort,
11 afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts.
12 Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus.
13 Non, frères, je ne me flatte point d’avoir déjà saisi ; je dis seulement ceci : oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être,
14 et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus.
Passage des ténèbres à la Lumière. Thème très développé dans l’un des 7 grands “signes” de Jésus que nous rapporte l’Evangile de Jean, dans le récit de la guérison de l’aveugle-né, au chapitre 9. Jésus s’y présente comme étant lui-même la Lumière du monde à partir de laquelle tout discernement doit s’effectuer :
4 “Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient, où nul ne peut travailler.
5 Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. ” …
39 Jésus dit alors : ” C’est pour un discernement que je suis venu en ce monde : pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles. ”
40 Des Pharisiens, qui se trouvaient avec lui, entendirent ces paroles et lui dirent : ” Est-ce que nous aussi, nous sommes aveugles ? ”
41 Jésus leur dit : ” Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais vous dites : Nous voyons ! Votre péché demeure. ”