📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 2 Timothée 2, 8-15

DE LA 2ème LETTRE DE PAUL A TIMOTHEE

Texte

8 Souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts, issu de la race de David, selon mon Évangile.
9 Pour lui je souffre jusqu’à porter des chaînes comme un malfaiteur. Mais la parole de Dieu n’est pas enchaînée.
10 C’est pourquoi j’endure tout pour les élus, afin qu’eux aussi obtiennent le salut qui est dans le Christ Jésus avec la gloire éternelle.
11 Elle est sûre cette parole : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons.
12 Si nous tenons ferme, avec lui nous régnerons. Si nous le renions, lui aussi nous reniera.
13 Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même.
14 Tout cela, rappelle-le, attestant devant Dieu qu’il faut éviter les querelles de mots, bonnes seulement à perdre ceux qui les écoutent.
15 Efforce-toi de te présenter à Dieu comme un homme éprouvé, un ouvrier qui n’a pas à rougir, un fidèle dispensateur de la parole de vérité.

Commentaire

1. Situation

Avec la Lettre à Tite et la 1ère Lettre à Timothée, cette 2ème Lettre à Timothée forme un ensemble qu’on appelle les Lettres Pastorales, attribuées à Paul, mais dont peu de spécialistes affirment aujourd’hui qu’elles sont été écrites par Paul. Si les contenus de Tite et 1ère à Timothée se ressemblent fort, le ton de cette 2ème à Timothée paraît beaucoup plus intime et personnel, en conséquence, peut-être du fait que Paul déclare l’écrire depuis la prison où il se trouve.

Bien que ces 3 lettres se présentent on ne peut plus clairement comme ayant été écrites par Paul, elles font nettement allusion à des situations de vie en Eglise bien différentes, plus évoluées, et à une organisation plus développée, que celles qui correspondent au temps des grandes lettres de Paul qui sont considérées par tous comme authentiques.

On ne retrouve pas dans ces lettres la passion et le dynamisme des grandes lettres de l’Apôtre. D’autre part, les sujets qu y sont abordés concernent davantage l’organisation interne de la communauté qui favorise la piété, la bonne conscience, et l’image de l’Eglise dans le monde, que les grands thèmes théologiques de Paul : les dévelopements sur la croix du Christ, l’Eglise comme corps du Christ, ou une nouvelle approche de la Loi, n’y sont pas repris.

Il semble bien, que, de la même façon que les Actes des Apôtres, ces lettres veulent attester la grandeur la figure de Paul dans l’Eglise de la fin du 1er siècle, importance qui explique que la plupart de ses idées sont reprises et interprétées dans les communautés de croyants qui se considèrent toujours disciples de Paul, même si elles ne l’ont pas, de fait, connu.

Ainsi perçu, le but de l’auteur serait de souligner à quel point est primordiale et necessaire la transmission du véritable enseignement reçu des Apôtres, par des relais ou des intermédiaires, considérés comme proches de Paul et autorisés par lui, et de montrer ainsi comment la saine doctrine peut l’emporter sur les erreurs que certains développent.

En conséquence, mise à part une petite minorité de spécialistes, tous considèrent l’auteur de ces lettres comme un modeste “anonyme”, admirateur de Paul, et qui tient à en retransmettre le mssage, en soulignant ainsi l’ampleur de ce qu’ a été la mission de Paul, et dans le but d’aider les communautés à tenir bon, ensemble, dans la foi.

Dans cette perspective, les notes “personnelles” au sujet de détails de la vie de Paul semblent avoir été insérées dans ce recueil , soit à partir d’extraits de témoignages venant de Paul lui-même et inconnus par ailleurs, soit comme une manière pour l’auteur de rendre plus vraisemblable l’idée que Paul a bel et bien écrit ces lettres.

Compte tenu des différentes prises de position au sujet de l’auteur de ces lettres, on en situe la composition entre les années 60 et 160, la majorité préfèrant toutefois les dater des années 100 - 110.

2. Message

Le message de cette page nous est proposé en 3 temps. En premier lieu, aux versets 8 à 10, nous est présentée une profession de foi qui résume tout le message de l’auteur, à la façon de celles que nous trouvons dans la Lettre de Paul aux Romains, en 1, 3 - 4 et dans sa 1ère Lettre aux Corinthiens, 15, 20 : Jésus Christ est ressuscité des morts. Fils de David, il est bien homme de descendance royale. Annoncer ce message a conduit Paul à se trouver emprisonné comme un criminel, ce qui n’a pas refroidi son enthousiasme à répandre la Bonne Nouvelle de la Parole de Dieu. Bien plus, pour la cause de cet Evangile, Paul veut bien continuer d’être considéré comme un malfaiteur, en dépit de son innocence, de façon à ce que les croyants, les “élus” puissent obtenir leur salut et partager, avec lui, la gloire éternelle que Dieu leur accordera.

