📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 2 Pierre 3, 12-18

DE LA 2ème LETTRE DE PIERRE

Texte

12 attendant et hâtant l’avènement du Jour de Dieu, où les cieux enflammés se dissoudront et où les éléments embrasés se fondront.
13 Ce sont de nouveaux cieux et une terre nouvelle que nous attendons selon sa promesse, où la justice habitera.
14 C’est pourquoi, très chers, en attendant, mettez votre zèle à être sans tache et sans reproche, pour être trouvés en paix.
15 Tenez la longanimité de notre Seigneur pour salutaire,
(comme notre cher frère Paul vous l’a aussi écrit selon la sagesse qui lui a été donnée.
16 Il le fait d’ailleurs dans toutes les lettres où il parle de ces questions. Il s’y rencontre des points obscurs, que les gens sans instruction et sans fermeté détournent de leur sens - comme d’ailleurs les autres Écritures - pour leur propre perdition.)
17 Vous donc, très chers, étant avertis, soyez sur vos gardes, de peur qu’entraînés par l’égarement des criminels, vous ne veniez à déchoir de votre fermeté.
18 Mais croissez dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ : à lui la gloire maintenant et jusqu’au jour de l’éternité ! Amen.

Commentaire

1. Situation

Cette 2ème Lettre de Pierre est assez peu connue et peu utilisée de nos jours, à cause de l’accent qu’elle met sur le jugement à venir, et des difficultés rencontrées pour identifier son origine.

On ne peut manquer de remarquer ses relations avec la Lettre de Jude, dont les versets 4 - 13 semblent bien repris par 2 Pierre, 2, 1 - 3, 3, à propos des faux enseignants. Comme le style de ces deux recueils est trop différent pour envisager un auteur commun, on pense généralement que la 2ème Lettre de Pierre dépend soit de Jude, soit d’une source commune à ces deux oeuvres, soit d’un texte similaire aux versets 4 - 13 de la lettre de Jude.

D’autre part, le style de cette lettre est également très différent de celui de la 1ère Lettre de Pierre. Même si la 2ème Lettre de Pierre se présente comme écrite par Pierre, elle a très peu de points communs avec cette 1ère Lettre de Pierre, sauf qu’elle se dit être une 2ème Lettre, et fait, comme la 1ère, allusion à Noé, mais de façon différente.

De même, bien que cette 2ème Lettre de Pierre parle de l’oeuvre de Paul (2 Pierre, 3, 15 - 16), elle n’en dépend pas, et la description qu’elle donne de la transfiguration (1, 16 - 18), ainsi que la prédiction qu’elle fait de la mort de Pierre, ne révèlent pas davantage de dépendance précise d’un de nos 4 Evangiles. En revanche, les écrits apocryphes (non Bibliques) attribués à Pierre (Apocalypse de Pierre, Actes de Pierre) dépendent bien de cette Lettre, et quelques textes de premiers Pères de l’Eglise, dont les lettres de Clément de Rome, font des allusions à cette lettre.

Quant à la date de composition de cette lettre, on hésite beaucoup, les seuls certitudes étant qu’elle ne peut avoir été écrite avant l’an 60, ni après l’an 130, avec cependant une assez forte présomption pour les années 80 - 90. Certains la prétendent écrite par Pierre, d’autres par un auteur du temps de Pierre et en relation avec lui, mais la plupart estiment qu’elle est l’oeuvre d’un auteur inconnu qui l’aurait écrite après la mort de Pierre.

L’importance de la vérité centrale du retour du Seigneur en vue du jugement (1, 16 - 21), une attaque contre les faux enseignants, pour leur immoralité et leur arrogance, en particulier (2, 1 - 22), une ré-insistance sur le retour du Seigneur qu’il faut attendre, en dépit du retard constaté, et de la mort des premiers disciples, jointe à l’affirmation d’un jugement définitif par le feu qui arrivera alors (3, 1 - 13), tels sont les 3 grands thèmes et arguments de cette épître.

Notre page est constituée principalement de la péroraison , c’est-à-dire la conclusion finale (3, 14 - 18).

2. Message

Dans la mesure où l’auteur nous a convaincus que le Jour du Seigneur, Jour du Jugement ultime de Dieu, va venir, nous l’attendons avec impatience, et sous la forme de cieux nouveaux et d’une terre nouvelle, où règnera la justice, suite à l’embrasement des premiers cieux.

Dans cette attente et dans cette perspective, la seule attitude qui nous convienne est que nous soyons irréprochables face au Christ qui va venir. La patience, dont fait preuve le Seigneur dans son retard à paraître, sert ainsi à notre salut. Avec une bonne conduite, il nous faut grandir dans la grâce et la connaissance de Jésus, le Christ.

