📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Pierre 1, 10-16

DE LA 1ère LETTRE DE PIERRE

Texte

10 Sur ce salut ont porté les investigations et les recherches des prophètes, qui ont prophétisé sur la grâce à vous destinée.
11 Ils ont cherché à découvrir quel temps et quelles circonstances avait en vue l’Esprit du Christ, qui était en eux, quand il attestait à l’avance les souffrances du Christ et les gloires qui les suivraient.
12 Il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu’ils administraient ce message, que maintenant vous annoncent ceux qui vous prêchent l’Évangile, dans l’Esprit Saint envoyé du ciel, et sur lequel les anges se penchent avec convoitise.
13 L’intelligence en éveil, soyez sobres et espérez pleinement en la grâce qui doit vous être apportée par la révélation de Jésus Christ.
14 En enfants obéissants, ne vous laissez pas modeler par vos passions de jadis, du temps de votre ignorance.
15 Mais, à l’exemple du Saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite,
16 selon qu’il est écrit : Vous serez saints, parce que moi, je suis saint.

Commentaire

1. Situation

Il apparaît difficile de situer exactement la 1ère Lettre attribuée à Pierre, qui se présente comme ayant été écrite par lui et adressée aux communautés chrétiennes dispersées dans les Provinces d’Asie Mineure, et composées de chréteins venant majoritairement du paganisme.

Deux écoles s’affrontent à propos de cette Lettre.

La première refuse d’attribuer cette lettre à Pierre, en raison de la très belle qualité de sa langue grecque, de sa dépendance, jugée importante, des thèmes développés dans les lettres de Paul, des difficultés qu’aurait eues Pierre à connaître ces communautés d’Asie auxquelles il s’adresse, de l’allusion, faite en 5, 9, à une persécution quasi généralisée à l’encontre des chrétiens, et qui n’a pu avoir lieu, de fait, que bien après la mort de Pierre, et de la non-existence au temps de Pierre de certaines Eglises auxquelles il écrit.

Dans cette perspective, cette lettre nous serait venue, soit de cercles qui honoraient la mémoire de Pierre après sa mort, soit d’un auteur plus tardif, qui se serait fait simplement passer pour Pierre. De ce fait, cette lettre aurait pu avoir été écrite, au plus tôt, dans les anées 70, après la ruine de Jérusalem et du Temple, soit vers l’année 100.

Une seconde école de spécialistes maintient, au contraire, que Pierre a pu écrire cette lettre vers l’an 65, peu avant sa mort, qui a eu lieu pendant la persécution de Néron. Et ils n’hésitent pas à répondre à toutes les objections soulevées par l’autre école : Pierre a pu se servir d’un secrétaire écrivant très bien en Grec, il ne faut pas exagérer l’influence des idées de Paul dans cette lettre, la perécution généralisée dont parle cette lettre n’avait rien d’une grande persécution officiellement décidée par le pouvoir impérial, mais fait allusion à une opposition “larvée” et habituelle aux idées et comportements des chrétiens, et, finalement, on a des traces de communautés chrétiennes très anciennes dans des provinces comme la Bithynie. De plus, le fait que cette lettre transmet une théologie “primitive”, marquée par l’approche de la fin des temps (l’eschatologie) et la présentation du Christ comme “serviteur”, plaide également en faveur de son ancienneté.

Si l’on a pu penser que cette lettre avait une origine liée à la liturgie baptismale, l’on s’accorde aujourd’hui pour reconnaître que nous sommes bien en présence d’une véritable lettre, dont le but est d’exhorter et de fortifier les chrétiens dans leur foi face aux difficultés qu’ils rencontrent, en leur rappelant les données de base de la Bonne Nouvelle qu’ils avaient reçue, pour la première fois, à l’époque de leur baptême.

Cette lettre traite, en premier lieu, de la dignité de la vocation, et de la responsabilité des chrétiens (1, 3 - 2, 10), ensuite,du témoignage que doit fournir la vie des chrétiens (2, 11 - 3, 12), avant de nous présenter, en dernier lieu, une réflexion sur l’approche chrétienne de la persécution, qu’il faut affronter avec confiance et réalisme (3, 13 - 5, 11).

2. Message

Dans la 1ère partie de cette lettre (1, 3 - 2, 10), une 1ère section traite de la vocation des chrétiens (1, 3 - 25), en nous développant d’abord une très belle action de grâces en forme de bénédiction, pour le salut de Dieu, oeuvre du Père, réalisée par le Fils et révélée par l’Esprit (1, 3 - 12). Face à cette magnifique action de Dieu dans notre existence, il n’est attendu de notre part qu’une réponse : menons une vie de sainteté (1, 13 - 25).

