📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Jude 1, 17-25

DE LA LETTRE DE JUDE

Texte

17 Mais vous, très chers, rappelez-vous ce qui a été prédit par les apôtres de notre Seigneur Jésus Christ.

20 Mais vous, très chers, vous édifiant sur votre foi très sainte, priant dans l’Esprit Saint,
21 gardez-vous dans la charité de Dieu, prêts à recevoir la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle.
22 Les uns, ceux qui hésitent, cherchez à les convaincre ;
23 les autres, sauvez-les en les arrachant au feu ; les autres enfin, portez-leur une pitié craintive, en haïssant jusqu’à la tunique contaminée par leur chair.
24 A celui qui peut vous garder de la chute et vous présenter devant sa gloire, sans reproche, dans l’allégresse,
25 à l’unique Dieu, notre Sauveur par Jésus Christ notre Seigneur, gloire, majesté, force et puissance avant tout temps, maintenant et dans tous les temps ! Amen.

Commentaire

1. Situation

Nous connaissons peu de choses concernant l’auteur de ce petit livret : il se présente comme “serviteur” de Jésus Christ et frère de Jacques. La tradition ancienne l’attribue à Jude, non pas l’un des Douze Apôtres, mais bien le frère de Jacques, tous deux dits “frères de Jésus”, ou, tout au moins, ses “cousins”, si l’on prend “frères” en un sens élargi.

Cependant, beaucoup mettent en doute cette attribution , même si les idées développées dans ce livre sont très proches de nombreux thèmes Juifs de l’époque de Jésus. En effet, cette lettre semble d’elle-même se situer à distance de la génération apostolique, auquelle elle se réfère avec un certain recul (voir le verset 17 de notre page). On convient génrélement de dater cette Lettre des années 80 - 90, tout en constatant que la 2ème Lettre dite de Pierre s’en inspire par endroits, et que donc, elle jouissait d’une autorité certane dans l’Eglise de la fin du 1er siècle.

L’auteur de cette Lettre s’en prend à de faux docteurs : il s’agirait de visionnaires charismatiques, ou à des gens qui ressemblent aux “rêveurs”, auxquels le Deutéronome reproche de détourner Israêl (Deutéronome, 13, 1 - 5).

A noter également que Jude semble utiliser l’Ecriture de l’Ancien Testament de façon plutôt particulière : comme d’une lunette, ou d’un verre grossissant, qui permet de regarder ainsi la situation présente.

Le ton de cette courte Lettre est souvent du genre “exhortatif”.

Notre page liturgique de ce jour nous propose les tout deniers versets de ce Livre.

2. Message

Cette exhortation a une triple portée.

En premier lieu, elle invite à la fidélité, c’est-à-dire à une vie de relation de foi avec le Seigneur, dont on accepte et écoute la Parole, car c’est sur elle que l’on construit son existence, avec l’aide de l’Esprit Saint du Seigneur, et dans une véritable ouverture à la miséricorde de Dieu.

En deuxième lieu, elle nous invite à un comportement de “support” et d’aide aux chrétiens hésitants, ainsi qu’à l’égard de ceux qui ont perdu la foi.

En troisième lieu, elle nous invite à entrer dans la doxologie de conclusion de toute cette Lettre, qui rend gloire à Dieu, dans la confiance qu’avec sa force, nous serons capables de mener une vie authentiquement chrétienne, adaptée à notre situation d’hommes et de femmes de la “fin des temps”.

3. Decouvertes

Au verset 17, l’auteur fait appel à la “tradition apostolique”, dont il faut se souvenir : peut-être cet appel renvoie-t-il au message de Marc, en son chapitre 13. Dans cet appel au souvenir, l’on perçoit que cette Lettre est le témoin d’une nouvelle génération de chrétiens, qui se tournent vers les fondateurs apostoliques de leur propre foi.

Au verset 20, la foi nous est présentée comme étant en référence à un message précis, un “corps de doctrine”, qui en est le fondement et qui est associé à l’action de l’Esprit Saint.