3. Decouvertes

Le verset 16 a été omis dans notre lecture liturgique. Il a cependant toute son importance dans la mesure où il considère que les Lettres de Paul font déjà partie des Ecritures canoniques du Nouveau Testament.

L’expression “cieux nouveaux, terre nouvelle” du verset 13 renvoie à Isaîe, 65, 17 et 66, 22, soit à deux textes du 3ème Prophète Isaïe, qui a écrit peu après le retour des Juifs exilés à Babylone.

4. Prolongement

Dès le 1er écrit du Nouveau Testament en notre possession, la 1ère Lettre de Paul aux Thessaloniciens, au chapitre 5, Paul attendait le retour du Seigneur, semble-t-il, avant sa propre mort. Mais, dans ses lettres postérieures (2 Corinthiens, 5, et Philippiens, 1), Paul a déjà pris acte du retard constaté par lui de ce retour, et en a tiré les cnséquences.

A plus forte raison, dans des textes plus tardifs d’au moins 20 ans par rapport aux lettres de Paul, et bien davantage encore pour nous, plus de 2000 ans plus tard.

Notre position actuelle demeure donc bien celle des textes de Paul aux Romains, cités ci-après. La lumière définitive du don de la vie nouvelle nous est arrivée avec la mort-résurrection du Christ et le don de l’Esprit Saint. Nous vivons donc la fin des temps, accomplie par Jésus en son “Heure” de passage au Père, selon une double dimension de “déjà-là”, en même temps que de “pas-encore”, double dimension animée par le dynamisme de l’Esprit Saint que nous avons reçu, et en lequel le Christ ressuscité habite en nous :

11 D’autant que vous savez en quel moment nous vivons. C’est l’heure désormais de vous arracher au sommeil ; le salut est maintenant plus près de nous qu’au temps où nous avons cru.

12 La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière.

13 Comme il sied en plein jour, conduisons-nous avec dignité : point de ripailles ni d’orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies.

14 Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ et ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises.

18 J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous.

19 Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu :

20 si elle fut assujettie à la vanité - non qu’elle l’eût voulu, mais à cause de celui qui l’y a soumise - c’est avec l’espérance

21 d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu.

22 Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement.

23 Et non pas elle seule : nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps.

24 Car notre salut est objet d’espérance ; et voir ce qu’on espère, ce n’est plus l’espérer : ce qu’on voit, comment pourrait-on l’espérer encore ?

25 Mais espérer ce que nous ne voyons pas, c’est l’attendre avec constance.

Prière

*Seigneur Jésus, c’est dans la tension entre ta présence vivante au cœur de nos vies, et l’attente de ta venue définitive, tension féconde, animée par le dynamisme de ton Esprit Saint, que nous te rencontrons au cœur de nos vies, que nous agissons en ton nom, que nous essayons d’imiter tous tes comportements, et que nous te prions, et prions le Père par ton intercession : donne-moi d’apprécier ce temps d’espérance de ton règne, et de désir de toi, apprends-moi à aimer mes frères et sœurs, au-delà des ombres de ce monde, où nous percevons, comme en énigme, la réalité finale de toutes choses en toi, et fais que croisse sans fin en moi la confiance que tu me demandes de placer en toi, et dans le salut que tu as accompli pour nous. AMEN.

04.06.2002.*

Évangile : Marc 12, 13-17

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

13 Ils lui envoient alors quelques-uns des Pharisiens et des Hérodiens pour le prendre au piège dans sa parole.
14 Ils viennent et lui disent: “Maître, nous savons que tu es véridique et que tu ne te préoccupes pas de qui que ce soit; car tu ne regardes pas au rang des personnes, mais tu enseignes en toute vérité la voie de Dieu. Est-il permis ou non de payer l’impôt à César? Devons-nous payer, oui ou non?“
15 Mais lui, sachant leur hypocrisie, leur dit: “Pourquoi me tendez-vous un piège? Apportez-moi un denier, que je le voie.”
16 Ils en apportèrent un et il leur dit: “De qui est l’effigie que voici? Et l’inscription?” Ils lui dirent: “De César.”
17 Alors Jésus leur dit: “Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.” Et ils étaient fort surpris à son sujet.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Avec ce passage, nous rejoignons Jésus, qui vient d’entrer en triomphe à Jérusalem, où il va passer les 3 jours suivants dans le Temple, à Jérusalem, avant que cette semaine se termine par sa Passion et le mort. Nous nous trouvons donc, ici, dans l’avant dernière partie de cet Evangile de Marc. Après avoir “purifié” le Temple, et refusé de dire aux grands prêtres et aux scribes au nom de quelle autorité il avait fait cela, Jésus prend l’initiative de leur proposer une parabole, avant que ses adversaires ne viennent le presser de leurs questions piégées

2. Message

L’hostilité continue de monter à l’encontre de Jésus, suite à sa purification du Temple, et les questions piégées qu’on lui pose vont se multipliant.