Notre page commence donc avec la fin de cette belle bénédiction d’action de grâces pour la nouvelle naissance, et l’héritage, reçus dans la foi, que nous apporte la régénération en Jésus Christ, qui a accompli pour nous tout ce que les prophètes de l’Ancien Testament avaient annoncé sous l’influence de l’Esprit Saint, qui était déjà l’Esprit du Christ agissant en eux.

C’est ainsi, que, sous la mouvance de cet Esprit, ils avaient prédit les souffrances du Christ et sa gloire à venir, dans un message qui, sans les concerner eux-mêmes, visaient les chrétiens que nous sommes, nous à qui ce message a été transmis par les prédicateurs de l’Evangile.

Dans un 2ème temps de notre page, nous parvient le début de l’exhortation à mener une authentique vie de sainteté. Car telle doit bien être notre réponse authentique : préparons-nous à la révélation totale du Christ, en son retour à la fin ultime des temps, avec la détermination de celui, ou de celle, qui se met en tenue de travail pour une mission de service. Cela dit, avançons résolument et avec obéissance, sur un chemin de vie, devenu tout autre en sa nouveauté, et qui est celui de la véritable sainteté, vécue à l’imitation de la sainteté de Dieu qui nous a appelés.

3. Decouvertes

La page que nous lisons est originale lorsqu’elle nous affirme que l’Esprit qui inspirait les prophètes était déjà celui du Christ. Certains interprètent l’expression “l’Esprit du Christ” comme signifiant “l’Esprit qui révèle le Christ” (1, 11).

Au verset 13, l’image de ceux qui ont les “reins ceints” renvoie à l’attitude de disponibilité des “serviteurs” pour la marche ou le service qu’on leur demande. Mais il s’agit ici d’une disponibilité de tout notre être, venant de notre esprit (voir Luc, 12, 35 et 17, 8; Ephésiens, 6, 14; Jérémie, 1, 17).

Le mot “saint” a pour premier sens “séparé”, “dédié”, et s’oppose à “profane”. Nous devons nous considérer comme “mis à part” pour Dieu.

Le verset 16 cite Lévitique, 11, 44; 19, 2; 20, 7 et 26.

4. Prolongement

Mesurons-nous à quel point nous sommes privilégiés d’être ceux à qui étaient destinées les promesses prophétiques et la Bonne Nouvelle du salut de Dieu, que l’Eglise, et non pas les Anges, c’est-à-dire nous toutes et tous rassemblés en Eglise, avons pour mission de manifester ?

3 Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ.

4 C’est ainsi qu’Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour,

5 déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté,

6 à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé.

7 En lui nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce,

8 qu’Il nous a prodiguée, en toute sagesse et intelligence :

9 Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’Il avait formé en lui par avance,

10 pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres.

Prière

*Seigneur Jésus, te découvrir, te rencontrer, être transformés par le salut de Dieu, que tu as accompli en ta mission prophétique, ta mort, ta résurrection, et le don de l”Esprit Saint, telle est la grâce que tu nous offres, tel est notre privilège, telle est la gratuité incommensurable de Dieu qui, en toi, se révèle et nous partage la qualité de son existence : ouvre-moi davantage le cœur, l’Esprit, l’être tout entier, à cette merveille du règne de Dieu sur nous, et en nous, qui dépasse tout ce que je puis imaginer où concevoir, et rends-moi entièrement disponible à cette vie nouvelle que tu as fait, et que tu continues, de faire jaillir en moi. AMEN.

28.05.2002.*

Évangile : Marc 10, 28-31

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

28 Pierre se mit à lui dire : ” Voici que nous, nous avons tout laissé et nous t’avons suivi. “
29 Jésus déclara : ” En vérité, je vous le dis, nul n’aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause de l’Évangile,
30 qui ne reçoive le centuple dès maintenant, au temps présent, en maisons, frères, sœurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.
31 Beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront premiers. “

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Notre passage se situe dans la 4ème étape du ministère de Jésus, au cours de laquelle il instruit ses disciples et monte déjà vers Jérusalem.

2. Message

Jésus vient de rencontrer un homme riche qui lui a demandé comment parvenir à la vie éternelle, et qui s’en est allé tout triste, parce qu’il ne se sentait pas capable de tout quitter, en donnant ses biens aux pauvres, pour suivre Jésus.