Un passage de rythme poétique forme le deuxième temps de cette page aux versets 11 - 13, et nous explique le salut qui nous été acquis par les souffrances et la mort de Jésus, qui nous sont offerts comme modèles des souffrances et de la mort que ses disciples subissent en son nom, ce qui leur vaut de partager les fruits de son endurance. S’il nous est précisé ensuite que si nous le renions, lui aussi nous reniera, il est cependant ajouté que si nous lui sommes infidèles, lui ne se reniera pas et demeurera fidèle, quelle que soit notre attitude.

Cela dit, dans le troisième temps de ce texte, l’auteur de cette lettre, qui parle au nom de Paul, invite son correspondant, Timothée, à se montrer totalement authentique dans sa présentation de la Parole de Dieu, et du mystère du salut en Jésus Christ qu’elle annonce, sans se fourvoyer dans des questions de mots comme le font les adversaires de la foi. Il faut proposer clairement la saine doctrine, sans multiplier les questions ni mettre en question les définitions.

3. Decouvertes

Le message de la deuxième partie, le poème rythmé, peut se comparer à ce que Paul nous dit dans le chapitre 6 de la Lettre aux Romains sur notre participation à la mort-résurrection du Christ dans lesquelles nous sommes plongés, pour y être associés, par notre baptême au nom de Jésus.

On pense que la profession de foi du début de nore page viendrait des milieux judéo-chrétiens.

L’hymne de la deuxième partie de ce texte est considéré comme un chant à la gloire des témoins qui vont jusqu’à risquer leur vie pour le Nom de Jésus. Cette attitude de témoin est possible à tous les baptisés qui, enfouis avec le Christ en sa mort, par leur baptême, sont entraînés par l’Esprit Saint dans la participation à la vie du Ressuscité.

A noter particulièrement le décalage dans le poème, où la logique n’est pas respectée, dans la mesure où le Christ ne peut lui nous rejoindre dans l’infidélité : telle est la différence de la gratuité de la grâce du salut de Dieu, qu’il appartient à tout croyant d’accueillir en sa vie, avec l’ouverture confiante d’un coeur de pauvre, qui ne peut rien de lui-même et a tout à recevoir. Le Royaume de Dieu n’est jamais affaire de mérite : il est pur don de Dieu, par le Christ, dans l’Esprit (voir Romains, 6, 23).

4. Prolongement

Texte magnifique, souvent intégré dans nos liturgies, et que nous pouvons lire comme un appel renouvelé qui nous est fait de la part du Seigneur, pour que nous vivions à fond notre participation à son mystère pascal, sommet du plan de Dieu et de l’histoire du salut.

Dans la mesure où notre communion au corps et au sang du Seigneur dans l’Eucharistie nous fait “annoncer la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne” (1 Corinthiens, 11, 23 - 26), ce texte convient parfaitement à la démarche que nous faisons alors.

Rappel de quelques grands textes de Paul, proches du message de cette page :

1 Paul, serviteur du Christ Jésus, apôtre par vocation, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu,

2 que d’avance il avait promis par ses prophètes dans les saintes Écritures,

3 concernant son Fils, issu de la lignée de David selon la chair,

4 établi Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts, Jésus Christ notre Seigneur,

3 Ou bien ignorez-vous que, baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés ?

4 Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle.

5 Car si c’est un même être avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable ;

19 J’emploie une comparaison humaine en raison de votre faiblesse naturelle. - Car si vous avez jadis offert vos membres comme esclaves à l’impureté et au désordre de manière à vous désordonner, offrez-les de même aujourd’hui à la justice pour vous sanctifier.

20 Quand vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres à l’égard de la justice.

21 Quel fruit recueilliez-vous alors d’actions dont aujourd’hui vous rougissez ? Car leur aboutissement, c’est la mort.

22 Mais aujourd’hui, libérés du péché et asservis à Dieu, vous fructifiez pour la sainteté, et l’aboutissement, c’est la vie éternelle.

23 Car le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur.

Prière

*Seigneur Jésus, dans l’Esprit Saint que tu nous donnes en ta résurrection, tu nous fait avoir part mystérieusement à ce que tu as vécu, une fois pour toutes, lors de ton passage au Père, de telle façon que, saisis par toi en ton “heure”, nous en assumions pleinement l’attitude intérieure d’obéissance au Père dans le renouvellement de ton “OUI” définitif : apprends-moi à découvrir, et mieux recevoir, cette relation unique et personnelle que tu proposes, dans le partage intégral de ta parole, de tes pensées, de ton engagement profond, et à transformer tous les moments de mon existence en lieu de la manifestation de ta présence, et de ta fidélité au Père. AMEN.

