📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Évangile : Marc 12, 13-17
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
13 Ils lui envoient alors quelques-uns des Pharisiens et des Hérodiens pour le prendre au piège dans sa parole.
14 Ils viennent et lui disent: “Maître, nous savons que tu es véridique et que tu ne te préoccupes pas de qui que ce soit; car tu ne regardes pas au rang des personnes, mais tu enseignes en toute vérité la voie de Dieu. Est-il permis ou non de payer l’impôt à César? Devons-nous payer, oui ou non?“
15 Mais lui, sachant leur hypocrisie, leur dit: “Pourquoi me tendez-vous un piège? Apportez-moi un denier, que je le voie.”
16 Ils en apportèrent un et il leur dit: “De qui est l’effigie que voici? Et l’inscription?” Ils lui dirent: “De César.”
17 Alors Jésus leur dit: “Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.” Et ils étaient fort surpris à son sujet.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Avec ce passage, nous rejoignons Jésus, qui vient d’entrer en triomphe à Jérusalem, où il va passer les 3 jours suivants dans le Temple, à Jérusalem, avant que cette semaine se termine par sa Passion et le mort. Nous nous trouvons donc, ici, dans l’avant dernière partie de cet Evangile de Marc. Après avoir “purifié” le Temple, et refusé de dire aux grands prêtres et aux scribes au nom de quelle autorité il avait fait cela, Jésus prend l’initiative de leur proposer une parabole, avant que ses adversaires ne viennent le presser de leurs questions piégées
2. Message
L’hostilité continue de monter à l’encontre de Jésus, suite à sa purification du Temple, et les questions piégées qu’on lui pose vont se multipliant.
Faut-il ou non payer l’impôt aux autorités romaines ? Question que lui posent les gens d’un groupe composé d’Hérodiens et de Pharisiens. Si Jésus répond “OUI”, les Romains l’arrêteront, s’il répond “NON” il perd toute crédibilité et tout soutien populaire.
On a beaucoup débattu sur le sens de la réponse donnée par Jésus. Elle devient occasion d’ambiguïté si l’on s’éloigne de sa signification matérielle première : cet argent que vous me montrez et dont vous vous servez est la monnaie de César et du système économique de l’empire. De ce fait, payer l’impôt fait partie de ce système économique en vigueur, dont vous bénéficiez également par ailleurs. Mais n’oubliez pas de rendre à Dieu ce qui lui revient, à lui qui est le libérateur et le sauveur d’Israël avec qui il a fait alliance.
3. Decouvertes
La jonction d’Hérodiens et de Pharisiens pour prendre Jésus en défaut dans ses paroles met en application la menace de mort que ces gens complotaient déjà ensemble contre lui en Marc, 3, 6. Il s’agit donc bien d’un conflit grave et mortel entre ces gens et Jésus.
L’impôt en question était une taxe que toute personne résidant dans une Province Romaine gouvernée par un Procurateur devait payer. Cet impôt très impopulaire avait déjà suscité la révolte de Judas le Galiléen en l’an 6 de notre ère, et avait contribué à la naissance d’un courant “zélote” qui sera à l’origine de la révolte Juive des années 66 - 70, révolte qui se soldera par la destruction de Jérusalem et du Temple.
La réponse de Jésus peut paraître ambigüe si l’on cherche à préciser ce qui revient à César et ce qui revient à Dieu. L’explication selon laquelle Jésus envisagerait ici la distinction entre deux royaumes, l’un séculier et l’autre religieux, semble tout-à-fait hors contexte à cette époque.
Mieux vaudrait développer ainsi ce qu’on croit être la pensée de Jésus : qu’on paye à César ce qu’on lui doit dans le contexte politique du moment, mais cela même reste toujours soumis à l’autorité de Dieu qui seul est le Tout-Puissant dont tout et tous dépendent.
En d’autres termes, ce qui revient à Dieu l’emporte toujours sur ce qui est dû à César, même si l’on doit jouer le jeu politique normal dans les états de ce dernier, sans pour autant mélanger les domaines et les genres.
4. Prolongement
Il nous faut aller relire les deux textes du Nouveau Testament qui traitent d’une façon générale de la relation des chrétiens face à l’Empereur : celui de Paul au chapitre 13 de la Lettre aux Romains, et celui de l’auteur de la Ière Lettre de Pierre, en son chapitre 2 Ils précisent et explicitent, semble-t-il, la réponse de Jésus, qui, dans notre texte, se situe dans un contexte bien plus concret et particulier :
Romains
13 1 Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu.
13 2 Si bien que celui qui résiste à l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu. Et les rebelles se feront eux-mêmes condamner.
13 3 En effet, les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu n’avoir pas à craindre l’autorité? Fais le bien et tu en recevras des éloges;
13 4 car elle est un instrument de Dieu pour te conduire au bien. Mais crains, si tu fais le mal; car ce n’est pas pour rien qu’elle porte le glaive: elle est un instrument de Dieu pour faire justice et châtier qui fait le mal.
13 5 Aussi doit-on se soumettre non seulement par crainte du châtiment, mais par motif de conscience.
13 6 N’est-ce pas pour cela même que vous payez les impôts? Car il s’agit de fonctionnaires qui s’appliquent de par Dieu à cet office.
13 7 Rendez à chacun ce qui lui est dû: à qui l’impôt, l’impôt; à qui les taxes, les taxes; à qui la crainte, la crainte; à qui l’honneur, l’honneur.
1 Pierre
2 13 Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute institution humaine: soit au roi, comme souverain,
2 14 soit aux gouverneurs, comme envoyés par lui pour punir ceux qui font le mal et féliciter ceux qui font le bien.
2 15 Car c’est la volonté de Dieu qu’en faisant le bien vous fermiez la bouche à l’ignorance des insensés.
2 16 Agissez en hommes libres, non pas en hommes qui font de la liberté un voile sur leur malice, mais en serviteurs de Dieu.
2 17 Honorez tout le monde, aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi.
Prière
*Seigneur Jésus, donne-moi d’être, à tous moments, à la fois vrai devant les hommes, face aux situations du monde dans lequel je vis, et vrai dans mon accueil de ta Parole comme dans mon souci de tout faire, avec toi, dans l’Esprit Saint, pour la gloire de Dieu et la justice de son Royaume. AMEN.
01.06.2004.*