Suite à cela, Jésus a expliqué à ses disciples qu’il était impossible aux hommes riches d’eux-mêmes d’entrer dans le Royaume de Dieu, et que, d’ailleurs, nous ne pouvions obtenir le salut sans l’intervention gratuite de Dieu.

D’où la question “intéressée” de Pierre : quelle sera leur récompense à eux, qui ont tout quitté pour suivre Jésus ?

La réponse du Seigneur est à la fois claire et mystérieuse : dès ce monde, ils recevront au centuple tout ce qu’ils ont quitté, mais autrement, semble-t-il, à travers les relations communautaires nouvelles que Jésus va instaurer parmi ses disciples, quand sa mission sera accomplie, et qu’elle se continuera autrement (il précise, en effet, “à cause de moi et de l’Evangile”, et l’on peut penser ici à tout ce que l’Esprit Saint, qui leur sera donné après la mort-résurrection de Jésus, leur permettra en ce domaine). Ensuite, ils recevront la vie éternelle dans le monde à venir, cette vie éternelle que Jésus, en sa mission, est chargé d’inaugurer.

Dans ce Royaume de Dieu, réalisé et offert par Jésus, beaucoup de situations humaines terrestres seront inversées : les pauvres, les petits, les derniers, les démunis, ceux qui sont dépouillés d’eux-mêmes, et donc disponibles à la Parole et à l’action de Dieu en leur vie, seront désormais les premiers.

A noter que, pour Marc, les persécutions font partie du témoignage normal attendu des chrétiens : ceux qui marchent derrière Jésus passeront par son chemin, qu’il a déjà annoncé à deux reprises.

3. Decouvertes

Même si tout est grâce, le fait de s’être engagé derrière Jésus entraîne des conséquences très positives.

L’Eglise va fournir une nouvelle famille, ainsi qu’une nouvelle communauté sociale à ceux qui ont quitté famille et possessions pour suivre Jésus.

A comparer la liste des biens qu’on retrouve, au verset 30, par rapport à celle de ceux que l’on a abandonnée, au verset 29, on constate, d’abord, qu’on ne recevra pas de “père”, probablement parce que Dieu est déjà, et demeurera, notre “Père”. On ne peut pas ne pas remarquer, ensuite, l’annonce des persécutions : peut-être existent-elles à l’époque où Marc écrit son Evangile, ou bien pressent-il qu’elles ne tarderont pas à se déclencher.

La section 10, 17 - 31, à laquelle appartient ce passage, se termine, comme elle a commencé, par la mention de la “vie éternelle”, et renvoie à la question que l’homme riche posait justement à Jésus à ce sujet, au début de cet ensemble.

4. Prolongement

La façon selon laquelle Paul se situe, dans son apostolat, et la façon dont il lit les situations difficiles que traversent les apôtres de Jésus :

2 … Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut.

3 Nous ne donnons à personne aucun sujet de scandale, pour que le ministère ne soit pas décrié.

4 Au contraire, nous nous recommandons en tout comme des ministres de Dieu : par une grande constance dans les tribulations, dans les détresses, dans les angoisses,

5 sous les coups, dans les prisons, dans les désordres, dans les fatigues, dans les veilles, dans les jeûnes ;

6 par la pureté, par la science, par la patience, par la bonté, par un esprit saint, par une charité sans feinte,

7 par la parole de vérité, par la puissance de Dieu ; par les armes offensives et défensives de la justice ;

8 dans l’honneur et l’ignominie, dans la mauvaise et la bonne réputation ; tenus pour imposteurs, et pourtant véridiques ;

9 pour gens obscurs, nous pourtant si connus ; pour gens qui vont mourir, et nous voilà vivants ; pour gens qu’on châtie, mais sans les mettre à mort ;

10 pour tristes, nous qui sommes toujours joyeux ; pour pauvres, nous qui faisons tant de riches ; pour gens qui n’ont rien, nous qui possédons tout.

Prière

*Seigneur Jésus, tu t’es fait pauvre pour nous rendre riches du salut de Dieu, et, particulièrement, en nous communiquant ton attitude de “pauvre”, “clé” de ta relation au Père, dont tu reçois tout pour tout lui rendre, dans le dialogue que tu vis constamment avec lui, selon le mystère de ton unité ineffable et permanente avec lui : apprends-moi à toujours bien recevoir tout ce qui me vient de toi en tous domaines, de façon à ce que mon existence personnelle devienne vraiment un “lieu” de ta présence et de ton action, en toutes mes paroles et tous mes comportements. Amen.

04.03.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour