📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Évangile : Marc 10, 32-45

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

32 Ils étaient en route, montant à Jérusalem ; et Jésus marchait devant eux, et ils étaient dans la stupeur, et ceux qui suivaient étaient effrayés. Prenant de nouveau les Douze avec lui, il se mit à leur dire ce qui allait lui arriver :
33 ” Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux païens,
34 ils le bafoueront, cracheront sur lui, le flagelleront et le tueront, et après trois jours il ressuscitera. “
35 Jacques et Jean, les fils de Zébédée, avancent vers lui et lui disent : ” Maître, nous voulons que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander. “
36 Il leur dit : ” Que voulez-vous que je fasse pour vous ? ” -
37 ” Accorde-nous, lui dirent-ils, de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire. “
38 Jésus leur dit : ” Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire et être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? “
39 Ils lui dirent : ” Nous le pouvons. ” Jésus leur dit : ” La coupe que je vais boire, vous la boirez, et le baptême dont je vais être baptisé, vous en serez baptisés ;
40 quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de l’accorder, mais c’est pour ceux à qui cela a été destiné. “
41 Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean.
42 Les ayant appelés près de lui, Jésus leur dit : ” Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir.
43 Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur,
44 et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l’esclave de tous.
45 Aussi bien, le Fils de l’homme lui-même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. “

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Avec ce passage, nous continuons d’accompagner Jésus, alors qu’il est en route vers Jérusalem en instruisant ses disciples, et qu’il leur a, une 2ème fois, annoncé sa passion, sa mort et sa résurrection, alors qui’ils en étaient encore à se demander lequel d’entre eux était le plus grand. Ce qui a donné l’occasion à Jésus de valoriser celui qui est le serviteur, de s’identifier lui-même aux plus petits, et de souligner la gravité de les scandaliser. Se rapprochant de la Judée, Jésus s’est trouvé confronté à de nouvelles situations : une question sur le divorce, des enfants qu’on lui présente et qu’il accueille comme ceux qui sont les plus proches du Royaume de Dieu, la demande d’un homme riche, désireux d’obtenir la vie éternelle, mais incapable de renoncer à tous ses biens. Nous approchons maintenant de Jérusalem.

2. Message

Nous lisons d’abord, en cette page, la 3ème et dernière annonce que Jésus fait à ses disciples de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Bien que semblable aux deux premières, cette annonce est la plus précise de toutes, puisqu’elle détaille déjà le déroulement de la passion, avec le double jugement, par les autorités Juives et paîenne, les sévices, la mort et la résurrection.

C’est avec assurance que Jésus monte vers Jérusalem, marchant devant ses disciples vers son destin , qui va achever sa mission, tandis que ses disciples ne cachent pas leurs incertitudes et leurs craintes concernant leur propre avenir.

Par contraste avec la détermination de Jésus, la preuve qu’ils sont encore loin de comprendre la mission de leur Maître est cette demande que lui adressent les 2 frères et fils de Zébédée, Jacques et Jean, d’obtenir les places d’honneur et de pouvoir dans le Royaume de Dieu.

Pour toute réponse, Jésus leur demande, à son tour, s’ils sont prêts à prendre leur part de la coupe qu’il va boire et du baptême qu’il va subir. Ils ont beau apporter une réponse positive à cette question de Jésus, ce dernier ne leur promet rien du tout concernant le partage de sa gloire, car tout est grâce et don de la gratuité de Dieu.

Le fait que les 10 autres disciples s’indignent, au lieu d’interpréter cet incident avec humour, montrent qu’ils se situent dans le même esprit de compétititon que les 2 frères, en vue d’obtenir une place de choix. D’où l’enseignement que leur apporte Jésus : le comportement de qui cherche à entrer dans le Royaume de Dieu doit être à l’opposé de celui qu’ils manifestent, et donc tout autre. Il s’agit de ne rien chercher d’autre que d’être un “serviteur” de ses frères, à la façon de Jésus lui-même, qui, dans sa mort, va se faire l’esclave de tous, en donnant sa vie pour tous. Telle est la véritable grandeur.

3. Decouvertes

L’image de la “coupe” qu’il faut boire, que Jésus emploie, est symbole d’une grande souffrance. C’est bien le sens que prend la “coupe” dans l’Ancien Testament : voir le psaume 75, 8 - 9; Isaïe, 51, 17 - 22; Jérémie, 25, 15 et Ezéchiel, 23, 31 - 34. C’est encore selon cette signification précise que Jésus lui-même ré-emploie ce mot lors de sa prière d’agonie, adressée au Père, à Gethsémani (14, 36).