Les lecteurs de cette Lettre sont invités à apporter aide et support à leurs frères et soeurs qui paraissent hésiter ou vaciller dans leur foi. En effet, une communauté soumise à de très fortes pressions extérieures, est invitée à se construire ou à se reconstruire sur la foi qu’elle a reçue.

A partir de là, elle doit toujours soutenir les hésitants, et à tout faire à l’égard de ceux qui ont perdu cette foi en Jésus.

Le verset 24 nous donne la doxologie finale de toute cette courte Lettre. L’auteur rend ici gloire à Dieu, dans l’espérance que les lecteurs de son texte deviendront irréprochables face au terme proposé (voir également Ephésiens, 1, 4 et Colossiens, 1, 22).

Cette doxologie nous rappelle ce que Paul écrivait aux chrétiens de Philippes, en Philippiens, 2, 15 , par exemple.

4. Prolongement

Comment nous situer chaque jour, face au Seigneur, dans la foi et la fidélité au message qui nous a été transmis depuis les Apôtres du Seigneur, et que contient notre Bible du Nouveau Testament, ainsi que dans l’obéissance à la Parole de Dieu, et avec un regard plein de vérité et de miséricorde vers nos frères et soeurs que nous prenons en charge, quand ils doutent ou perdent la foi ?

Même si ce genre d’exhortation nous paraît évident et, à la limite, quelque peu banal, ce que nous propose cette page ne peut être, en fait, vécu que dans le dynamisme de la nouveauté que crée et recrée en nous la présence du Christ ressuscité, en son Esprit Saint :

12 Ainsi donc, mes bien-aimés, avec cette obéissance dont vous avez toujours fait preuve, et qui doit paraître, non seulement quand je suis là, mais bien plus encore maintenant que je suis absent, travaillez avec crainte et tremblement à accomplir votre salut :

13 aussi bien, Dieu est là qui opère en vous à la fois le vouloir et l’opération même, au profit de ses bienveillants desseins.

14 Agissez en tout sans murmures ni contestations,

15 afin de vous rendre irréprochables et purs, enfants de Dieu sans tache au sein d’une génération dévoyée et pervertie, d’un monde où vous brillez comme des foyers de lumière,

16 en lui présentant la Parole de vie.

1 Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre.

2 Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait.

3 Au nom de la grâce qui m’a été donnée, je le dis à tous et à chacun : ne vous surestimez pas plus qu’il ne faut vous estimer, mais gardez de vous une sage estime, chacun selon le degré de foi que Dieu lui a départi.

Prière

*Seigneur Jésus, voici plus de 2000 ans que tu as quitte notre monde pour “passer” au Père, mais ton message, et le compte rendu de ta vie concrète en notre monde, nous ont été transmis par les premiers témoins de tes gestes et de ton engagement, de telle façon qu’ont été consignes par écrit les souvenirs vivants de tes paroles et de toute ton existence soumise à la volonté de Dieu, ton Père : apprends-moi à visualiser et reconstituer tous tes propos et tous tes comportements, à partir des ecritures du nouveau testament, et à croire que ton Esprit a inspire les auteurs de ces textes, comme il nous inspire intérieurement aujourd’hui, et insère en nous ta présence de ressuscité, qui devient en moi force agissante et rayonnante, à travers toute mon expérience d’homme ou de femme de ce temps. AMEN.

01.06.2002.*

Évangile : Marc 11, 27-33

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

27 Ils se rendirent de nouveau à Jérusalem, et, pendant que Jésus se promenait dans le temple, les principaux sacrificateurs, les scribes et les anciens, vinrent à lui,
28 et lui dirent: Par quelle autorité fais-tu ces choses, et qui t’a donné l’autorité de les faire?
29 Jésus leur répondit: Je vous adresserai aussi une question; répondez-moi, et je vous dirai par quelle autorité je fais ces choses.
30 Le baptême de Jean venait-il du ciel, ou des hommes? Répondez-moi.
31 Mais ils raisonnèrent ainsi entre eux: Si nous répondons: Du ciel, il dira: Pourquoi donc n’avez-vous pas cru en lui?
32 Et si nous répondons: Des hommes… Ils craignaient le peuple, car tous tenaient réellement Jean pour un prophète.
33 Alors ils répondirent à Jésus: Nous ne savons. Et Jésus leur dit: Moi non plus, je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais ces choses.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Notre passage se situe dans la 5ème étape du ministère de Jésus, au cours de laquelle il vit le début de son unique et dernière semaine à Jérusalem.