Faut-il ou non payer l’impôt aux autorités romaines ? Question que lui posent les gens d’un groupe composé d’Hérodiens et de Pharisiens. Si Jésus répond “OUI”, les Romains l’arrêteront, s’il répond “NON” il perd toute crédibilité et tout soutien populaire.

On a beaucoup débattu sur le sens de la réponse donnée par Jésus. Elle devient occasion d’ambiguïté si l’on s’éloigne de sa signification matérielle première : cet argent que vous me montrez et dont vous vous servez est la monnaie de César et du système économique de l’empire. De ce fait, payer l’impôt fait partie de ce système économique en vigueur, dont vous bénéficiez également par ailleurs. Mais n’oubliez pas de rendre à Dieu ce qui lui revient, à lui qui est le libérateur et le sauveur d’Israël avec qui il a fait alliance.

3. Decouvertes

La jonction d’Hérodiens et de Pharisiens pour prendre Jésus en défaut dans ses paroles met en application la menace de mort que ces gens complotaient déjà ensemble contre lui en Marc, 3, 6. Il s’agit donc bien d’un conflit grave et mortel entre ces gens et Jésus.

L’impôt en question était une taxe que toute personne résidant dans une Province Romaine gouvernée par un Procurateur devait payer. Cet impôt très impopulaire avait déjà suscité la révolte de Judas le Galiléen en l’an 6 de notre ère, et avait contribué à la naissance d’un courant “zélote” qui sera à l’origine de la révolte Juive des années 66 - 70, révolte qui se soldera par la destruction de Jérusalem et du Temple.

La réponse de Jésus peut paraître ambigüe si l’on cherche à préciser ce qui revient à César et ce qui revient à Dieu. L’explication selon laquelle Jésus envisagerait ici la distinction entre deux royaumes, l’un séculier et l’autre religieux, semble tout-à-fait hors contexte à cette époque.

Mieux vaudrait développer ainsi ce qu’on croit être la pensée de Jésus : qu’on paye à César ce qu’on lui doit dans le contexte politique du moment, mais cela même reste toujours soumis à l’autorité de Dieu qui seul est le Tout-Puissant dont tout et tous dépendent.

En d’autres termes, ce qui revient à Dieu l’emporte toujours sur ce qui est dû à César, même si l’on doit jouer le jeu politique normal dans les états de ce dernier, sans pour autant mélanger les domaines et les genres.

4. Prolongement

Il nous faut aller relire les deux textes du Nouveau Testament qui traitent d’une façon générale de la relation des chrétiens face à l’Empereur : celui de Paul au chapitre 13 de la Lettre aux Romains, et celui de l’auteur de la Ière Lettre de Pierre, en son chapitre 2 Ils précisent et explicitent, semble-t-il, la réponse de Jésus, qui, dans notre texte, se situe dans un contexte bien plus concret et particulier :

Romains

13 1 Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu.

13 2 Si bien que celui qui résiste à l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu. Et les rebelles se feront eux-mêmes condamner.

13 3 En effet, les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu n’avoir pas à craindre l’autorité? Fais le bien et tu en recevras des éloges;

13 4 car elle est un instrument de Dieu pour te conduire au bien. Mais crains, si tu fais le mal; car ce n’est pas pour rien qu’elle porte le glaive: elle est un instrument de Dieu pour faire justice et châtier qui fait le mal.

13 5 Aussi doit-on se soumettre non seulement par crainte du châtiment, mais par motif de conscience.

13 6 N’est-ce pas pour cela même que vous payez les impôts? Car il s’agit de fonctionnaires qui s’appliquent de par Dieu à cet office.

13 7 Rendez à chacun ce qui lui est dû: à qui l’impôt, l’impôt; à qui les taxes, les taxes; à qui la crainte, la crainte; à qui l’honneur, l’honneur.

1 Pierre

2 13 Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute institution humaine: soit au roi, comme souverain,

2 14 soit aux gouverneurs, comme envoyés par lui pour punir ceux qui font le mal et féliciter ceux qui font le bien.

2 15 Car c’est la volonté de Dieu qu’en faisant le bien vous fermiez la bouche à l’ignorance des insensés.

2 16 Agissez en hommes libres, non pas en hommes qui font de la liberté un voile sur leur malice, mais en serviteurs de Dieu.

2 17 Honorez tout le monde, aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi.

Prière

*Seigneur Jésus, donne-moi d’être, à tous moments, à la fois vrai devant les hommes, face aux situations du monde dans lequel je vis, et vrai dans mon accueil de ta Parole comme dans mon souci de tout faire, avec toi, dans l’Esprit Saint, pour la gloire de Dieu et la justice de son Royaume. AMEN.

01.06.2004.*


La Bible commentée · Liturgie du jour