Quant à l’image du “baptême”, qu’on retrouve, sans le mot lui-même, dans le Psaume 42, 7 et Isaïe, 43, 2, elle suggère qu’on va être totalement recouvert et submergé par des catastrophes qui vous engloutissent dans la mort.

La participation à la gloire de Jésus est une réalité qui vous “est donnée”. La forme passive de cette expression indique bien que cela vient de Dieu par pure grâce. Peut-être se trouve-t-il une certaine “ironie” dans cette réponse de Jésus, faisant indirectement allusion aux 2 larrons crucifiés, avec lui, à sa droite et à sa gauche, en son “Heure”, qui, d’une certaine façon est déjà l’Heure de son entrée en gloire. A noter que le 4ème Evangile, celui de Jean, développe très fortement ce point, la mort de Jésus y étant présentée explicitement comme “l’Heure où le Fils de l’homme est glorifié” (Jean, 12, 23 . 27- 28 et 13, 31 - 32).

Le verset 45 parle de la mort de Jésus comme d’une “rançon”. Beaucoup expliquent ce terme en renvoyant au 4ème poème du Serviteur souffrant du 2ème Prophète Isaïe, pour indiquer que Jésus meurt en faveur, et à la place, de la foule des hommes (Isaïe, 53, 11 - 12). D’autres, cependant, préfèrent comprendre ce mot comme un rappel de la délivrance d’Israël par Dieu, au temps de l’Exode avec Moïse, action de Dieu qui est présentée comme un rachat, un sauvetage, du peuple de Dieu par le Seigneur, mais sans aucune mention d’un prix qui ait été payé. Dans cette perspective, la mort de Jésus apparaît davantage comme une semblable opération de sauvetage du Nouvel Israël de Dieu, le Nouveau Peuple de Dieu, qui est créé et formé comme résultant de la vie et de la mort de Jésus, c’est-à-dire de sa mission, vécue dans l’obéissance jusqu’à sa mort inclusivement.

4. Prolongement

23 Jésus leur répond : ” Voici venue l’heure où doit être glorifié le Fils de l’homme.

24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

25 Qui aime sa vie la perd ; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle.

26 Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera.

12 Quand il leur eut lavé les pieds, qu’il eut repris ses vêtements et se fut remis à table, il leur dit : ” Comprenez-vous ce que je vous ai fait ?

13 Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis.

14 Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.

15 Car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme moi j’ai fait pour vous.

16 En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni l’envoyé plus grand que celui qui l’a envoyé

17 Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites.

17 Car le Christ ne m’a pas envoyé baptiser, mais annoncer l’Évangile, et cela sans la sagesse du langage, pour que ne soit pas réduite à néant la croix du Christ.

18 Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu.

19 Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages, et l’intelligence des intelligents je la rejetterai.

22 Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse,

23 nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens,

24 mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.

2 Non, je n’ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié.

3 Moi-même, je me suis présenté à vous faible, craintif et tout tremblant,

4 et ma parole et mon message n’avaient rien des discours persuasifs de la sagesse ; c’était une démonstration d’Esprit et de puissance,

5 pour que votre foi reposât, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.

6 Pourtant, c’est bien de sagesse que nous parlons parmi les parfaits, mais non d’une sagesse de ce monde ni des princes de ce monde, voués à la destruction.

7 Ce dont nous parlons, au contraire, c’est d’une sagesse de Dieu, mystérieuse, demeurée cachée, celle que, dès avant les siècles, Dieu a par avance destinée pour notre gloire,

Prière

*Seigneur Jésus, il nous est difficile d’admettre que ton élévation sur la croix est déjà ton entrée dans la gloire de Dieu, par ton obéissance de serviteur, qui n’a pas craint de tout risquer pour accomplir, en son véritable sens, le salut de Dieu, qui demeure toujours, à nos yeux, demonstration de “scandale” et de “folie” : fais-moi redécouvrir que la volonté du Père est le seul chemin que tu nous traces comme route de notre achèvement dans le bonheur et dans la joie, apprends-moi à pratiquer le langage du service et de la gratuité, comme la meilleure façon pour moi d’imiter ce que tu as été, et que je dois toujours devenir davantage, dans la puissance de ton Esprit Saint. AMEN.

29.05.2002.*


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