2. Message

Jésus vient d’entrer à Jérusalem et de provoquer un scandale en expulsant du Temple vendeurs et changeurs, acte moins de purification du lieu saint que de malédiction qu’il porte à l’encontre du sanctuaire, comme semble le suggérer Marc qui a inséré cet événement entre le début et la fin de l’épisode du figuier maudit.

Suite à cela, Marc nous présente toute une série de controverses qui vont opposer Jésus à ses adversaires, qui vont lui poser des questions piégées, et qui, dans ce passage, commencent par l’interroger directement sur son autorité : en effet, de quel droit s’est-il permis d’agir ainsi dans le Temple de Dieu ?

Plutôt que de leur répondre immédiatement sur ce point précis, Jésus les provoque en leur demandant de se prononcer sur la mission de Jean Baptiste : la reconnaissent-ils comme une manifestation du projet de Dieu sur Israël ? Devant leur refus de prendre position sur ce point, Jésus se refuse à leur indiquer les motifs de son action prophétique.

3. Decouvertes

A noter que ce sont toutes les autorités Juives réunies qui mettent ici Jésus en demeure de leur répondre. Ce qui souligne l’audace et le courage de Jésus qui n’hésite pas à leur tenir tête.

Le mot “cela” vise certainement l’action accomplie par Jésus en entrant dans le Temple, mais peut-être également l’ensemble du ministère de Jésus.

La méthode qu’emploie Jésus de répondre à une question par une contre-question était alors fréquemment utilisée dans les débats entre scribes ou rabbins en Israël.

Il est surprenant que, dans ce récit de Marc, Jésus fasse ainsi allusion à Jean-Baptiste dont la personne et la mission sont à peine présentées dans cet Evangile de Marc (1, 3 - 8), dans lequel la mission de Jean semble, en effet, n’avoir eu d’autre but que de faire découvrir Jésus, de la même façon que le destin de Jean préfigure celui de Jésus en 9, 11 - 13. Serait-ce une indication que Jésus lui-même estimait que sa propre mission était très liée à celle de Jean Baptiste, comme l’avait déjà indiqué sa décision de se faire baptiser par Jean ?

De même qu’il n’existe pas de signes authentifiant la mission de Jésus de façon absolue et évidente pour tous, de même on ne peut vérifier la vérité de ses affirmations et de son message au niveau d’une semblable évidence : on ne peut adhérer à la mission de Jésus, à celle de Jean Baptiste, comme à tout le dessein de Dieu, que dans la foi.

4. Prolongement

Comme il l’a fait tout au long de son parcours terrestre face à ses coreligionnaires, Jésus continue de nous renvoyer face à nous-mêmes au niveau de notre conscience et de notre liberté.

C’est en effet à ce niveau unique de profondeur et d’engagement personnel que nous avons à nous situer en vérité devant le dessein de Dieu en général, comme devant plus précisément le message et les comportements engagés de Jésus, que nous rapportent ceux qui l’ont accompagné dans sa vie d’homme, l’ont rencontré vivant et transfiguré dans la gloire de sa résurrection, et ont été transformés de fond en comble dans l’Esprit Saint qu’il a répandu sur eux afin qu’ils puissent continuer sa mission.

Prière

*Seigneur Jésus, toi qui t’es proclamé n’être venu que pour rendre témoignage à la Vérité, et dont la réponse a toujours été le “OUI” intégral et total à la volonté du Père en toutes circonstances, donne-moi de savoir toujours de plus en plus te suivre en vérité dans l’accueil de ta Parole et l’imitation de tes actions, selon la foi qui agit dans l’amour. Amen.

23.05.2005.*


La Bible commentée · Liturgie du jour