06.06.2002.*

Évangile : Marc 12, 28-34

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

28 Un scribe qui les avait entendus discuter, voyant qu’il leur avait bien répondu, s’avança et lui demanda : ” Quel est le premier de tous les commandements ? “
29 Jésus répondit : ” Le premier c’est : Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur,
30 et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force.
31 Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. “
32 Le scribe lui dit : ” Fort bien, Maître, tu as eu raison de dire qu’il est unique et qu’il n’y en a pas d’autre que Lui :
33 l’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence et de toute sa force, et aimer le prochain comme soi-même, vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices. “
34 Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque pleine de sens, lui dit : ” Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu. ” Et nul n’osait plus l’interroger.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Nous retrouvons ici Jésus dans le 5ème grand épisode de cet Evangile de Marc, alors qu’il touche à la fin de son ministère, dans ces 4 jours qu’il passe à Jérusalem, entre son entrée triomphale et son arrestation (11, - 13, 37). Après avoir purifié le Temple en un geste prophétique très frappant, il y enseigne, soit directement, soit en répondant à des questions, souvent posées de façon malveillante par ceux qui le contestent et cherchent à le piéger en ses paroles.

2. Message

Cette scène est le récit d’une controverse dans laquelle un Scribe demande à Jésus quel est le plus grand des 613 commandements de la Loi dans l’Ancien Testament.

La réponse de Jésus, qui ajoute un second commandement, de fait inséparable du premier, combine deux citations de l’Ancien Testament, du Deutéronome, 6, 4 - 5, et du Lévitique, 19, 18. En parlant ainsi, Jésus se situe dans la continuité de la foi orthodoxe d’Israël, et dans cette manière, bien à lui, qu’il a d’aller au fond des choses. Car pour lui, l’important, c’est d’abord l’attitude intérieure : c’est de tout son être qu’il faut aimer Dieu, et c’est comme soi-même qu’on doit aimer son prochain.

Le Scribe qui interroge Jésus fait preuve d’une attitude réceptive à la Parole de Jésus, et d’un sincère désir d’apprendre, si bien que la controverse devient écoute de l’enseignement de Jésus.

3. Decouvertes

La question ainsi posée à Jésus sur le 1er des commandements était souvent posée aux Scribes et docteurs de la Loi.

Les premiers chrétiens ont interprété la réponse de Jésus comme une insistance sur le seul aspect “éthique” (attitude devant Dieu, les autres et soi-même) de la Loi Juive, et qui n’en reprend pas les préceptes rituels.

Les quatre noms cités au verset 30 pour circonscrire notre amour de Dieu : le coeur, l’âme, l’esprit, la force, traduisent la nécessité que nous avons d’aimer Dieu avec tout ce que nous sommes, selon toutes nos capacités et expressions humaines.

Le Scribe qui interroge Jésus, loin de faire preuve d’hostilité comme cela avait été le cas lors des questions précédentes posées à Jésus, va dans le sens de la réponse qu’il a entendue de Jésus, en mettant l’authenticité de la vérité intérieure de l’homme au dessus des actes du culte liturgique, et en écho aux textes de 1 Samuel, 15, 22 et du Prophète Osée, 6, 6.

La réponse de Jésus commence par la confession de la grande prière Juive que “Dieu est l’unique”, confession que le Scribe reprend égalament après la réponse de Jésus, et qui “situe” le caractère primordial et unique du commandement d’aimer Celui qui est à ce point l’unique Dieu au delà de tout, et dont nous recevons tout, et auquel nous devons tout.

On comprend que Jésus ait apprécié la reprise qu’a fait le Scribe de ses paroles et l’ait situé “proche” du Règne de Dieu en sa vie.

4. Prolongement

Jésus nous renvoie une fois de plus à l’essentiel, au fondement de ce qu’il a appelé “le culte en esprit et en vérité” (Jean, 4, 23 - 24), et que Paul, à sa suite, nous présente à sa manière (Romains, 12, 1 - 3).

Vivre ce premier et grand commandement nous situe vraiment à la racine de notre “vivre selon Jésus”. Comme lui, nous avons à aimer Dieu en cherchant toujours, et de plus en plus, à faire sa volonté (Jean, 5, 30). Et c’est cette qualité d’obéissance au désir de Dieu qui nous permet de nous tourner vers les autres avec miséricorde, pour les mettre debout, comme Jésus l’a si bien fait tout au long de son ministère.

L’auteur de la 1ère Lettre de Jean a bien souligné la cohérence des deux dimensions du grand commandement de l’amour :

19 Quant à nous, aimons, puisque lui nous a aimés le premier.

20 Si quelqu’un dit : ” J’aime Dieu ” et qu’il déteste son frère, c’est un menteur : celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas.

21 Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es notre Maître de vie : ce que tu annonces par ta Parole, tu le vis en profondeur comme ton engagement à tout instant vers le Père et le service de tes frères et soeurs en humanité, et tu te révèles vraiment comme le chemin de la Vérité et de la Vie : mets en moi cette cohérence unique, qui fait que plus j’aime Dieu et le prie, plus je me trouve porté à ma tourner vers tous les membres de notre humanité, que je rencontre chaque jour sur ma route. AMEN.

08.03.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour